Chapitre 8

La veille du départ de Sarah, Clea eut un mauvais pressentiment.

Elle avait l'impression que son cœur était serré dans un étau et elle avait du mal à respirer.

S'appuyant d'une main sur le mur, elle posa l'autre sur sa poitrine, à l'endroit exact qui la gênait.

Mais alors qu'elle voulait monter se reposer pour voir si ça passait, l'ombre d'Alexandre recouvrit la sienne.

Immédiatement, elle leva les yeux vers lui, plongeant dans son regard de glace.

Il vit sa main et s'enquit :

« Quelque chose ne va pas ? »

« Ce n'est rien du tout. »

« Tu as pourtant l'air souffrante. »

« Je... »

Elle tourna la tête en direction du jardin où les enfants s'amusaient sous l'œil de leur gouvernante.

Il fronça les sourcils.

« Que se passe-t-il ? »

« Je... j'ai un mauvais pressentiment. »

« A quel propos ? »

Elle chuchota :

« Toi. »

« Tu as toujours été inquiète, même à l'âge de treize ans. »

Il souriait mais elle secoua la tête.

« Non, c'est... c'est différent. Je t'ai vu tomber de ton cheval. »

« Comment ça ? »

« Je... je suppose que tu vas raccompagner Sarah. »

« En effet mais... »

« Alors vous allez être attaqués. Par des bandits de grand chemin. »

Elle vit ses yeux s'assombrir et sa mâchoire se crisper.

Elle aurait dut se taire, elle le savait.

Mais Alexandre était son époux.

Et les époux ne se cachaient rien, n'est-ce pas ?

O

Il siffla :

« Depuis quand ? »

« De... de quoi ? »

« Depuis quand as-tu des visions comme celle-ci ? »

« Je... je ne sais pas. »

« Clea... »

La voix s'était faite menaçante et elle soupira.

« Il.. il y a quinze ans. »

« Quinze ans ! »

« Oui. »

« Et tu ne comptais pas m'en parler ? »

« Elles ne contenaient pas de menace, Alexandre ! Je... c'était inutile de t'inquiéter pour quelque chose qui n'en valait pas la peine. »

« Et aujourd'hui ? Ça n'en vaut pas la peine non plus ? »

« Bien sûr que si ! Aussi non, je... je ne te l'aurais pas dit. »

Il grogna et s'éloigna de quelques pas.

Elle le regarda, une larme roulant le long de sa joue pour finir sa course sur le sol.

Il ne l'entendit pas mais sentit la détresse de Clea.

Tournant la tête, il vit ses yeux noisettes assombris par l'inquiétude et le tourment.

Il ne bougea pas, elle non plus.

Ils ne faisaient que se fixer droit dans les yeux, attendant que l'autre lâche prise.