Chapitre 40

Talan était satisfait. Sa petite démonstration sur Sélane avait fait son effet et plus personne ne l'approchait à moins de cinq mètres depuis plusieurs jours. Il avait besoin d'être seul pour le moment, et ils le laissaient tranquille. Seul Kelen venait le voir de temps en temps, mais jamais il ne lui parlait et il restait toujours adossé au mur. Sa présence ne le dérangeait pas, et il était même heureux qu'il ne l'abandonne pas complètement après les menaces qu'il avait faites. En ce qui concernait Sélane, elle avait décidé de complètement l'ignorer. Si même Walyd se méfiait de lui, alors il était hors de question qu'elle lui adresse de nouveau la parole. Elle ne comprenait pas pourquoi Kelen restait près de lui. D'ailleurs, un soir qu'elle fut particulièrement énervée, peu après être sortie de table, elle passa sa colère sur l'oracle-sorcier. Ce dernier, qui s'était attendu qu'à un moment ou un autre, on lui reproche de rester au côté de Talan, ne broncha pas une seule fois alors qu'elle l'insultait et garda un calme que l'énerva encore plus.

- Tu es toujours avec lui. Tu as peur qu'il claque entre les doigts, ou quoi ? Moi, je dis que ça nous ferais des vacances.

- Je veille simplement à ce qu'il ne reste pas seul trop longtemps. Aucun de vous ne va le voir.

- Pour qu'il nous envoie valser à travers la pièce, non merci. Et ce n'est pas à toi de dire ça. Tu ne l'approches pas non plus.

- Evidemment ! J'assume mes erreurs, mais sûrement pas les tiennes. Je ne tiens pas à subir les conséquences de ton… impétuosité.

- Ça ne t'empêche pas de passer le plus clair de ton temps près de lui. On t'ennuie ou tu aimes le danger ?

- Serais-tu jalouse, Sélane, que je préfère plutôt passer du temps avec Kelen qu'avec toi ? Dit Talan derrière Kelen.

Avant que ce dernier n'ait eu le temps de se retourner, deux bras puissants l'enlacèrent soudain, lui bloquant les bras, et un peu la respiration. Il rougit fortement en sentant le vampire se rapprocher et il tenta de se libérer. Lorsque Talan posa son menton sur son épaule, il arrêta tout mouvement et son visage ressemblait maintenant à une belle tomate ayant passée de nombreuses heures au soleil. Sélane écarquilla les yeux et elle se mit plutôt à ressembler à un poisson hors de l'eau. Elle s'attira alors le sourire, puis le rire sadique du sang pur. Dans la pièce, plus personne n'osait bouger, mais Riwal se dit qu'il devait les virer au plus vite de sa maison avant qu'il n'arrive une catastrophe.

- Qu'est ce…ce que vous faîte ? s'écria soudain Sélane.

- Oh, tu as toujours ta langue. J'étais persuadé de te choquer suffisamment pour que tu perdes l'usage de la parole.

- Talan, arrête un peu de jouer avec nos nerfs. On s'en veut suffisamment comme ça.

- Walyd, tu es sûrement le mieux placé pour savoir que je ne peux pas m'en empêcher.

- Tu t'es reclus pendant plus de deux cents ans. On ne change pas du jour au lendemain.

- Les sang-purs sont imprévisibles. Vous n'avez pas vu la moitié de ce que je peux faire. Tu veux peut-être que je t'en fasse la démonstration.

- Talan, arrête s'il te plait. Tu me fais mal, souffla un Kelen toujours aussi rouge.

- Tu auras de la chance, si… commença Sélane.

Elle s'arrêta subitement en voyant que le vampire obéissait. Ce dernier poussa un soupir de soulagement et se préparait à se masser les épaules quand Talan lui prit brusquement la main et l'emmena dehors. Les autres restèrent abasourdis, ne comprenant vraiment plus le comportement du vampire. Nocta, qui réagissait toujours très vite, trouva rapidement de quoi leur occuper les mains et l'esprit. Talan quant à lui, emmena son ami sur le rivage, et il s'assit sur le rocher qui surplombait la mer, comme tous les soirs depuis qu'ils étaient arrivés en Saaman. Kelen hésita un peu avant de le rejoindre et de s'asseoir près de lui. Ils restèrent silencieux un moment, l'oracle-sorcier se massa.

- Je m'excuse pour tout à l'heure, dit soudain Talan. Mais Sélane commence à vraiment m'énerver.

- Ce n'est pas grave. Ce n'est pas comme si tu m'avais réellement sauté dessus. Et elle commence à me porter sur le système aussi. Pourquoi tu souris comme ça ?

- Tu as rougis. C'était tellement mignon. Je t'aurais bien croqué.

- Ne refait jamais ça, s'il te plait. Et pourquoi tu écoutes ce que je te demande, d'abord ? Les autres vont s'imaginer des choses, répliqua Kelen en rougissant de nouveau.

- Pourquoi je t'écoute ? Parce que tu es le seul qui semble m'accepter comme je suis et tu es celui qui à fait le moins de remarques désobligeante sur mon "état". C'est toi qui m'as fait accepter Hinary, mais surtout tu es le seul en qui j'ai confiance.

- Tu ne devrais me faire autant de louanges. C'est à cause de moi que Lorea et Eozen t'ont fait souffrir.

- Peut-être, mais nous ne savions que ça me ferais ça si tu me soignais. Alors arrête de t'en vouloir pour ça. Je te signal aussi que tu es le seul à t'inquiéter de ce que je ressens.

- Ne tombez pas amoureux de moi, espèce de vampire décérébré !

- Ça te dérangerait beaucoup, si c'était le cas ?

- Euh…

- Ne t'inquiète pas, ria Talan devant la mine décomposée et effrayée de son ami. Je n'ai peut-être jamais réellement aimé Hinary, mais je ne tiens pas à souffrir ou te faire souffrir pour ce que les gens appellent l'amour. Tu es bien trop important pour ma stabilité mentale.

Kelen ne répondit pas mais commença à gravement s'inquiéter pour sa stabilité mentale à lui. C'était sans doute à cause de lui que le vampire en était arrivé à un tel point de non retour et ce dernier ne lui avait jamais fait autant de compliments qu'il n'en avait entendu venant de lui. Il voulait le réconforter alors que c'était Talan qui en avait le plus besoin, et non le contraire. Il savait qu'il était triste de la réaction de ses amis. Décidant soudain que son équilibre mental n'était pas aussi important que celle du sang pur, il se rapprocha. Talan l'arrêta cependant avant qu'il n'est pu aller bien loin.

- Si tu fais ça, tu ne pourras pas revenir en arrière.

- Pourquoi ? J'estime être déjà perdu.

- Ta tante n'est pas aussi effrayée pas moi que les autres. Elle viendra sûrement voir où on est et je ne suis pas sûre qu'elle vienne seule. S'ils nous voient comme ça, tu perdras le peu de soutien qu'il te reste encore.

- Si je suis arrivé à un point où l'opinion des autres ne m'intéresse plus, alors je ne vois pas ce qui m'empêchera d'essayer de te rendre heureux, répliqua Kelen en l'enlaçant pour de bon.

- Ne tombez pas amoureux de moi, Nedja suicidaire !

- Je ne promets rien, ria le jeune homme.

Ils restèrent ainsi très longtemps. Le vampire n'avait fait aucun geste mais Kelen avait posé sa tête sur son épaule en gardant ses mains accrochées à l'autre. Lorsque ces dernières tombèrent, il devina que son ami s'était endormi. Même si l'été approchait à grand pas, les nuits étaient encore fraiches, et Talan décida de le serrer contre lui pour éviter qu'il n'attrape froid. Comme il l'avait pensé, Nocta vint voir où était son neveu, en compagnie de Walyd, quelque heures après être partis. Le sang pur sourit : son ancien colocataire ne parlerait sans doute pas s'il n'y était pas obligé. Mais connaissant Sélane, et l'affection que Walyd semblait lui porter ces derniers temps, il était fort possible que tout le monde soit au courant de leur petite nuit dehors. Et alors, Kelen perdrait le peu de crédibilité que ses amis daignaient encore lui accorder. Et lui attirait encore plus de méfiance, pour avoir "corrompu" l'oracle-sorcier. Il se demanda s'il ne devait pas partir et tous les abandonner pour qu'il puisse arriver à ses fins et se débarrasser de son frère. Kelen regagnerait sans doute un peu de leur confiance, s'il l'abandonnait. Mais ça, il n'en avait pas vraiment envie, en fait.


Attention, on va rentrer dans la partie slash. J'avais déjà prévenu, mais pour ceux et celles que ça ne plait pas, vous pouvez passer votre chemin !

A demain !