冷えた 夜は冷たく月も凍りついてた
月は 海に沈んで冷えた海を 照らして °

Je suis strictement le genre de personne à vouloir éviter les effets de modes,à aimer ce que personne n'aime,à traquer l'originalité jusque dans ses derniers retranchements. Si j'avais vécu au moyen-âge,j'aurais été le sorcier roux; Si j'avais fait la guerre,j'aurais été suisse. Partager un effet,un trait de caractère avec une personne me répugne presque,on m'a enseigné que la rareté des choses faisait leur valeur, hors si l'on suit ce raisonnement :plus je suis unique plus ma valeur augmente. Certains m'appelleront «snob»,d'autres «arrogant», «hautain». Pensez ce qu'il vous plaira,ces paroles montrent juste votre intérêt pour ma personne couverte par une grossière couche d'indifférence factice qui ne trompent personne à part vous-même,vous m'enviez d'être moi-même : ne niez pas. Il est si facile de porter un masque,si dur d'être soi.

Ma vie était menée comme si inconsciemment j'avais millimétré tous les détails qui me permettrait de m'éloigner le plus possible de «l'autoroute» si morne de la généralité humaine universelle. Je ne rêvais que de chemins sinueux,sombre et merveilleux,encore inconnus et inexplorés. Je ne fumais pas,j'aimais les hommes,j'estimais mes parents à un âge adolescent où l'on aurait dut les haïr, je souhaitais rester vierge jusqu'à une date encore indéterminée n'étant pas programmé par l'échéance d'une cérémonie religieuse matriarcale,que j'avais d'ors et déjà banni de ma «liste de chose à faire avant 70 ans»,je ne souhaitais pas de progéniture,j'ai toujours voulu apprendre l'octobasse mais il n'y en a qu'une dizaine sur ce monde,je me suis rabattu sur la dormais sur un futon,je portais le haut de forme et la canne. Un oiseau rare dans un sombre paysage,un visionnaire incompris et persécuté,fou tant qu'il n'est pas raisonné : j'adorais ça. Et le 20 novembre 1990, je pris un billet pour assister au spectacle de ma propre perte,je m'inscris dans un cursus universitaire,ce qui m'avait jusque là rebuté,par pur esprit de contradiction. J'hésitais donc entre islandais et norvégien, finit par hasard en musicologie.

Je n'étais pas une personne asociale,c'était bien trop commun d'être associable. J'avais quelques amis chers,que je nommais pompeusement ainsi car c'était le respect qui leur était dut,mais ils étaient plus pour moi,mais aucun mots de la langue française ne serait adéquate pour les qualifier. Et donc,j'arrivais dans ce cursus avec 2 mois de retard,chose inhabituelle,et à mon image évidemment. Ma harpe contre toute attente devint mon graal,je me sentis habité comme peu de fois dans ma vie par un sentiment universel : la passion. Bien heureusement,ma passion à moi était non pas plus belle,mais plus étrange,enivrante et exceptionnelle que celle de tous mes collègues,qui eux ne souffraient que d'une banale passion de virtuose depuis leur plus tendre enfance lorsqu'on leur avait glissé leur instrument entre les mains. Mes professeurs me méprisaient pour ça,il eut été trop injuste de dire que j'avais tort, mais ma manière les surplombaient et leur déplaisaient par logique. Les regards envieux des bons élèves,incapable malgré leur perfection d'éveiller leur intérêt, était un bain de jouvence pour moi dont je me délectais chaque jour. Encore une fois ma différence servait ma réussite d'une manière peu commune.

Et je remarquais Hiro,éblouissant de perfection parmi la perfection des autres étudiants. «Hiro» ,l'un des prénoms japonais les plus banals,et pourtant un «Hiro» perdu au milieu des «Antoine»,«Christophe»,«David» dans un paysage parisien... Il me plut. Et força mon admiration,par son indifférence réel et non feinte du monde alentour. Je répugnais à montrer mon intérêt pourtant je n'eus pas le choix, il me battit sur mon propre terrain et ce d'une manière désarmante : en ne levant jamais les yeux de sa contrebasse. Et lorsqu'il daignait enfin observer ce monde qu'il habitait comme un spectre,il ne marquait aucun temps d'arrêt sur la personne détraquée que j'étais. J'en fus vexé.

Des mois passèrent, et je dus me résigner à créer une composition avec un de mes collègues. Aucun ne me paraissait digne,l'idée me répugnait véritablement de délivrer une partie de mon âme à une tiers personne par le biais d'une création. Hiro fut pour moi la seule possibilité envisageable,et par miracle : il me choisit d'un regard. Mon orgueil en fût flatté, j'avais réussi à l'atteindre. Nos génies créatifs combinés n'avaient pas de limites,nous avons fait 7 compositions,nous nous sommes vus 14 fois en l'espace d'un mois.

Et nous avons fait l'amour au bout de la 4eme,ainsi que les 10 suivantes. J'avais ainsi décidé de la perte de ma virginité,Hiro n'aimait pas faire l'amour aux femmes,il aimait qu'on lui fasse l' j'aimais lui faire l'amour. Sa mère l'avait fiancé à une adorable bécasse nippone qui s'était donné à lui avant son départ. Depuis ce jour,il s'était promis de ne jamais remettre un pied dans son pays natal tant qu'elle n'aurait pas eu son 1er enfant d'un autre homme. Il ne répondait plus aux appels de sa mère et s'était contenté d'une lettre pour lui expliquer la situation. Il avait abandonné son amant nippon dans le même temps. Sa contrebasse était les seules courbes délicates qu'il étreignait ,les miennes étaient grossières,celle d'un homme. Hiro me disait que c'étaient pourtant les plus belles après celle de sa contrebasse. Il ne parlait pas beaucoup pourtant un oreiller pouvait lui donner parole. Il ne trouvait nulle originalité dans mon physique, deux yeux et deux jambes était suffisant. Je fus déçu et heureux qu'il m'octroie un qualificatif qu'on ne m'avait jamais adressé : «Normal». Pour ce qui était de ma personnalité c'était «merveilleusement moi»,il avait réponse à tout. Mais si ça lui plaisait, être «normal» en étant «moi» ne me dérangeait plus venant d'un être aussi particulier que pouvait l'être Hiro. Je sombrais alors dans un sentiment bien trop commun à mon goût, sa peau sentait bien trop bon, sa présence était bien trop requise à mon côté. Je pris peur.

Nous décrochâmes notre année universitaire avec une facilité déconcertante grâce à nos compositions. Je pris mes distances, je n'étais pas encore prêt à devenir «comme tout le monde». Hiro le comprit,il s'éloigna. Nous reprîmes en septembre,aucune peau n'avait été plus douce que la sienne durant les trois mois écoulés sans sa présence. Nous avons recommencé à nous voir en novembre, il me fit l'amour et concéda que c'était bien plus agréable qu'avec la bécasse nippone. Je fis alors une ultime tentative de normalité en vu de mon propre bonheur et décidait que j'appartenais à Hiro corps et âme,en échange il me donna son coeur.

Aujourd'hui encore,je hais suivre les modes. Et je hais particulièrement,cette engouement niaiseux par moment que peut provoquer le pays natal de celui qui est toujours mon conjoint, comme je hais que l'on croit que je mange des croissants tous les matins,des cuisses de grenouilles à midi,des escargots au diner. Pour palier à ça,mon seul amour et moi vivons désormais au fin fond du Kirghizistan septentrionale dans une hutte de peau de bête et ma foi nous nous y accordons très bien. Surtout les soirs d'hiver glacial quand nous faisons l'amour. La seule normalité que j'aime et admire c'est l'amour,car c'est la seule normalité exceptionnelle.