Bonjour à tous! Voilà un nouveau chapitre, qui a été assez dur à écrire parce qu'il était inspiré d'une scène bien précise dans un livre (La Forêt qui n'en finit pas, de Jean-Louis Foncine) et que je n'arrivais pas à m'en détacher suffisamment. Finalement, j'en suis plutôt satisfaite, même si j'ai dû renoncer à certains éléments, trop proches du récit d'origine.

Le titre est donc un hommage à cette scène qui m'a tant inspirée, puisqu'il s'agit du titre du chapitre dans lequel cette histoire est en grande partie relatée.

Merci à tous pour vos reviews et bonne lecture! :)


...et ils s'enfoncèrent dans la forêt, un soir de défaite

La rumeur grondait, enflait, se propageait. L'armée arrivait. Ils gagnaient du terrain. Ils avançaient, ne laissant que des cendres grises derrière eux. Et des des cadavres noirs. Bientôt, leur village serait détruit lui aussi. Et les rires joyeux des enfants s'éteindraient à jamais.

Ils ne voulaient pas de cela. Ils voulaient vivre encore et ils ne voulaient pas connaître la violence. Le monde avait sombré dans le feu et le sang mais il devait bien rester un lieu de paix et de bonheur, au milieu de tout ce chaos...
Les hommes avaient quitté le village, ils étaient partis à la guerre eux aussi. Certains forcés, d'autres avec enthousiasme. Tous sans espoir de ne jamais revenir. La guerre enlevait les maris et les gardait précieusement auprès d'elle. Les femmes la haïssaient. Les vieillards la maudissaient. Les enfants ne comprenaient pas.

Les hommes, seuls, étaient partis, mais la guerre les rattrapait tous, et leur village serait détruit...

Où pouvaient-ils aller ?

Ils devaient partir, ils ne pouvaient rester, ils seraient tués. Mais où aller ?

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Des battements de tambour, au loin. Panique. Ils ont trop tardé. L'ennemi est là.

Cependant, il y a quelque chose d'étrange dans ces battements de tambour. Loin de la furie et de la rage de l'armée en marche, ils semblent tristes, doux, un peu mélancoliques. Les habitants restent immobiles, hypnotisés par ce lent roulement de tonnerre.

L'armée pénètre dans le village, tambours en tête. Des tout jeunes hommes pour la plus grande part, cheveux aux vent, regard triste. Au fond, encore des enfants. Leurs vêtements sont déchirés, certains tambours sont éventrés – et pourtant, ils frappent encore et leur écho résonne au loin – l'horreur se lit sur leurs visages. Des déserteurs. Des hommes qui ont fui la guerre et ses massacres, la guerre et ses vaines promesses de gloire, la guerre et son sein possessif. Peu sont du village, qu'importe. Ils sont des leurs.

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Ils continuent leur marche silencieuse, uniquement rythmée par la mélopée déchirante des tambours, comme un unique cœur fracassé. Ils passent dans les rues du village et un-à-un, sans un mot, les habitants se joignent à leur étrange cortège. Ils avancent ainsi, muets, et quittent le village, la guerre est là. Leurs maisons seront réduites en cendres mais ils demeureront. Ils refusent de disparaître.

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Une forêt s'ouvre devant eux. Mystérieuse sans être effrayante ou menaçante, belle sans être surnaturelle, ses arbres diffusent un appel mystérieux. Les tambours s'y engagent sans hésiter, comme absents de la réalité, et l'étrange foule les suit, à peine surprise. Ils pénètrent tous dans la forêt dont le nom a été oublié depuis longtemps. S'il l'avait su, se seraient-ils aventurés en son sein ?

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Ils pénètrent dans la forêt, les uns après les autres, et continuent d'avancer, sans fin, à la recherche d'un lieu épargné par la guerre. Ils continuent de marcher, toujours, sans jamais s'arrêter, le bonheur est au bout du chemin. Ils avancent sans fin, dans cette mystérieuse forêt, au rythme des tambours fantômes. Mais ils n'en ressortirent jamais. La Forêt-qui-n'en-finit-pas garde ses habitants avec elle, pour toujours.

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Des femmes, des enfants, des vieillards. Tous avaient fuit leur village, fuit la guerre et s'étaient enfoncés dans la forêt à tout jamais, enfants disparus depuis des années. Leurs tristes fantômes erraient, prisonniers d'une forêt infinie...


Voilà, j'espère que ça vous a plu, n'hésitez pas à me laisser une review ;)