Un jeu parfait…pour Pharaon

Je n'aime pas ce monde. Je veux mon royaume, mon palais, l'odeur des acacias, le bruit des pas des esclaves dans les couloirs… Et toi aussi, j'en suis certain. Toi aussi, tu regrettes ma demeure, mon temps… Si ce n'était pas le cas, pourquoi cet air mélancolique ?
Qu'est ce qui te manquais là-bas ? Cette « Tek-noloji » ? Est-elle plus impressionnante que la notre ? Cette « Télé » ? Tu ne la regarde pas… Tu prêtais bien plus d'attention aux messagers qui nous apportaient les nouvelles de chaque recoin de mon royaume… Cette « Voi-Tur » ? Tu soupire sans cesse lorsque tu dois la prendre… Je suis sûr que tu regrettes ces chevaux impétueux que tu maitrisais d'une main ferme, le bruit de leurs sabots foulant le sable, l'air sec du désert fouettant ton visage lorsqu'ils partaient au galop entre les dunes...

Je n'aime pas non plus cette langue qui est désormais utilisée… non ces langues… Pourquoi en utiliser tant de différentes ?! Qui ne se ressemblent en rien ! Elles sont si dissonantes… La mienne était bien plus belle ! Celle de Pharaon ! La langue de nos Dieux…
Ces nouvelles langues… je les lis... je les comprends… Et pourtant je n'y comprends pas grand-chose en vérité… Toi aussi tu sembles être de mon avis… Tu abandonnes si facilement ces dialectes pour converser avec moi… « Phr'ra » que j'aime lorsque tu m'appelles ainsi… Quant les syllabes roulent sous ta langue, ce simple mot prononcé de ta voix grave. Je suis Pharaon, même si nous sommes tombés, disparus dans le sable du désert, je reste Fils de Ra.
Tant de douceur et de respect, parfois, dans ta voix lorsque tu m'appelles ainsi… pas comme tes compagnons, ils sont si outrageants ! Je ne sens que de la moquerie dans leur voix, leur croassements de vautours, lorsqu'ils m'appellent ainsi ! Pardonne mes paroles Belle Mout… mais pourtant !

Il y a cette femme, qui ne cesse d'être prés de toi. Elle n'est pas ton épouse ni ton amante… Tu la nommes une « col-légue… ». Une égale… Comment une femelle peut être ton égal ?! L'égal d'un homme ! Elles ne sont que nos servantes : elles enfantent nos successeurs… ou réchauffent nos couches… ce que désire ardemment celle-là ! Comment peux-tu ne pas t'en rendre compte ?! Toujours à répéter ton nom : « Andrew !... Andrew ? …Andrew…. » Endrou… quel nom horrible ! En…drou… Ankh est bien mieux ! Et puis c'est moi, Pharaon, qui l'ai decidé !
Pour en revenir à cette servante, elle ne semble pas m'apprécier… tant mieux elle m'insupporte ! Il y aurait bien longtemps que je l'aurais fait renvoyer… ou punir pour son insolence. Non. Je l'aurais fait punir puis renvoyer… l'aurait fait tuer peut-être ? Elle ne ferait même pas une bonne esclave… Pourquoi ne pas la donner aux soldats plutôt ?

Il y a aussi cet homme… Je jurais qu'Apophis s'est caché derrière ses traits complaisants, qui me rappellent tant ceux des nobles de ma cour. Te frappant amicalement l'épaule, un sourire aux lèvres alors que ses yeux brillent de convoitise… Pareil à un chacal tournant autour d'un morceau de charogne ! Tu sembles le savoir… mais tu ne fais rien pour t'en débarrasser… Pourquoi ?!
« C'est compliqué » me réponds-tu. Tout semble compliqué dans ce monde…
Ou est passé ta fougue !? Ton insolence envers les « c'est ainsi, ca l'a toujours été » ?! Celle qui m'a aidé et dépêtré du nid de vipères où je reposais ? Ta rage a disparu… Tu sembles las… Rendez-moi mon esclave rebelle ! Ce fauve maté au fond duquel, pourtant, sommeille encore sa sauvagerie prête se réveiller à n'importe quel instant… Pourquoi ne lacères-tu pas de tes griffes cet homme qui convoitise ton travail…

Ton travail… As-tu idée de la honte que j'ai ressentit lorsque je t'ai découvre sous ton vrai jour ? Toi, mon esclave préféré ? Mon confident ? Tu n'es finalement qu'un vulgaire pilleur de tombes ? L'admiration a laissé place à la déception… Est-ce pour te punir de ces crimes que les Dieux m'ont ramené prés de toi ? Pour te punir d'avoir troubler mon repos eternel ? Tous mes biens que tu t'es approprié et que tu découvres aux yeux du bas-peuple ? Ne ressens-tu aucuns scrupules à me violer ainsi dans ma derniere demeure… nous violer moi et mes pairs ? Qu'est ce que cela t'apporte à part quelque pièce pour nous nourrir ?
Je ne sais même pas si tu as la réponse… Tu sembles tout aussi horrifié que moi par tes propres actes… par tes mains souillées de l'or et des pierres précieuses qui sommeillent dans nos tombeaux… Alors pour continues-tu ?
Répond moi ! Arrête de rester silencieux à ma colère et mes questions ! Arrête de me fuir ! De fuir tes actes en me laissant seul tout le jour durant dans ces quelques pièces qui sont ta demeure !

La journée se termine enfin, tout comme mon divin ennui… J'avais tant espéré de ton monde tu m'en avais tant conté… pourtant je regrette presque ces papyrus s'accumulant, ces conseils, ces fêtes, ces cérémonies…
Pourtant une chose n'a pas changé… j'attend toujours avec impatience que la nuit tombe… que Nout s'étend au dessus de cette cité si lumineuse, rivalisant avec les astres constellant, tels des pierres précieuses, la peau saphir de la si voluptueuse Déesse… La nuit, tu me revient de nouveau…
Ce soir, tu vas encore rentrer tard... Je me retourne dans ma couche, ce « so-Fah » où je me suis allongé pour observer la « pen-Dul » La déesse me tiens depuis bien des heures compagnie, sans pour autant combler mon ennui… Tu rejoindras mes côtés que lorsque les tiges se rejoindront au zénith…

Tu seras fier ! J'ai tenu ma promesse ! Je suis resté « sage ». Sage mais ennuyé… Je me répète ? Surement parce que je suis las d'attendre ton retour… une attente que je sais va être encore longue…

Ca y est ! Te voila enfin ! Immédiatement je te rejoins pour te prouver que je suis resté sagement ici. Tu me félicites d'un sourire fatigué qui me fait un instant boudé… Que cela ? Pas d'autres compliments ? Pas de récompenses ? Ni d'offrandes pour ma royale patience ? …Très bien je passe sur ces détails…Tu sembles fatigué… tu as surement oublié…

D'un geste fluide presque félin, je te destitue de ce manteau pour te regarder t'effondrer dans le so-Fah où je t'avait attendu.
Je disparais un instant pour revenir avec un broc rempli de cette boisson noire et fumante que tu aimes. Je n'ai fait qu'imiter tes gestes du matin.
Un nouveau sourire fatigué de ta part à mon geste après un regard surpris. Ne va rien t'imaginer ! Je fais cela uniquement pour te rendre tes forces… un esclave éreinté ne me servirait à rien ! Et oui je l'ai fait tout seul ! Ton regard semble douté de ma sincérité. Quelle insolence ! Sache que faire cette boisson était un jeu d'enfant pour moi ! Fièrement je bombe le torse. Cela te fait sourire davantage et enfin tu m'éprouve ton « immense gratitude envers Moi, ton pharaon… ». Y sentirais-je de l'ironie ?
Je hausse un sourcil et cet éclat dans ton regard répond à ma question. Vexé je détourne le regard vers tes épaules affleurant sous le tissu de ta tunique… elles sont si crispées… Tes serviteurs et ton maitre, ce vieillard à la barbe blanche, t'ont encore tourmentés ? Quelle insolence de leur part ! Il n'y a que moi qui puisse te tourmenter !

Délicatement, je glisse mes doigts sur les contours de tes épaules, elles sont si larges… Tu tressaillis… Etrangement j'aime ta réaction. Apres tout je suis ton maître ! Il est normal que tu me craignes… Un mot de ma part et tu serais puni, non, …aurait été puni… par moi… pas par mes gardes… Cela a d'ailleurs déjà été le cas de nombreuses fois… ton dos en garde à peine de légères cicatrices… des lignes pales s'entrecroisant sur ta peau halé… pour le moment voilée par la fine étoffe blanche. Plus pour longtemps…
Je ne te laisse pas le droit de répliquer, ce d'un simple regard qui fait se refermer ces lèvres prêtes à me questionner sur mes actes. Personne ne questionne les actes de Pharaon… mes actes… J'agis comme bon me semble…

Je te destitue de cette pièce de tissu pour glisser mes doigts sur ta peau… Halée, elle est pourtant encore si claire comparée à la mienne… Comme un jeu, je suis les fines cicatrices qui ornent ton échine avant de m'arrêter… une autre idée en tête… un autre jeu… auquel il me plait de me prêter depuis que je t'ai retrouvé…
Soit heureux, ce soir, je jouerai ton esclave… te servir me divertis de mon ennui… Tu n'es pas un mauvais maître… Je ne pense même pas que tu connaisses mon petit jeu… Je suis silencieusement à ton écoute comprenant sans un mot tes désirs et y répondant… Pharaon sait jouer le parfait esclave… celui que tout le monde pourrait désirer… Ne suis-je pas celui de mon peuple… Ne me suis-je pas assez sacrifier pour mon royaume ?

Avec douceur et pourtant insistance, je descends mes doigts sur ton échine, dénouant ces nœuds douloureux cachés sous ta peau… Un grognement, me rappelant un fauve, t'échappe et fait s'ourler un peu plus mes lèvres d'un sourire amusé. Il n'y a que moi qui sache te soulager ainsi… qui te voit sous cette apparence vaincu par mes mains… Il n'y a que Moi, qui sache remédier à tes maux… et étrangement je m'en orgueillis… Tel un esclave fier de savoir qu'il satisfait son maitre… que ce dernier a besoin de lui…
Le Sauveur de mon règne… l'Elu des Dieux que seul le Pharaon peut aider… le seul à connaitre tes faiblesses…
Dans ce monde je suis plus fort que toi. Je te sers comme je te domine… Etait ce que tu ressentais lorsque tu me servais ?
J'étais ton unique maître… désormais je suis également ton unique esclave… Sensuellement mes paumes glissent de tes épaules jusqu'a ton torse…
« Biaw… » Ce mot m'échappe pour s'échouer à ton oreille. Mien pour toujours… je te l'avais dit…
Ta main se saisit d'une des miennes pour interrompre mon manège… Qu'y a-t-il pour que tu interrompes mon divertissement ? Le royaume n'est pas menacé que je sache ?! Je te jette un regard agacé et d'incompréhension. Je sais que tu es encore crispé… je sens ces nœuds revenir contre mon torse… alors pourquoi m'arrêter ? … Mes gestes t'incomodraient t-ils ? ...Comme c'est drôle…

Qu'importe ton regard menaçant de quelque punition, d'un sourire presque de défi ma main libre se remet à tracer les contours d'un de tes pectoraux… De nouveau tu frémis aux arabesques que je trace… Ces caresses ayant remplacé le massage que je t'offrais… Ta mine courroucée me fait rire alors que tu te saisis de mon poignet. Ne me fait pas croire que tu n'aimais pas ce traitement de faveur… Ne crois-tu pas que je vois cet éclat derrière ton regard menaçant. Pharaon… Je suis maintenant ton esclave… je sais tout de tes besoins… de tes désirs… même ceux que tu ignores toi-même… Et il est de mon plaisir et de mon devoir d'y répondre… Félinement, je me rapproche de toi... Ne m'en veux pas… après tout c'est toi qui me retient contre toi… Nos fronts se touchent… nos souffles se mêlent. Il n'y a qu'un pas pour que je me ravisse de tes lèvres… Je souris davantage sous tes yeux bruns qui me préviennent que je n'ai pas intérêt à faire ce que j'envisage justement de commettre… Tu te rebelles contre moi, mon esclave... mon maitre ? Parfait… c'est ce que j'aime chez toi, Ankh… Je frôle tes lèvres prêt à les gouter mais dans un grognement tu m'échappes en me relâchant et en quittant soudainement le so-Fah où je tombe. Un juron envers les Dieux et je te jette un regard vexé et boudeur. J'y étais presque… Finalement je ris devant ta mine gênée et outragée pour mon attitude effrontée. C'est bien mon esclave… mon Ankh que je retrouve.

Avec un grand sourire amusé et innocent je m'étire sur la couche et les coussins, observant avec plaisir ton regard désespéré. Je ne suis pas mauvais perdant… après tout ce n'est que la première manche, esclave… Tu échappes de la pièce pour préparer notre diner tout en jurant contre ma royale personne… je ne m'en vexe pas…

Continuant de m'étirer avec contentement, telle la belle Bastet, j'élabore de nouvelles stratégies pour gagner mon jeu… ce ne sera surement pas plus dur qu'un jeu de Seneth… Cette nuit, de nombreuses occasions me seront encore offertes… jusqu'à ce que l'on rejoigne notre couche… Je te volerais peut être plus que tes lèvres… ce soir… Je connais tant de meilleur moyens de te détendre… Et si ce n'est pas ce soir… cela pour être le prochain… après tout j'ai toute l'Eternité… Tu es le jeu parfait pour briser mon ennui, Ankh…

Fin

Lexique :
"Biaw" = Mien
"Phr'ra" = Pharaon