Il neige toujours beaucoup en Angleterre. Il faudrait que j'aille faire mon bonhomme de neige, d'ailleurs.

Bonne Lecture


Chapitre 1

Sous le pâle soleil d'hiver, Sélane se rendait tranquillement chez un de ses amis. La dernière fois que ce dernier avait manqué les cours dispensés par le château datait de plus de deux ans, et il n'était pas venu pendant presque un mois. Elle resserra son écharpe blanche autour de son cou lorsqu'une bise glacée souffla et pressa un peu le pas. Elle pensa à ses autres amis. Aucun n'avait voulu l'accompagner sous prétexte qu'il n'y avait rien à craindre et que n'importe qui pouvait tomber malade de temps en temps. Mais elle savait que pour la plupart d'entre eux, ils n'étaient pas venu simplement parce qu'il parce qu'il faisait trop froid dehors et qu'ils préféraient rester bien au chaud chez eux, plutôt que de se déplacer pour savoir ce qu'avait leur ami. Plongée dans ses pensées, elle ne se rendit pas tout de suite compte qu'elle était arrivée devant la maison aussi blanche que la neige, qui n'était pourtant pas encore tombée. Le toit d'ardoise et les volets étaient aussi noirs que les murs étaient blancs, sur deux étages. Mais ce n'était pas celle qui détonnait le plus, dans Horlain. Rien que la maison voisine avait des couleurs criardes plutôt douteuses.

Elle frappa quelques petits coups légers sur la porte sombre, qui s'ouvrit alors que sa main ne s'était pas encore rabaisser.

- Tiens, Sélane ! Quel bon vent t'amène chez moi, par ce temps glacial ? Demanda le grand brun aux yeux plus clairs que le ciel et d'une quarantaine d'année qui avait ouvert la porte.

- Bonjour Walyd ! Je venais simplement voir si Talan se portait bien. Il n'est pas venu, aujourd'hui.

- Oh, tu n'aurais pas dû te déplacer pour si peu. Il a juste attrapé froid en voulant m'aider. Je lui ai conseillé de rester quelques jours ici, en attendant qu'il aille mieux.

- Je peux le voir, s'il vous plait ?

- Je ne pense pas, non. Il a dit qu'il ne voulait pas être dérangé et il s'en voudrait beaucoup s'il te donnait ce qu'il a attrapé. Je te promets de lui dire que tu es passée. Je suis sûre qu'il sera bientôt capable de revenir au château. Rentre chez toi, maintenant, avant que tu n'attrapes froid toi aussi.

Sélane eut la désagréable impression d'être mise à la porte, mais depuis que Walyd et Talan étaient arrivés dans la ville, six ans auparavant, il en avait toujours été ainsi. Personne à sa connaissance n'était même encore rentré chez eux. Ils avaient peu d'amis en la ville et la plupart des habitants pensaient qu'ils n'étaient pas fréquentables. Mais cela ne semblait pas déranger les principaux concernés plus que ça. Etrangement, Talan était même parfois d'accord avec les villageois, lorsque ces derniers disaient qu'il ne fallait pas les fréquenter.

Elle haussa les épaules pour chasser ces pensées et fit demi-tour pour rentrer tranquillement chez elle. Mais elle n'avait fait qu'une centaine de mètre lorsqu'elle vit que quelqu'un courait vers elle. Elle s'aperçut que c'était son grand frère que quand il fut devant elle, la surplombant de deux têtes. Il était plutôt imposant pour son âge. Pas gros, mais bien bâti, et très grand. Il resta silencieux quelques instants, le temps de reprendre son souffle.

- Je sais qu'il fait froid, mais ce n'est pas une raison pour courir comme si tu étais suivit par une avalanche, Thian.

- C'est maman. Elle a dit que si je ne te rejoignais pas au plus vite, elle allait me faire travailler comme un esclave et j'aimerais bien pouvoir continuer d'aller au château.

- Qu'est-ce qui ce passe ?

- Tu te rappelles que Nosk a disparu il y a deux jours. Eh bien, il a été retrouvé, mort, pas très loin de la salle des fêtes. Il a été assassiné.

- Quoi ? Mais qui aurait voulu le tuer ? Il n'aurait jamais fait de mal à une mouche.

- Sélane, Nosk était plutôt genre escroc et malhonnête. Il avait quand même quelques ennemis. On sait juste qu'il a été attaqué, mais on ne sait pas par qui, ou quoi. Maman veut que tu rentres immédiatement. Elle prétend qu'elle nous empêchera d'aller au château si on n'est pas revenu rapidement.

- On fera comme d'habitude, on ne l'écoutera pas. Mais là tout de suite, je veux bien rentrer. Tu m'as fait peur.

Son frère lui prit les épaules pour réconforter sa cadette de deux ans et pour rentrer chez eux. La situation ne semblait pas très dangereuse pour le moment, mais les menaces de leur mère eurent des effets aussi radicaux sur leur vitesse de retour que s'ils avaient croisé l'assassin.

Nosk faisait partit des professeurs du château. Les cours furent ainsi suspendus pendant deux jours en sa mémoire – bien que la majorité des villageois ne le respecta pas – et ses cours en particulier furent même définitivement supprimés. La nouvelle réjouit beaucoup les étudiants de plus de treize ans, qui, sachant lire et écrire depuis déjà quelques années, grâce au système d'école gratuite mise en place par les nobles du château, n'avaient plus vraiment besoin de sa discipline. Les plus jeunes apprendraient à lire et écrire avec leurs autres professeurs.

Lors de la reprise des cours, très peu d'étudiants furent présent. Il ne restait aussi qu'une journée avant la trêve hivernale et l'école n'ayant jamais été un manque pour eux, ne pas venir une journée ne leurs semblait pas être dramatique pour la majorité d'entre eux. Cependant, Sélane et Thian étaient venus, surtout pour désobéir à leur mère plus que par une réelle envie de suivre des cours. Leurs quatre amis les plus proches étaient également là. Y comprit Talan, qui ne semblait pas tellement très heureux d'être présent.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu n'es jamais malade d'habitude, dit Sélane sur un ton d'inquiétude.

- Ce n'est rien de grave. J'ai juste attrapé froid en aidant Walyd à couper du bois.

- Ton tuteur n'est pas très raisonnable. C'est son travail, pas le tien.

- C'est moi qui avais insisté et je n'ai pas écouté ses avertissements. C'est de ma faute. Arrête un peu de me fixer comme ça, Kelen. C'est dérangeant !

- Tu as quelque chose de changer mais je ne trouve pas quoi, éluda Kelen en continuant de le regarder.

- C'est sans doute parce que je suis encore un peu enrhumé, répondit Talan en détournant son regard.

- Attention, le coupa presque Thian. Les problèmes arrivent. Voila les deux asperges. Étrange qu'ils soient venu aujourd'hui, d'ailleurs.

Les jumeaux de Harlos approchaient effectivement d'eux. Plus grands mais moins costauds que Thian, ils avaient presque la même tête, bien que l'un soit une fille et l'autre, un garçon. Tout le monde les trouvait encore plus étrange que Walyd et Talan, mais ils ne se montraient pas si virulent à leur sujet, puisqu'ils étaient des enfants de nobles. Tout d'abord, ils méprisaient tous ceux qu'ils croisaient et lançaient toujours des regards noirs par leurs yeux en amandes. Et ils avaient d'étranges mèches blanches dans leurs cheveux noirs. Et le simple fait d'être les enfants du dirigeant de la ville leur faisait croire qu'ils pouvaient tout ce permettre.

- Mais c'est le retour inattendu de Talan Dolovan. Je me demande comment tes cinq petits larbins ont pu se passer de toi. Ils sont si insignifiant que j'en ai oublié leurs noms, ria le jeune homme.

- Mais si, tu sais, il y a les deux petits chiens fidèles, Thian et Sélane Briac, souvent accompagné par le trop curieux Kelen Okaran. Et il reste les deux pots de colle aristocrates, Konya du Roy et Elya d'Inaro, railla sa sœur.

- Ce ne sont pas mes larbins, Nakata, et vous feriez bien de faire attention à ce que vous dîtes.

- C'est une menace ? Tu entends ça, Naliko ! Talan nous menace.

- Oh, qu'il est cruel ! Je n'ai jamais connu quelqu'un de plus vil que toi.

- Lequel de nous deux est le plus vil, Naliko ? Si je devais choisir, je ne me désignerais pas en premier et c'est ton frère qui tiendrait la place de choix. Maintenant, laissez-nous avant que je ne me mette vraiment en colère.

- Et que comptes-tu nous faire, petit démon ?

- Cela suffit, maintenant, intervint un homme à la voix grave derrière eux.

- Père, c'est lui qui a commencé, se plaignit Naliko. Il a menacé Nakata alors qu'on passait tranquillement à côté d'eux.

- Ce n'est pas vrai. Vous l'avez provoqué volontairement, je vous aie vu, répliqua le père. On ne harcèle pas quelqu'un qu'on méprise. Est-ce que je le fait, moi ? Je vous demanderais de ne pas fréquenter ce genre d'individu.

- Je n'ai jamais eu l'intention de vous fréquenter non plus, Kioshi ! Rétorqua Talan avec un brin de méchanceté dans la voix, mais moins important que lorsqu'il s'était adressé aux jumeaux.

Ils regardèrent les trois de Harlos partir. Ils savaient tous que Kioshi les méprisait autant que ses enfants mais contrairement à eux, il ne leur avait jamais causé d'ennuis. Mais cela venait sans doute que son titre de comte qui muselait la plupart de ses envies. Il devait penser au bien être de Horlain et ses alentours avant de penser au sien. Lorsqu'ils furent hors de vue, Talan se leva soudain en mettant rageusement son sac sur le dos.

- Tu vas où comme ça ? Demanda Kelen.

- Je rentre. Ils ont détruits ma journée. Je sais, il reste un cours. Ce n'est pas la peine de me faire la morale, Elya. Les trois quarts des étudiants ne sont pas là. Alors un de plus ou de moins ne changera pas grand-chose. Et il n'y a plus de créatures magiques à étudier. Elles ont toutes disparues.

- Mais nous devons voir les vampires aujourd'hui, lui rappela Konya de façon enthousiaste. Cela devrait être passionnant.

- Parle pour toi. Je déteste ce cours. Bonne fin journée.

Il était partit avant qu'un de ses amis ne puissent l'arrêter. Il était déjà loin lorsqu'ils se levèrent pour aller en cours. Kelen et Konya furent à peine troublé par son attitude, habitués à ses sautes d'humeurs et se dirigèrent vers l'intérieur du château comme si rien ne s'était passé. Mais les trois autres les suivirent un peu plus lasse qu'au début de la journée.


Voila pour aujourd'hui. L'histoire commence vraiment, maintenant.

J'espère que ça vous a plu.

La suite mardi !

Bonne fin de week-end !