Ne pense plus qu'à moi

Une chaleur étouffante. Un soleil qui commence sa chute. Une école vidée après les cours. Des souffles qui se mêlent, épuisés. Des lèvres qui se croisent. Des langues qui s'entrechoquent. Et une main baladeuse qui se promène au niveau d'un entrejambe.

— ENFOIRÉ !

Jess a violemment repoussé son camarade Stefan, un gay qui se dit dingue de lui.

— Je t'avais dit pas plus loin ! Saleté de PD !

Dans son mouvement, le pauvre Stefan s'était cogné le coude contre le lavabo des toilettes.

— Ne me traite pas de PD. Tu t'es vu un peu ?

Prenant la mouche, Jess réplique :

— Je ne suis pas homo, moi ! C'est toi qui ne cesse de me harceler ! Si je ne te calmais pas de temps en temps, qui sait ce que tu me ferais ! Crétin !

— Tu me laisses te toucher et t'embrasser ! Alors pourquoi ne me laisses-tu pas également t'embrasser là où je veux ?

— PARCE QUE JE NE SUIS PAS HOMO !

Et dans un violent claquement de porte, Jess sort des toilettes du deuxième étage de son école. Voilà bien deux ans qu'il a été admis dans cette école et cette année, c'est celle du BAC. Tout se passait bien pour lui au départ : comme dans toutes les écoles où il a été, il avait la côte, que ce soit avec des potes ou avec les femmes - et des écoles, il en a fait ! Obligé, avec le boulot de son père !

Mais tout bascula le jour où il rencontra Stefan McKaïl, un camarade de classe. D'abord fasciné par les compétences sportives de ce prodige du basket, il l'avait attiré comme un senior ou un professionnel attirerait un jeune ado de son âge. Mais cet idiot en tomba amoureux et n'a dès lors cessé de le harceler… Oui, du harcèlement ! C'est comme ça que Jess le voit. Et il sait bien que s'il ne lui cède pas de temps en temps, il serait bien capable de lui faire pire. À la réflexion, Jess se dit que dès le départ il aurait dû lui refuser… C'est vrai, quoi ! Quel garçon normal accepterait de se faire rouler un patin presque tous les jours par un autre mec, d'autant plus qu'il peut avoir toute les filles qu'il veut !?

En y réfléchissant un peu, il ne comprenait pas pourquoi il avait accepté. L'envie de tenter l'expérience ? L'admiration envers un aîné ? Une orientation sexuelle ignorée ? Ça non ! Définitivement ! Il aime trop les formes des femmes pour pouvoir préférer la chose d'un mec à la place ! D'ailleurs, les femmes c'est plein en chair et donc mieux, alors que lui n'est qu'un tas de muscle en chaleur. Non, il ne comprenait définitivement pas… Ni ce que ce type peut lui trouver d'ailleurs !

Il est à peine 17h00 et déjà il fait nuit : l'hiver est une saison pourrie ! Sortant de l'école, Jess rentre chez lui. Après avoir fini ses devoirs, il se rend à son bar habituel pour la soirée. Là-bas, il y retrouve tous ses amis - pour la plupart, féminines. Ce sont presque toutes des partenaires, mais il ne les considère pas vraiment comme des sexfriends. Il y a Anna, la jolie rousse aux yeux verts et au parfum senteur lavande ; Lane, la chinoise au sourire enjôleur et aux formes assez généreuses ; la belle Christine est sa préférée, celle avec qui il couche le plus souvent ; et il y a les jumelles Léa et Amandine qui, avec Antoine, se font de belles soirées à plusieurs…

Et encore, il ne nomme pas toutes les autres !

Décidément, il est fait pour être hétéro !

— Il me saoul ! J'en ai marre ! Il veut quoi à la fin !?

Dans la soirée déjà bien avancée, Stefan était une fois de plus parti se réfugier auprès de son meilleur ami d'enfance, et actuellement voisin du même immeuble, Marc, 22 ans, étudiant en psychologie.

— En attendant, c'est toi qui me saoul. J'ai un exam la semaine prochaine, j'ai besoin de calme !

— Oh, ça va, hein !

Stefan se met à grogner dans son coin, assis sur le lit de son ami. Il ne comprend pas l'attitude de la personne qu'il aime. D'abord elle lui accorde des baisers - et avec la langue ! -, et ensuite elle le repousse. Peut-être qu'il a peur, et c'est compréhensif : ce doit bien être sa première fois. Mais ce n'est pas comme s'il n'était pas préparé. C'est vrai quoi ! La dernière chose qu'il voudrait, c'est lui faire du mal, il devrait le savoir ! Et puis, la pénétration ne se fait pas dès le départ ! D'abord, si seulement il pouvait l'embrasser là, cela le ferait bien patienter pour la suite… Mais non, même pas !

Il en est de là de ses pensées quand soudain, quelque chose lui cache sa vision. Touchant son visage, il comprend qu'on lui a bandé les yeux…

— Marc, qu'est-ce que tu fous ?

— Ce n'est pas Marc, c'est Jess…

Marc commence à lui mordiller l'oreille. Frustré comme il l'est, Stefan ne peut s'empêcher de réagir aussitôt.

— Marc… Arrête…

Sa respiration ayant ralenti un peu, il ne peut s'empêcher de s'essouffler en parlant.

— Je ne suis pas Marc…

Il lui lèche le cou, lui mordille légèrement la peau et l'embrasse. Puis sa langue vient jouer avec les lèvres de Stefan. Celui-ci, avide, s'en empare aussitôt mais Marc ne le laisse pas agir à sa guise. Il lui empoigne les deux mains, lui retire son T-shirt et lui attache les mains au barreaux de son lit, à l'aide d'un foulard traînant par là.

— … Je suis Jess.

Et là, il l'embrasse. Pris dans sa frustration sexuelle, sa peau et son corps deviennent plus que sensible, accentué par la perte de l'un de ses sens.

— Tu es… Je…ss ? Hum…

Son dos s'arque sous les caresses de Marc. Celui-ci frôle son corps nu, légèrement, excitant un peu plus ses tétons. C'est dans un souffle rauque qu'il lui répond :

— Oui…

Stefan gémit. Son souffle s'accéléra et son esprit s'embrouilla. Il s'imagina Jess, le caressant ainsi, lui léchant les tétons, ses doigts et sa langue laissant des traces enflammées sur sa peau. Dans un cri, Stefan jouit. Indifférent, Marc continua son parcours. Des pectoraux, sa main glissa jusque ses abdos, fit le tour de chaque sillon sur son passage, sa langue suivant le parcours tracé par sa main. À nouveau excité, la bouche de Stefan devint réclamante. Le remarquant, Marc y introduit ses doigts, lui laissant faire le reste. Plus un bruit ne se fit entendre dans la tête de Stefan, si ce n'est ceux de sa respiration et de celle de son Jess.

— Je…ss…

Son membre est à nouveau sur le point d'exploser.

— Tout doux, mon amour.

Lentement, Marc lui retire son pantalon et son caleçon. Nu devant lui, attaché et sans défense, Marc commence lui aussi à se sentir excité à la vue du garçon captif. Son souffle se fait de plus en plus rapide tandis qu'il effleure de ses doigts son membre, le grossissant encore plus. Puis, il le caresse réellement, de toute sa main.

— Je…ss… Ha… Jess…

Cédant à l'excitation, Marc empoigne plus vivement le sexe qu'il tient dans sa main, allant et venant de plus en plus rapidement. Stefan ne tient plus; il est sur le point de jouir.

— Jess ! Jess, je… Je… HA !

Marc lui serra son membre plus fort encore; l'empêchant de jouir.

— Non, mon amour, pas maintenant…

Puis il le prend en bouche, sans aucune autre précaution au préalable. Il imprime le même rythme à son mouvement qu'à celui de sa main. Ayant de plus en plus de mal à se retenir, Stefan sert les dents, mordant ainsi les doigt de Marc encore présents dans sa bouche. Celui-ci les retire, laissant la bouche désirante seule, se lèche ces doigts-là et commence à jouer avec l'anus du jeune prisonnier. Il gémit de plus belle, voulant à tout prix se libéré de l'emprise de la main qui l'empêche de jouir.

— Je…ss ! S'il te… plait… laisse-moi… HA ! Laisse-moi jouir !

— Non, pas encore…

— HA !

Stefan a sentit un doigt s'introduire en lui. Cette douleur et ce plaisir ont eut raison de lui et d'un mouvement de jambe, s'est libéré de son assaillant et a jouit violemment, toujours un doigt en lui. Une fois calmé, Marc resserre son emprise et pour faire à nouveau dresser le membre au repos, lui insère un second doigt et commence un va-et-vient rapide. L'effet est immédiat, le membre est à nouveau sur le point d'exploser. Les cris deviennent de petits gémissements de plaisir; la douleur a laissé sa place à une sensation d'agréable douceur. Se sentant lui aussi sur le point d'exploser, Marc retire ses doigts et s'introduit avec force à l'intérieur de son meilleur ami. Les cris se font plus bruts, la respiration en est bien plus suffocante. Marc bouge en Stefan d'un mouvement bref et rapide. La douleur et l'exultation lui donne le vertige. Son imaginaire voit Jess le prendre, et il voudrait pouvoir le toucher, le caresser… Mes ses bras attachés l'en empêchent. Alors à défaut de l'atteindre physiquement, il tente de l'atteindre verbalement, en criant encore et toujours plus fort son nom, jusqu'à l'extase final.

Une fois nettoyé et libéré, Stefan repense à ce qui s'est passé.

— Pourquoi as-tu fais ça ?

Marc le regarde avec nonchalance et lui dit :

— Pour ma thèse : « l'esprit peut-il avoir raison du corps ? »

Dans un éclat de rire, Marc se reçoit le coussin, en plus de l'injure que Stefan lui envoya.

— Tu sais, je pense simplement que ton copain ne veut pas accepter sa sexualité. Ignore-le. S'il t'aime, ce sera lui qui te poursuivra…

Comment pourrait-t-il l'ignorer ? Comment faire semble de ne pas ressentir ce qu'il ressent envers la personne qu'il côtoie tous les jours ?

Épuisé, Stefan finit par s'assoupir en pensant à toutes ces choses…

*o*o*

Le soleil est enfin apparu après plusieurs jours de pluie, mais l'air y est tout aussi glacial qu'avant. Jess se dit que peut-être est-ce l'annonce d'un nouveau départ. En effet, voilà près d'une semaine qu'il ne s'est pas fait harceler par Stefan; plus d'embrassades entre les cours, plus de câlins mal placés quand ils se retrouvent seuls, plus rien ! C'est à peine s'ils se sont croisés durant tout ce temps. À part durant les heures de cours, Stefan s'était mis subitement à l'éviter, sans qu'il ne comprenne pourquoi.

Arrivé près de l'école, il le remarque au loin. Un homme l'accompagne : brun, de même taille que lui, en jeans et basket sous un T-shirt blanc. Stefan semble être heureux d'être à ses côtés. Quel con ! Il n'a cessé de l'embêter, et maintenant, le voilà qui va voir ailleurs et semble en plus en être très content !

Énervé, Jess rentre à l'école dans un état bougon.

Cette journée aussi Stefan l'a totalement ignoré… Alors quoi !? Il devrait en être content, non !? Alors pourquoi est-ce que ça l'énerve autant ? Et pourquoi l'autre idiot est-il si heureux sans lui alors que pas plus tard que la semaine dernière, il avait faillit le prendre de force… Ah, il comprends ! Ce type à qui il souriait doit être son nouveau mec. Maintenant, il l'a définitivement oublié. Il a trouvé quelqu'un d'autre pour combler son manque. Soit ! Tant mieux pour lui ! Au moins, avec lui dans les parages, il ne risque plus de se faire embrasser de force par ce sale type…

Pourtant, Jess ne peut s'empêcher de se dire qu'il avait les lèvres douces, bien que ses baisers étaient violents et exigeants !

Voulant chasser ces idées qui lui donnèrent des frissons - de dégoût peut-être ? - dans tous le corps, Jess prévu d'aller voir Christine à la fin de ses cours. En sortant des cours, il revit cet homme venir chercher Stefan. Cela rendit furieux Jess qui s'en alla à toute vitesse. Pourquoi ? Pourquoi doit-il être heureux ? Et pourquoi lui n'est pas content pour Stefan ? Pourquoi doit-il se sentir énervé à cause de ça ?
Se refusant de se sentir aussi misérable, Jess se jeta dans les bras de Christine, et passa toute la nuit avec elle. Heureusement pour eux, le lendemain ils n'avaient pas cours…

Mais malheureusement pour lui, cette nuit de folie ne le calma pas, et au petit matin, il alla courir pour se vider l'esprit. En chemin, il croise à nouveau le garçon qui était avec Stefan, mais cette fois-ci, il le voyait embrasser à plein bouche un autre gars.

Pris d'une soudaine fureur, il va voir le gars et lui assène une grande gifle en jurant, puis s'enfuit en courant. Pourquoi avait-il fait ça ? Se sentait-il désolé pour son (ex-)ami ? Qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire les histoires de cœur de ce type d'abord !?

Ne comprenant pas ce qu'il lui arrive, Jess court et court encore, à ne plus tenir. Épuisé, il s'écroule sur l'herbe d'un parc, et tentant de reprendre des forces…

*~*~*

Allongé dans son lit, Stefan ne pense plus à rien… Ou plutôt, il ne pense plus à rien d'autre qu'à son Jess. Cette semaine a été des plus horribles pour lui; sous les conseils de Marc, il a dû jouer les indifférents face à Jess. Pour quoi ? Absolument rien ! Il se demande même si, maintenant qu'il ne lui dit plus qu'il l'aime, Jess ne se sent pas mieux…

Cette pensée lui donna le cafard. Il est tellement mal qu'il n'était pas du tout concentré aux entraînements; il a laissé filer plus de quatre balles en moins d'une heure ! C'est du jamais vu pour lui ! Et ça, Bastien le lui a bien fait comprendre. Pour sa peine, y'a entraînement également demain, pour compenser toute cette semaine désastreuse; sans compter les autres joueurs qui lui en veulent pour ça ! Mais bon, ils lui pardonneront.

Puis il pensa à Marc. Il en a de la chance, lui, de ne pas être amoureux… Vraiment amoureux. Il a des petits copains, et même des petites copines, mais jamais il a été plus d'un mois avec une même personne. Stefan pense simplement que Marc ne souhaite pas s'engager tout de suite. Ses études sont longues et demande toute son attention, alors peut-être qu'il a raison d'agir ainsi…
Et lui ? Quelles études veut-il faire ? Il va bientôt falloir remplir les fiches de vœux, mais il ne sait toujours pas ce qu'il veut faire… Quelque chose qui puisse le faire penser à autre chose qu'à lui (même s'il est la seule chose qui compte à ses yeux !). Peut-être partir à l'étranger ? Ne dit-on pas « loin des yeux, loin du coeur » ? Même s'il doute de la véracité de cette expression, mieux vaut tenter ça que de rester à se morfondre. Surtout qu'il n'en peut plus. Coucher tout le temps avec Marc en pensant à Jess va finir par avoir raison de son esprit, à défaut de son corps. Et puis, ça ne se fait pas pour son ami de défouler sa frustration sexuelle sur lui. De plus, même s'ils ne sont pas ensembles Jess et lui, il a l'impression de le trahir… Il sait que c'est stupide, mais il ne peut s'empêcher d'y penser et, par la même occasion, de se sentir mal, comme un salaud. Peut-être en est-il vraiment un, après tout ?

Ce soir-là, Stefan se rendit chez Marc dans le but de s'excuser pour son odieux comportement de cette semaine. Mais à peine entré, il vit les joues de son ami enflées et rouges.

— Oh mon ! Que s'est-il passé !?

Marc se met un peu de pommade sur son visage.

— Je me suis fait largué par mon mec parce qu'il croyait que je le trompais.

Stefan n'en revenait pas ! Il ne savait pas que Marc voyait quelqu'un, et il a passé la semaine à coucher avec lui.

— Mais… Mais Marc ! Tu l'as trompé ! C'est pas vrai ! C'est ma faute ! Oh, Marc, j'suis tellement désolé ! Je…

— Ne t'en fais pas. Si j'étais sérieux avec ce type, je n'aurais jamais couché avec toi, même si c'était pour te consoler.

— Quoi !? Mais… !

— C'est bon ! Oublie !

Dérouté, Stefan ne sut que dire d'autre. Puis :

— Il t'a frappé ?

— Oui, il m'a donner une gifle.

— Une seule !?

— Oui. L'autre, c'est un type que je ne connais pas qui me l'a faite.

— Hein !?

— Oui, moi aussi, c'est ce que je me suis dit au début, puis après, tant pis…

Stefan se sentait mal pour son ami. C'est vrai ! Toute la semaine, il a été à ses côtés, l'aidant à se calmer en suivant sa fameuse « thèse ». Ce qui signifie qu'il n'était pas près de son amant durant tout ce temps; c'est compréhensible qu'il s'est douté de quelque chose.

Assis sur sa chaise, Marc fixe Stefan resté debout. Puis :

— Prends-moi.

— Hein ? Quoi ?

— Je veux que tu me prennes. Je veux que tu me fasses l'amour.

— Quoi ? Mais… Mais… !

— S'il te plait, Stef.

Il ne savait pas quoi faire. Stefan s'était résolu à arrêter et à s'excuser auprès de son ami, mais il ne pouvait le laisser comme cela. Pas après la semaine qu'il a passé à ses côtés, au détriment de son couple. Alors, pour une dernière fois se dit-il, il accéda à la requête de son ami, plus comme une compensation qu'un remerciement.

Tout doucement, il s'approcha de lui. Maintenant qu'il embrassait le vrai Marc (et non un Marc déguisé en Jess, comme dans ses fantasmes), la sensation était différente. Pas désagréable, juste différente. Étrange… Mais pour ne pas décevoir son ami, il essaya de l'identifier à l'homme de sa vie; impossible. Sans les artifices dont a usé Marc toute la semaine, il lui est impossible de penser une seule seconde qu'il s'agit là de Jess.

Alors il pensa à Marc, tout simplement. À cet homme qui l'a toujours soutenu et aidé dans ses moindres problèmes, cette même personne toujours là quand il faut, cet ami qui a sacrifié son couple pour l'aider d'une manière pas très catholique… Oui, c'était à ce Marc qu'il devait penser. Et l'unique chose qu'il pouvait faire, l'unique chose qu'il devait faire, c'était le remercier.

Et c'est en ayant ces pensées en têtes qu'il réussit à faire abstraction de tout ce qui l'entouraient, et à donner pleinement du plaisir à ce véritable ami. Même s'il ne connaissait rien de ses préférences sexuelles, il tenta plusieurs expériences, analysant chacune de ses réactions pour le satisfaire au maximum.

Marc pleura dans ses bras, demandant infiniment pardon, ce qui déconcerta totalement Stefan. Après, il ne sut que faire d'autre que le serrer doucement, fermement, dans ses bras…

*o*o*

Ça ne lui était jamais arrivé de ne plus pouvoir bander tant il pensait à une chose… Même lors de la convalescence de sa mère, Jess trouvait refuge auprès des bras de femmes qu'il avait rencontrées, le réconfortant dans ses malheurs. Alors il n'avait pas l'habitude qu'on le rejette, ou qu'il ne soit pas emballé par le fait de coucher avec une femme.

Anna s'était un peu vexée sur le coup, croyant ne plus être désirable à ses yeux. Heureusement pour lui, aucune rumeur sur son impuissance ne risquait de naître. De toute façon, c'était faux ! Il avait juste quelques soucis…
Non ! Même pas ! Ce n'était pas vraiment des soucis, plutôt de l'agacement. Il ne comprenait pas l'attitude de Stefan, et encore moins la sienne. Lui qui, tous les jours de l'année, a souhaité pouvoir se débarrasser de lui, le voilà comme en manque de caresses de ce type. C'est ridicule ! Il n'est pas gay, il le sait. Il aime les femmes. Et il n'est pas bi, même s'il trouve la sensation de se faire embrasser par Stefan agréable. Pourquoi ne le serait-il pas ? Il y a pensé ! Oh que oui ! Il n'a rien contre les gays, ça il le sait; et il n'aurait rien contre le fait d'être gay si ce n'est le fait du dégoût qu'il ressent à chaque fois qu'il pense à un pénis. Ou du moins, à lui, léchant un pénis - notamment celui de Stefan. Beurk ! C'est pas ça qui va lui donner envie ! Et il évite même de penser à la pénétration ! Techniquement, c'est impossible qu'un engin pareil rentre dans un endroit aussi petit; il ne le fait même pas avec les femmes, alors raison de plus avec un homme !

Quelques jours passent, et Jess est de plus en plus sexuellement frustré. La raison ? Impossible pour lui de bander depuis l'altercation avec le petit ami de Stefan. On va vraiment finir par dire qu'il est impuissant; la honte !
En y réfléchissant, la seule chose qu'il puisse faire, c'est de s'expliquer une bonne fois pour toute avec Stefan. C'est pour cette raison qu'il se retrouve à une heure aussi tardive devant son appartement. Alors qu'il était sur le point de sonner, la porte d'à côté s'ouvre sur lui, regardant à l'intérieur avec un doux sourire. Jess aperçoit un homme à moitié nu dans l'entrebâillement de la porte; il y reconnaît le petit copain de Stefan. Le remarquant, il lui sourit et embrasse à pleine bouche Stefan.

Choqué, Jess ne bouge plus.

— Qu'est-ce que tu fous !?

— Tu as de la visite.

Jess voit Stefan se retournait vivement vers lui. Il bouillonne tellement de l'intérieur qu'il ne comprend pas les excuses qu'essaye de lui raconter le type qui a occupé ses pensées durant tout ce temps.

— Sale putain de pervers de PD !

Et il s'enfuit.

Stefan ne s'était jamais senti aussi mal de toute sa vie qu'en cet instant. La gêne qu'il avait ressentit d'être pris en flagrant délit de tromperie - même si ce n'était pas vraiment le cas -, la peur de perdre l'unique infime lien qu'il chérissait, et le désarroi lorsque l'homme qu'il désire s'est enfuit à sa vue, lui fit perdre tout ses moyens. Plongé dans sa panique, il ne bougeait plus d'un pouce. Il avait peur. Vraiment peur. Il n'avait pas le courage d'affronter ce qu'il allait suivre. Qu'allait-il dire ? Qu'allait-il faire !? Comment pourrait-il expliquer à l'homme qu'il aime qu'il avait fantasmé sur lui en couchant avec un autre homme !? Il passerait vraiment pour le pire des salauds !

Pas qu'en ce moment il se sent tout à fait saint, mais…

— Tu vas encore réfléchir longtemps comme ça ?

Reprenant un peu pied dans la réalité, il se rend compte qu'il est encore devant la porte de Marc.

— Si tu le laisses atteindre le métro avant que vous ne vous soyez expliqués, tu peux définitivement dire adieu à ta relation avec lui.

Cette fatalité, la plus effrayante de toute, permis à Stefan de réagir. Aussitôt, il se mit à courir à la poursuite de son aimé.

Devant les rues à toute vitesse, bousculant les passants les uns après les autres, se faisant indéniablement injurier, Stefan ne pense plus à rien d'autre qu'à le rattraper, et discuter avec lui…

Le voilà ! Il le voit, au coin de la rue; il ne cours plus mais marche d'un pas pressé.

— Jess !

Aussitôt, ledit appelé reprend sa course. Alors Stefan n'a d'autre choix que de le poursuivre à nouveau. Il l'appelle et le course, le rattrapant presque. Il le voit éviter la bouche de métro, tournant au coin d'une rue, et se dirigeant en plein centre du quartier, là où se trouvait le parc.

Arrivés près de celui-ci, il l'atteint finalement et tous d'eux s'écroulent sur l'herbe encore mouillée lorsque Stefan lui agrippe le bras.

— Ça suffit !

— Enfoiré ! Lâche-moi !

— Certainement pas !

Jess ne se laissait pas faire : il se débattait, tentait d'échapper de l'emprise de son assaillant, lui envoyait toutes les injures homophobes qu'il lui venait à l'esprit. Les quelques couples passant par là les regardèrent par curiosités, ou passèrent en vitesse leur chemin. Mais Stefan n'en avait que faire, l'unique chose qui lui importait était Jess.

Après plusieurs minutes, épuisé ou lassé, Stefan sentit Jess arrêter de se débattre. Ne le lâchant pas une seconde, il tenta de reprendre un peu sa respiration avant de commencer à s'expliquer.

— Écoute, je te dois des explications…

— Ça m'est égal.

— Mais…

— Je m'en fous ! Tu peux sortir avec qui tu veux ! Ça ne me concerne pas !

Et là, ça a fait tilt. En un instant, devant l'air bougon de son ami, Stefan compris le pourquoi de cette fuite, la raison de ce bouillonnement interne, ce que ce garçon tentait désespéramment de cacher…

— Enfoiré ! Pourquoi souris-tu !?

La jalousie.

Il pourrait croire que c'est son esprit qu'il lui jouait des tours, mais pourtant il en était sûr.

— Tu m'aimes.

Son cœur se gonfla de joie devant l'embarras de son aimé qui bafouilla un « n'importe quoi ! » désespéré. Devant ses faibles protestations, Stefan lui encercla son visage de ses deux mains, et tout doucement, sans gestes brusques, il posa tendrement ses lèvres sur les siennes. Ce simple frôlement des lèvres était tellement différent des précédents : à la fois timide, doux, désireux, paniqué, perdu, passionné… Il ne tenta pas d'y mettre sa langue, ne voulant pas le perturber.

Détachant doucement son visage de lui, Stefan paniqua à la vue du garçon pleurant.

— Ne pleure pas…

— Je ne pleure pas !

Stefan prit doucement le garçon dans ses bras, tentant de le calmer un peu :

— Je t'aime. Et tu m'aimes, je le sais. Tout va bien, ne t'inquiète pas…

— Non ! Tout ne va pas bien du tout !

Il s'écarta violemment de Stefan.

— Regarde ! Regarde ce que je suis devenu par ta faute ! Sale enfoiré ! Je ne suis même plus capable de bander avec une femme ! Et toi… Toi ! T'as tourné la page ! Tu as fait de moi ce que tu voulais et maintenant t'as un nouveau copain ! Sale putain d'homo ! Je te déteste ! Va au diable ! Je…

Stefan posa violemment sa main sur sa bouche, l'empêchant ainsi de sortir encore plus d'âneries.

— Je te le promets, Jess, tu es le seul.

Jess se dégagea brusquement.

— Menteur ! Je t'ai vu l'embrasser !

Stefan se mordit la langue. Ne voulant rien lui cacher, que ce soit pour s'alléger égoïstement d'un poids, ou pour être totalement honnête avec son potentiel amant, il lui avoua la vérité, même si cela lui faisait mal au cœur… Comme on dirait : c'est un mal nécessaire.

— J'ai couché avec lui.

Il sentit Jess tressaillir près de lui. Mais il continua, tout en raffermissant sa prise sur lui, de peur qu'il ne s'enfuit à nouveau.

— J'ai couché avec lui, toute cette semaine. Je sais, je suis un salaud. Mais c'était pour sa thèse en psychologie… Un truc de l'esprit sur le corps… En gros, j'ai passé ma frustration sexuelle en fantasmant sur toi tout en me faisant prendre par lui…

Il ne le lui parla pas de ce soir; il ne saurait même pas quoi lui dire. Il a répondu à la détresse de son ami, comme celui-ci l'avait fait toute cette semaine envers lui…

Jess gifla Stefan de sa main libre. Il sentit sa joue brûler mais ne tenta pas de s'y dérober lorsque la deuxième parti. Mais il le stoppa à la troisième.

— Tu n'es qu'un sale pervers ! Tu…

— Et toi, pourquoi es-tu si jaloux ?

Stefan le vit rougir à sa remarque alors qu'il essayait de nier.

— Si tu ne m'aimais vraiment pas, tu ne te serais jamais énervé comme cela…

— C'est parce que… Toi ! Sale type ! Deux ans que tu me harcèles, et … Et… Cette semaine… Tu m'as totalement ignoré !

Devant le peu d'honnêteté dont faisait preuve son compagnon, Stefan sentit une paix intérieur grandir en lui. Ainsi qu'un violent désir de le posséder. Alors il l'embrassa, plus fougueusement cette fois-ci. Il sentit Jess le repousser mais il lui imposa son rythme. Il le sentit céder à son attaque. Alors il s'écarta doucement, et le traîna jusque chez lui, en silence.

Dans sa chambre, il prit soin de lui comme d'une chose fragile et précieuse. Il le conduit vers le lit, le fit s'asseoir, et entreprit de lui embrasser ses yeux qui avaient laissé échapper bon nombre de larmes.

— Tu ne peux pas… Ton copain, il est à côté…

— Ce n'est que mon meilleur ami. Et je sais qu'à cet instant, il est heureux pour moi.

— Mais…

— Chuuuut !

Stefan l'embrassa à nouveau, goûtant ses lèvres douce et sa langue si désirante. Il le sentait ! Il sentait Jess vouloir de lui. Cette terrible semaine avait fini par aboutir à quelque chose…

Avec douceur, il commença à le caresser sur son T-shirt, les glissant lentement dessous. Jess le repoussait faiblement, mais Stefan lui prit ses deux mains et les embrassa au niveau des paumes. Bien malgré lui, et rougissant de plus belle, Jess gémit. Tout honteux, il se débâti.

— Si tu t'opposes, je vais te faire de quoi te sentir encore plus honteux.

Jess s'arrêta net, le défiant du regard. Avec un léger sourire en coin, Stefan s'approcha de son oreille et commença par lui mordiller le lobe.

— Arrête !

Ignorant une fois de plus ses protestations, il continua son investigation, s'attaquant à présent à son cou. Stefan avait du mal à se retenir; l'homme qu'il n'avait cessé de rêver de tenir dans ses bras se retrouve à présent sous son entière emprise. Il se devait de lui montrer combien il est important pour lui. Mais son ardent désir l'empêchait de réfléchir convenablement, et au lieu de prendre tout son temps, il le déshabilla rapidement. Très vite, Jess se retrouva nu devant lui, sans même que celui-ci ne s'en rendit compte.

— Mais ? Que…

Il l'embrassa, avec passion cette fois, tant son désir augmentait. Ses vêtements s'envolèrent également, plus difficilement tant il ne voulait se séparer de sa peau. Il parvint finalement à son but, ayant même retiré leur sous-vêtements. Jess en rougissait de honte.

— Tu avais dit que tu ne ferais rien de honteux si je ne m'opposais pas !

— Mais je n'ai pas encore fait de chose honteuse…

Et avec un sourire diaboliquement pervers, il lui écarta les jambes et inséra son membres dans sa bouche. Au premier contact, Jess en gémit de plaisir.
Dans son esprit embrumé, Stefan ne pensait à rien d'autre. En cet instant, l'objet de ses désirs était à sa merci, et il ne voulait rien d'autre si ce n'est le satisfaire au maximum. Alors il commença par imprimer un lent va-et-vient, autant avec sa langue qu'avec ses lèvres, puis plus rapide au son de la voix de Jess.

— Ha ! Arrête… ! Tu… Ah ! Tu ne peux pas…!

Il vit Jess s'arquer sous l'impulsion, et sentit s'écouler dans sa gorge tout le plaisir de son amant. Recrachant un peu du fluide dans sa main, il entreprit de le préparer.

— Qu'est-ce que tu fous !?

— Tu le sais très bien. Calme-toi, je ne te ferais aucun mal, je te le promets…

Jess se contracta mais ne fit aucun geste pour le repousser. Alors Stefan continua, insérant un second doigt, puis un troisième de plus. Et quand il fut sur le point de craquer, il s'assura qu'il fut assez large, puis retira ses doigts pour y insérer cette chose qui lui permettrait d'être définitivement lié à lui. Jess poussa un cri de douleur. Stefan attendit quelques secondes qu'il s'y habitue, puis doucement se retira pour revenir à nouveau. Jess, jusqu'alors totalement crispé, tenta de se détendre peu à peu. Le mouvement fut plusieurs fois répété avant qu'il n'y soit complètement habitué.

Dans un mélange de douleur et de plaisir, de cris et de gémissements, d'appréhension et de désir, ils s'enlacèrent, encore et encore, jusqu'à atteindre la sensation ultime après un acte aussi passionné…

Le soleil n'était pas encore levé, mais bon, il était impossible de dire quelle heure il était vu qu'on était en hiver.

Jess sentit une terrible douleur sur son flanc arrière, et un poids sur lui. Tournant doucement la tête, il y vit Stefan, dormant à poings fermés, à moitié étalé sur lui, un sourire satisfait sur les lèvres. Il ne savait plus s'il devait être en colère après lui ou au contraire, le remercier. Il n'arrivait pas à mettre au claire ses idées, tant son esprit était embrouillé…

Et puis il sentit une grande fatigue; il n'a pourtant jamais été autant épuisé après le sexe !

Il faisait gris à son réveil; il sentait la morosité pointer dans son humeur du jour. Alors qu'il voulut aller aux toilettes, il ne put se lever. Énervé, il donna un coup de poing dans le bras du garçon à ses côtés.

— Aïe !

— Enfoiré ! Tu avais promis que ça ne ferait pas mal du tout ! Regarde-moi ! Je ne peux même plus me lever !

— Hum…

Stefan somnolait.

— C'est juste les premières fois, après ton corps s'habituera…

Il lui asséna un violent coup de coussin, tout en rougissant à l'idée de recommencer.

— Même pas en rêve ! La prochaine fois, c'est toi qui y passe !

Se réveillant définitivement, Stefan lui adressa un sourire empli d'amour.

— C'est avec joie que j'accueillerai ton amour en moi, Jess.

Il rougit encore plus en comprenant les sous-entendus de sa remarque. Il lui envoya à nouveau ledit coussin à la figure avant que Stefan ne s'empare de son corps, l'enlaçant tendrement… Jess ne se débattit plus longtemps, puis dit :

— Lâche-moi. J'ai vraiment besoin d'aller aux toilettes.

*o*o*

Bonus

Le désir, le cœur, le corps, l'esprit… Des grands thèmes de la philosophie regroupant chacun des multitudes de concepts. La psychologie exploite ses thèmes, afin de comprendre les gens, ainsi que de leur faire comprendre certaines choses, comme la menace de l'esprit sur le corps.

Son expérience était un échec. Il n'a pas pu se faire passer pour son aimé aux yeux de Stefan. Dans sa détresse, il lui demanda de l'enlacer; et Stefan l'enlaça lui, Marc; pas Jess. C'était un échec. L'esprit a eu raison sur le corps. Aussitôt que Stefan a su qu'il enlaçait Marc, la sensation fut différente. Le corps n'était plus celui de Jess, mais bien celui de Marc. La thèse était véridique. Ou au contraire, complètement faussée. Le cœur a eut raison des choix de l'esprit. Tel un véritable thème de philosophie, les réponses divergeaient en fonction des éléments qu'on lui apportait.

Mais dans tout les cas, il avait perdu son amour face à celui de Jess. Ou pour Jess.

Voilà une semaine qu'il vit dans un bonheur total avec son amant. Celui-ci était même venu s'excuser de l'avoir giflé. Il en était mignon par la façon dont il se sentait gêné, tel un enfant n'aimant pas avouer ses fautes. Mais même s'il l'en excusa, il lui en veut. Énormément. Il a passé deux années entières à le repousser, et lui ne l'a ignoré qu'une toute petite semaine et le voilà complètement épris. C'est ridicule ! Tel un roman pour fille : l'hétéro tombant finalement amoureux de l'homo. C'est du n'importe quoi ! Un conte, voilà ce que c'est. Et par définition, cela n'existe pas !
Son téléphone sonne à nouveau. Léo tente encore de le joindre. C'est pourtant lui qui l'a largué il y a une semaine. Il lui veut quoi à la fin !? Ce n'est pas comme s'ils s'aimaient ou quelque chose dans le genre ! C'est vrai quoi. Deux potes de fac se rencontrant à une soirée, passant la nuit ensemble après avoir trop bu, puis finalement décidant de rester ensemble… Tout au plus, on considère ça comme des sexfriends : aucun engagement. Exactement ce dont il a besoin. Ne pas s'engager.

Ne pas enfoncer un couteau dans une plaie à vif.

Il décide d'éteindre son téléphone suite au dixième appel de celui-ci. Marc sentait que la journée du lendemain allait être rude. Tout le weekend il n'a cessé de le harceler au téléphone, voulant qu'ils s'expliquent. Il ne lui a pourtant pas adressé une seule fois la parole durant toute cette semaine. Alors maintenant, il ne comprenant pas pourquoi il tentait de l'appeler depuis hier.

Quoi de mieux que de s'occuper l'esprit en lisant tout un tas de bouquins sur la philosophie ? Il était fier de s'être procuré toute cette collection en édition limitée.
Il n'était à peine 20h30, mais il décida d'aller se coucher malgré tout.

Mauvais timing.

On sonna à sa porte. Devant l'insistance de la personne, Marc se résigna et alla ouvrir. Il aurait dû y penser, mais bizarrement, ça ne lui était pas venue à l'esprit.

Pourtant, cela paraissait évident.

— Que fais-tu là, Léo ?

— Tu ne réponds pas au téléphone.

Il avait un adorable accent italien quand il parlait; ce qui semble normal au vu de ses origines. Il était atypique : brun aux yeux foncés, mâchoire carrée, grand et musclé. Ce n'était pas spécialement son genre de gars, mais il lui faut bien avouer, qu'il ne le décevait absolument pas. Depuis leur « bêtise », il y a de cela un mois et demi, il avait toujours passé de bonne soirée en sa compagnie. Mais ça s'arrêtait là pour lui, ayant déjà quelqu'un dans son cœur.

— Peut-être que je n'ai pas envie de répondre. Que je sache, je n'y suis pas obligé.

— Tu ne peux pas ignorer mes appels comme ça !

— Et pourquoi pas ? On n'est plus ensemble, il me semble. Tu m'as royalement largué il y a une semaine.

— Tu m'as dit que tu couchais avec un autre gars ! Comment aurais-je pu rester de marbre !?

— Cela ne me concerne pas.

— Tu te moque de moi !? Et nous alors !?

— Il n'y a pas de nous. J'ai couché avec le garçon que j'aimais. Point barre. Mais si ça peut te réconforter, je n'étais qu'un substitut, et maintenant, il vit dans le bonheur.

Pour la troisième fois ce mois-ci, Marc se reçu une gifle.

— T'as pas un peu fini ton délire !? Pourquoi as-tu toujours le besoin de tout retenir en toi !? Je ne comprends pas ! Je suis amoureux de toi ! On est sortis ensemble pendant plus d'un mois, et là tu me dit qu'il n'y a jamais rien eut !? Alors quoi ! Mon bonheur n'était que mensonge !? Ces mots doux que tu sortais à mon attention, tu les lui disais également !? Je n'ai donc jamais compté à tes yeux !?
Amoureux ? Voilà un mot qui lui parut étrange. Depuis quand Léo l'aimait-il ? Est-ce qu'il parle du véritable Amour ? Avec un grand A ? Celui-là qu'il éprouve pour son meilleur ami depuis presque deux ans ?

Devant l'air débité du garçon, Léo se plaqua sur lui et l'embrassa à pleine bouche. Ni consentant, mais sans non plus le repousser, Marc ne fit aucun geste. Vexé, Léo l'empoigna avec force et le conduit sur le lit.

— Je te ferais m'aimer. Je te montrerais ce qu'est véritablement l'amour.

Cette nuit-là, Marc ne compris pas ce qu'il a voulut lui dire… Mais qui sait ? Un jour peut-être, les paroles de Léo le toucheront et le feront réfléchir…