Margot Cœur d'Artichaut

Préambule

Cette fille-là, elle pourrait être mannequin ou chanteuse. Ou mieux encore aventurière ! Oui, c'est ça, aventurière ! C'est cool, aventurière, parce qu'elle voyagerait dans le monde entier, elle danserait sur des rythmes d'Afrique, prendrait part aux rituels des tribus ancestrales d'Amérique du Sud, et laisserait de magnifiques jeunes femmes hindous peindre son corps au henné et la vêtir de splendides saris aux couleurs chatoyantes. Cette fille-là serait svelte et belle. De ces beautés sauvages et naturelles, indomptables. Les hommes se retourneraient sur son passage et elle en rirait. Elle aurait une vie incroyable, vivrait à cent à l'heure, plongée dans des aventures hors du commun ! Oui cette fille-là, si elle avait pu, elle aurait été aventurière.

Cette fille-là, c'est moi, Margot, 24 ans, 1 mètre 63 et quelques kilos en trop. Ma vie d'aventurière se limite à quelques folies entre amis, et deux trois égratignures plus souvent imputables à ma maladresse légendaire qu'à mon goût du risque. Elle est belle l'aventurière ! Oui, cette fille-là, c'est moi. Ni belle, ni laide. Ni mince, ni grosse. Ni très drôle, ni très ennuyante. Juste… banale. Comme tant d'autres.

Moi aussi j'en ai rêvé de cette vie hors du commun, faite d'aventures et de mystères, de drames et de passions dévastatrices. Et je les vis ! Du fond de mon canapé, en m'empiffrant de cochonneries devant toutes ces séries où des adolescents à peine pubères mènent des vies au-delà du supportable et du réel. Perso, je l'attends encore mon Damon, vampire super-sexy qui viendrait m'enlever de mon canapé pour m'entraîner dans de folles chasses au loup garous ! Et mon Nate, qui me tirerait du ruisseau pour me transformer en reine de l'Upper East Side. Pas plus de porte des Étoiles vers la Galaxie de Pégase dans mon salon, que de mystérieux et brave Chevalier du temps jadis dans ma cuisine.

Et oui, je rêve. Je suis accro aux rêves et à l'imagination, c'est ma drogue, le tunnel sous ma prison. J'écris, j'invente, j'imagine et je m'évade de ma morne vie.

Mais nan, je ne suis pas dépressive, et ma vie n'est pas naze. Elle est juste normale. Banale. Tristement réelle. Pas de magie, pas de passion, pas de vibrations… « On m'aurait menti à l'insu de mon plein gré ? » disait le Richard Virenque des Guignols !

La faute en incombe à qui, dites-moi, si mon enfance a été bercée de rêves, de princesses et de magie, tant et si bien, que le monde adulte me paraît d'une effarante étrangeté ? Bref, je rêve. Et en attendant, la vie passe, et je la regarde passer.

À mon âge, c'est ringard d'écrire un journal intime – ou alors il faut s'appeler Elena Gilbert et être maquée avec un vampire ultra sexy, avoir un frangin qui ressuscite quand bon lui semble, et faire la bringue avec sa copine sorcière et son pote loup-garou. Manque de bol, même si j'ai déjà essayer de tuer mon frangin, pas sûre qu'il ressuscite, lui. Et même si certaines de mes copines ont un côté sorcière, et que la pilosité de mes potes a un petit côté lupin, c'est quand même pas très excitant.

Du coup, pas de journal intime. Nan, c'est trop kitsch. Alors, appelons ça, mes Mémoires, voulez-vous ! Ben quoi ? Si à 16 ans Justin Bieber a pu écrire les siennes, avec 8 ans de plus que lui, je peux bien le faire aussi, non ? Et moi, contrairement à lui, j'aurais la décence de vous épargner une chose capitale : je n'essaierais pas de chanter et d'inonder vos stations de radio préférée avec un soit disant « tube de l'année » qui vous donne envie de noyer des petits chats !

Bref, j'introduis, j'introduis, courage, c'est presque fini.

Moi, c'est Margot. Vous pouvez m'appeler Margot Cœur d'artichaut.

Margot Cœur d'Artichaut est une princesse. Mais une princesse sans couronne, sans royaume, et surtout sans Prince Charmant ! Alors lui… Mais lui ! Attendez un peu, que je vous en parle plus longuement de ce salaud de Prince Charmant. Parce que oui, soyons sincères, voilà qui va prendre une grande part de mes Mémoires : la quête du Prince Charmant. Et j'ai bien écrit « quête », hein, parce que paradoxalement, au plus il prend de place dans mon imagination et dans mes écrits, au moins il en prend dans ma vie, ce fumier !

Bien sûr, il n'y a pas que lui dans ma vie, Dieu Merci, d'autant que finalement il est aux abonnés absents ce crétin ! Non, Margot Cœur d'Artichaut a aussi son monde à elle, un petit monde, grand comme un champignon du Pays des Merveilles, mais un monde quand même.

Alors, je vous parlerai aussi du reste. De ça. Oui de ça, exactement, parce c'est ainsi que je vais communiquer avec vous, et que ça, c'est important dans ma vie : écrire. Écrire quand le besoin s'en fait sentir, quand l'envie nous prend, des fois aussi, quand d'autres vous mettent la pression. Écrire, ça soulage, ça détend, ça énerve, et c'est bon !

Et puis, beaucoup, encore et toujours, des autres. Ces Autres qui voyagent dans nos vies, ceux qui ne font que passer, ceux qui posent leurs valises, et ceux qui sont là depuis toujours, immuables. Bien sûr, il y a la famille, mais je ne sais jamais trop qu'en dire. Certaines choses font toujours mal, encore un peu trop pour les coucher sur papier. Mais peut-être un jour…

Et puis, il y Eux. Les Amis et les Autres. Pour ces Autres, une amie a inventé un très joli terme : l'Amourtié© (ne lui piquez pas, elle m'a obligé à y mettre un copyright!). Alors ce que l'on met derrière ce terme est propre à chacun, mais moi je sais que certaines de mes amies ne peuvent simplement être affublées du terme si commun d'amies. Parce qu'elles sont comme ma famille. Loin des yeux parfois, mais jamais loin du cœur. D'elles, je vous parlerai aussi beaucoup. Parce qu'elles me portent, sont mon socle, ma bouée, ma joie, mais aussi mes plus grandes peines et douleurs.

Et d'encore bien d'autres choses, parce qu'après tout, des mémoires, c'est l'anarchie : je fais ce que je veux, quand je veux !

Eh bien, voilà plus de mille mots que je vous bassine avec mon introduction décousue, faite d'élucubrations et d'égarements, alors je vais m'arrêter là. Et si par bonheur, vous n'avez pas encore épuisé toute votre patience, je vous retrouve sur le premier chapitre. Entrons dans le vif du sujet : et si je vous parlais de Lui. Oui, oui, Lui, le Prince Charmant.