Bonne année tout le monde ! Je vous souhaite que 2018 vous soit une superbe année, faite de bonheur, de santé et de rêves réalisés ! J'espère que vous avez eu de belles fêtes !

Alors, on fait un petit retour en arrière pour mieux cerner le présent que l'on va retrouver au prochain chapitre (après la partie 2). La partie 1 se concentre sur les origines et l'enfance et la partie 2 sur l'adolescence et l'âge adulte, en intégrant parfois des ''points de vue'' différents...

Je me suis amusée avec le Billboard pour marquer les années dès que je pouvais insérer un petit clin d'oeil... ^^

- Scène de violence dans ce chapitre. On ne fait jamais ça à la maison... -


Chapitre 63 - Partie 1 (1/2) :

Une chanson de l'année précédente, Call me* de Blondie, jouait lorsque Nadège souleva Louis-Philippe de sa chaise haute. Un peu dérangée par ce qu'elle aimerait dire à son conjoint absent, parti, elle ferma la radio. Elle avait fini de le faire manger et le nettoyer avec beaucoup d'efforts, car il n'était pas coopératif. Le bébé de 1 an avait préféré faire de l'art culinaire sur son visage. Après l'avoir posé dans son parc, elle commença ensuite à faire la vaisselle. Enceinte jusqu'au cou et le bébé donnant des coups douloureux, elle avait de la difficulté à se déplacer et ce léger exercice l'avait essoufflé.

Depuis la fin de son doctorat il y a quatre ans, Nadège Baranova, francisé de Nadejda, enseignait la littérature française et russe du XIXe siècle. Elle était spécialisée dans le Romantisme et faisait des recherches à Paris X – Nanterre, qui était encore une toute nouvelle université. Lamartine, Sand et Pouchkine étaient ses auteurs de prédilection comme chercheure. Heureusement, avec son statut de professeure durement acquis qui lui assurait la stabilité jusqu'à sa retraite, il avait été simple de tomber enceinte à quelques mois d'intervalle sans avoir peur de perdre son emploi.

Elle avait rencontré Alexandre Matuswenski, Alexis pour les intimes, au café étudiant où elle travaillait comme serveuse. Il étudiait en Cinéma et avait surtout la bosse des affaires même à cette époque. Il préférait produire et trouver du financement pour les films de ses collègues, au lieu d'en réaliser. Les Russes et les Polonais avaient toujours été comme chien et chat dans l'imaginaire collectif et historiquement. Pourtant, ils avaient défiés tous les clichés. Tous les jours, Alexis était venu acheter la même commande avant de pouvoir finalement avoir un rencard avec la plus jolie fille de l'université à ses dires. Elle avait toujours fait passer ses études et sa carrière avant ses amours, alors il avait été vraiment persuasif. Elle voulait surtout éviter d'être blessée à nouveau comme elle l'avait été deux fois plutôt qu'une avec des hommes populaires, attirants tous les regards, mais au final violents et incapables de contrôler leurs colères dans l'intimité. Au contraire, il était quelqu'un de flatteur parfois flagorneur pour avoir ce qu'il voulait, charmeur, désinvolte, aimant la vie. Il avait un sale caractère et il ne fallait pas le chercher, mais il ne ferait pas de mal à une mouche. Même si leurs coutumes et traditions différaient, leurs valeurs, leurs visions de la vie se rejoignaient. Ils étaient faits pour être ensemble.

Ils avaient donc fini par partager de nombreuses années avant qu'elle ne tombe enceinte par un hasard malencontreux. Alexandre lui avait déjà dit qu'il ne souhaitait pas d'enfants quand il avait jugé à voix haute une marmaille sous l'emprise du sucre raffiné lors d'une sortie en amoureux. À sa grande surprise, il avait bien réagi à la nouvelle. Alexis avait essayé d'être accommodant et il ne serait pas vu père avec personne d'autre que Nadège, sans toutefois avoir sauté de joie. Il lui avait laissé le libre choix.

Elle l'avait trouvé distant depuis la naissance de Louis. C'était encore plus évident quand elle retomba enceinte avant même de reprendre la pilule.

À cinq mois de sa deuxième grossesse, il était parti après une dispute sans importance, une de trop. Il avait voulu déménager à Paris pour se rapprocher de son travail. Elle avait refusé, argumentant que rester où ils étaient établis offrirait un meilleur cadre à leurs enfants, même s'ils pourront aller à l'école dans la Capitale. Donc, Alexis avait prétexté avoir besoin de temps pour penser à leur couple, à ce qu'il voulait.

Elle savait bien que son départ était lié aussi au fait qu'elle refusait maintenant toutes relations sexuelles sans que ce soit justifié, de peur de faire mal au bébé, pendant ses grossesses. En plus, avec ses mauvaises expériences avec les hommes, elle n'avait jamais trop aimé faire l'amour et les attentions mêmes affectueuses. Il fallait dire qu'elle avait aussi été victime de 4 à 10 ans de son grand-père paternel maintenant décédé. Après que son agresseur l'ait délaissé quand elle avait eu ses règles, elle n'avait jamais été à l'aise avec son corps, les garçons, les contacts physiques. Elle avait toujours eu une faible estime d'elle-même. Elle avait toujours été mal dans sa peau, malgré sa beauté digne de concours de miss et la jalousie des autres en résultant. Elle n'en avait pas parlé. À personne. Pourtant, elle attirait sans cesse les regards des hommes, qui la pensait libérée. Elle ne le sera jamais. Elle était prisonnière d'elle-même depuis le premier soir d'attouchements.

En plus, Nadège savait qu'Alexis aimait trop les femmes et qu'elle ne pouvait l'empêcher sinon il allait partir... Elle savait qu'il avait sauté la clôture plus d'une fois et que bien des jupons avaient été soulevés... Elle fermait les yeux, restant dans ce silence malsain inculqué et bien ancré par l'inceste... Si on savait, elle ne s'en remettrait pas... Elle se préoccupait trop de ce que les gens pourraient dire, tâche répugnante de son passé... Tout ce qu'elle voulait, c'était qu'elle soit la seule à avoir son cœur et continuer de vivre comme si ça n'existait pas...

Plus rien n'allait entre eux. Il lui donnait parfois des nouvelles. À présent, elle espérait le faire revenir en lui laissant des messages, sa seule façon de l'atteindre. Elle s'était trouvé pathétique en pleurant sur deux d'entre eux, mais vivre sa grossesse seule et penser qu'il l'avait quitté pour de bon, qu'elle devra élever deux enfants seuls, lui était très difficile. Si Louis-Philippe avait été un accident, celui dont elle n'avait pas encore prénommé avec Alexis l'était encore plus. Malgré ses craintes, elle savait bien qu'il fallait à son homme ce temps de réflexion, qui commençait à être très long sans réponse définitive. Il prétextait qu'il avait peu de temps libre pour se poser avec sa nouvelle série d'émissions de variété.

En rangeant une dernière assiette dans l'égouttoir, elle ressentit une contraction très forte. Elle avait sauté son dernier rendez-vous chez l'obstétricien, car sa baby-sitter n'était pas disponible. Elle entamait bientôt le 9 mois. Elle se dit qu'elle allait s'étendre quelques minutes, que c'était la fatigue. En passant dans le salon, Louis-Philippe s'amusait toujours avec intérêt avec la panoplie de jouets dans le parc. Pourtant analytique et réaliste en temps normal, elle espérait tellement que son accouchement prochain allait faire revenir Alexis et lui faire retrouver la raison. L'amour parlerait. Sinon, il serait tellement irresponsable. Ils ne devaient pas laisser leurs problèmes quotidiens les diviser, surtout le fait qu'Alexis n'était pas un père, mais encore un adolescent attardé.

ooOoOoOoOoOoo

Quelques temps plus tard, la jeune Lydia Jourdan s'en faisait, devant tous ses livres ouverts, ses notes de cours manuscrites plein de couleurs et de tableaux et ses fiches encore plus organisées au détail près. Incapable d'étudier. À quatre jours du début des concours écrits des écoles d'infirmière. Depuis toute la journée. Même en se forçant pour ne pas céder à l'appel de la procrastination. Ce matin, elle avait essayé de prétendre qu'étudier dans un café allait l'obliger à le faire, occulter ce problème de taille, mais ce n'était pas le cas. Elle avait vite jeté son gobelet encore plein, alors que Sting chantait Don't Stand So Close To Me et avait déguerpi. Elle était retournée à son appartement, découragée et le cœur au bord des lèvres. Elle n'avait supporté l'odeur environnante pourtant alléchante en temps normal. Si ce n'était pas une confirmation encore plus forte que ce signe positif hier matin... Elle, l'accro à la caféine et qui avait la dent sucrée... Le problème de taille s'expliquait par ce dégoût sensoriel...

Lydia avait beau retourner les choses dans sa tête. Encore et encore, aucune réponse. Elle ne savait plus quoi en penser, comment se positionner face à cela.

Elle était tiraillée entre ses convictions et la réalité, entre l'amour et la raison, les considérations pratiques et les idéaux, le présent et le passé.

D'un côté, féministe convaincue loin des regards qui pouvaient être facilement choqués de son petit village d'origine, elle s'abreuvait des écrits de gender studies, des discours sur les droits sexuels, reproductifs, la discrimination sexiste et le machisme. Des années plus tard, ses réflexions se transformeront avec les acquis sociaux, les situations qui faisaient du sur-place et sa lecture de Judith Butler. En attendant ce saut temporel, elle vivait dans les préoccupations de la fin de deuxième vague féministe et les embrassaient totalement. Elle rejetait en bloc le patriarcat et les contextes oppressifs que chérissaient tant sa famille. Cette dernière était conservatrice et se vantant ouvertement de voter à droite pendant que les mœurs se libéraient de plus en plus. Paradoxalement, Lydia avait toujours voulu avoir des enfants, elle s'imaginait depuis longtemps mère... Mère, mais pas moins femme, pas moins épanouie et forte... Déjà, quand elle jouait à la dinette avec ses deux sœurs et son frère, elle faisait semblant de faire à manger pour une douzaine de marmots surexcités. Bon, depuis qu'elle avait développé sa sexualité, sa pensée critique féministe en cachette pendant son adolescence et avoir entendu des histoires d'horreur d'accouchements, elle avait considérablement réduit ce nombre à un ou deux.

De l'autre côté, elle ne pouvait pas être mère... dans les prochains mois. Elle était sans-le-sou, elle vivait des allocations étudiantes. Son appartement était à peine assez grand pour ne pas être comparé à une conserve de sardines. Elle tentait plusieurs concours pour d'intégrer une école réputée, prestigieuse, pour éventuellement faire le métier de ses rêves, pour aider les gens malades et leur faire du bien dans des moments difficiles. Ses études lui prendront encore quelques années. Elle n'était pas prête à laisser aller sa jeunesse. Elle ne voulait pas laisser tomber ses ambitions, sa vocation, sacrifier son corps... Elle avait encore tellement de choses à vivre, à apprendre...

Du premier côté, elle portait l'enfant de son prince charmant... son merveilleux Adam... Même s'il partageait sa vie depuis qu'à peine un an et qu'il avait 8 ans de plus qu'elle, Adam était un vrai gentleman envers elle comme dirait les Anglais... Elle était quasi gaga de lui, ce qui ne lui ressemblait pas... Par exemple, depuis qu'il lui avait longuement parlé de ses origines et du pays qu'avaient fui ses parents pendant la guerre, elle s'était découvert une passion pour la Pologne et avait emprunté tous les livres de voyages là-dessus à la bibliothèque... C'était un homme d'affaires prolifique dans le commerce international. Au détour d'une conversation, elle avait voulu en savoir plus sur son travail, mais il avait été assez avare de commentaires, lui disant que ce n'était pas très intéressant. Elle avait dû insister pour avoir des détails par-ci par-là, qu'il lui raconte ses journées...

Lydia avait rencontré Adam dans un bar parisien quand elle avait célébré l'anniversaire d'une amie. Ils avaient fait connaissance tous ensemble comme il lui avait offert un verre et qu'elle ne voulait pas abandonner ses amies pour un inconnu. Pendant un moment à l'écart pour une cigarette, il l'avait vite séduite. Il l'avait embrassé à l'extérieur à l'abri des regards de ses copines. Ils s'étaient redonné rendez-vous comme il avait absolument voulu la revoir. Il avait un téléphone portable en plus, un gadget de gens fortunés ! Elle avait été impressionnée par l'appareil sophistiqué, puisqu'elle peinait à faire une sortie sans culpabiliser de dépenser. Elle s'était fait la réflexion qu'il devait gagner beaucoup d'argent... Bref, depuis leur première rencontre, elle en était folle d'amour. Elle s'était trouvé trop mature pour les garçons de son âge pendant son adolescence, alors voilà pourquoi il était le premier à partager sa vie... Elle trouvait le meilleur des deux mondes, il était d'une sympathie incroyable, attentionné, séduisant sur tous les plans, sexy comme pas un. Lydia pouvait avoir plein de discussions passionnantes sur leurs points communs, sur tout et sur rien... Elle était accaparée par ses études prenantes et Adam par son travail, donc elle ne le voyait pas aussi souvent qu'elle le voudrait...

N'empêche, elle avait un peu peur de lui avouer sa découverte du petit signe positif d'il y a trois jours et de l'annonce officielle d'hier... Elle n'avait vraiment aucune idée de comment Adam allait réagir... Elle ne savait même pas s'il voulait des enfants, elle n'avait encore jamais abordé ce sujet, bien loin d'y penser avec sérieux avec cette période charnière de sa vie. Ce n'était pas sa priorité, c'était qu'une envie viscérale à concrétiser dans un lointain futur... L'horloge biologique était reculée de plusieurs heures... Désormais, elle était bien obligée de lui en faire part, elle ne pourra pas cacher physiquement les symptômes du premier trimestre qui l'accaparait déjà beaucoup. Elle était une fille honnête, trop même. Souvent, on lui disait qu'elle disait trop ce qu'elle pensait, qu'elle n'avait pas de tact. En plus, elle n'arrivait jamais à garder les secrets bien longtemps...

Et du deuxième côté, Lydia se disait que ça allait vraiment être l'enfer avec ses parents. Déjà qu'ils ne portaient pas Adam dans leurs cœurs, parce qu'ils le trouvaient pas fait pour elle. Ils le trouvaient trop malpoli, trop mal élevé, trop méprisant l'autorité et ''bohème'', trop ''gaucho''... juste trop... Pour les deux seules fois où ils l'avaient vu rapidement, ils s'étaient forgé une opinion coulée dans le béton... Sans même avoir pu apprendre à le connaitre... Ils n'avaient pas dépassé l'effet de primauté... Peu importe le garçon, ses parents étaient foncièrement contre l'avortement. Avec un autre lui auraient ordonnés de mener à terme sa grossesse à tout prix... Mais à cause d'Adam, ils allaient changer d'avis pour cette fois-ci uniquement et piler sur leurs convictions... Le vrai problème était que si elle mettait au monde le bébé d'Adam, elle était sûre que ses parents seront scandalisés, la traiteront de traînée et lui couperont les vivres... Elle ne pouvait pas perdre cette petite entrée d'argent mensuelle non-déclarée qui lui permettait de joindre les deux bouts et respirer un peu... Adam pourrait peut-être l'aider financièrement en aménageant avec elle, mais elle n'était pas très chaude à l'idée de se faire vivre par un homme. Adam était loin d'être comme tous les hommes et n'adhérait pas à la domination machiste. Il était du sexe fort, pourtant il la traitait comme son égal. Cependant, il restait un homme et elle ne voulait pas être redevable. Ensemble, ils avaient souvent longuement parlé de condition féminine. Avec ses parents avec qui elle n'avait que peu d'affinités, son orgueil en avait déjà pris un coup quand elle avait été dans l'obligation de leur demander de l'appuyer... Cet énorme défaut n'allait pas apprécier qu'une autre personne se rajoute sur la liste...

Peu importe sa décision à propos de son état, ils réagiront négativement... Elle pourrait peut-être leur cacher une interruption volontaire de grossesse, mais si Adam prenait ses jambes à son coup, comment se payer un tel acte médical quand tous les frais n'étaient pas encore couverts par le gouvernement ? Quand elle faisait déjà des courses au strict minimum et qu'elle ne savait plus dans quoi couper dans son budget ? En cas de besoin, est-ce que des organismes pourraient l'aider à se faire avorter en secret de ses parents sans vendre un rein et un poumon en même temps ?

Elle était perdue. Totalement. Cette grossesse non-désirée arrivait au pire moment. Qu'est qu'elle devait faire ? Elle n'en dormait pas depuis qu'elle avait fait le premier test.

Elle avait donné rendez-vous à Adam après le travail. Peut-être que la réaction de son amoureux allait lui donner une idée sur la suite possible. En attendant, elle appréhendait cette conversation.

Les heures avaient passé. Lydia avait fini par délaisser ses livres, abandonnant tout espoir de retenir quoique ce soit. Elle était une bonne élève et avait déjà épluché toutes les matières, elle pouvait mettre toutes les chances sur ce côté si la concentration ne revenait pas bientôt. Elle avait intérêt, elle devait réussir...

Quand Adam sonna enfin et que Lydia lui ouvrit la porte de l'immeuble, elle eut une bouffée de chaleur. Même pas à cause de l'embryon qui s'était accroché inopinément dans son utérus... L'anxiété était si importante qu'elle pensa s'évanouir, son cœur palpitait et pinçait très fort.

Lydia le laissa entrer chez elle. Vêtu d'un costume bien coupé, Adam était tout sourire et la complimenta sur sa tenue après lui avoir dit bonjour et l'avoir embrasser :

- Wow, tu es magnifique.

- Pfff j'ai pris les premiers trucs qui me sont tombés sous la main ce matin, marmonna Lydia, elle qui était vêtue d'un gros pull-over bourgogne et d'un pantalon noir simple, rien de très soigné.

- Je te jure, tu es resplendissante, assura Adam.

- Merci, tu es gentil... Ça s'est bien passé ta journée ? demanda-t-elle, pour briser la glace.

Ils se dirigèrent vers la cuisine.

- Occupé... Tokyo a été assez agressif sur ses offres, j'ai eu du pain sur la planche... La tienne ?

- Tranquille, j'ai étudié...

- Le travail va payer, mon ange... Alors, tu voulais me dire quelque chose d'important ?

- Oui, assis-toi, s'il te plait, ce n'est pas facile à dire, l'invita la jeune femme, le cœur battant la chamade à un niveau record, inégalé.

Pourquoi s'asseoir crevait toujours mieux l'abcès ? C'était comme si la réception du message était meilleure et sans réaction physique que l'on ne voyait pas venir, altérée si l'on restait debout.

Adam s'exécuta, tout en retirant son veston et en le déposant plié sur le dossier. Il posa ses bras sur la table pour lui montrer qu'il était attentif. Il ne la trouvait pas comme à son habitude. Plutôt stressée. Et surtout manquant de sa force de caractère naturelle, d'assurance.

- Je t'écoute...

Lydia n'avait pas été capable aujourd'hui de trouver d'autres façons que de lui annoncer que de le dire franchement, sans tourner autour du pot. Elle se lança donc, sans pour autant être à l'aise, craignant la réaction prochaine de son copain.

- J'avais du retard depuis plusieurs jours et je n'ai jamais de retard... Adam, je suis enceinte...

Il cligna des paupières. Il était stupéfait, ne croyant pas que cela allait être possible. Il savait qu'avec Lydia, ils s'étaient protégés. La plupart du temps, d'où peut-être cet accident. Il y avait eu des oublis... Il était rattrapé par sa propre situation. Son autre vie. Celle de qui avait voulu prendre ses distances en couchant avec de nombreuses femmes, puis fuir à moitié en se mettant en couple avec Lydia.

- De moi ?! bafouilla-t-il.

- Bah non, de Mick Jagger... Ben oui, de toi ! De qui penses-tu que je pourrais l'être à part toi ?!

La voix de l'étudiante était partagée entre son sarcasme et son ironie légendaires et l'étonnement qu'il lui dise une telle chose alors qu'il n'avait jamais manifesté de jalousie.

- Excuse-moi, je me suis mal exprimé, se corrigea-t-il, rattrapant son lapsus foireux. Je voulais dire, tu en es sûre ou tu supposes que... ?

- Oui, je suis sûre. J'ai fait deux tests de grossesse différents, dont un chez le médecin, je t'en parlerais pas, sinon...

Adam se leva. Lydia crut qu'il partait en ne voulant plus rien savoir d'elle et ouvrit la bouche pour essayer de le convaincre de rester, d'en parler, qu'elle trouvait aussi la situation absurde. La jeune femme fut sidérée en se retrouvant à lui faire une étreinte. Elle ne savait toutefois pas que c'était pour mieux cacher la réalité. Il n'était pas préparé, il agissait impulsivement.

Quand il la lâcha, Lydia essaya de comprendre, complètement sous le choc de ce câlin.

- T'es content ou... ?

Il n'en avait vraiment pas l'air. Adam démentit pourtant l'impression de sa petite amie.

- Bien sûr, je suis content ! Je suis choqué, mais c'est une bonne nouvelle !

- Mes parents vont nous tuer... Je voulais des enfants, mais pas maintenant... Je ne m'attendais pas à ça...

- Non plus ! Mon ange, si ce n'est pas un signe du destin, toi qui voulais prendre tes distances pour de bon !

- Oui, mais... Je sais pas quoi faire, j'ai pas d'argent pour rien, pour aucune des options...

Il essaya de la mener sur la piste qu'il voulait qu'elle emprunte, celle de la sincérité. Qu'il la croit. Il savait qu'il ne pouvait pas la forcer à avorter et il n'avait jamais été un homme contrôlant qui allait dans ce sens. Il pouvait au minimum cacher la vérité et se croiser les doigts pour qu'elle opte pour la rationalité. Ce qui était la logique, clair et net.

- Je sais que ta situation est précaire. J'en ai moi de l'argent... Ce n'est pas ce qu'on prévoyait et je suis conscient que c'est ton choix, ton corps, par contre je suis heureux... et je vais respecter ce que tu décides... Je ne pensais pas à être père comme je suis au summum de ma carrière, mais j'aurais voulu un enfant avec personne d'autre que toi...

- Moi aussi, murmura Lydia pendant un silence de son amoureux pour respirer, le laissant continuer à parler.

- Je sais que ce n'est pas raisonnable avec tes études, mais je comprendrai si tu veux attendre, je suis totalement pour l'avortement et que tu disposes de ton corps, de tes droits... je ne suis pas comme tes parents..., manipula-t-il, en usant du charme romantique que Lydia aimait tant.

- Et si on le garde ? Ils vont comprendre que je leur ai joué le jeu de la gentille petite fille qui attend après le mariage pour avoir des relations sexuelles nulles, pour procréer uniquement et pour pas leur foutre la honte...

- Et se marier ? Ça légitimerait cette excuse... Tu n'as jamais cru à ça en plus, ça changerait rien...

- En effet... Si c'est pour que ce soit que sur un bout de papier et ne pas rester femme au foyer, ça va. Et ce n'est pas une institution négative à 100% si la femme veut sa liberté et son indépendance.

- Ouais... Enfin, je te le propose comme solution sans vraiment te demander ta main... Je sais que c'est une lourde décision...

- Merci d'être aussi ouvert... Ça me soulage d'un gros poids, surtout avec les concours qui approchent... Ça me libère un peu l'esprit... On va réfléchir...

Lydia l'accueillit de nouveau dans ses bras. Il lui dit qu'il l'aimait et qu'ils allaient prendre ensemble la meilleure décision. La tête sur son épaule, Lydia le crut. Elle lui chuchota qu'elle l'aimait aussi. Elle n'avait aucune raison de douter de cet aspect.

Avec son érudition, son esprit critique, elle aurait dû le remettre en question...

ooOoOoOoOoOoo

- Votre mari n'est toujours pas là, madame Jourdan ? demanda l'infirmière, après l'avoir salué et avoir vérifié ses constantes.

Lydia était d'un état de fatigue extrême, malgré le grand soleil de novembre dans la fenêtre. Elle n'était pas arrivé à fermer l'œil bien longtemps la nuit dernière avec la douleur qui s'était réveillée elle aussi de l'anesthésie générale, le bruit constant dans la chambre avec trois colocataires - c'était ça être une pauvre étudiante sans assurance privée - et dans l'étage. Elle ne dormait pas depuis hier, soit une partie de la nuit et toute la journée. C'était un peu impossible, l'activité était sans cesse à son maximum sonore. Elle voulait retourner chez elle et au moins avoir un peu de tranquillité, sommeil ou pas...

- Non... Il va atterrir aujourd'hui, il m'a dit qu'il ne pouvait pas avoir un vol plus tôt que ce matin, qu'ils étaient tous complets..., couina Lydia, à fleur de peau.

Sa voix se brisa et elle éclata en sanglots. Elle passa sa main dans ses cheveux décoiffés et sales, secouée par la peine hormonale, mais surtout irrationnelle.

- Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire pleurer, je m'informais pour que le docteur puisse vous remettre les documents en même temps qu'il vienne vous ausculter.

La seule consolation était qu'Adam, à défaut de lui avoir tenu la main avant d'aller au bloc opératoire et d'avoir été présent, lui avait dit au téléphone qu'il voulait faire un geste symbolique en lui laissant la possibilité de donner Jourdan comme nom de famille... Ils avaient déjà discutés du prénom pendant sa grossesse, mais ce détail l'avait touché...

- C'est pas votre faute... C'est que... Ça ne s'est tellement pas passé comme je l'aurais voulu... Qu'il ne soit pas là... Les complications... La césarienne, pas voir mon bébé tout de suite... me réveiller sans lui dans mon ventre... J'ai super mal... Et pour couronner le tout, j'ai pas été capable d'allaiter...

L'infirmière prit des mouchoirs dans la boite sur la table à côté du lit et Lydia les accepta.

- Vous vous en mettez beaucoup sur les épaules, madame Jourdan. C'est normal que vous soyez déçue pour tout ça, mais vous avez mis au monde un beau bébé en santé. C'est l'essentiel. Pour la douleur, c'est normal, vous avez subi une intervention chirurgicale qui n'est pas aussi mineure qu'elle ne le semble. L'allaitement, ça va venir, il faut s'habituer. Il ne faut juste pas s'acharner si ça ne fonctionne pas, mais vous venez à peine de donner naissance, laissez-vous le temps...

- Bien sûr, mais je... je ne sais pas si je vais être capable finalement... Je dois déjà être une mauvaise mère, ça doit être un signe... Je ne suis même pas contente... Je ne comprends pas... Dire que les autres disent que c'est le plus beau jour de leur vie, sanglota-t-elle.

- C'est un changement important, mais vous n'êtes pas la première à qui ça arrive de ne pas vivre un accouchement rêvé. Il faut vivre vos émotions, mais je suis sûre que vous allez être une mère géniale. Vous vous préoccuper des autres et moins de vous... Vous voulez que je vous amène Boris ? C'est important de créer un lien, même si vous n'arrivez pas à donner le sein...

Lydia se moucha et rien que ce petit geste lui fit mal aux abdominaux. Elle accepta, comme elle ne voyait pas d'autres options pour ne pas se sentir plus bas, au 3e sous-sol du moral et ressasser seule ces 24 dernières heures difficiles.

- Ok...

ooOoOoOoOoOoo

Sa relation presque platonique avec Nadège lui avait permis d'écumer les bars et surtout d'assouvir ses pulsions, s'amouracher d'une aussi belle prétendante.

Alexis avait toujours aimé l'opulence, la richesse des sensations, tout ce qui fascine chez les femmes. Il avait toujours senti que Nadège n'avait pas confiance en elle et qu'elle se forçait pour les quelques moments d'amour à mourir d'ennui, parfois par trop-plein de désir de sa part. Il ne voulait pas lui imposer ses excès de testostérone. Il comprenait que c'était profond et qu'elle n'arrivait pas à parler. Elle y arrivera que des années plus tard. En attendant, sans le savoir encore, il pouvait bien passer par-dessus ce manque de libido, l'éducation contraignante de Nadège qui continuait à lui pourrir la vie, car ils étaient comme le feu et la glace, l'air et la terre, mais il l'aimait et voulait la rendre heureuse. Hors de question de demander de l'aide extérieure, il avait trop de fierté pour cela. Il n'était pas faible et Nadège non plus.

Seulement, quand Nadège était tombée enceinte pour la première fois, il avait été encore plus difficile de piler sur ses envies. Il s'était senti pris au piège. Alors, il avait été infidèle de plus en plus souvent.

Puis, la rencontre avec Lydia l'avait exalté. Là, les choses avaient prises une tournure plus émoustillante. Authentique, sûre d'elle, mais libérée, pas farouche même comme toutes les autres, pas du tout coincée. Lydia était un mélange explosif de férocité et d'ardeur. Faire le grand jeu de l'homme gentil, mais mystérieux, avait encore frappé de plein fouet. Cette fille recherchait des sentiments dans la liberté, son indépendance. Elle avait besoin de se sentir valorisée et écoutée, il le sentait. Elle avait été incomprise trop longtemps dans sa vie. Alors, il l'avait comprise. Il avait saisi son désir de s'émanciper des mœurs d'un milieu strict. Il l'avait lui-même observé pendant son enfance en Pologne avant que ses parents capitalistes convaincus s'installent à Paris pour le travail. Lydia était intrinsèquement sentimentale, câline et c'était une belle personne. Alors, ce n'était pas que sa beauté qui l'avait persuadé de la revoir, mais sa force de caractère, sa bienveillance. Il lui avait raconté tout un tas de salades pour faciliter son anonymat et aimer deux femmes en même temps.

Quand Nadège lui avait annoncé sa deuxième grossesse, son dilemme fut pire. Il trouva cela ardu de concilier ses vies, surtout avec un enfant. C'était de trop. Il arrivait à peine à aimer le premier, car il n'était pas prêt à se caser et qu'il désirait vivre. Individualiste, il avait toujours pensé qu'à lui, qu'à son plaisir. Il ne voulait pas changer des couches. Il voulait se déverser sur une magnifique paire de fesses ou pétrir entre ses mains des seins fermes. Il aimait séduire, se prouver, être merveilleusement bien au chaud dans des chattes. Il avait toujours été moins prude que la société, car les conventions et les apparences n'avaient jamais été dans son éducation. Il s'était intéressé à son arbre généalogique et il était descendant de comtes, souvent aux mœurs légères ou parfois sanguinaires. Ce devait être l'héritage d'une noblesse faussement morale et traditionaliste, en décalage avec la vie d'un pays conservateur. On pouvait sans doute de lui qu'il était un bourreau des cœurs, une gueule d'amour, un tombeur. Au fond, il ne faisait qu'à sa tête. Comme ça lui plaisait.

Alors, avec cette liberté davantage coupée avec le deuxième enfant en route, il avait fui Nadège.

Quelques jolies créatures avaient tenté sa chance, s'étaient empalées sur sa queue sans trop d'efforts. La facilité. L'ennui aussi. Trop simple.

Alors, il avait fini par céder à la liberté. Il avait entretenu plus assidûment sa relation avec Lydia, sans se trouver d'autres partenaires d'un soir. Il avait eu besoin de temps pour lui et déterminer quelle vie il voulait. Jongler avec deux vies, deux femmes, avaient été parfois compliqué, mais ce break avec la présence de Lydia uniquement lui avait donné de l'oxygène. Il avait loué un appartement meublé et l'avait décoré de manière à ce que Lydia croit qu'il vivait sous le signe de la simplicité volontaire, que son faux travail l'avait dégoûté de la société de consommation. Ce fait avait plu à la jeune femme avide de principes et de justice.

La situation s'était encore plus complexifiée quand Lydia était tombée enceinte - il devait être trop fertile et ça l'énervait. Son existence n'avait pas été en reste de mensonges, d'inventions, d'horaires serrés à respecter.

Malheureusement, peu avant la grande nouvelle de Lydia, il avait renoué avec Nadège. Cette dernière avait failli mourir d'une septicémie sévère. L'hôpital l'avait appelle en urgence au travail, car Nadège avait laissé traîner une infection urinaire et des contractions très douloureuses qu'elle avait prises par celles causées par son enfant. Elle avait donné naissance plus tôt que prévu et Charles-Antoine n'était pas encore prêt à retourner à la maison. Elle avait voulu parler à son médecin de ses soucis de santé, mais elle avait dû repousser deux fois son rendez-vous. Alors, même si Alexis détestait les hôpitaux, il était resté auprès d'elle et avait manqué quelques jours de travail, déléguant à son partenaire d'affaires. Du coup, l'annonce de Lydia avait eu moins d'importance à ses yeux. Il était préoccupé par Nadège. Il avait eu peur de la perdre, Il avait dû camoufler la réalité pour laisser Lydia décider de son sort, mais il n'était guère enchanté comme les deux autres.

Trois semaines plus tard, il était de retour avec Nadège et les enfants. Il avait fait croire à Lydia qu'il avait déménagé. Il avait céder le bail de son appartement pour plus de réalisme. Pendant des mois, en se préparant à la venue du bébé et en prenant son organisation pré-maternité à cœur, Lydia lui avait demandé de s'installer avec elle. Il lui avait inventé une histoire comme quoi son nouveau propriétaire refusait de casser le bail pour ne pas perdre de l'argent.

En fait, il n'arrivait qu'à être une façade et n'arrivait pas à aimer ses enfants et il savait que ça allait être la même chose avec celui de Lydia. Sans doute que cela était en contradiction avec son individualisme et sa soif de vivre. Par contre, il avait aimé que Lydia ne rechigne pas à ce qu'il puisse aimer à fond son corps changeant. Sa beauté et sa joie étaient rayonnantes. Elle était toujours digne d'un mannequin qui s'ignorait avec son look sage, mais enceinte, elle devenait encore plus attirante.

Autant il était adulé comme un producteur émérite, qui ne créait que des succès, autant mettre au monde des enfants lui passait par-dessus la tête. Il était très différent en privé de cette image de réussite et de travail acharné dont il dégageait, il était seulement intéressé par être accaparé par le pouvoir des sens, être dans le pouvoir tout court au travail.

Il savait que rien ne justifiait son comportement, mais il voulait continuer. Avec son charisme, il était capable de faire faire n'importe quoi à n'importe qui. Il s'en servait. La psychologie était puissante et il pouvait donc faire croire ce qu'il voulait aux gens autour de lui. Il ne s'était jamais poser la question si c'était bien ou mal, il avait simplement voulu déterminer quelle femme il aimait assez pour vivre au quotidien. Ce fut Nadège. Lydia aurait été trop épuisante et aurait trop demandé d'attention, d'énergie pour la suivre. Il n'était plus si jeune... Déjà qu'avec Nadège, la vie de famille avait vite prenante, un vrai tourbillon. Il essayait de s'en tenir loin, mais il ne pouvait pas totalement y échapper.

Alors que Lydia était enceinte de 7 mois, elle avait passé son permis. Il l'avait accompagné pour s'assurer que tout se passe bien. L'étudiante s'était mise en tête d'avoir son permis pour faciliter la vie avec le bébé. Il lui avait payé tous les frais et lui avait négocié un prix pour une voiture d'occasion. Ils avaient trouvé un appartement plus grand pour Lydia et dans ses moyens. Le seul truc négatif était qu'elle avait beaucoup stressé avec tous ces changements. En général, Lydia essayait beaucoup qu'ils planifient tout pour être prêts, elle essayait vraiment de faire au mieux. Nadège n'en faisait pas autant, car elle était plus conformiste et dans les traditions dont il ne fallait pas déroger. Cependant, cette attitude proactive de Lydia l'exaspérait, il avait de moins en moins de manières crédibles de mentir et conserver le statu quo. Alors, à 8 mois, il finit par lui faire croire qu'il avait accepté une opportunité de 2 mois à l'étranger. Lydia avait été très peinée, mais elle lui avait fait jurer d'être là pour la naissance. Il avait répondu qu'il ne manquerait ce jour pour rien au monde.

Puis, il avait dérogé de sa promesse. Il ne pouvait se permettre de découcher quand l'accouchement avait été soudain et qu'il n'avait pas été assez intelligent pour planifier le moment. Lydia lui en avait visiblement voulu jusqu'à sa sortie de l'hôpital. Il l'avait déçu, mais il ne pouvait pas régler les choses. Il avait essayé d'être aux petits oignons avec elle dans ce changement de vie, mais il avait difficilement pu être là plus d'un jour sur trois ou quatre. Boris était plus un bébé éponge d'émotions de ses parents par rapport à son demi-frère qui ne cessait de faire des crises. Par contre, il commençait à trouver cette situation bien lourde.

Donc, il avait fini par en avoir assez après seulement trois semaines. Il pensait de plus en plus couper tous liens, se séparer. Des femmes, il y en avait des centaines prêtes à se dévêtir et entretenir une relation d'amitié sans chichis. Il ne voulait plus s'embêter avec des mensonges pesant. Il voulait simplement être épicurien et ne pas se prendre la tête plus longtemps. Par contre, cela ne s'était pas passé comme prévu.

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Dans cette courte période de réflexion sur sa situation amoureuse, le jour de son anniversaire, Lydia lui avait demandé de garder leur nourrisson pour pouvoir décompresser et aller passer quelques heures de répit avec ses amies. L'amitié avait toujours sacré pour elle. Alors, Alexis avait accepté avec un désarroi camouflé en motivation, ne pouvant pas lui refuser. Il savait qu'elle était surmenée et au fond du baril, mais il n'était pas du tout à l'aise. Il avait noté le téléphone fixe de sa copine Florence et lui avait souhaité bonne soirée. Lui, il n'allait pas aimer ces prochaines heures, il avait toujours pris soin avec un bâton d'un mètre de son enfant et qu'avec Lydia. C'était la même chose avec Louis et Charles. La solution simple était de ne pas être présent auprès de l'étudiante. Il n'avait pas à assumer sa paternité. Le bébé avait changé sa vie dans le mauvais sens. Elle était devenue si complexe à gérer. C'était la première fois qu'il se retrouvait seul avec Boris. Lydia s'était sentie en confiance, elle ne lui avait même pas dit quoi faire comme il avait déjà observé la nouvelle routine. Elle s'était sentie très émotive au départ, mais elle avait été soulagée de pouvoir prendre du temps pour elle pour la première fois depuis son accouchement.

Il avait appelé Nadège en lui disant qu'il allait sûrement faire des heures supplémentaires et aller sur le plateau de son film cette nuit. Le tournage n'était même pas encore commencé. Le début n'était que dans trois jours. Il était effectivement débordé, mais il s'était arrangé ce soir avec ces collègues...

La première demi-heure s'était bien déroulée. Rien n'avait dérogé de la routine et le bébé avait été confortable dans la douceur du sommeil. Peut-être que c'était parce que c'était sa mère qui l'avait couché... Dans l'autre partie de la soirée, le petit être avait fait valoir la vigueur de ses poumons et avait pleuré à chaudes larmes. Pendant plus de 4 heures, il avait enduré les cris. Alexis avait essayé de le faire manger, l'emmailloter dans une couverture, lui enlever, de changer sa couche, de l'endormir en le câlinant, lui donner sa tétine. Il avait même essayé de le laisser seul et l'ignorer, même si c'était mauvais de refuser la communication et que Lydia lui avait déjà fait la morale là-dessus. Rien n'y faisait. Il ne savait pas ce qu'il voulait. Ou le bébé ne reconnaissait pas maman et se sentait en présence d'un quasi inconnu. Il ne cessait pas de pleurer. Pas une seconde. Pas une seule.

Le producteur l'avait donc repris dans ses bras et avait continué de le bercer en espérant le calmer, mais il n'avait pas touché à l'ambiance de sa chambre. Il avait changé sans arrêt de lieu pour essayer de l'épuiser un peu. Il avait fait des allers-retours dans l'appartement encombré de Lydia.

Mais il pleurait toujours. Des pleurs insistants, forts, persistants. Il était incapable de consoler ou d'endormir le bébé de 6 semaines.

Quel. Fardeau.

Il aurait mieux fait de se faire un nœud. Il aurait surtout dû ne jamais avoir d'enfants avec personne, c'était que des problèmes. En plus, il détestait vraiment être incapable de faire quelque chose. Au travail, il était control freak et là, il devait jouer aux devinettes...

Pendant 45 minutes, Alexis se sentit d'abord impuissant après avoir tout tenté, énervé, pressé que Lydia rentre ou lui donne un coup de fil pour savoir si tout allait bien. De plus en plus, l'irritation rasa tout sur son passage.

C'était sans interruption.

Aucun frein d'arrêt.

Dans la chambre du nourrisson, il fut déboussolé par l'agressivité avec les geignements continus.

La colère monta comme un feu qui prenait de l'expansion.
Boris s'égosillait encore plus fort.
Elle n'entraina qu'une escalade de sentiments mauvais.
Le bébé ne lâchait pas le morceau, il hurlait.
Elle dégénéra en l'expression d'une violence incontrôlée et non-voulue.

Il détacha le petit corps de son torse. Sans être à bout de bras, dans les airs, sa poigne devint plus forte.

- TU VAS ARRÊTER ! ! !

Le message bien inutile ne se résulta qu'en de nouveaux geignements.

- PUTAIN, TAIS-TOI ! ! !

Il le brassa vers l'avant et l'arrière en jurant une nouvelle fois. Plusieurs fois sans qu'il se rende compte de son excès de rage. Aucun bébé n'aurait compris les paroles, mais aurait ressenti, assimilé, toute cette colère.

Encore.

Et encore.

À perdre les pédales.

Soudain, il se stoppa. Boris avait cessé de pleurer.

Il devint très, très, calme.

La colère décanta, il se remit à le bercer pour essayer de se dire qu'il n'avait pas voulu crier après lui et être méchant.

Boris eut une sorte de convulsion. Il bougeait ses bras et ses pieds sans contrôle, sans tonus. Le nourrisson ne le regardait plus. Il se dit que c'était la fatigue ou qu'il avait froid.

Il voulut l'installer dans sa couchette, pour ne plus avoir à s'en occuper.

Il chercha où il avait mis la couverture et la retrouva sur la chaise berçante. L'absence de pleurs le soulageait. Enfin la paix.

Quand il voulut coucher et abrier le bébé, encore dans ses bras, il remarqua très clairement que ses yeux se révulsèrent.

Alexis paniqua. Il comprit qu'il venait de lui faire mal. Il n'était pas un homme violent, encore moins envers les enfants. Il était juste un imbécile malhabile. À ses yeux, il était surtout un homme, un vrai. Alors, il assuma son crime et il appela les secours. En les attendant avec de l'inquiétude pour Boris pour la première fois, ce dernier s'était mis à babiller entrecoupé de silences de différentes longueurs, de façon incohérente.

À l'hôpital, il avait été obligé de rester sans nouvelles, sans savoir si Boris prendra du mieux. Il avait appelé Lydia, lui disant le minimum sans pouvoir lui donner de détails récents sur son état de santé, alors qu'elle était paniquée. Vu ses études, elle avait voulu tout savoir.

En se tournant les pouces, il craignait son arrivée et ses reproches. Dans cette partie de la salle d'attente des urgences, à moitié pleine, il resta assis sur cette chaise en plastique inconfortable pendant au moins une vingtaine de minutes. Lydia était à l'autre bout de la ville...

La jeune femme arriva entre l'angoisse et les larmes et le repéra dans la masse de monde, d'enfants mal en point. La colère envers Adam en découlant, elle n'avait pas envie de le voir, mais elle était présente pour être près de son bébé. Elle comprenait l'instinct maternel depuis les premiers jours. Elle était partie directement de chez Florence, avec la seule envie de bercer Boris pour qu'il aille mieux. Ébranlée, c'était totalement inattendu pour elle.

- Comment il va ?!

- Je ne sais pas, je n'ai pas vu personne encore... Il est encore soigné...

- Il respirait là quand tu l'as laissé à l'équipe médicale ?!

- Oui... Il était juste euh bizarre... pas normal...

Lydia ferma les yeux pour essayer de se dire qu'au moins que son bébé n'était en danger de mort, mais sa colère n'était pas coopérative.

- Qu'est qui est arrivé ? ! ! Qu'est que tu as fait à Boris ?! explosa-t-elle, exigeant des explications avec tout son non-verbal.

La brunette le laissa s'exprimer, attentive, comme un faucon sur le point d'attaquer. Adam raconta l'impatience, l'exaspération et son déraillement. Lydia sentait les regards de badauds sur eux, mais elle s'en fichait. Elle est complètement atterrée :

- Tu l'as secoué ? ! ! Mais t'es malade ! ! ! À quoi tu as pensé ! ! !

- Je ne pensais pas l'avoir secouer, je ne suis pas aller si fort... Je ne voulais pas..., se justifia-t-il, désolé.

- Il a 1 mois et demi, Adam ! ! Son crâne est fragile ! ! ! C'est pas un joueur de football américain, putain ! !

Adam eut les larmes aux yeux. C'était la première fois que Lydia le voyait émotif de la sorte. Il était tellement fier, orgueilleux, comme elle.

- Il n'arrêtait pas de pleurer et je ne savais plus quoi faire, j'avais tout essayé...

- T'as pas voulu prendre 5-10 minutes à part ? Ou tu aurais pu... éteindre les lumières, mettre de la musique douce, je ne sais pas moi, mais pas le violenter gratuitement ! ! !

- Je m'excuse, je m'en veux tellement.

- T'es un décérébré... Si on perd sa garde... Je ne le supporterais pas... J'espère que tu n'as pas marqué notre fils..., grogna Lydia.

Bien obligée, elle prit place à côté de lui, mais à un siège de distance. Elle dévisagea avec provocation une vieille dame, avec son petit-fils endormi avec une cheville visiblement enflée. Elle semblait les juger, à quelques places d'eux. Si elle avait été plus près, elle l'aurait envoyer se faire voir.

Plus les minutes passèrent, plus elle se sentait coupable d'avoir pris du temps personnel et ruminait sa colère que Adam ait violenté de la sorte Boris. Qu'il lui ait fait du mal sous sa garde, même par imprudence.

On les appela enfin à l'intercom pour voir le docteur... Ils ne savaient même plus quelle heure il était... Après scanner, IRM, EEG, fond de l'œil... Après une batterie de petits tests... Le constat et le diagnostic s'était imposé : traumatisme crânien non accidentel suspect avec hématome sous-dural, sans fractures ou sang dans la rétine. On suspectait un possible syndrome du bébé secoué... Morale en long et en large du médecin assez froid... Lydia qui s'effondre d'inquiétude pour son bébé, qui s'en tire bien selon l'homme en blanc... Alexis qui s'en veut encore plus de son geste dangereux, excédé...

Le lendemain, on avait pris leurs dépositions. Alexis avait demandé encore à son co-producteur de le remplacer, en lui expliquant la situation comme il était au courant de ses folies amoureuses.

Lydia essayait par tous les moyens de tenir le coup, désorientée et épuisée. S'en faire pour Boris la rend folle. Elle savait que son pronostic vital n'est pas engagé, mais elle restait terriblement sensible à son sort.

Le nouveau-né séjourna d'abord en réanimation, avant d'être transféré en neurologie. Le médecin avait décidé de ne pas drainer l'hématome et le laisser se résorber de lui-même, pour ne pas imposer une lourde et risquée intervention à Boris. Lentement, il prenait du mieux.

Lydia restait jour et nuit avec lui... Ils n'avaient même pas le droit d'être en compagnie de Boris sans une tierce personne pendant le jour, ce qui lui faisait beaucoup de peine... Elle se sentait regardé et traité comme une criminelle, quelqu'un de mauvais qui a malmené son enfant... Seules ses amies la considéraient comme innocente et savaient qu'elle n'avait rien fait... Sa colère envers Adam ne diminuait pas, sûrement que cela allait rester, au moins jusqu'à ce qu'elle sache ce qui allait advenir, si elle allait perdre Boris, si elle allait devoir laisser tomber les études d'infirmière comme elle aurait un dossier criminel, extrapolait-elle... En plus, Adam passait la nuit chez lui un jour sur deux, ce qui la rendait particulièrement grognonne, comme s'il ne voulait pas faire face à ses actes...

En réalité, Alexis le faisait. La tournure des événements le bouleversait... Il avait fait croire à Nadège qu'il partait en voyages d'affaires pour négocier une histoire de droits. Il avait fait une valise qu'il avait laissé dans un appart loué... Il y dormait, car la vue de cet être sans défense mal en point à cause de lui - même s'il n'aimait pas les enfants - le rendait trop mal... Il préférait aller vomir dans les toilettes de cet appart que celles du service... Il gardait cette culpabilité à l'intérieur et maintenant, il ne voyait plus d'issue à sa double situation familiale...

Ils passent devant le juge une semaine et demie plus tard, laissant Boris seul à l'hôpital. Les charges de l'enquête du Procureur de la République avaient été abandonnées par manque de preuve et comme il n'y avait pas de traces extérieures ou de traumatismes par impact. La lésion n'était pas assez claire pour savoir si c'était l'accouchement difficile de Lydia qui avait causé l'hématome ou le geste d'Adam. On ne le considérait pas en danger et on jugeait qu'il y avait donc pas lieu de le protéger de son milieu familial. Le verdict fut un grand moment de soulagement pour la maman, mais le producteur n'avait pas du tout eu ce sentiment. Il était encore coupable et les médecins insistaient beaucoup sur le fait sur les risques de séquelles permanentes à surveiller, physiques ou invisibles, cognitives. Il n'allait pas arriver à faire face à de telles conséquences s'il n'arrivait pas à prendre soin d'un enfant tout court... Il était désemparé et pris à la gorge par la liberté qu'il avait tant voulue...

Après deux semaines d'hospitalisation, Boris obtint son congé, guéri, gazouillant et bougeant normalement comme si rien ne s'était passé. Heureusement, le nouveau-né allait bien et s'en sortait sans traumatismes immédiats. On leur référa quelqu'un dans le social et un neurologue pour le suivi.

Alexis ne savait pas comment régler les choses, se racheter. Le statu quo était douillet. Il ne fera pas de dégâts supplémentaires. Donc, pendant deux autres semaines. Il laissa encore Lydia s'occuper de Boris en étant à peine présent, à aider que pour le quotidien comme faire à manger ou faire du ménage. Cette fois, ce n'était pas à cause des contraintes de sa double vie, mais par peur de blesser le nouveau-né à nouveau.

Lydia avait raconté des années plus tard à son fils ce qui s'était passé. Mais Alexis, s'étant toujours tut sur sa deuxième famille, garda sa culpabilité intacte jusqu'à la lettre qui avait tout ranimé. La vie l'avait emporté et il avait laissé dans un coin de sa mémoire cet incident. Il s'était dit qu'il ne pouvait pas renouer en lui racontant directement cet événement. Alors, quand il avait appris qu'il fréquentait la même école que ses fils, il avait profité de la pièce de théâtre de Louis-Philippe, qui voulait simplement impressionner sa petite amie de l'époque, pour faire du bien, se racheter. Boris avait vraiment du talent, même s'il avait encore beaucoup à apprendre pour être à son meilleur, arriver à de brillantes performances. Il lui fit miroiter une belle carrière, il boosta sa confiance envers son futur travail. Sans lui dire sa véritable identité. Il ne voulait toujours pas l'avoir à charge. Simplement, par égoïste. Pour avoir la conscience tranquille en voyant qu'il menait une vie normale. En ignorant tout du désir profond de son fils d'avoir un père en ayant eu connaissance seulement de la demande brève de l'association postée à son bureau.

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- S'il te plait, Hélène, je te demande une seule soirée... Je vais revenir avant minuit, je te promets, j'ai juste vraiment besoin d'avoir cette conversation avec lui... Merci, t'es une vraie copine... Je sais bien que tu n'es pas équipée, je t'apporte tout ce qu'il faut... C'est vraiment pas compliqué, Boris est assez calme en général. Suffit que le surveiller, tu verras... Je passe vers 19 heures, ok ?... Oui, toi aussi, bises...

Lydia enleva d'une main le combiné entre son épaule et son menton et le reposa sur son socle.

Bercé dans ses bras, son bébé avait fini par s'endormir par le mouvement incessant après s'être époumoné pendant des heures sans que sa mère comprenne ce qu'il voulait lui dire. Il ne faisait pas encore ses nuits, mais la vie trépidante d'un bébé ayant pour base le sommeil, la fatigue avait eu raison du nourrisson. C'était loin d'être le cas de sa mère, très loin d'être reposée. Elle avait eu peur de revivre le traumatisant épisode de son anniversaire et elle avait appelé du secours amical comme la personne qui était en charge de son dossier lui avait suggéré.

Maussade et irritable en alternance, épuisée en permanence, elle était dépassée par l'ampleur de la tâche. Sa dépression post-partum s'éternisait depuis des semaines, surtout avec tout le stress vécu. Elle n'avait même pas de répit. Adam ne la supportait pas beaucoup pour s'occuper de Boris. D'un côté, elle avait peur de lui confier à nouveau et d'un autre, il était son père et il devait apprendre, elle savait qu'il n'était pas dangereux. La professionnelle était de son avis, selon celle-ci il avait perdu les pédales face à l'inconnu. De toute manière, il n'était jamais dans le paysage la moitié du temps, d'autant plus en soirée, point. Et quand il était là, surtout depuis les événements, il se plaignait qu'il ne savait pas comment faire. Lydia espérait pouvoir lui faire comprendre qu'elle avait besoin de repos et d'un peu plus de soutien. Elle avait beau être en congé de maternité, elle ne verrait pas le bout du tunnel sans un peu d'aide. Elle espérait qu'il se montre plus présent, qu'il puisse prendre le relais ou séparer plus efficacement les tâches pour lui permettre de ne plus avoir l'impression de nuire au nouveau-né au lieu de veiller à ses besoins primaires...

Elle ne l'avait pas eu toute seule ce bébé, elle ne demandait pas l'impossible. Elle voulait qu'il prenne un minimum ses responsabilités, qu'il apprenne à le faire correctement... Elle savait qu'il n'était pas une mauvaise personne ou mal intentionné, mais il devait prendre ça au sérieux... Surtout sans grands-parents dans le décor. Sa famille immédiate ayant coupé les ponts, elle ne pouvait certainement pas leur demande de l'aide, alors qu'ils avaient été odieux. Ils lui serviraient des ''bien fait pour toi'' et des ''on te l'avait bien dit'' sur un plateau d'argent. Inutile de leur demander un peu de secours avant qu'ils s'excusent de s'être trompés sur son couple, sur sa maternité... Le reste de sa famille, c'était encore pire, ils la considéraient comme une insulte à leur sang en ne suivant pas le chemin tout tracé à l'avance par la société. Pour eux, elle était une dévergondée ingrate qui crachait sur l'honneur de la famille. La dépravée-débauchée-amorale qu'elle était préférait mourir plutôt que de leur donner raison et les surtout les revoir. Elle n'était pas un vulgaire ragot dans les dîners, ce n'était pas maman ou putain, gentil ou méchant, bien ou mal, dans la vie. Certaines personnes le pensaient, surtout sa tante du côté paternel... Ils ne seront plus rien sur elle à l'avenir, du moins par ses propres paroles. Elle allait avoir son diplôme que ça lui prenne du temps ou non. Elle allait avoir une belle carrière et élevé en même temps son fils dans l'amour inconditionnel, la tolérance et le respect des vies et des décisions parfois différentes d'autrui. Le b.a.-ba de ce qu'elle aurait voulu vivre dans sa famille.

Ses beaux-parents étaient décédés il y a quelques années et le reste de la famille d'Adam avait péri pendant la guerre. Il était la seule solution au problème...

Elle prépara le biberon et le lait si jamais cela s'avérait nécessaire pour Hélène, remplit le coffre de la voiture d'occasion de tout l'attirail requis. Puis, elle prit une douche pour essayer de se réveiller et retirer la sueur qui la couvrait après cette longue préparation physique.

Quand Boris se réveilla, elle l'installa dans son siège d'auto et se mit en route. Après avoir tout expliqué en détails à son amie du même âge qui n'avait jamais fait de babysitting, elle se mit en route vers le restaurant où elle avait donné rendez-vous à son amoureux. Elle lui annonça d'emblée son intention de vouloir lui parler avant de choisir leurs plats. Don't You Want Me de The Human League jouait en fond sonore dans le restaurant. Une fois leurs commandes prises, Lydia croisa ses mains sur la table et se vida le cœur.

- Adam, j'ai besoin de toi. Ton fils aussi. Je suis au bout du rouleau et je ne ressens pas que t'es impliqué. J'ai l'impression d'être seule là-dedans.

- Pourtant, je suis là autant que je peux, répliqua Adam, visiblement sur ses gardes sur ce qu'elle allait dire.

- Oui, mais tu t'occupes de tout sauf de Boris quand tu es là... Tu dis que c'est moi qui a le tour... Je comprends que c'est nouveau pour nous deux, que tu dois travailler pour nous aider et que c'était déjà prenant, mais il faut que tu fasses ta part avec Boris... Je n'y arrive plus... Par exemple, moi aussi je voudrais dormir, mais je ne peux pas, alors que toi tu n'as pas des nuits entrecoupées... Je ne dis pas ça pour t'accuser, mais je voudrais vraiment qu'on repense notre façon de fonctionner...

Son mari soupira, pris au dépourvu. Il semblait ne pas savoir quoi répondre, quoi penser.

- Mon ange, je suis désolé. C'est vrai... Je ne pensais pas que c'était aussi lourd et je me suis éloigné parce que ça me... déstabilisait si on peut dire... J'ai fait une grosse erreur et j'ai été pas moi-même... J'ai failli à mes responsabilités, je le sais... Je ne me sentais pas capable de prendre soin d'une aussi petite vie...

- Tu penses que je le suis plus que toi, moi ?! Non, mais je fais avec. Aide-moi, je t'en prie. On est dans le même bateau ! marmonna Lydia, amère.

- Tu m'en veux encore pour décembre ? Je te jure encore que je ne veux pas faire de mal à personne, surtout pas un enfant.

- Oui. Beaucoup. C'est encore là et je ne sais pas si ça partira. Mais... Je te connais, tu n'es pas un homme violent. Tu as perdu la carte, c'était isolé. Tu peux bien prendre soin de ton fils si tu te donnes la peine.

- Je t'entends. Je vais essayer de trouver des solutions pour me libérer ou pour être plus participatif.

La jeune femme lui proposa, tenant fermement à ce qu'il prenne ses responsabilités :

- Boris a besoin de solutions concrètes, Adam. Je peux te laisser y penser, mais ça ne peut plus continuer longtemps comme ça... Pourquoi on ne déménagerait finalement pas ensemble ? Tu n'as qu'à envoyer promener ton propriétaire... Ça serait tellement plus simple...

- Tu le sais, moi je voudrais, mais c'est lui, il est vraiment catégorique, se justifia l'homme.

- C'est qu'une amende ou déchirer un papier... Je ne sais pas comment ça fonctionne comme ça m'est jamais arrivé, mais ce n'est pas un dossier criminel qui t'attend comme ce qui a failli se passer... Considère sérieusement cette option et tiens lui tête... Tu pourrais être plus présent pour ta famille...

À court d'arguments, Adam bredouilla :

- Bon, très bien, je vais lui parler dès que je le croise. Je vais essayer, on a plus qu'à espérer qu'il soit enfin réceptif... Je suis désolé, Lydia, j'ai été distant. Pas juste avec Boris, avec toi. Ce n'est pas glorieux de ma part, mais je n'étais pas bien dans toute cette nouveauté. Je n'arrivais pas à m'adapter.

Le serveur leur amena leurs soupes en entrée. Lydia repris les confidences après cette interruption.

- Tu as beaucoup d'amour à transmettre et tu es capable de prendre soin de lui, Adam. Ce n'est pas automatique, mais on peut trouver un équilibre familial... Quant à moi, je sais que j'ai même été souvent froide ou désagréable, alors que je ne voulais pas. C'est l'épuisement. Si tu me supporte, ça pourra peut-être se résorber et on pourra travailler sur nous, pas être seulement des parents...

- Je ne t'en veux pas. C'est ma faute, je t'ai laissé te démener...

- Si tu venais aux rendez-vous avec l'assistante sociale aussi, ça pourrait nous aider à mieux cerner la situation, on pourra la régler... Ça fait que trois fois, mais je me suis sentie écoutée et pas jugée...

- Pas facile en journée... Je vais essayer de me libérer une plage horaire pour ceci.

- Ça me convient...

Le repas fut l'occasion de prendre des nouvelles comme ils ne s'étaient pas vus depuis une semaine et demie. Au moment de se dire au revoir près de la voiture d'Adam, Lydia lui avait dit :

- On peut se voir demain chez moi ? Ça sera l'occasion d'apprivoiser les tâches parentales dont tu es moins à l'aise de faire.

- Oui. Je te tiens au courant pour mon proprio. Bonne soirée mon ange. Embrasse Boris pour moi, rajouta l'homme pour la convaincre de sa bonne foi.

- Bonne soirée à toi aussi !

Lydia le quitta et se dirigea vers sa voiture, garée pas très loin de celle d'Adam. Son esprit était actif grâce aux paroles de son mari.

Ce fameux propriétaire qui refusait que le bail soit rompu... Elle pourrait peut-être le convaincre elle-même... Ensuite, après cette conversation importante avec cet homme borné, elle pourrait faire une surprise à Adam, prendre du temps pour eux seuls depuis la naissance de Boris. Après tout, Hélène veillait sur lui...

Lydia eut donc cette idée spontanée, irréfléchie et se décida à suivre Adam vers chez lui. Elle fit semblant de prendre son temps en voyant sa voiture passer devant lui dans le parking. Elle s'assura de ne pas le suivre de près, tout en gardant son véhicule dans son champ visuel. Il ne semblait pas avoir remarqué qu'il était suivit.

Elle s'étonna d'abord quand elle quitta les limites du quartier, elle pensait qu'il vivait dans le même qu'elle et qu'Hélène. Elle devait avoir mal compris ce qu'il lui avait dit. Elle n'avait pas le choix de continuer sa route. Il fallait qu'elle parle à cet homme strict qui l'empêchait de se reposer pour un stupide loyer.

Elle ne comprit absolument pas la situation quand elle franchit les limites de Paris, qu'elle le suivit dans une banlieue.

Elle fut encore plus surprise quand la voiture d'Adam s'engagea dans un endroit plus résidentiel, cossu... Encore là, c'était cohérent avec le statut social d'Adam, mais elle ne s'attendait pas à voir autant de maisons... Il avait sûrement des blocs appartements autour ou il louait une copropriété ? La rue dans laquelle elle termina son chemin était remplie de maisons individuelles...

Elle ferma le contact sur le bord de la rue verdoyante et en cul-de-sac. Elle attendit qu'Adam entre chez lui. Elle se dit qu'elle allait le faire quelques minutes. Elle se préparait déjà à lui hurler dessus, comme quoi il lui avait menti, qu'il aurait pu s'installer ensemble pour le bien-être de leur fils ! Il n'avait pas de satané propriétaire, c'était lui qui n'avait pas voulu, sans lui dire ses véritables réticences !

Quand le délai fut assez long pour qu'Adam ne pense pas avoir de la visite, elle laissa sortir un soupir pour se donner du courage pour le confronter. Bien que sanguine et ne se laissant pas marcher sur les pieds, elle n'avait jamais aimé chercher les poux ou les ennuis avec les gens qu'elle aimait. Là, c'était nécessité suprême. Elle sortit de sa voiture, la verrouilla. Elle se rendit à pied jusqu'à la maison où la voiture de son mari était garée.

C'était une jolie demeure, assez grande même... Il aurait sûrement eu assez de place pour les accueillir, elle ne comprenait pas pourquoi il ne lui avait pas dit la vérité... Au pire, elle aurait accepté qu'il habite seul, mais elle aurait préféré le savoir à garder Boris dans sa maison plutôt le découvrir elle-même...

Elle sonna à la porte. Pendant qu'elle entendit des pas et la serrure cliqueter, elle replaça une mèche de cheveux derrière son oreille de nervosité.

La surprise n'avait pas fini de se déployer dans tous ses angles. Cette fois, c'était son meilleur profil. Lydia perdit tous ses moyens, alors qu'une femme entrebâilla la porte. Une femme qui semblait du même âge d'Adam. Une femme avec un bébé de plusieurs mois sur son épaule, assurément plus vieux que Boris. Elle avait l'air d'une femme énervante avec son air distingué, ses inexistants kilos en trop, parfaitement mise même à la maison. Elle portait une robe d'hiver en corduroy émeraude. Elle avait l'air de sortir d'une pub de Chanel, tellement elle agaçait. Les seuls indices comme quoi ce n'était pas une Barbie humanoïde étaient son épais chignon châtain cendré un peu défait et son absence de maquillage. Un peu mince comme consolation. Elle n'avait même pas de cernes, la sorcière.

Ok, il devait avoir une explication logique. Il devait l'héberger. C'était sa sœur et Adam lui avait caché. C'était une amie. C'était sa voisine et elle ne l'avait vu entrer. C'était une lointaine cousine. C'était sa maîtresse déjà en couple et c'était chez elle...

- Bonsoir ? salua la femme, l'air de se demander ce qu'elle voulait lui vendre comme elle n'attendait personne.

Lydia se rendit compte qu'elle avait perdu tous ses mots, ses bonnes manières. La confrontation prenait une tournure qu'elle n'aurait jamais crue possible. Elle bredouilla :

- Bonsoir. Est-ce qu'Adam est là ?!

- Alexandre vous voulez dire ? Il n'y a pas d'Adam ici...

Quoi ?! Lydia regarda en coin à sa droite. Pourtant, c'était bel et bien la voiture d'Adam qui était là. Il ne l'avait jamais semé pendant le chemin. Elle ne s'était pas trompée de maison. Qu'est qui se passait ?! C'était quoi ce bordel ?! Elle se confondit en excuses avec le peu de politesse dont elle pouvait user dans les circonstances :

- Euh, oui Alexandre. Désolée, je suis fatiguée, je sais plus qu'est-ce que je dis, Adam c'est mon frère...

- Vous êtes une amie ? Une collègue ?

- Exact, collègue... Il y a une urgence au bureau, je vous dérangerai pas longtemps, je sais qu'il est tard..., inventa Lydia, comme si ça lui venait avec plus de facilité.

- D'accord...

La femme ferma légèrement la porte et se retourna.

- MON LOULOU, C'EST POUR TOI ! cria-t-elle. Roh... C'est pas vrai... Louis ! Maman t'as dit de pas toucher à ça ! Dépose tout de suite ou maman va se fâcher !

Pendant cette réprimande contre un autre enfant qu'elle ne voyait pas, Lydia crut que son cœur était comme du verre cassé. Impossible maintenant d'essayer de donner des explications à la situation. Ce n'était même pas sa maitresse, c'était sa conjointe... Ce n'était peut-être pas son épouse comme c'était elle, mais la jeune femme restait choquée par ce qu'elle vivait... C'était irréel... Hors du temps...

La femme rouvrit la porte pour lui dire de patienter.

- Ça ne sera pas long.

- Vous avez plusieurs enfants ? se permit de demander Lydia.

Elle voulait s'assurer qu'elle ne rêvait pas et savoir s'il y en avait d'autres dans la maison.

L'autre femme semblait penser qu'elle voulait simplement faire la conversation en attendant qu'Alexis descende du deuxième étage. Lydia pensa que c'était mieux de parler d'elle et ne pas lui faire vivre le même genre de moment surréaliste qu'elle était en train de vivre.

- Deux. L'un a 10 mois. L'autre a 2 ans et demi. Il est dans sa phase exploration du monde, donc il ne tient pas en place, répondit-elle, avec une fierté évidente.

Son cœur comme de la bouillie en calculant dans sa tête la concordance entre sa relation et l'âge du premier bambin, elle complimenta le poupon sur son épaule qui dormait.

- Il est super mignon, lui...

- Merci, vous êtes gentille.

- Comment s'appellent-ils ?

- Lui, il s'ap...

Elle fut interrompue par son mari qui était arrivé près d'elle, elle ouvrit davantage la porte. Pendant ce mouvement, le visage d'Adam/Alexandre se décomposa à sa vue.

- Je m'en occupe, Nadège,

Lydia aurait pu être tentée de se dire pauvre femme. Si elle savait pour son conjoint... Mais d'un autre côté, la haine qui capturait son corps tout entier était bien plus puissante. C'était donc ce qui la dominait sur le coup.

Une fois la porte fermée derrière lui et assuré que Nadège n'était plus près de l'entrée. Adam/Alexandre semblait pris au dépourvu :

- Lydia... Je vais t'expliquer...

Elle était à deux doigts de le gifler, mais elle se retint pour pouvoir dire le fond de la pensée.

- J'ai très bien compris, je ne suis pas idiote ! ! Je vois bien que ça fait deux ans que tu me joues dans le dos et que t'as déjà une putain de famille ! ! T'es un beau salaud ! ! !

- Mon ange, je sais que tu es fâchée, mais je te jure, je t'aime, je ne voulais pas que tu l'apprennes comme ça... Je manquais de courage pour les quitter au début de notre relation, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller relâcher la pression ailleurs, je suis tombé amoureux de toi, ensuite tu es tombée enceinte et on a eu...

Lydia l'avait laissé parler tout en fulminant à chaque mot supplémentaire, sûrement pour se rentrer dans la tête que c'était impossible qu'elle ait pu le croire et ne rien soupçonner. La tromper avec d'autres de passage si ça avait été le cas ou être un père négligent était des actes graves, mais ce n'était rien comparé à la prendre pour une conne pendant des mois, lui mentir à 100% sur qui il était véritablement. Et surtout, on aurait dit qu'il se fichait complètement d'avoir deux familles quand il n'était déjà pas capable de s'occuper d'une... même celle de sa Nadège...

Elle le coupa quand il voulut évoquer sa maternité :

- Putain ! ! ! Parlons-en de Boris ! Tu me fais miroiter des choses formidables, que tout ira bien, je te crois, je te fais CONFIANCE ! J'étais bien naïve et je ne savais pas ce que c'était d'avoir un enfant, mais je pensais au moins que je prenais la bonne décision avec toi ! Que t'allais être le père idéal et qu'on allait veiller à tous ses besoins ! Putain de bordel de merde ! ! ! En retour, c'est moi qui fait tout, qui a mis mon corps et ma vie sur pause et par-dessus le marché, t'es même pas foutu de me dire la vérité tout à l'heure quand je te dis que je suis exténuée ! ! Dans toute cette histoire, le pire, c'est que JE PENSAIS QUE TU NOUS AIMAIS ASSEZ POUR ÊTRE SINCÈRE ! ! !

Avec un sang-froid exemplaire, Lydia tourna les talons et voulut quitter les lieux. Son cri était péremptoire. Il aurait été impossible de s'excuser, de parler, elle ne voulait pas de ses explications. Son mari l'avait mené en bateau et c'était tout ce qui importait.

- Lydia, attends...

Elle lui fit quand même la faveur de se retourner, lui adresser un regard. Il la rattrapa.

- Laisse tomber ton baratin ! Tu dégages de ma vie et de celle de MON fils ! ! ! Lundi, je t'avertis, tu réponds à ton téléphone, parce qu'un avocat va t'appeler pour le divorce... ! Et si tu ne veux pas faire de compromis, de un je réponds plus de moi et de deux, je me ferais un grand plaisir de dire à ta Nadège que le père de ses enfants en a un avec une autre femme ! Je ne me retiendrais surtout pas ! Elle saura dans quoi elle s'est embarquée avec toi !

La jeune femme ne s'attarda pas plus longtemps et partit en direction de sa voiture, ses cheveux mi-longs soufflés au vent par la marche rapide de la colère.

Alexis rentra et se rendit dans le salon où Nadège était assisse en train de surveiller Louis-Philippe qui s'amusait assis autour d'une mer de jouets, Charles-Antoine dormait toujours dans ses bras.

- Qu'est qu'elle voulait ta collègue ?!

Il fut pris au dépourvu.

- Ah euh... Désistement de dernière minute et changement d'horaire important pour l'ordre des émissions, inventa Alexis, un peu dépassé par les événements et d'avoir été démasqué.

- Tu ne devrais pas apporter le boulot ici, loulou... Ce n'est pas sain, il vaut mieux compartimenter...

- Je sais, Nad, c'est une situation exceptionnelle. Tu voudrais qu'on se commande des pizzas ? J'ai faim, proposa-t-il, pour essayer de faire croire à une simple discussion entre collègues sans conséquences futures.

De son côté, Lydia avait vite démarré, quitter la rue, fait le chemin inverse jusqu'à chez son amie. Elle se sentait furieuse et choquée par ces dernières minutes. Elle aurait cru que l'émotion la submergerait une fois seule, mais l'adrénaline était à son top encore. Ou c'était les poncifs de la trahison, que c'était trop gros pour être vrai. Elle se félicitait au moins d'avoir eu l'idée de le suivre, d'avoir pris au piège ce qui lui servait de mari. Ce déchet lui aurait menti combien de temps, sinon ? Des années ?!

- Tu arrives tôt, je ne pensais pas te voir avant 10 heures 30, 11 heures ! s'exclama Hélène, après l'avoir fait entrer.

- Oui, ça s'est très mal passé...

- Punaise, mal comment ? s'inquiéta son amie. Tu es toute blanche, t'as l'air ébranlée...

Lydia s'avança dans le salon.

- J'ai rencontré sa femme...

- Quoi, il te trompe ?!

- Non... Si... Enfin, il a une grande maison, une plantureuse nana et deux enfants ! Depuis notre première rencontre ! Et je ne le savais pas. On a parlé au resto, il m'a promis de faire des efforts, ensuite je l'ai suivi sans qu'il le sache, je pensais parler à son propriétaire pour lui demander de la clémence, qu'il le laisse briser son bail, voir son appartement pour la première fois... Bah ouais, tu m'étonnes, qu'il ne pouvait pas... Je lui ai demandé le divorce...

- L'enculé ! ! ! Tu fais bien ! ! dit spontanément Hélène.

- Huh en effet, l'enculé... Je suis trop sur les nerfs, je pourrais le tuer.

- Je comprends ! Tu veux boire quelque chose qu'on en parle et te remettre de tes émotions ?

- Je veux bien, merci. Ça s'est bien passé avec Boris ? s'informa Lydia, espérant qu'au moins elle n'ait pas causé de soucis à son amie.

- À merveille. Là, il roupille dans la chambre... Si jamais, je pourrais te dépanner à l'occasion, mais pas pendant les partiels évidemment... Je comprends que ce n'est pas facile pour toi, c'est juste que je me sentais pas trop à l'aise de faire un truc qu'il ne faut pas.

- C'est gentil de ta part, je l'apprécie.

Les deux étudiantes s'attablèrent autour d'une tisane pour discuter de ce que Lydia venait de découvrir. Au bout d'une heure, des sanglots séparés, puis des pleurs se firent entendre. Elles se rendirent dans la chambre et Hélène ouvrit une lampe d'appoint. Lydia retira le nourrisson de sa moitié de poussette posée sur une table de travail. Il continua de communiquer avec force. Comme elle sentait qu'il avait froid, elle prit une autre couverture dans la partie sur roues de la poussette et le prit dans ses bras. Lydia souffla avec tendresse :

- Maman est contente de te voir, mon bébé...

Plus près d'elle dans cette accolade, il reconnut sa mère, sa voix et se calma rapidement. Il gazouilla. Lydia essaya de rester douce et ne pas lui transmettre de négativité, mais l'émotion luttait alors pour sortir. C'était maintenant juste elle et lui, elle n'aurait jamais pensé vivre cette situation aussi vite... Elle s'était imaginé des années de bonheur et voilà que tout n'était que poussière, même les jours déjà vécus... Ce sera tout un casse-tête pour se réorganiser, trouvé du support... Ces derniers temps, elle s'était sentie coupable de ne pas se sentir à la hauteur, alors qu'elle avait sa vie en ses mains. Un peu comme Hélène, mais à plus grande échelle. À chaque minute qui passait. Elle aurait même voulu qu'il ne soit pas là. Elle s'était souvent dit cette phrase, avant de le regretter avant la prochaine pensée semblable. Elle aurait tellement voulu être comme toutes les autres jeunes de son âge, sans trop de responsabilités, qui n'avaient qu'à profiter des plaisirs de la vie. Au moindre anicroche, elle se disait qu'elle n'était pas à la hauteur. À présent, elle n'était toujours pas une mère parfaite comme elle aurait pensé l'être après la naissance. À la différence qu'elle ne pouvait que l'aimer comme elle le pouvait et le protéger d'un hypocrite...

ooOoOoOoOoOoo

- Pourquoi il faut aller chez Jo-zel ?!

Boris. 4 ans. En pleine phase du pourquoi.

- Je te l'ai dit, mon cœur. Maman doit aller travailler et c'était pas prévu, répondit Lydia, gardant les yeux sur la route.

- Moi je z'veux pas ! Je z'veux rester avec touaaa !

Boris. 4 ans. En plein complexe d'Œdipe.

Il s'était adapté avec la monoparentalité et avait tourné le rejet vers Joël, son petit ami depuis cinq mois. Son bébé avait commencé à s'imposer à la maison, à vouloir prendre la place du père qu'il n'avait pas comme s'il se disait qu'il devait assumer le rôle. Il lui posait parfois des questions sur ses origines, mais elles étaient encore sommaires heureusement, des interrogations du genre : ''Pourquoi les autres ont des papas et pas moi ?''. Dans une époque où les divorces en masse étaient encore un phénomène nouveau et surtout avec cet échec amoureux, elle n'était vraiment pas à l'aise de lui répondre. Elle tentait souvent de ne pas trop en révéler. Sans lui mentir, elle en disait peu sur le départ de son père pour ne pas le faire sentir coupable. Ça lui donnait quelques années avant de lui dire la vérité. Par-dessus tout, elle hésitait à lui révéler directement l'existence de l'autre famille de son père... Elle se demandait si ce n'était pas mieux qu'il le découvre s'il voulait vraiment le faire... En plus, elle avait honte de ne pas avoir pu lire entre les lignes, de s'être fait avoir en beauté... D'un autre côté, il méritait de savoir la vraie histoire... Bref, elle ne savait pas du tout comment agir sur ce sujet sensible...

- Pas aujourd'hui. Je vais être très occupée.

- Z'veux pas aller vouare Jo-zel ! Z'on peut aller vouare Ma-hon ?

Tiens, on s'essaye pour se faire garder par sa nounou préférée, pensa Lydia, attendrie.

- Non, mon cœur. Manon n'est pas chez elle.

Joël n'avait pas fait comme beaucoup d'hommes et n'avait pas pris ses jambes à son coup en apprenant au premier rendez-vous qu'elle avait un enfant. Elle n'avait plus qu'à espérer que ça fonctionne avec lui et offrir une présence paternelle à Boris. Elle n'avait jamais eu de chance avec les hommes... Mais en ce moment, elle espérait juste que Boris n'allait pas passer au travers de la liste de toutes ses nounous, même les baby-sitters occasionnelles. Il était débordant d'énergie depuis tôt ce matin et elle devait se garder des forces. Sa journée sera très prenante et l'opération pratiquée en plus de la greffe s'annonçait très délicate avec la complexité du cas...

D'ordre général, elle était heureuse d'avoir sacrifié beaucoup de choses pour Boris. Cette ruse ''contre'' Joël était la preuve qu'il était un enfant intelligent et éveillé. Même si elle ne pouvait pas le voir autant qu'elle le voudrait dans son développement, souvent en s'en voulant terriblement, elle était fière de lui. Il savait déjà lire, écrire, compter. Il avait appris en sa compagnie, elle y avait tenu comme elle avait manqué ses premiers pas en direct. Il était ouvert au monde et ses questionnements existentiels, face au monde qui lui échappait, dépassaient souvent ceux que ses nounous avaient l'habitude d'entendre chez d'autres enfants...

Elle s'était débrouillée au fil des années pour instaurer une routine, un équilibre, pendant ses études à temps plein, ses stages, puis à l'embauche à l'hôpital pédiatrique. Elle cumulait deux postes en ce moment pour payer toutes les factures et économiser pour la scolarité de Boris, toutes les charges à venir. Elle travaillait autant en cardiologie qu'en oncologie pédiatrique. Elle détestait ce dernier département. Elle avait une solide carapace malgré son empathie, mais quand elle travaillait en oncologie, elle n'arrivait pas à ne pas s'impliquer. Elle cultivait une peur bleue que ça arrive à son fils... Elle préférait être au cœur de l'action, alors elle avait hâte d'avoir des nouvelles du super poste en réanimation où elle avait postulé. Aujourd'hui, elle s'était fait appelé d'urgence pour une greffe cardio-pulmonaire. La liste d'attente avait subi des changements et on devait agir rapidement. Elle aurait voulu profiter de sa journée de congé avec son fils, mais elle n'avait pas hésité longtemps. En fait, elle n'avait pas le choix. C'était férié et elle ne pouvait cracher sur des sous supplémentaires...

- Pourquoi Ma-hon z'est pas dans sa maison ? demanda alors le petit garçon.

- Elle garde un autre ami. Tu vas la voir demain, expliqua sa mère.

- Oui, le mardi zay Ma-hon ! gazouilla l'enfant, fier de connaitre son horaire de gardiennage par cœur.

Un silence survint, pendant lequel son incompréhension envers la situation peu habituelle, dérogeant de sa routine, laissa la place à la fin de Everybody Wants to Rule the World de Tears For Fears suivi de Don't You (Forget About Me) de Simple Minds*.

Le moment de quiétude ne fut pas de longue durée. Pour l'enfant, ce n'était que le temps de trouver une manière différente de tourner la même question !

- Pourquoi tu doua travaillay, maman ? Tu m'avais promis z'aller z'jouer avec moua au parc après manger.

- On le fera plus tard. Un enfant très très malade va pouvoir guérir et je dois être là pour l'aider.

- Pas juste ! ! Voulais z'jouer moua ! !

En ne comprenant pas la raison, son bébé avait l'air de se fâcher. Lydia essaya de le calmer pour éviter un drame. Il était fort dans le domaine.

- Tu le sais que c'est important ce que maman fait pour les amis. On va jouer ensemble mercredi, toute la journée, c'est promis !

Il était vraiment difficile de l'élever à temps partiel. Parfois, elle en avait marre de son comportement despotique et incorrigible, avant des remords subséquents. Même si ça ne durait que peu de temps, elle se disait parfois que ce serait plus simple de ne pas l'avoir dans ses jambes, tellement elle n'arrivait pas à tout concilier, tout coordonner. Ça se reflétait dans l'attitude de son fils directement affecté par ce qu'il absorbait du monde autour de lui...

Lydia trouvait très dur de savoir comment agir, l'éduquer, comment faire face à certaines situations. Elle n'avait pas de repères, que ceux de sa mère dont elle ne voulait pas reproduire. En plus, quand elle était particulièrement éreintée, elle préférait juste s'en délester que d'être à la maison. Elle voulait avoir moins la ''corde financière'' au cou et vivre un peu, avoir un minimum de vie hors de son fils tout simplement... On pouvait dire que même si elle l'aimait profondément, elle ne savait pas toujours comment être un modèle et lui montrer la vie. Elle était bien intentionnée, elle faisait ce qu'elle pouvait, mais au final, elle était une mère impuissante. Souvent, cette pensée intruse d'être une mauvaise mère la faisait paralyser, la faisait agir maladroitement. Elle était tenace et toujours dans les parages.

En plus, elle voyait aussi beaucoup en Boris le rôle de parent qu'elle devait assumer seule, la relative liberté avant les responsabilités qu'elle aurait eue si elle avait avorté... C'était difficile de faire face à cela quand elle n'avait pas l'énergie. La facilité était donc de fuir loin de la maison quand c'était trop dur...

Pourtant, elle savait qu'elle avait fait le bon choix en le mettant au monde. C'était le petit homme de sa vie. Boris était un garçon adorable, mais trop sensible, trop dynamique, trop expressif... Un jour, il avait même voulu savoir pourquoi elle ne l'aimait pas et si c'était la raison pour laquelle elle n'était pas là. Il avait demandé pourquoi personne ne l'aimait. À 4 ans... Elle l'avait rassuré en lui disant qu'elle l'aimait plus que tout, mais encore avec maladresse et sans savoir comment lui expliquer l'impuissance et l'incompétence qu'elle ressentait. Elle ne savait même pas comment s'y prendre pour régler les choses... Boris avait voulu un câlin et lui avait dit qu'il voulait qu'elle : ''l'aime tout le temps''... Elle lui avait dit : ''je le fais tout le temps, toute la vie''... Et seule, elle avait pleuré toute la nuit...

- Je veux là ET mercredi ! insista l'enfant, bien décidé à rester avec elle.

- C'est pas possible, Boris.

- Pourquoiiiii c'est pas lààà ?

Elle tenait fort le volant en essayant de ne pas paraitre excédée par sa petite crise pour comprendre et se plaindre par la suite, comme bien souvent. Elle répondit, après avoir pris deux secondes pour se calmer.

- Le petit garçon n'était pas capable de respirer et son cœur lui faisait super bobo. Il va pouvoir avoir une opération urgente pour aller mieux. Arrête de poser des questions. Maman doit se concentrer sur la route en conduisant, ajouta-elle, plus d'une voix plus ferme, pour le faire taire pour de bon.

ooOoOoOoOoOoo

Dans le salon, Nadège et lui étaient tranquillement en train de zapper entre les chaines, question de faire un choix. Ils tombèrent sur le clip de Bad Medicine de Bon Jovi, alors qu'Alexis fut déconcentré et stoppé dans sa revue de ce qu'il y avait d'intéressant.

- J'ai trouvé quel sport j'aimerais faire ! exulta une petite voix.

Charles-Antoine fit son apparition, une brochure à la main. Il avait visiblement descendu à toute allure les escaliers, s'était dépêché de faire la distance entre sa chambre et le salon. Ses 8 ans ne l'empêchaient pas de cacher l'écran par sa grandeur. Il avait l'air beaucoup moins calme et posé que ce qu'il était à l'ordinaire. L'Euréka, l'illumination, semblait lui avoir donné des ailes.

- Ah oui, mon petit loup ? Quoi ? s'intéressa sa mère.

Nadège avait toujours été sa super-héros, son idole, comme certains admiraient leurs pères. L'enfance avait été le déclencheur comme elle s'était toujours occupé de lui et l'avait toujours encouragé. Alexis, lui ? Il n'avait rien contre son fils, mais il n'arrivait pas à lui rentrer dans la tête d'être plus viril et selon les normes. Charles avait longtemps eu des graves ennuis de santé et avait toujours eu un système immunitaire plus à risque d'attraper des graves et des petites maladies comme des rhumes ou des otites. C'était dû à ce qui lui était arrivé à la naissance. Cette différence semblait l'avoir marqué aussi psychologiquement et il restait réservé, comme si le reste des enfants ne le comprenait pas de devoir souvent être absent de l'école pour aller à l'hôpital (sa mère l'accompagnait, il ne voulait pas mettre les pieds dans ce lieu pour des rendez-vous non-urgents). Il aurait aimé avoir un fils moins faible dans sa personnalité, avec une grande gueule, moins dépendant à l'approbation des autres, avec plus d'amis garçons - les seuls étant ceux qu'il partageait avec Louis. La conversation qui suivit en fut une autre preuve à son grand désarroi :

- De la danse ! Mais normale, pas du ballet. Mon amie Estelle fait du ballet, mais ça semble trop dur, je ne veux pas comme ça !

Pour que les enfants soient inscrits dans une activité parascolaire, ils leurs avaient demandé de choisir dans le dépliant au repas. Charles s'était toujours intéressé aux arts, mais Alexis voulait absolument un sport, car il voulait que les enfants aient dépensé leur énergie ailleurs. Louis souhaitait faire du football et il n'avait même pas regardé la liste. C'était non-négociable. Son frère trouvait ça ennuyant, alors il avait pris plusieurs minutes de réflexion. Les enfants avaient toujours des verdicts intransigeants et affirmé. Charles était ainsi.

- C'est non. La danse, c'est un sport de filles, trancha Alexis, avant que Nadège puisse ouvrir la bouche.

- Michael Jackson danse et ce n'est pas une fille ! Plein d'autres chanteurs aussi ! réfuta Charles, aimant déjà visiblement les débats et argumenter.

- De la gymnastique rythmique tant qu'à y être ! Tu ne feras pas de danse, un point c'est tout ! C'est pour les fiottes !

- Mais papa !

Aucun de ses fils ne fera une activité de la sorte, même si c'était pour le plaisir. Jamais. Quitte à les priver de faire des découvertes, des expériences, avoir des bons souvenirs. Parfois, dans le secret de ses souvenirs, il repensait à Lydia... Il se disait qu'elle lui aurait tapé un scandale sur sa vision trop genrée des choses sur ce sport... Il essayait toujours de ne pas s'éterniser sur ses souvenirs, car il évitait de penser à ce qu'il avait posé comme geste quasi fatal et dont il ne savait même pas l'issue... D'année en année, il avait regardé dans le bottin téléphonique si son nom y était toujours, mais il n'avait jamais osé la rappeler pour prendre des nouvelles, s'excuser de tout ce qui s'était passé entre eux... Il avait eu d'autres aventures extraconjugales ces dernières années, mais jamais ainsi... Charles le désespérait peut-être pour cette raison, à bien y penser. Il n'était pas le fils dont il ignorait le sort qu'il avait eu la même année et il lui rappelait trop une mauvaise période de sa vie. Charles ne faisait rien de bien pour qu'il l'apprécie, il faisait tout de travers. Il voulait trop copier les filles et n'assimilait pas grand-chose de son éducation droite et tout ce qu'il y a de plus logique pour devenir un homme qui se tient debout... Lydia l'aurait vraiment sermonné, mais il n'en pensait pas moins de Charles... L'aspect rassurant était que Louis écoutait les consignes et les ordres. Il n'avait aucun problème avec lui.

- C'est. Non.

- Il y a que ça qui m'intéresse dans la liste !

Alexis croisa les bras. Il lui adressa un regard autoritaire, intraitable.

En ayant adopté le mode de vie parisien au milieu des années 1960, puis en ayant intégré le milieu cinématographique libéral, sa pensée avait évolué sur les femmes et les homosexuels. Il avait délaissé le conservatisme de son pays d'origine. C'était moins le cas de Nadège, qui restait avec des préjugés indélébiles et très présents dans ses opinions. Elle était facilement choquée en voyant des images aux actualités ou à la télévision comme s'ils allaient envahir et pervertir toute la France. Pour sa part, il n'avait rien contre les homosexuels comme beaucoup d'hommes sur ses productions l'étaient, évidemment beaucoup au CCM. Il les défendait même face aux diffuseurs frileux, quelques uns de ses shows et séries avaient abordés des questions sociales comme le sida. C'était des êtres humains. Il respectait les gays même s'il ne les comprenait pas. Faire l'amour avec un autre homme ? Beurk, mais s'ils étaient heureux comme ça et qu'ils étaient compétents...

Néanmoins, d'un point de vue d'attitude et de visibilité en société, il y a avait une différence claire entre les normaux et les tapettes à paillettes, plumes greffées dans le cul et maniérées comme des attractions de foire. C'était des invertébrés, des gringalets ampoulés, des véritables bouffons. Il ne voulait pas que son fils soit efféminé, une grande folle, ce qui serait 10 fois pire dans le regard des autres. Pas question que ce soit sa manière d'être, malgré son apparence physique qui n'était pas délicate, qui était moyennement costaude. Ce serait son pire cauchemar, une vraie gêne permanente. Déjà qu'il se doutait qu'il allait lui faire un coming out dans plusieurs années... En plus d'être toujours dans sa bulle et d'aimer toutes les formes d'arts et les livres, il était déjà attiré par des intérêts un peu trop féminins à son goût, comme la couture, la mode. Son adoration de sa mère avait déteint sur lui. Nadège partageait son avis, mais elle prenait des pincettes et laissait trop aller les choses. Elle se mettait des œillères, elle lui trouvait des excuses sur son comportement et ses passions, elle disait que c'était son mode de vie différent à cause de sa santé. D'ailleurs, elle aura un sacré choc quand il lui présentera un garçon plus tard... En attendant, elle le ménageait en tout temps et le couvrait de ouate en le disputant. Il n'était pas du tout d'accord avec la façon de faire de sa conjointe. Il fallait lui imposer des limites bien définies à ce garçon. Il était trop influencé à l'école ou dans ce qu'il consommait comme culture.

- Pourquoi pas du handball ? Du basketball ? Du judo ? proposa Alexis, pour qu'il accepte de pratiquer un sport plus ''viril''.

Charles pencha la tête sur le côté en rejetant les idées :

- C'est nuuuul...

- Dans ce cas, tu vas t'inscrire au même cours que ton frère, décida Alexis, sans appel.

- J'ai pas envie !

- Pas de discussion.

- Maman, tu voudrais toi que je fasse de la danse ? tenta le petit garçon, espérant un oui salutaire face au football.

Nadège semblait incertaine, puis répondit de façon manichéenne :

- Tu serais mieux de faire un sport de garçon. Tu vas pouvoir essayer quelque chose qui te fera rencontrer d'autres amis ! La danse, c'est pas facile pour un garçon, il y a que des filles...

L'enfant s'objecta, ne voyant pas le mal et encore moins pourquoi il ne se ferait pas d'amies en faisant de la danse :

- C'est pas grave s'il y a que des filles !

Sa mère lui dit avec douceur son refus catégorique :

- Charlou, ton père a raison. Si tu ne veux pas faire de football, choisis un autre sport...

Son fils avait l'air complètement déçu que ses parents ne comprennent pas que la danse c'était beau et qu'il voudrait faire comme Estelle, être agile, bouger, s'exprimer sur de la musique. Il avait l'air de se dire qu'il n'avait jamais le droit de rien faire dans cette maison. Dépité, il abandonna et remonta dans sa chambre avec son dépliant. Alexis se dit que ce sujet était clos et définitif. Charles-Antoine ne sera pas un faible, il fera tout ce qui était dans son pouvoir pour l'éviter.


À suivre...


* Call me - Blondie – 1980
Don't Stand So Close To Me - The Police – 1980
Don't You Want Me - The Human League – 1981
Everybody Wants to Rule the World - Tears For Fears – 1985
Don't You (Forget About Me) - Simple Minds – 1985
Bad Medicine - Bon Jovi – 1988