Coucou !

Je suis nouvelle sur ce site et voici donc ma première histoire publié... Je l'avais envoyé l'année dernière à un concours de jeunes écrivains (que j'ai raté d'ailleurs) et j'avais vraiment envie de faire partager cette nouvelle...

J'espère qu'elle va vous plaire ! N'hésitez pas à me faire part de vos impressions !


Comètes.

Sous le doux murmure de chaque grain, l'écume bleue s'échoua sur le sable noir. Les rayons de la lune sous leurs pieds se reflétaient sur le ciel brun. Une légère brise faisait voler leur chevelure emmêlée autour de leur visage alors que le petit groupe avançait doucement et silencieusement, traînant leurs pieds dans l'eau argenté de l'océan.

Ils ne savaient pas où ils allaient. Tout ce qu'ils faisaient, c'était avancer. Tantôt pour passer le temps, tantôt pour trouver d'autres personnes dans le même cas que le leur.

Car, ils le savaient, il y en avait d'autres.

Ils avancèrent encore un peu plus et remarquèrent tous un point remuer au loin.

Ils s'immobilisèrent et leurs yeux se plissèrent. Puis, après que la silhouette eu à nouveau bougé, une fille s'exclama :

"Il y en a un là-bas !"

Tous la regardèrent un moment puis, ils accoururent vers leur nouveau compagnon. C'était un adolescent d'un peu plus de seize ans qui, bien qu'endormit, semblait sur le point de se réveiller. La fille aux cheveux bruns le saisit par les épaules et le secoua doucement, ne voulant pas le blesser. Les yeux du garçon s'ouvrirent et s'écarquillèrent sur le coup de la surprise. Il repoussa l'adolescente et recula en voyant les trois autres personnes.

"Qui êtes-vous ?" Hurla-t-il.

Il toisa du regard les inconnus.

Celle qui venait de le réveiller était brune et grassouillette, ses joues rondes lui donnant un air de rongeur. Il y avait deux garçons, tous deux blonds. L'un était très grand, d'une taille presque démesurée tandis que l'autre était nain. Ils étaient tous les deux très minces.

La dernière était une jolie rousse au corps frêle. Ils semblaient tous avoir son âge.

"Chut ! Calme-toi !" Dit la brune. "Nous sommes comme toi."

Le garçon arrêta de bouger et fronça les sourcils.

"Comme moi ?

"Oui. Nous sommes tous perdus et nous ignorons où nous sommes."

L'adolescent se mordit nerveusement le coin de la lèvre et jeta de brefs coups d'œil aux alentours. Il n'avait jamais vu un paysage pareil. Il songea également qu'un tel décor ne pouvait pas exister.

La fille se releva et lui tendit la main. Après un moment d'hésitation, il la saisit.

"Moi c'est Ylenia." Se présenta-t-elle avec un petit rire dans la voix.

Elle adressa un grand sourire au garçon, sourire auquel il ne répondit pas, trop sur ses gardes. Elle désigna des doigts les deux garçons blonds derrière elle.

"Eux, ce sont Zéphyr et Joachim et..."

Elle tourna un peu son regard et regarda l'adolescente aux cheveux roux qui se tenait un peu en retrait. Le garçon la regarda puis, observa de nouveau la brune qui avait cessé de parler.

"Et toi, comment tu t'appelles ?" Demanda-t-elle finalement en se tournant vers lui.

Le garçon, sursauta, surpris.

"Cal..Calixte..." bégaya-t-il.

"Heureux de faire ta connaissance Calixte." Déclara Joachim, le petit blond, avec un petit sourire sincère.

Le garçon aux cheveux noirs regarda tour à tour chaque personne.

"Vous ne savez vraiment pas où nous sommes ?"

"Eh bien..." commença Ylenia. "Non. Nous ne savons pas..."

"Et nous nous souvenons de rien non plus." Intervint Zéphyr, visiblement mal à l'aise.

Calixte sembla réfléchir un instant et laissa échapper un soupire agacé.

"Moi non plus je ne me souviens de rien...enfin si...d'un bus, mais rien d'autre."

Ylenia, Joachim et Zéphyr se regardèrent, consternés.

"Nous aussi !" S'exclama Ylenia. "C'est certain, tu as dû vivre la même chose que nous ! Nous nous sommes tous retrouvés ici et nous nous souvenons tous d'un bus."

"Même elle ?" Interrogea Calixte en désignant la rousse d'un mouvement de tête.

Cette dernière, gênée, avait détourné la tête et fixait un point imaginaire. Elle semblait avoir honte qu'on parle d'elle et tenta de se faire la plus petite possible.

"Eh bien...on ne sait pas...elle est muette. On ignore même son nom."

Le ton sur lequel avait parlé la brune était angoissé et légèrement méprisant. Il était clair que la présence de la rousse l'effrayait. Il était clair qu'elle l'insupportait.

"Tu as essayé de lui parler ?"

"Nous avons tous essayés !" Crièrent-ils tous presque en chœur. "Mais elle est têtue ! Elle nous ignore complètement ! Du coup, on a arrêté de lui parler."

Le brun se demanda un instant pourquoi elle réagissait de cette manière mais laissa bien vite tomber. Ils discutèrent tous ensemble hormis l'adolescente à la chevelure de feu qui restait toujours très éloignée. Joachim, Ylenia et Zéphyr expliquèrent à Calixte que tout ce qu'ils savaient c'est qu'il n'y avait aucun moyen de sortir de cet endroit.

Comme s'ils étaient enfermés.

Aussi, ils ignoraient depuis quand ils arpentaient cet étrange monde mais ils ne ressentaient ni la faim, ni la soif. Parfois, ils avaient froid. À d'autres moments, ils étaient fatigués. Cependant, pas un instant ils n'avaient ressentis le besoin de s'alimenter. De se nourrir de quoi de toutes manières ? Il n'y avait rien à par eux à cet endroit... C'est ainsi que Calixte entra dans le petit groupe.

Les jours suivants, ils marchaient tous ensemble, parlaient et riaient parfois, rarement. Et, à chaque instant, la rousse était mise à l'écart. On ne pouvait savoir si c'était les autres qui la rejetaient ou bien si c'était elle qui se tenait éloignée de sa propre volonté.

À aucun moment elle ne regarda Calixte. Elle semblait même s'en désintéresser. Et ce fut pareil pour les autres, remarqua le brun après quelques journées en leur compagnie.

Ce groupe était très hétérogène. Ylenia était drôle et un peu garçon manqué. Zéphyr était relativement calme et la personnalité de Joachim se rapprochait de celle de la brune.

Ils apprirent tous à se connaître et, avec le temps, s'attachèrent les uns aux autres.

Un soir, l'adolescente rousse s'était mise un peu plus à l'écart qu'à l'accoutume.

Calixte prévint les autres et rejoignit l'adolescente assise sur le sable noir devant la mer.

"Tu..."

D'un geste brusque de la main, elle le fit taire. Puis, elle attrapa le poignet du garçon et le força à s'asseoir. Tout en le tenant d'une fermeté douce, elle le regarda, plongeant ses yeux ambrés dans les siens. Puis, elle lui montra du doigt la lune qui était à leurs pieds.

L'adolescent retint un hoquet de surprise. L'astre lumineux bougeait et glissait lentement vers la mer et, tout aussi lentement, monta dans le ciel. Ses rayons dorés contrastaient étrangement avec l'argent de l'océan et illuminait la plage de ses doux rayonnements. Puis, la lune cessa de bouger et resta haut dans le ciel. Depuis que Calixte était là, il n'avait jamais vu tout ça. En se retournant, il constata que ses trois autres amis n'avaient pas bougés et continuaient à parler. Sans doute avaient-ils déjà vu ce magnifique spectacle.

"Ils ont déjà vu ça ?"

Elle hocha de la tête.

"Et...demain, la lune ne sera plus comme ça, n'est-ce pas ?"

Elle acquiesça à nouveau. Il poussa un petit soupir, déçu. Il ignorait à quel intervalle la lune faisait ce chemin mais il espérait le voir souvent. Une douce mélodie s'éleva, comme provenant du ciel et de petites lumières illuminèrent ce ciel sombre en passant à toute vitesse devant les yeux émerveillés du garçon. Le spectacle dura de longues minutes durant lesquelles il ne détacha pas son regard du ciel. La fille tira un peu sur sa manche, le faisant sortir de sa rêverie. Il l'interrogea du regard et la vit écrire sur le sable.

"Je crois que si on attrape une comète, on sort d'ici".

Il haussa les sourcils, surpris.

"Vraiment ?"

Elle hocha de la tête.

"Et, comment tu sais tout ça ?"

Elle le regarda un instant puis haussa les épaules, comme si ça n'avait aucune importance.

Conscient qu'elle n'avait jamais "parlé" aux autres et qu'elle venait de le faire avec lui, Calixte en profita.

"Et...je voulais te demander...tu t'appelles comment ?"

Elle le regarda, à son tour surprise. Puis, elle effaça de la paume de sa main droite ce qu'elle avait écrit un peu plus tôt. De son long doigt fin, elle traça les différentes lettres qui formaient son prénom.

"Alaïs..." lu Calixte. "C'est un joli nom !" Dit-il un sourire aux lèvres.

L'adolescente releva son visage vers Calixte et le remercia d'un magnifique sourire, laissant entrevoir ses dents blanches. Elle avait vraiment l'air heureuse à cet instant.

"Moi, c'est Calixte." Se présenta-t-il.

Elle le regarda, ses yeux se plissèrent et elle se mit à bouger doucement comme si elle riait.

Il se rendit compte d'ailleurs qu'effectivement, elle riait, même si elle n'émettait aucun son, aucune parole.

"Tu le savais déjà, n'est-ce pas ?" Demanda-t-il bien qu'il connaissait déjà la réponse.

Elle fit oui de la tête. Il ria à son tour, se trouvant idiot de s'être présenté à une personne qui le connaissait déjà. Après tout, elle était présente lors des présentations. C'était logique qu'elle connaisse son prénom...

"Eh bien, Alaïs, un jour, on attrapera une comète." Annonça-t-il, un grand sourire aux lèvres.

Elle se tourna brusquement vers lui, le fixant de ses yeux ambrés. Elle cherchait dans ses traits la preuve qu'il était sérieux. Puis, elle lui offrit un sourire joyeux tandis que ses yeux disaient clairement "merci". Le garçon sourit à son tour.

Les jours passèrent. Calixte essayait de faire en sorte qu'Alaïs se mêle plus au reste du groupe. Cependant, Ylenia était toujours mal à l'aise en la présence de la rousse bien que cette dernière faisait de gros efforts pour se faire accepter. Les deux blonds, de leurs côtés, n'eurent pas le moindre mal à se lier d'amitié avec la jeune fille.

Les jours, les semaines passèrent. Calixte avait perdu la notion du temps comme les autres précédemment. Mais, il y avait une chose dont il était certain. La lune faisait son manège environ tous les dix jours et les comètes n'apparaissaient qu'une fois sur deux. Le quatrième soir, elles apparurent. Il avait voulu aller en attraper une pour Alaïs mais cette dernière l'arrêta. Elle lui fit comprendre qu'elle ne voulait pas quitter ce monde à cet instant. Il lui demanda alors quand elle le souhaiterai mais elle n'écrivit rien, se fermant dans le silence de la nuit. Il soupira et essaya de bouger pour qu'elle le regarde. Mais, il n'y avait rien à faire, elle refusait catégoriquement de bouger.

"Pourquoi ?" Lui demanda-t-il enfin, blessé par son silence et ne comprenant pas le comportement de la jeune fille.

De son doigt, elle écrivit une simple phrase : "Je ne veux pas que tu disparaisses !".

Il fronça les sourcils.

"Tu sais, si je te donne la comète, c'est toi qui va partir et rentrer chez toi !" Dit-il en riant.

Mais, son rire s'interrompit quand il remarqua le regard grave de son amie. Elle ouvrit la bouche puis la referma en secouant la tête.

"Expliques-moi..." supplia-t-il.

Elle se mordilla nerveusement la lèvre inférieure et nouai ses doigts. Elle dodelina de la tête, cherchant probablement comment donner une explication concise à son ami, puis écrivit : "Me donner la comète serai contraire aux règles".

"Quelles règles ?" Demanda-t-il à nouveau, sa curiosité piqué au vif.

Elle n'écrivit plus rien et se mit à l'ignorer. Il essaya de lui demander comment elle savait tout ça, pourquoi elle disait cela et si elle savait où ils étaient. Au fond de lui, il savait qu'elle était au courant de beaucoup de choses et il souhaitait qu'elle lui explique ce qui leurs étaient arrivés. Malheureusement pour lui, elle se referma sur elle-même et l'ignora de nouveau comme elle le faisait toujours pour les autres.

"C'est normal." Soupira Ylenia le lendemain matin. "Tu as trop cherché à savoir ce qu'elle savait."

"Tu n'es même pas étonnée ?"

"Non. Pour être honnête, on avait deviné qu'elle savait beaucoup plus de choses que nous. Mais elle n'a rien voulu nous dire. Contrairement à toi, elle ne nous a pas écrit son nom. La seule chose qu'elle a pris la peine de nous faire comprendre était qu'il fallait qu'on la laisse tranquille."

Joachim et Zéphyr hochèrent la tête silencieusement.

"Ylenia...pourquoi as-tu peur d'elle ?"

La brune sursauta.

"Comment ça, Cal ? Moi ? Avoir peur ?!"

Le garçon ne releva pas le fait qu'elle l'appelle par un nouveau surnom et prit un air agacé.

"Ne joue pas à ça avec moi, je sais depuis le début qu'il y a un truc qui cloche entre elle et toi et j'aimerai juste savoir ce qu'il y a au juste."

Ylenia joua nerveusement avec une de ses mèches de cheveux et poussa un soupir énervé. Elle se calma tout de même et entreprit d'expliquer ce qu'elle ressentait.

"Vois-tu, quand on a atterrit ici, moi et les garçons, elle était déjà là. En fait, elle était juste en face de nous et ne bougeait pas, comme si elle attendait depuis longtemps qu'on se réveille. Évidemment, on s'est demandé qui elle était ! C'était vraiment trop étrange pour ne rien dire ! Et puis, cet endroit..."

Elle se tu et elle arrêta de jouer avec sa mèche brune. Elle ramena ses deux mains sur ses genoux et regarda les trois garçons assis comme elle, au sol, et constata qu'ils attendaient patiemment qu'elle continue.

"Je crois qu'elle y est pour quelque chose."

L'expression de Joachim et de Zéphyr ne changea pas, contrairement à celle de Calixte. Les deux garçons blonds devaient sûrement penser la même chose d'Alaïs.

"Qu'elle y est pour quelque chose ?" Répéta le brun, abasourdit.

Ylenia hocha la tête.

"Mais..mais c'est impossible ! Elle est trop..."

"Gentille ? Fragile ?" Demanda l'adolescente d'une voix glaciale.

Calixte humecta ses lèvres et soupira, son regard se perdant dans la contemplation de la mer. Alaïs était là, une fois encore, assise sur le sable. Elle faisait face à l'océan comme si elle attendait patiemment le retour d'une personne ou que quelque chose d'incroyable arrive.

"Écoute, rien ici n'est logique. Nous savons pertinemment que ce genre d'endroit n'existe pas. Alors..."

"Alors quoi, on a été capturé, on nous a enlevé notre estomac pour qu'on ait plus faim et ce serait elle qui aurait fait tout ça ? Et dans quel but, dis-moi ?" S'énerva le garçon.

Ylenia prit un air vexé et tourna la tête.

"Elle a raison, Calixte...Ce serait quand même étrange que ce ne soit pas le cas...elle t'a parlé d'un quelconque règlement ! C'est déjà la preuve qu'elle n'est pas comme nous..." dit doucement Zéphyr.

Le brun soupira une nouvelle fois, tentant d'évacuer le stress qui s'accumulait depuis trop longtemps. Il se replia sur lui-même et ramena ses jambes contre son torse. Il posa sa tête sur ses genoux, les entourant de ses bras et il sentit ses joues devenir humides.

"J'ai envie de rentrer chez moi..." sanglota-t-il.

Ses trois compagnons se retinrent de pleurer, partageant son envie de retourner dans leur maison et de revivre leur ancienne vie au sein de leur famille.

Au loin, Alaïs les entendaient mais ne disait rien. Son regard douloureux plongé dans les vagues de l'océan, elle tentait d'enterrer la peine qu'elle ressentait.

Le temps s'écoula doucement à partir de cette nuit-là. Alaïs se mettait de nouveau à l'écart tandis que les autres ne lui accordaient plus la moindre attention, au grand soulagement de la brune. Elle aurait pu disparaître qu'ils n'auraient rien remarqué. Néanmoins, malgré ce qu'avaient affirmés Ylenia et Zéphyr, Calixte continuait à penser que l'adolescente à la chevelure rousse n'y était pour rien. Aussi, il ne comprenait pas lui-même pourquoi il réagissait de cette manière. En réalité, il avait peur. Il avait peur d'apprendre comment Alaïs savait tous ce qu'elle avait dit et tous ce qu'elle gardait pour elle.

"Me donner la comète serai contraire aux règles".

De quoi avait-elle parlé ? Et, s'il attrapait une comète et qu'il la lui donnait...qu'adviendrait-il de lui ?

Ce soir-là, les comètes apparurent pour la cinquième fois, leur ballet accompagné d'une mélodie cristalline.

Calixte jeta un bref coup d'œil dans la direction d'Alaïs. Elle était toujours dans sa contemplation de l'océan scintillant d'argent. Il n'attendit pas une seconde de plus et couru dans la même direction que les comètes. Il courut, courut à en perdre haleine. Il n'en pouvait plus, elles allaient trop vite et il lui était impossible d'aller aussi vite qu'elles. Dans sa longue course, il trébucha et tomba lourdement au sol. Il poussa un long soupire triste et se mit sur le dos, ne se relevant pas, restant cloué au sol.

Il avait échoué.

De toutes manières, il se doutait qu'il n'arriverait pas. Attraper une comète, vous voulez rire... Qui le pourrait-il ?! C'était tout bonnement impossible.

Ses paupières se fermèrent et il prit une profonde inspiration. Il prit le temps de profiter pleinement de ce silence qui lui faisait tant de bien. Il n'entendait rien, pas même sa respiration. Il palpa son bras, comme pour s'assurer qu'il était vivant tandis que l'angoisse l'envahit. Il ne saurai l'expliquer mais il avait un mauvais pressentiment. Un malaise inconnu s'était infiltré dans son esprit, ne le laissant pas dans sa quiétude.

Un nouveau tintement. À peine perceptible.

Il vit alors quelque chose passer à une vitesse époustouflante au-dessus de lui et s'écraser dans un bruit sourd à seulement quelques pas de son corps. Curieux, il se redressa sur ses coudes et chercha du regard l'objet étrange qu'il venait de voir. Dans le sable noir, à quelques mètres de lui, gisait une comète d'une blancheur immaculée. Il n'en croyait pas ses yeux...éblouis. Lui qui avait tant couru pour en attraper une, voilà qu'une d'entre elles était tombée juste à côté de lui, comme si ce n'était pas dû au hasard. Il se leva dans un gémissement et s'avança à petits pas vers l'objet céleste. L'astre n'était pas plus gros que son poing et brillait d'une lueur blanche.

Hésitant, il approcha sa main de l'objet, cherchant à sentir s'il était chaud ou pas. Ne sentant aucune chaleur irradiée de la comète, il la prit dans la paume de sa main et la ramena à hauteur de son visage. Les rayonnements de l'objet illuminaient timidement son visage et un doux sourire étira ses lèvres.

L'objet était chaleureux et il avait le sentiment que la douceur l'emportait sur le malaise qui l'envahissait quelques minutes avant.

Sans un mot, il la mit dans sa poche et retourna vers ses amis. Il devait demander à Alaïs comment s'en servir pour quitter cet endroit.

Lorsqu'il fut arrivé, il fut surpris de trouver tout le monde endormis à contrario de la rousse.

La jeune fille était toujours assise devant l'étendue argentée et son regard fixait comme d'habitude un point connu d'elle seule. Il s'approcha doucement d'elle et s'assit à ses côtés.

Il ne savait pas trop comment lui demander des conseils. Après tous, il l'avait ignoré ces derniers temps et il sentait la culpabilité l'assaillir. Il se demandait comment elle pourrait lui pardonner alors qu'il l'avait rejeté froidement. Pourtant, il essaya tout de même de lui parler.

"Ça va ?"

Aucune réponse. Pas même un hochement de tête.

"Écoute...je suis vraiment désolé...Je te demande pardon..."

Alaïs tourna son visage vers le garçon et un doux sourire illumina ses traits fatigués. Calixte sentit une boule se former dans son ventre, comprenant la douleur que le rejet avait infligé chez la jeune fille. Il détourna le regard et sortit de sa poche la comète. Il tendit l'astre brillant vers l'adolescente. Elle ouvrit grand les yeux, franchement surprise de voir qu'il avait une comète.

"Comment s'en sert-on ?" Demanda-t-il d'une petite voix, gêné.

Elle lui adressa un sourire réconfortant et écrivit sur le sol : "Dormir une nuit avec".

C'était simple. Peut-être même trop.

"C'est tout ?" Demanda-t-il, sincèrement étonné.

Elle hocha doucement de la tête, son triste sourire ne quittant pas ses lèvres. Calixte se pencha un peu et laissa un baiser sur la joue de la rousse.

"Merci...je te remercie pour tout..." dit-il.

D'adorables rougeurs prirent place sur les joues habituellement pâles de l'adolescente, ce qui fit un peu rire Calixte. Puis, il se releva et aida de sa main Alaïs à en faire de même. Ils rejoignirent les autres et Alaïs s'endormit dans la minute qui suivit.

Calixte, lui, n'arrivait pas à trouver le sommeil. La promesse qu'il s'était fait ne quittait pas son esprit.

Il plongea son regard bleu dans le ciel brun et mit ses bras derrière sa tête.

"Eh bien, Alaïs, un jour, on attrapera une comète."

Il sourit en se remémorant cette phrase qu'il avait dit quelques mois auparavant à l'adolescente.

Il tourna son visage vers elle et constata qu'Alaïs dormait profondément, les lèvres entrouvertes, respirant à intervalle régulier.

Il se leva sans un bruit et s'approcha de la jeune fille. Un sourire tendre se peignit sur son visage alors qu'il caressait doucement la chevelure douce de la jeune fille. Il ne saurait dire qui mais elle lui rappelait quelqu'un. Des images apparurent dans son esprit. Était-ce sa petite sœur ? Il n'en avait aucune idée. Au fil du temps, les visages qui peuplaient sa vie d'avant s'étaient effrités jusqu'à complètement disparaître de sa mémoire.

Comme eux tous.

Il savait qu'il en était de même pour les autres. Il sourit et embrassa le front de l'endormie. Il lui prit la main et y plaça la comète, ce après quoi, il reposa doucement le bras de la jeune fille, le long de son corps.

"Bonne nuit, Alaïs ! Tu me diras ce que ça fait de rentrer chez soi..." chuchota-t-il.

Il fut soudainement prit de vertiges. Un long frisson parcouru l'échine du garçon puis, plus rien. À part le noir complet.


Le soleil tapait fort au travers de la fenêtre. Elle sentait le tissu de son jean noir presque brûlant sur sa peau. Doucement, elle bougea ses jambes et les étendis sur les draps bleus de son lit.

Elle regarda le paysage qu'elle pouvait voir par la fenêtre. Rien de nouveau. Toujours le même bâtiment d'en face. Toujours les mêmes personnes y entrant et y sortant.

Elle grimaça. Si elle restait à cet endroit, elle ne tiendrait pas plus longtemps. Elle n'en pouvait plus de toujours rester là, à regarder au travers une vitre en espérant qu'il se passe quelque chose de différent de la veille.

Elle se leva, alla ouvrir sa fenêtre puis, à peine une seconde plus tard, elle la referma et retourna s'asseoir sur son matelas.

Depuis qu'elle était sortie du coma, elle faisait souvent ce genre de gestes inutiles. Et, depuis qu'elle était revenue chez elle, depuis qu'elle avait quitté l'hôpital, ça avait empiré. La plupart des choses qu'elle faisait était dépourvu de sens.

Mais il n'y avait pas que cela qui inquiétait son entourage. Ce qui était d'autant plus alarmant n'était autre que la solitude qui l'entourait.

Deux mois qu'elle s'enfermait dans sa chambre.

Ses parents hésitaient à la renvoyer en cours. Mais, les médecins avaient dit qu'il ne fallait surtout pas qu'elle se retrouve seule, durant l'espace d'un instant à l'extérieur. Car, n'importe quoi pouvait arriver. Tout pouvait arriver.

Juste après être rentrée chez elle, durant le mois qui avait suivi, elle ne sortait de sa chambre seulement pour manger avec ses parents, se rendre aux toilettes et aller se laver. Muette de naissance, elle parlait parfois un peu à ses parents par le langage des signes.

Le strict minimum.

Or, par la suite, quelque chose avait changé en elle.

Elle sortait encore moins souvent de sa chambre et y restait pour dessiner avec acharnement, comme si une force invisible lui forçait de gribouiller une multitude de cahiers.

Dès lors, ses parents lui apportaient à manger dans sa chambre. Il lui arrivait presque d'oublier de se laver. Et, plus le temps passait, moins elle touchait son assiette et se renfermait sur elle-même.

Seul demeurait son intérêt pour du papier et des crayons.

"Elle qui avait horreur de ça avant..." souffla une nouvelle fois sa mère en entrouvrant la porte de la chambre de sa fille.

Le père, en bas de l'escalier ne disait rien. Leur fille n'était plus la même. Où était passée la jeune fille qui passait son temps à sourire ? Où était partie l'adolescente qui mangeait dès qu'elle avait du temps libre et qui s'amusait à faire des blagues à tout le monde ? Elle n'était plus là. Seule demeurait sa carcasse. Vide.

Un corps obnubilé par l'envie de dessiner des personnages et des paysages qui n'existaient pas.

Son père rassurait sa femme en lui disant que ce n'était qu'une façade, qu'elle finirait par revenir vers eux, par sourire à nouveau et par se comporter comme avant que tous cela n'arrive. Qu'elle finirait par se souvenir. Par se souvenir de tout.

Car son accident, elle ne s'en souvenait pas.

Cela s'était passé cinq mois auparavant.

Un matin, elle était venue voir ses parents. Comme à son habitude, elle les avait embrassés et leur avait fait un petit salut de la main, ce après quoi elle était partie prendre son bus pour aller, comme chaque matin, au lycée. Au même moment, un homme ivre aurait dû rester chez lui. Il avait pris tout de même le volant et ce qui devait arriver arriva.

Un accident terrible.

De nombreux blessés, aussi bien des blessures superficielles que graves. Aucun mort sur le coup. Mais, les jours qui avaient suivis...

Elle, elle avait été dans le coma durant quatre mois. Quatre mois qui avaient semblé être une éternité aux yeux de ses parents. Ils avaient crus qu'on leur arrachait leur fille unique.

Depuis, ils culpabilisaient. Ils auraient dû la garder auprès d'eux, l'empêcher de prendre ce bus, rester à ses côtés. Tout simplement.

Mais ils n'y étaient pour rien. Personne ne pouvait être responsable, hormis peut-être cet alcoolique qui avait survécu à cet accident. Cet homme qui avait fui et qui avait été rattrapé.

Un jour, le père de famille poussa un long soupir. Dans un état empli d'amertume, il prit une décision.

Il monta les escaliers et se rendit dans la chambre de sa fille où l'adolescente devait certainement être en train de dessiner.

L'homme ouvrit la porte doucement, pour ne pas effrayer la jeune fille. Il ne sut pas si elle l'avait entendu arriver. Elle était assise par terre, juste en face de la fenêtre par laquelle passaient quelques rayons de soleil. Elle fixait le petit coin de ciel bleu que la fenêtre laisser voir, immobile, un carnet sur les genoux et un crayon à papier dans sa main droite. Tous étaient figés. Même elle semblait être de pierre tant elle ne faisait aucun geste. Seule sa poitrine se relevait imperceptiblement tandis qu'elle respirait et ses paupières clignaient de temps à autre.

Ce n'était pas la première fois que l'homme voyait son enfant dans cet état-là. Mais ces instants de silence étaient rares. Il remarqua le journal aux pieds de l'adolescente. Le journal. Ce journal qui était sûrement la cause de son changement.

Il culpabilisait de lui avoir donné ce journal où on parlait de cet accident. De son accident. Lorsqu'elle avait lu le nom de la victime qui était morte le jour même de son réveil, son visage avait exprimé une profonde détresse, comme si le prénom de ce garçon lui rappelait de tristes souvenirs. Et c'est à partir de cet instant que le changement s'était produit.

L'homme se mordilla la lèvre inférieure et, d'une main tremblante, ouvrit la porte de la chambre en grand.

"Alaïs, je vais au parc. Tu viens avec moi ?"

Sa voix était posée. Il avait parlé calmement, en essayant de masquer les moindres tremblements présents dans sa voix qui pourraient trahir son inquiétude. La jeune fille se retourna et ses yeux d'ambre rencontrèrent le regard nerveux de son père.

Même les yeux de la jeune fille étaient vides. Aucune émotion ne filtrait de son regard.

"Tu peux prendre ton carnet et tes crayons si tu le souhaite..."

La fille pencha la tête sur le côté et l'homme eu un pincement au cœur. Même si c'était très faible, elle souriait.

Elle se leva en ne lâchant ni son crayon ni son carnet et s'avança vers son père.

Elle était vêtue d'un jean noir qu'elle portait depuis trois jours et d'un tee shirt qui semblait propre.

Le père ébouriffa les cheveux roux emmêlés de l'adolescente. La mère entra à son tour dans la pièce. Alaïs se leva sur le bout de ses pieds et laissa un baiser sur la joue de chacun de ses parents.

Ses parents n'en revenaient pas. Ils ne comprenaient pas ce soudain élan de tendresse alors que les jours précédents, quoi qu'elle fasse, elle ne faisait pas un geste.

Ils descendirent tous de l'étage et montèrent tous dans la voiture. Le parc n'était pas loin de là où ils habitaient. Comme ce jour-ci était un mardi, il n'y aurait pas beaucoup de monde, ce qui était pour eux une très bonne chose.

Le trajet dura environs dix minutes. Lorsqu'ils furent arrivés, la première à sortir de la voiture fut Alaïs. Elle clos les paupières et prit une profonde inspiration tandis qu'une légère brise secouait ses cheveux roux autour de son doux visage.

Ses parents descendirent à leur tour et l'interpellèrent. Elle se retourna et s'empressa de les suivre. Ils s'installèrent ensemble sur un banc mais, alors qu'ils espéraient qu'elle les regarde et leur fasse part de ce qu'elle ressentait, elle rouvrit son carnet et dessina une fois de plus.

Le père et la mère d'Alaïs se regardèrent un instant, visiblement déçus. Puis, ils se mirent tous deux d'accords pour essayer de parler avec leur enfant.

"Qu'est-ce que tu dessines ?" Questionna la mère en se penchant doucement pour voir le dessin de sa fille.

Cette dernière présenta son carnet à la femme et cette dernière pu observer la silhouette d'un garçon à la chevelure ébène. Elle lui demanda doucement si elle pouvait voir ses autres dessins et Alaïs lui tendit son carnet. La mère le saisit et regarda toutes les autres pages colorées.

Il y avait d'étranges paysages, notamment une plage de sable noir, d'une mer argentée et de l'écume bleue s'échouant sur les rives sombres. L'astre lunaire était au sol et se reflétait sur le ciel brun. Ce genre de dessins, il y en avait beaucoup. La femme se rendait compte du talent qu'avait sa fille ainsi que de l'imagination dont elle faisait preuve.

Le garçon qu'elle avait dessiné était aussi très souvent représenté, seul ou inclus dans l'anormal paysage. Souvent, sur les dessins, il tenait dans sa main une sorte de pierre blanche et souriait d'un air triste.

Enfin, le dessin qui était le plus représenté était une comète d'une blancheur presque surréaliste sur un ciel d'argent.

"Qui est ce garçon ?" S'enquit le père.

Le sourire de sa fille disparu et elle reprit sèchement son carnet, sous le regard intrigué des deux parents.

"Qu'est-ce qu'il y a ?" demanda-t-il à nouveau. "J'ai dit quelque chose de mal ?"

Elle fit non de la tête et releva le visage vers son père, le toisant de son regard empli de détresse.

Puis, elle mit ses pieds sur le rebord du banc et ramena ses genoux contre sa poitrine. Puis, lentement, elle releva le visage vers le ciel et l'observa intensément durant de longues minutes.

"Calixte...pensa-t-elle. Où es-tu ? Es-tu réellement..." pensa-t-elle.

Les adultes regardaient leur fille qui était sur le point de pleurer.

"Alaïs ?"

Elle tourna vers eux son regard empli de larmes et, telle l'ânesse de Balaam, elle déclara :

"Tout ce que j'espère, c'est que tout cela n'était qu'un rêve..."


Petit nuage.