Bonjour, bonsoir, comme cela vous convient ! Me voici avec un petit OS un peu dingue où je me suis demandé jusqu'où pourrait aller une métaphore improbable entre un humain et un objet tout ce qu'il y a de plus banal... Je me demande si je vais pas en faire d'autres comme ça. Par contre je ne suis pas le narrateur, moi je me contente d'écrire, pas de raconter... 'u'

Sur ce, bonne lecture !

Informations:

Titre: Bouteille

Rating: K+

Genre: OS - Angst (je suis pas douée pour classer mes fics dans des catégories...)

Résumé: Une personne, selon moi, c'est une bouteille. Pleine, vide, à demi-pleine, à demi-vide, dans un caisson, en tessons, sur le comptoir, dans le fridge... Y'en a partout, des bouteilles, de toutes les tailles, de toutes les matières, de toutes les formes, pourtant, on reconnaît une bouteille quand c'en est une parce qu'elles sont toutes faites de la même façon.


Une personne, c'est une bouteille. Déjà, ça a un nom mal fichu, un nom qui lui correspond pas toujours, que les gens déforment, changent. Pleine, vide, à demi-pleine, à demi-vide, dans un caisson, en tessons, sur le comptoir, dans le fridge... Y'en a partout, des bouteilles, de toutes les tailles, de toutes les matières, de toutes les formes, pourtant, on reconnaît une bouteille quand c'en est une parce qu'elles sont toutes faites de la même façon, et ont toutes la même utilité à la base. Et à la base je dis parce qu'il y aura toujours des originaux qui la pervertiront, c'te bouteille, et la changeront en entonnoir, en jean, en batte de base-ball... Mais bon, y'en a une, à la base, commune à toutes les bouteilles: vivre en contenant et en versant, puis ensuite advienne que pourra. Je dis bien à la base, aussi, parce que dans le "advienne que pourra", il y a toujours un moment où la bouteille en plastoque se fait écrabouiller, où la bouteille en acier se fait découper et où la bouteille en verre se pète. Y'a des mains pas très vigilantes, voire cruelles dans ce monde, c'est pas nouveau. Bon, je suis pas là pour faire un plaidoyer sur le sort des bouteilles, ni pour créer une association en faveur du recyclage... Car non, chez les personnes, il n'y a pas de recyclage. Tu es là où tu ne l'es pas. Point.

Moi, je suis une bouteille en verre. Tu tapes dessus, ça fait du bruit, mais c'est dur, et c'est assez élégant, transparent, et tout et tout. Mais ce qu'on sait pas toujours, c'est que c'est fragile, et quand c'est cassé ça coupe. Tu me casses une première fois, je tombe en gros morceaux, facile de les recoller et de me rabibocher. Mais j'ai perdu mon liquide, je suis vide à présent. Et un jour je me re-casse. Cette fois, ouh là là, trop de morceaux pour les compter. C'est pas moi qui vais les recoller, je recolle déjà les morceaux d'autres bouteilles, j'ai les doigts tout coupés - et les poignets aussi. Du coup t'hésites plus ou moins. Me jeter à la poubelle ou tenter le tout pour le tout ? Me recoller en prenant le risque de me faire mal et d'oublier des morceaux ? Nan, sérieux, va te trouver une autre bouteille. Moi je suis complètement cassé, tu vas vouloir me remplir ça va déborder, je vais t'être d'aucune utilité, je ne suis même plus beau, alors tu parles d'un objet décoratif. Nan, va chercher une autre bouteille, maintenant on en fait des plus jolies, des plus solides, méfie-toi juste de l'étiquette dessus. Et laisse-moi, jette-moi à la poubelle, j'ai fait mon temps. Je ne demande rien d'autre. Ne te coupe pas les doigts pour rien.

Moi, je suis une personne. J'ai un nom pourri, qui sonne mal à mes oreilles et celles des autres, qui ne me va pas. J'ai des limites même si je ne les montre pas. J'ai déjà reçu des coups durs, mais je m'en suis plus ou moins remis. Mais il y a un moment où je ne maitrise plus rien, où je me lasse de me relever tout le temps, où je trouve tout ça absurde, où je me sens vide. C'est à ce moment-là qu'un autre coup dur arrive. Moi qui me suis toujours occupé des autres, je me retrouve con à essayer de m'occuper de moi-même alors que c'est impossible, que je suis fichu, que je n'en peux plus, que je me vide de mon sang, de mes forces, de mes sentiments, de tout. Je ne deviens plus qu'un vulgaire objet, utile à ses heures, mais maintenant plus vraiment. Je suis une gêne plus qu'autre chose. Il y en a qui pensent que ce n'est pas le cas, on essaie de me relever, mais je crois bien que je ne veux plus me relever. Allez donc vous rendre heureux ailleurs, il y a des personnes tellement mieux, mieux que moi, qui ne suis plus personne. Toi, par exemple. J'aimerais que tu refasses ta vie avec quelqu'un de bien, moi je ne saurai pas te satisfaire. J'ai même pas la vingtaine, mais c'est déjà beaucoup. Je ne pensais même pas l'atteindre d'ailleurs. Tous tes efforts seront vains, je le crains. Je ne demande rien d'autre que de vous laisser tranquille, tous, avec mes histoires.

Je vais finir à la poubelle. Point. Essayez pas de me repêcher, vous allez vous couper les doigts.