Ad vitam aeternam

Tout est sombre... si sombre.
J'ai froid... je suis seul... pourtant... tu es là si près ! Il suffirait que je tende mon bras pour…
Froid, rugueux... cette surface dure sous mes doigts... Ma prison.

Enfermé, scellé, seul. Pourtant tu es là si près ! De l'autre côté de cette coque devenue ma cellule.

Pourquoi n'étais-tu pas tout contre moi ? Pourquoi ne repose-je pas contre ton sein...?!

L'amertume de nouveau... C'est vrai : tu es la raison de cette solitude rongeant mon cœur... Tu m'as abandonné... Mais tu es revenu ! Tu es là ! Je le sais. Je le sens au plus profond de mes entrailles... Une présence qui me les tord. Un vrai poison... Mes doigts se crispent sur ma geôle, mes dents se serrent et la tête me tourne sous le tourment, presque une extase...

J'ai tellement froid... et toi ! Cette maudite flamme si près et pourtant si loin... m'échappant lorsque je tends la main...

Horrible Ankh... tu n'as pas changé à ainsi m'échapper...

'Viens... Viens plus près... Ankh'

Tu devines si bien mes désirs et pourtant je dois t'appeler... cela te plait mon esclave ? Tu aimes me voir ainsi me languir de toi ? Te désirer à mes côtés ? Ton divertissement est t-il la raison de ma si longue attente ?
Cruel... horrible... Pourtant je ne peux que m'y plier... moi Pharaon devant mon propre esclave...

'Ankh... viens...'

La demande...

' Viens je te l'ordonne, esclave !'

L'ordre…

'...Ankh... Ankh vient... Viens... Cesse de me faire languir je n'en puis plus...Ankh'

La supplication...

«Ankh, Ankh, Ankh, Ankh, Ankh..."

La litanie.

Une attente insoutenable... Je suis là, couché, n'attendant que toi...
Pourquoi m'ignores-tu ?

'Ankh viens... viens-à-moi... je t'attends... je te veux...'

Dois-je moi-même te rejoindre ? Dois-je de nouveau te punir pour enfin attirer ton attention ?
'Ankh...'

...Ah ! Je les entends... tes pas...
Tu approches... Enfin...
'Ankh...'

Le froid s'estompe, tu es si près...

Ton souffle contre ma geôle, ton regard me contemplant, le poids de ton corps contre mes barreaux...

Un grondement sourd... la lumière... Toi.

La main surgit du sarcophage pour s'agripper à son poignet. Une main de chair et d'os à la poigne tellement forte qu'elle fit crisser des dents le jeune archéologue tandis qu'une voix résonnait dans la soute.
« Je t'ai retrouvé, Ankh… »
Presque un rire, un écho dissonant qui se répercutait contre les parois métalliques de la soute tandis que devant Andrew, pétrifié, le corps se redressait du sarcophage. Un corps n'ayant rien d'une momie si ce n'est ces bandelettes qui entouraient le corps nu du jeune homme arborant un sourire arrogant de vainqueur. Comme s'il n'avait que sommeillé pendant ces siècles sous les sables du désert.
« Phr'a… » Articula difficilement celui qui avait été son esclave dévoué, il y a moins de deux mois pour lui alors qu'il s'agissait de millénaires pour le souverain.
« … J'ai juré que je te retrouverai, mon indocile esclave… » Souffla celui que l'on nommait Amon en glissant son autre main bandée contre la nuque de l'autre homme pour attirer son visage prés du sienne. « … Tant d'années à guetter ton retour à mes côtés… »
Une voix sensuelle et mélodieuse en démonique. Une langue par laquelle répondit inconsciemment son esclave.
« … Vous… Tu… Impossible… »
De nouveau, un rire échappa au pharaon qui se mua davantage contre l'archéologue sans prêter attention aux amulettes tombant dans le sarcophage alors que les bandelettes se déchaussaient, dévoilant cette peau sombre et parfaite.
« … Les Dieux mêmes n'auraient pu m'empêcher de te reprendre… Tu es mon…esclave… Ta place est à mes côtés, Ankh… » Murmura la momie en resserrant sa poigne dans un gémissement de sa victime, une faible supplication en heratic qu'il savoura en passant sa langue sur sa lèvre d'un air de délectation… Depuis combien de temps n'avait t-il pas entendu cette ode à sa puissance… Quelle question ? Des millénaires…

« As-tu seulement idée de combien ton absence m'a pesé ? » fit t-il d'un ton plus dur, coupant les arguments d'Ankh. Il n'en existait aucun à ses yeux. « … Qui pour me verser le vin…. Qui pour m'éventer ?... Qui pour me soutenir dans mes choix ?… Qui pour me voir tuer ? Qui pour rester éternellement à mes côtés ?!... Dis-moi qui ?! » Lui mordit t-il l'oreille où il murmurait ces reproches amères.
«… ! Moi… » Gémit son serviteur dont la main se crispa sur l'épaule du monarque à cette morsure. « … Mais… ce n'était pas ma place… »
« C'était la tienne ! » S'écria avec rage la momie en ouvrant avec violence la chemise de l'homme pour déposer sa paume contre la brulure ornant son pectoral, cet ankh.
« … Je l'ai inscrit la. Tu es à moi, pour moi ! Ta place est uniquement près de moi !»
Ankh, sentit son corps tressaillir au rire presque fou de son ancien… non de son maître qui traça de la langue la croix... Son enfermement lui avait fait perdre l'esprit ? Il reconnaissait à peine son jeune monarque. Tout cela ne pouvait être qu'une illusion du désert ! Un mirage le dévorant.
Pris au piège de ce cauchemar, son regard se posa sur la statuette d'Anubis reposant près du sarcophage, un regard que suivit Amon alors qu'il glissait possésivement ses bras dans le dos de l'archéologue, crispant ses doigts contre la chemise.
« Ne compte par sur Eux pour m'échapper une nouvelle fois… je ne Les laisserais Jamais te reprendre… Jamais… Mon Ankh… Qu'importe Leurs malédictions… je suis Pharaon… je suis leur égal… ils ne peuvent rien contre moi… pour toi… » Continua Amon d'un ton possessif.
« …Amon ! C'est insensé ! Tu es mort ! Ton temps est révolu ! Laisse-moi en paix !» Se débattit l'adulte d'un ton dur, celui qui par le passé faisait obéir le jeune pharaon mais cela ne faisait désormais que rire l'adulte qu'il était devenu, ce sosie de lui-même, presque parfait.
Une…
« C'est vrai… Je suis mort… » Effleura t-il de nouveau sa joue, presque tendrement. Il n'avait de cesse de toucher cet homme qui lui avait tant manqué… Ce contact… cette sensation… Il y avait rêvé tous ces millénaires… et la réalité était indescriptiblement plus délicieuse. « Tu sais, mon cher esclave… C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour te rattraper…. Combien j'ai remercié ces immondes Hyksos lorsque cette dague s'est plongée dans mon corps… Combien j'ai savouré cette peine qui me rapprochait de toi… Qu'importe ce qu'il arriverait à Kehmet… Qu'importe ce qu'il adviendrait de mon fils… Qu'importe ce qu'adviendrait ce que nous avions construit… Il m'importait juste que je pourrais enfin te chasser… maudit fugitif… Sept interminables années avant cette délivrance… et maintenant après tant de songes… Je t'ai capturé de nouveau…»
Des paroles qui horrifièrent Ankh sûrement tout autant que les Dieux. Avaient-ils pu imaginer un seul instant que leur plans puissent rendre aussi fou le souverain de Leurs terres ?
« …Tu es fou, Amon » tenta t-il de le repousser mais son corps semblait pétrifié alors que le rire du seigneur des deux terres continuait de résonner dans la pièce.
Deux…
« … Et toi stupide mon cher esclave… « Lui attrapa-t-il les cheveux pour le forcer à relever le visage et croiser son regard arrogant qui le plongea dans une soudaine peur dont il ne trouvait pas la raison…
« A…mon …? »
Trois… Biaw
« Tu ne peux plus m'échapper… » Souri l'homme en lapant tel un chat les lèvres tremblantes de son esclave pris au piège de ses propres paroles.
« Arrête cela ! » le repoussa-t-il enfin pour reculer loin de ce sarcophage où était assis le pharaon. Il devait quitter ce cauchemar… Il se réveillerait dans sa cabine et…
« Ne bouge plus ! » Ordonna fermement le roi qui observa avec délectation le corps de son esclave se pétrifier à ses mots, savourant l'expression d'incompréhension peinte sur les traits de sa proie.
« A…Amon ! Qu'est-ce-que tu !? » s'exclama Andrew dans des jurons que le pharaon ne comprit pas alors qu'il quittait félinement son sarcophage pour rejoindre avec une lenteur désagréable l'archéologue qui ne pouvait qu'observer ce corps souple se mouvoir.
« … Tu es le seul responsable, mon esclave… » S'amusa t-il alors que les bandelettes glissaient sur le sol de la soute à chacun de ses pas. « … A répéter encore et encore ce nom… mon nom… celui d'un pharaon maudit… Ta propre insubordination te vaux ta défaite… tu ne peux plus jamais m'échapper Ankh… Nous sommes désormais liés a jamais… »
« … Imp… »
« Rien n'est impossible pour moi… je suis Pharaon… » Glissa-t-il ses bras autour de son cou, posant son front contre le sien. « …Et toi ? Qui es-tu… ? » Sourit-il, guettant patiemment cette réponse que les lèvres sèches de l'archéologue laissèrent échapper contre sa propre volonté.
« … Votre esclave… mon Pharaon… »
Une réponse qui fit ronronner de plaisir l'autre homme.
« … Pour toujours… » Ajouta Amon. Une phrase répétée par sa victime qui ne pouvait plus que maudire ses paroles, la magie des temps anciens et cet homme tenant de nouveau son existence entre ses doigts... pour faire ce qu'il désirait de son corps… de son âme… tout comme il y a tant de millénaires…
Il était sien… Trois mots à la saveur amère alors que la bouche qui se posait contre la sienne avait le goût si exotique de sable et de miel… Un goût accompagné de celui de la mort alors qu'il laissait ce baiser s'approfondir, offrant à son souverain ce que ce dernier avait désiré si ardemment depuis tant de millénaires… Cette âme et ce corps fougueux dont le cœur affolé s'accorda à celui de la momie. Leurs battements désordonnés finirent par s'étouffer peu à peu, laissant la mort reprendre de nouveau ses droits…

Au matin l'astre solaire se leva sur le Nil, l'équipage retrouva avec horreur au fond de la cale, où régnait une odeur putride, le sarcophage ouvert de l'être qu'ils avaient libéré de sa gangue de pierre. Blotti en son sein, s'y trouvait la momie du pharaon dont les bras décharnés et découverts de ses linges enserraient leur collègue dans une étreinte mortelle… Tous deux ayant quittés le monde des mortels… Unis dans la mort jusqu'à la fin des temps… Personne ne prêta attention à cette montre, gisant par terre, qui laissait de nouveau entendre son tictement.

Tic...tac…

FIN…