CHÊNE ET ROSEAU

Un texte un peu plus ancien, retravaillé aux entournures, qui traite cette fois des deux frères, Léo et Henri.

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Au-delà de son caractère impulsif, de ses passions dévorantes, de ses émotions à fleur de peau, de son absence de sens commun, on peut être porté à croire que Léo dissimule sous son apparence solaire une part d'ombre et de fragilité profonde. Certes, il y a en lui un côté plus ténébreux, plus grave, plus anxieux, mais même dans les affres de l'affliction, Léo n'est pas fragile, très loin de là.

D'après la fable, les hommes se divisent entre les roseaux, de frêle apparence mais capables de ployer sous la tempête, et les chênes, puissants et solides mais susceptibles de se briser sous les coups les plus brutaux de l'adversité. Contre toute attente, Léo est un roseau. Comme les autres membres de sa famille, même si chacun exhibe sa part de faiblesses et de fêlures. Ensemble, ils ont fait face aux plus terribles tempêtes, se sont bien souvent retrouvés à terre, mais ils se sont toujours relevés, reprenant leur existence comme si les cataclysmes n'avaient pas refaçonné le monde autour d'eux.

A l'exception d'Henri. Son demi-frère a tout du roseau, que ce soit par sa silhouette élancée, ou son esprit flexible et adaptable. Mais Henri les porte tous, avec la force inébranlable du chêne.

Parfois, en de rares occasions, et sous le seul regard de Léo, le chêne cède sous les assauts impitoyables du monde. Juste quelques fissures pour commencer, le plus souvent à peine visibles, mais c'est suffisant pour que Léo s'en émeuve. Quand les lueurs d'argent qui jouent dans le regard d'Henri se font plombées, quand l'irrépressible énergie qui l'animait vacille, quand plus rien autour de lui ne semble éveiller sa curiosité, Léo sait qu'il était temps de ramasser les pièces éparses et les remettre en place. C'était le moins qu'il peut faire.

Il aurait juste aimé, parfois, ne pas être seul à s'en soucier.