Note : je publie cette histoire à la place de l'amie qui l'a écrite, puisqu'elle n'a pas de compte FictionPress;) Enjoy !

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La véritable histoire du Petit Chaperon Rouge

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Mes amis... depuis des années vous êtes maintenus dans l'ignorance de vos propres légendes, mais il y en a une que je tiens tout particulièrement à rectifier, et je peux en témoigner, parce que j'étais présent.

Je suis partout, j'ai des yeux partout et des oreilles partout.

Je suis sans âge.

Je suis omniprésent et omniscient.

Un dieu ?

Oh la la, non. Ne vous méprenez pas, je n'ai rien d'un dieu. Moi, je ne suis que le vent.

Je colporte par mont et par vaux bien des légendes, pour les murmurer à l'oreille attentive de ceux qui savent encore écouter. Malheureusement, il y en a qui ne savent qu'à moitié, alors lorsqu'ils racontent à leur tour les légendes du monde, il arrive qu'ils fassent des erreurs, mais nulle légende n'a été plus écorchée et tronquée de sa vérité primaire que celle que vous avez nommé : le petit chaperon rouge.

Je me dois de la rectifier. Un devoir de conscience voyez-vous, car après tout, c'est aussi un peu de ma faute, je n'ai pas réussi à atteindre le bon Chuchoteur de Brume, ainsi que l'on appelait autrefois les Hommes capable de comprendre ma langue.

Voici comment tout à commencé...

A cette époque là, les routes étaient tracées par les bêtes, de simples chemins de pierres ou de terre pouvant mener dans une ville ou bien des kilomètres de zones désertes de vies humaines, et totalement sauvages.

Pourtant, les parents laissaient leurs enfants courir les chemins sans trop d'inquiétude, pour peu qu'ils ne s'aventurent trop loin des sentiers battus.

Il n'était pas rare de trouver des demeures fort éloignées les unes des autres, mais nulle n'avait élu domicile plus loin des bourgs que la grand-mère de la petite fille à la cape rouge.

Cette petite était très connue dans le bourg où elle vivait avec sa mère. Sa cape à chaperon rouge lui avait été offert par sa mère, afin que la vieille grand mère à la vue déclinante puisse la voir venir de loin sur le sentier traversant la forêt.

D'ordinaire, elle ne partait jamais seule pour rendre visite à sa grand mère, mais cette fois-ci, il le fallut bien.

La mère de la petite au chaperon était une boulangère réputée et avait eu une importante commande de pain, alors ne pouvant quitter ses fourneaux, elle avait bien tout expliqué à son enfant écervelée afin qu'elle ne se perde pas en chemin.

Hélas, l'enfant était ce jour là plus excitée à l'idée de battre seule les sentiers qu'attentive aux indications maternelle.

Elle avait coiffé avec un soin tout particulier ses cheveux blonds, s'était débarbouillée plus longtemps que de coutume et avait enfilé sa plus jolie robe.

A dix ans, elle était déjà coquette.

Sa mère lui avait confectionné un panier avec quelques provisions à apporter à sa grand mère qui n'aimait guère arpenter sur les marchés de la bourgade.

La vieille femme s'était retirée de l'agitation mondaine pour préférer le calme et la sérénité d'une jolie clairière au milieu des arbres de la forêt, et elle en était très satisfaite.

La fillette soupesa le panier préparé par sa mère, et souleva avec curiosité un pan de la serviette qui le recouvrait.

Le panier n'était pas très lourd, il contenait un beau fromage, un petit pot de miel, et quatre tourtes à la viande.

Vous voyez à quel point l'histoire a été mal entendu dés le départ...

La mère, les mains plantées dans la pâte et de la farine jusqu'au coude embrassa sa fille, lui recommanda d'être prudente, de ne pas quitter le sentier, et de ne pas adresser la parole aux étrangers. Si elle s'en tenait à ses explications, tout se passerait bien, mais elle devait revenir avant la tombée de la nuit.

La petite en fit la promesse et quitta la demeure en sautillant gaiement, son chaperon bien en place sur sa tête afin que tout le monde dans la bourgade la voit passer.

Elle prit soin de bien rester sur le sentier, du moins jusqu'à l'intersection, ou un vieux panneau de bois indiquait deux directions.

Zut. Que lui avait dit sa mère ?

Le petit chaperon rouge regretta de ne pas avoir été plus attentive, car elle était très étourdie et oubliait très vite tout ce qu'on pouvait lui dire d'important. A droite ? A gauche ?

Elle s'assit sur un gros rocher moussu, planta son menton dans sa main, et entreprit de réfléchir.

Ouh ! Que c'était difficile de penser à des choses sérieuses !

Elle souleva la serviette et regarda dans le panier avec envie. La petite était aussi très gourmande. Elle ne marchait que depuis dix minutes, mais elle avait déjà faim.

Bah, se dit-elle. Sur les quatre tourtes, grand-mère m'en aurait de toute manière donné une.

Et hop, elle en saisit une encore toute chaude et la dévora sans en laisser une miette, parce qu'il fallait bien l'avouer, sa mère faisait très très bien la cuisine et ses tourtes à la viande étaient délicieuses !

Après avoir mangé, elle se sentit mieux et recommença à réfléchir.

A force d'hésiter, elle regarda mieux les deux directions et décida de prendre celle qui serait le plus facile et le plus ensoleillé, et pleine de certitudes, elle prit en sautillant le sentier de gauche.

Évidemment, elle s'était trompée, et ne le réalisa que fort tard, lorsqu'après avoir marché bien longtemps selon son jugement, elle ne voyait toujours pas la cheminée fumante du toit de sa grand mère.

Elle s'arrêta alors et regarda derrière elle. Dieu que le sentier s'étirait loin ! Qu'il était sinueux !

Retourner sur ses pas serait tout aussi long que pour arriver jusqu'ici, et elle commençait à se sentir fatiguée.

C'est alors qu'elle eut une idée.

Et si je coupais le sentier à travers la forêt ? Je rattraperais celui de droite bien plus vite qu'en faisant demi tour !

Elle la trouva excellente, et ne pensant déjà plus aux recommandations de sa mère, elle s'éloigna dans le sous bois.

Hélas, ce que le petit chaperon rouge ne savait pas, c'était que dans une forêt, il n'était pas rare que l'on tourne en rond en pensant pourtant aller bien droit, et bientôt, elle ne vit plus le moindre sentier nulle part et se retrouva complètement perdu.

Le petit chaperon rouge n'avait encore vraiment réalisé sa situation, mais elle s'assit sur une bute et souleva encore la serviette. Il restait trois tourtes, encore toutes tièdes.

Bah, se dit-elle. Sur les trois tourtes, grand-mère m'en aurait forcément donné une.

Et hop, elle en attrapa une et le dévora sans en laisser une miette.

L'odeur de la bonne viande s'était répandu à travers les arbres, parvenant jusqu'au museau noir et touffu d'un loup dont la forêt était le royaume.

Attiré, il suivit l'arôme qui flottait dans l'air jusqu'à l'endroit où se tenait le petit chaperon rouge, et il fut très étonné de la trouver là.

La fillette n'eut pas peur en le voyant, car en ce temps là, les hommes et les bêtes pouvaient encore se comprendre.

– Et bien ? Fit le loup surpris. Que fais-tu si loin dans la forêt ?

– Je me suis perdu, répondit le petit chaperon rouge en reniflant. Je me suis trompée de chemin et j'ai voulu coupé à travers les bois, mais maintenant je ne retrouve plus aucun des deux.

– Voilà qui est fâcheux, en convint le loup. Où voulais-tu aller ?

– Chez ma grand-mère, qui habite dans la clairière au bout du sentier.

Des sentiers, il y en avait des tas. Des clairières aussi. Mais des clairières au bout d'un sentier, il n'y en avait qu'un seul dans les environs, et le loup le connaissait bien.

– Oh ! Alors tu es la petite fille de la vieille grand-mère ?

– Tu connais ma grand-mère ? S'étonna le petit chaperon rouge.

– Ça, pour sûr, répondit le loup. Elle a toujours été très aimable avec moi lorsqu'il m'arrivait de traverser ses terres.

Le petit chaperon rouge fut enchanté de la tournure des évènements et demanda au loup de la remettre dans la bonne direction. Ce dernier n'était pas très enthousiaste à cette idée, car il avait faim maintenant et aurait surtout voulu chasser. Toutefois, il eut une idée.

– Je veux bien t'aider, mais qu'as-tu à m'offrir en échange ?

Le petit chaperon rouge réfléchit, et offrit de donner son ruban rouge, mais le loup refusa. Que ferait un loup avec un ruban à cheveux ? Ce serait tout à fait ridicule.

Le petit chaperon rouge offrit alors de donner sa petite chaine de cou, mais le loup refusa. Elle serait bien trop étroite pour lui.

Le petit chaperon rouge regarda le panier, et se rappela qu'il restait encore deux tourtes.

Bah, se dit-elle. Si le loup me remet sur le bon chemin, arrivé à la maison, il ne pourra tout de même pas défoncer la porte de grand-mère si je la lui refuse.

Et oui. La fillette était vraiment très gourmande et voulait une tourte pour elle toute seule lorsqu'elle serait chez sa grand-mère.

– Si tu m'aides, je te donnerais une tourte à la viande.

Le loup accepta volontiers et guida la petite fille à travers la forêt. Il s'arrêta pourtant lorsque l'on pu apercevoir la fumée et le haut de la cheminée.

Il ne voulait pas aller plus loin, des bucherons travaillaient non loin, et ces derniers n'aimaient pas beaucoup les loups.

– Tu es presque arrivé. Donne moi la tourte que tu m'as promis.

Mais le petit chaperon rouge insista pour que le loup l'accompagne. Les bucherons étaient au travail, ils ne s'occuperait pas d'eux.

Avec un peu de réticence, le loup accepta finalement, parce que les tourtes sentaient vraiment bon, et que maintenant, il avait vraiment très faim.

La fillette frappa à la porte, et tira la chevillette, mais la grand-mère n'était pas là.

Ils entrèrent et trouvèrent le lit défait et encore chaud.

– Bon, fit le loup. Je t'ai conduit jusque dans la maison de ta grand-mère, alors maintenant, donne moi ma tourte.

Mais la petite fille était vraiment, vraiment, vraiment très gourmande, et bien sûr, elle trouva le moyen de refuser, parce que non, sa grand-mère n'étant pas là, elle avait fait le trajet pour rien.

Le loup se mit alors en colère et déclara que ce n'était pas honnête et qu'il prendrait tout seul sa récompense.

Il sauta sur le petit chaperon rouge pour attraper le panier, mais l'enfant se mit à crier au-secours et un bucheron l'entendit.

Il accourut et entra dans la maison à son tour. Le loup voulu s'expliquer, mais la fillette se réfugia derrière l'homme en colère, sanglotant qu'après avoir sûrement dévoré sa grand-mère, le méchant loup avait voulu la manger aussi.

– Voyez ! Pleurait-elle. Les draps de ma pauvre grand-mère sont encore tout chaud !

Le bucheron brandit sa hache pour abattre le loup, qui se sentant perdu préféra prendre la fuite. Il s'échappa par la fenêtre de justesse, la hache n'emportant que quelques poils de sa queue touffue avant qu'il ne disparaisse entre les arbres.

Le bucheron tentait de consoler le petit chaperon rouge tout fier intérieurement d'avoir pu persuader le bucheron qu'elle avait confondu le loup et sauver ses tourtes, lorsque des coups se firent entendre de dehors, provenant des cabinets.

La fillette se rendit devant la porte, et à l'aide de sa hache, le bucheron la défonça.

– Ah enfin ! Fit la grand-mère en sortant, encore en chemise de nuit et bonnet de flanelle. Le battant s'est coincé et je ne pouvais plus sortir !

– C'est le loup ! Lança aussitôt le petit chaperon rouge. Il a enfermé grand-mère pour que je ne la trouve pas ! Il voulait que je me laisse manger en pensant qu'elle était déjà morte ! Il a dévoré presque toutes les tourtes qu'a fait maman !

La grand-mère qui avait déjà vu le loup une ou deux fois en fut très étonnée, mais la fillette donna tant et tant de détails qu'elle finit par convaincre tout le monde, et pour la consoler et la récompenser d'avoir été aussi courageuse, la grand-mère lui donna une tourte entière pour elle toute seule.

Quant au loup, il regagna son antre au plus profond du cœur de la forêt et se jura que plus jamais il ne fréquenterait les hommes, car ce n'étaient que de fieffés menteurs.

Et voici comment, en trompant tout le monde, le petit chaperon rouge fit croire aux hommes que les loups étaient fourbes et cruels, et les petits chaperons rouges d'innocentes victimes.