Chapitre 2

« Maman ? »

Clea baissa la tête vers Camille, son second fils, âgé de cinq ans.

Les boucles brunes mais le regard glacial, il tenait un bout de bois en main, certainement ramené après sa promenade avec son frère et sa sœur, accompagnés par leur gouvernante.

Elle lui sourit :

« Oui, Camille ? »

« Quand est-ce que papa rentre ? »

Ah, papa.

Alexandre Dubois ne l'avait jamais laissée indifférente.

À l'instant où il avait posé son regard clair, si clair, sur elle, elle avait sut.

Elle avait sut que son avenir serait irrémédiablement lié avec cet homme.

Elle ne savait pas encore comment mais elle avait eu cette certiture.

Et elle ne s'était pas trompée.

Un an après le premier échange visuel, il était revenu à la demande du commandant.

Et là, il s'était approché d'elle, les prunelles glacées, les cheveux noirs et un air... parfaitement distant.

Mais elle ne s'était pas laissée faire.

Et peu à peu, elle avait apprit à connaître cet être si complexe qui faisait battre son cœur si vite.

Froid, distant et hautain avec toute personne étrangère, il se montrait pourtant sanguin, ombrageux et même sauvage, par moment.

Dans ces moments-là, il lui faisait penser à un loup, le regard presque transparent, un grondement sourd montant de sa poitrine et la mâchoire serrée à l'extrême.

Beaucoup d'hommes s'étaient rendus compte qu'il ne fallait pas le mettre en colère.

Aussi non, ça se terminait mal.

Très mal, même.

Cependant, même si cette partie sombre et presque animale de sa personnalité lui avait fait peur, elle ne s'était pas reculée.

De toute façon, elle n'en aurait pas été capable, totalement amoureuse de ce capitaine au regard de glace qui apparaissait les soirs de pleine lune, silhouette fantomatique accompagnée par les hurlements des loups.

Beaucoup le craignaient, pas elle.

Depuis dix ans, il était son mari.

Et depuis quinze ans, elle avait succombé au charme glacial et à la passion ardente qui le consumait.

Était-elle folle ?

Peut-être.

Mais elle ne le regrettait pas du tout.

LIGNE

Perdue dans ses pensées et ses souvenirs, elle revint sur Terre quand Camille tira sur sa jupe.

« Maman ! »

« Oh, Camille. Je... je ne sais pas quand papa rentre, mon chéri. »

« Mais... il avait dit bientôt ! »

« Je sais. »

Se penchant, elle l'embrassa sur le front, ébouriffant ses boucles et l'emmenant jusqu'à sa gouvernante qui veillait déjà sur Hugo et Rose, les deux autres membres de la famille Dubois.

Seule la petite dernière arborait les prunelles noisettes de Clea.

Les deux garçons avaient reçu le regard glacé de leur père.

Le sourire d'ange et le regard de démon, comme on disait dans le coin.

Alexandre ne réagissait pas, n'esquissant qu'un petit sourire tout en arquant un sourcil.

Pourquoi pas, après tout.

Il n'était pas contre.

« Madame Dubois ? »

« Oui ? »

« Madame Lavillier vous fait mander. »

« Très bien. Merci Louise. »

« De rien, madame. »

Laissant ses enfants aux soins de la gouvernante, Clea rejoignit Judith.

Grande, mince et svelte, Judith resplendissait avec sa chevelure blonde et ses yeux bleus.

Mais elle avait toujours regretté de ne pas avoir les hanches larges de Clea, sa poitrine épanouie et sa peau qui se hâlait dès le moindre rayon de soleil.

Elle se désolait également de ne pas pouvoir donner de descendant à Erwann, son époux et commandant de la garde royale.

Son amie avait beau lui répéter que la naissance arriverait, elle voyait bien le temps filer.

Et même si elle n'avait que 31 ans, elle angoissait, énormément.