Texte rédigé dans le cadre du Juke-box de la Saint Valentin sur la Ficothèque Ardente, ensemble de défis d'écriture en musique sur des chansons proposées.

Chanson choisie: L'ami intime - Grégoire

L'ami intime

1676, Versailles

« Suffit, Monsieur ! »

Il tremblait. Ou plutôt, il écumait de rage. Il était même prêt à se battre, s'il le fallait. Peu lui importaient les interdictions du roi. Il renverrait les paroles de ce malotru dans sa gorge. Il n'hésiterait pas à lui caresser la glotte de son sabre. Il ne laisserait pas passer de tels mots. Il n'en était pas question.

Il était un sujet sur lequel Antoine de Laage de Maux était intraitable. Et ce sujet avait des yeux bleus en amande, tirant sur le vert, une longue chevelure blonde qu'elle aimait mettre en chignon avec des boucles folles, un petit nez qu'il n'oserait qualifier de mignon même s'il le pensait, et un sourire espiègle. Et s'appelait Isabeau Guelle de Taste.

Elle était sa meilleure amie. Son amie d'enfance. Ils se connaissaient depuis toujours, leurs mères étaient amies avant eux, et leurs grands-mères avant encore. Leurs hôtels particuliers étaient voisins, rue de l'Orme. Ils avaient joué ensemble pendant des années, avant d'être séparés par leur éducation. Antoine avait dû quitter les jupons de sa mère pour être élevé avec les hommes, à partir de ses six ans. Ils ne s'étaient plus vus qu'épisodiquement.

Et tout avait encore une fois changé quand ils avaient eu l'âge de faire leur entrée à la Cour du Roi. Deux ans déjà. Ils avaient dix-sept ans, à l'époque. Ils avaient ouvert des yeux émerveillés. Toute cette beauté, toute cette richesse, tous ces gens qu'ils avaient l'opportunité de rencontrer. C'était féérique. Ils n'en avaient pas cru leur chance. Isabeau avait obtenu une charge minime auprès de la nouvelle favorite, Madame de Montespan, mais ça lui assurait de rester à la cour avec Antoine qui était devenu garde, pour sa part.

Ils passaient le plus clair de leur temps libre ensemble. Depuis leur arrivée, leur vision avait bien changé. Ils avaient tous les deux compris ce piège qu'était la Cour. Ils avaient tous les deux saisi l'importance du pouvoir du Roi, qui avait réussi à tenir en sa main la noblesse toute entière. Et quelque part, ils l'admiraient d'autant plus pour ça. Le Roi Soleil. L'homme sur lequel toutes les femmes se retournaient. Devant lequel elles se pâmaient toutes. Pour lequel elles étaient toutes prêtes à se battre et à oublier la bienséance. Il n'y avait qu'à voir les joutes verbales quotidiennes entre Sa Majesté la Reine et la favorite.

Et même Isabeau avait déjà parlé du Roi en des termes élogieux. Oh bien sûr, Antoine ne se faisait pas d'illusions, le Sire était beau, c'était certain, et il était normal qu'elle en tombe amoureuse. Mais ça lui faisait comme un pincement au cœur. Et c'était à chaque fois la même sensation. A chaque fois qu'un jeune homme l'approchait pour la courtiser, à chaque fois qu'on lui présentait un beau parti pour le mariage dans lequel elle n'allait pas tarder à être contrainte de s'engager, à chaque fois qu'elle en regardait un autre d'un peu trop près.

Il ne savait pas ce qui lui prenait. Et là, cet homme, qui osait la courtiser de façon honteuse et déplacée, il n'avait pas réussi à le laisser faire. C'était au-dessus de ses forces. Il n'était pas question que son amie souffre d'un tel goujat.

Celle-ci rit légèrement et posa sa main sur son bras. Ses yeux pétillaient alors qu'elle le regardait. Elle était belle, dans sa robe de velours rouge sang et dentelle. Et elle lui souriait.

« Monsieur n'oserait pas te braver, Antoine. J'en suis certaine. Allons-y si tu veux bien, mon ami. »

Elle prit son bras et l'entraîna hors de la salle. Ils avaient fini par se lasser des soirées d'appartement organisées presque tous les soirs. On y faisait toujours les mêmes rencontres, on jouait aux mêmes jeux, c'était presque devenu lassant. Surtout que leurs familles avaient peu d'argent malgré leurs titres ronflants, alors ils évitaient de trop le dépenser. La jeune femme n'était tout de même pas contre leurs petits desserts, mais tout de même. Ils arrivèrent dans un petit couloir, qui menait, par de sombres méandres, aux appartements des étages au-dessus, s'ils trouvaient les escaliers.

Dans le noir, ça n'était pas chose aisée, mais ils y parvinrent quand même, et montèrent jusqu'au petit réduit qu'habitait la jeune femme. Avec sa charge, elle avait le droit à un petit recoin dans un des étages du château, pas trop loin des appartements de sa maîtresse, pour le cas où celle-ci aurait besoin d'elle. Ils y allaient souvent pour discuter, ça n'était pas grand mais ils arrivaient à trouver de la place pour deux. Ils se blottissaient sur son lit et ils discutaient pendant plusieurs heures avant qu'Antoine ne s'en aille, bienséance oblige.

Quand elle s'arrêta soudainement près de sa chambre, après avoir pris quelques embranchements, Isabeau constata qu'Antoine ruminait toujours. Il serrait et desserrait le poing de sa main libre, avait les sourcils froncés et la tête baissée vers ses pieds. De ce qu'elle en voyait dans la nuit.

Elle le connaissait bien. Il y avait quelque chose qui le tracassait. Quelque chose qui n'était peut-être pas seulement son altercation avec ce goujat de Charles-Henri Dupérieux de Guerchy. Elle savait comment il était. Ils se connaissaient depuis l'enfance et ils avaient toujours tout partagé, ils s'étaient toujours tout dit. Enfin, surtout elle, se rendit-elle compte.

Il avait toujours été son confident. Et d'autant plus depuis qu'ils étaient arrivés à la Cour. Les coups bas n'étaient pas rares ici, et elle en souffrait parfois, autant que les autres. Antoine était son meilleur allié. Son seul allié il lui semblait parfois. Elle ne voulait pas de cette vie, se marier avec n'importe qui du moment qu'il était de son rang, suivre tout un tas de règles, ne pas avoir le droit d'aimer. Elle lui confiait toutes ses peines, tous ses maux, il comprenait tout. Toujours. Il était toujours là pour elle. Tendre, gentil avec elle. Il était son meilleur ami, tout simplement. Et là, c'était lui qui n'allait pas bien.

« Ça ne va pas ? »

« Ton ami. Je ne serai toujours que ton ami. Ton ami. Qui regarde les autres te courtiser. Qui te regarde batifoler avec eux. Qui t'écoute parler d'eux, qu'ils te plaisent ou non. Sans rien dire. Parce que je n'en ai pas le droit n'est-ce pas ? Parce que je ne serai jamais rien d'autre qu'un ami intime. » répondit-il, sans même s'énerver, simplement déçu.

« Antoine, que racontes-tu ? Es-tu devenu fou ? »

« Je ne te ferai pas l'affront de te dire que c'est fou de toi que je suis. Je… au revoir Isabeau, bonne nuit. Oublie ce que j'ai dit, j'ai été stupide. Tu vaux mieux que ça. Mieux que moi. » dit-il tristement en s'en allant par le couloir dont ils venaient.

« Antoine ! Tu ne vas pas partir comme ça quand même ? Tu ne vas pas te comporter comme un pleutre, à ne même pas savoir assumer ce que tu viens de m'annoncer, n'est-ce pas ? Tu n'es pas comme ça. Alors raconte-moi tout. Et assume tes propos. » exigea-t-elle, un sourire malicieux se formant sur ses lèvres, le faisant se retourner.

« Ce que je ressens est trop fort pour les mots. » annonça-t-il, en posant délicatement ses mains sur ses épaules, la regardant droit dans les yeux.

Il était un peu plus grand qu'elle, même avec les légers talons qu'elle portait. La dentelle de ses manches effleurait ses épaules presque nues. Sensation délicieuse de ses mains enfin sur sa peau. Des mois qu'il attendait ça. Des années peut-être, il ne comptait plus. Il se pencha, tout doucement, et posa ses lèvres sur les siennes, délicatement. Il les frôla simplement, dans un baiser papillon, craignant terriblement d'être rejeté.

Il se recula rapidement. Il avait eu tort. Elle allait le repousser. Elle allait le gifler. Le trouver nul. Horrible. Pas mieux que les autres. C'était vrai. Il ne valait pas mieux que les autres, à profiter de sa position d'ami pour lui faire des avances plus osées encore que celles de ce goujat de Dupérieux de Guerchy. Ce qu'il avait osé faire était même pire. Elle pourrait ne jamais vouloir le revoir. Et si jamais c'était ce qu'elle décidait ?

Il n'aurait pas dû oser. Il n'aurait pas dû chercher à devenir autre chose pour elle. Il allait tout gâcher. Quel imbécile faisait-il. Il ne lui imposerait plus sa vue, si elle décidait de le repousser, il se le promit. Il s'enrôlerait. L'armée avait besoin de volontaires. Cette action redorerait également le blason de sa famille. Et puis, on disait que le domaine de Condé était beau, le Roi y menait un siège, il pourrait peut-être y aller.

Elle allait refuser, c'était certain. Elle allait refuser et il ne la reverrait plus. Quel idiot faisait-il. Mais pourquoi le malin l'avait-il pris à ce moment-là ? Il recula d'un pas. Il ne voulait pas l'effrayer.

Elle l'attira vers lui. Passa une main derrière sa tête, avant de poser ses lèvres sur les siennes à son tour. Timidement. Comme si elle hésitait encore. Comme si elle se demandait si elle en avait le droit. Ils ne l'avaient pas. Ils ne devraient pas être comme ça, alors qu'ils étaient amis d'enfance, alors qu'ils n'étaient même pas fiancés surtout.

Mais là, à l'instant présent, il s'en fichait complètement. Il n'y avait qu'Isabeau. Il n'y avait qu'elle, le goût de ses lèvres, la sensation de sa main dans sa nuque, de son corps pressé contre le sien. Il n'y avait qu'elle, sa bouche contre la sienne, ses gémissements, sa langue qui s'enroulait autour de la sienne dans une danse qu'il lui semblait avoir mille fois rêvée. Il n'y avait qu'elle, son désir pour elle qui grandissait, cette chaleur qu'il ressentait en lui, son cœur qui battait la chamade.

Il voulait plus. Il aurait aimé savoir si elle aussi voulait plus. Et alors qu'il allait poser la question, elle l'attira vers sa chambre. Elle le quitta un instant pour chercher la petite clé qui allait ouvrir la porte. Elle porta la main à son corsage, c'était là qu'elle la glissait souvent, de peur de la perdre. Ce qui était arrivé, d'après ce qu'elle sentait à tâtonner, ou plutôt, ce qu'elle ne sentait pas. Elle soupira. Quelle poisse.

Elle se retourna vers lui pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Il allait falloir trouver Bontemps si elle voulait rentrer chez elle. Elle n'eut pas le temps d'articuler un mot. Il avait été derrière elle pendant son manège et il restait un homme. Les recherches de la jeune femme n'avaient pas été sans effet sur son désir. Il posa ses lèvres sur sa peau, dans le creux de son cou, passionné.

Elle était appuyée contre un des murs, ses mains accrochées à sa nuque à lui. Il avait posé ses mains sur ses hanches, faisant de petits cercles avec ses pouces, alors qu'il embrassait sa peau, se créait un chemin parmi les boucles blondes qui caressaient son cou. Il mordilla la chair tendre, y laissa une marque. Sa marque. Et il se fichait complètement qu'un autre la voit. Elle était à lui. Rien qu'à lui.

Il remonta le long de sa mâchoire pour l'embrasser encore, avec plus de passion qu'avant, moins d'appréhensions. Il ne lui laissa pas le temps de s'y attarder, descendant aussitôt vers sa gorge. Ce carcan qui emprisonnait ses seins. La dentelle qui le bordait. Le parfum qu'elle avait dû mettre et qui affolait ses sens. C'était plus qu'il n'en fallait pour qu'il cède. Elle était belle, cette femme qu'il aimait, et il voulait le lui dire, le lui faire comprendre. Elle était belle, et il la voulait pour lui.

Ses mains remontèrent d'elles-mêmes, prenant sa gorge en coupe à travers le tissu de velours. Ses lèvres caressaient sa peau, sa langue se frayait un passage à la naissance de sa poitrine, rêvant d'explorer plus encore ce corps délicieux. Il souffla sur la dentelle, la faisant voleter, caressant la peau de la jeune femme qui l'agrippa plus fermement.

Il releva la tête, l'embrassa encore, alors que ses mains passaient dans son dos pour délacer son corset. Il n'arrivait pas à se concentrer, et ses doigts butaient sur les nœuds. Elle l'entendit jurer contre sa bouche et rit de ses grossièretés. Ah ils étaient beaux, les deux amis, à batifoler dans un couloir. Et si jamais on les surprenait, demanda-t-elle, une pointe d'inquiétude dans la voix. Que feraient-ils ?

Le jeune homme la rassura. Personne ne viendrait, ses voisines étaient toujours absentes. Et puis il était encore tôt, les gens ne rentraient pas dans leurs appartements à cette heure. Et ils s'en moquaient. Ça n'était pas le Roi qui leur dirait quoi que ce soit, avec les mœurs qu'il avait apportées à la Cour. De toute façon, il ne pouvait plus attendre. Monsieur était un aventurier, constata-t-elle en riant alors qu'il lui demandait de se retourner, qu'il défasse enfin ce corset de malheur.

Il s'escrima encore cinq bonnes minutes sur l'objet. Son désir augmentant augmentait au même rythme que son énervement. Il lui jura que la prochaine fois, il le sabrerait, cet engin de torture. Il faisait moins le malin ainsi, exulta-t-il enfin, alors qu'il l'en débarrassait enfin. Elle s'était retournée de nouveau face à lui. Elle était belle. Dieu tout puissant qu'elle était belle. Il s'était agenouillé pour être plus à l'aise lors du délaçage et elle le regardait, ses mains tenant le bas de sa robe, son visage penché en avant, ses yeux bleus dans les siens, sa poitrine à demi-découverte, un sourire mutin accroché au visage.

Il avait envie d'elle. Il se redressa un peu, leva ses yeux vers sa gorge, et l'effleura de deux doigts. Elle frissonna de désir sous son toucher. Et d'anticipation, peut-être. Du moins, il l'espérait. Il se pencha un peu et embrassa sa poitrine. Sa main droite joua avec l'un de ses seins. Le caressa, tantôt légère, tantôt plus de façon plus appuyée. Sa bouche s'arrima à l'autre. L'embrassa. Le caressa des lèvres, le frôlant à peine. Avant de s'y appuyer plus longuement, et de le lécher enfin. Elle gémissait sous ses attouchements. Et lui ne parvenait pas à se détacher de sa poitrine si belle, qu'elle lui faisait tourner la tête. Il léchait, mordillait, l'embrassait et la caressait encore, comme si elle était la plus belle chose qu'il ait jamais vue.

Et c'était vrai. Il l'aimait, à la folie, depuis des mois, des années peut-être. Et il la désirait si ardemment, c'en était presque douloureux. Il lui semblait impossible de se lasser d'elle. Elle prit sa tête entre ses mains, s'agrippa à ses cheveux pour lui relever le visage. Ses yeux avaient foncé de désir. Elle l'embrassa distraitement alors qu'elle délaçait à son tour sa chemise, et qu'elle lui enlevait son justaucorps. Les vêtements tombèrent au sol sans que l'un d'eux ne s'en souciât.

Ses mains parcouraient son torse. Redessinait ses muscles. S'entortillait sur les quelques poils qui le parsemaient. Il n'avait jamais été très développé, sur ce point, elle avait déjà pu le constater lors de leurs baignades en été, mais elle s'en fichait complètement. Et ça lui plaisait même plus. Elle avait déjà eu l'occasion de détailler, souvent à contre-jour, ce buste sculpté par les exercices physiques. Il était beau.

Elle descendit ses mains. Décrocha la boucle qui tenait sa ceinture. Fit glisser son pantalon sur ses jambes. Son sous-vêtements avec. Prit son membre entre ses mains. Le caressa, timidement. Releva la tête. Lut le plaisir dans ses yeux. Continua ses mouvements, prenant plus d'assurance. Au rythme des gémissements d'Antoine. Avant de s'agenouiller.

Sa robe formait une corolle autour d'elle. Elle approcha sa bouche de son sexe. Posa ses lèvres à son extrémité. La suçota légèrement. Avant de le prendre entier. Sa langue caressait toute sa longueur. Elle l'entendait gémir de plus en plus fort. Elle le caressait de ses mains en même temps. Il n'en pouvait plus. Les sensations étaient trop fortes. Presque irréelles. Un feu coulait dans ses veines, comme on lui avait dit que la lave sortait de la terre dans certaines contrées lointaines. Il n'allait pas tenir longtemps. Ça n'était pas possible. Elle le rendait fou. Fou de désir autant que d'amour.

Il la redressa rapidement. Descendit encore sa robe. Il ne l'avait délacée que jusqu'aux hanches, et le tissu lui masquait encore la vue de ce corps qu'il désirait tant. Il fit tomber le tissu à terre. Elle était nue à présent. Nue et à lui. Elle ne portait pas de collants. Elle disait toujours que ça la serrait et que le corset suffisait déjà bien assez. Il la caressa. Découvrit le satin de son ventre. Frôla sa peau, émerveillé. Descendit une de ses mains tandis qu'il la collait à lui de l'autre.

Il effleura son intimité du bout des doigts. Chercha son bouton de plaisir. Le trouva enfin et s'y attarda. Le fit rouler entre ses doigts, le titilla jusqu'à ce qu'elle crie plus qu'elle ne gémissait. Il descendit alors ses doigts entre ses lèvres. En tourmenta l'entrée. Glissa ses doigts en elle. Savoura les sensations que cela lui procurait déjà. N'y tint plus.

Ça n'était plus possible. Il ne pouvait pas se retenir plus longtemps. Au diable la bienséance. Au diable l'étiquette. Au diable les bonnes manières. Ils étaient tous les deux nus dans un couloir sale et mal éclairé du château, on pouvait difficilement faire moins protocolaire. Il rit en l'embrassant. Et s'enfonça en elle.

Il sentit une membrane se déchirer contre lui. Elle était vierge. Bien sûr. Elle devait l'être, pour son mariage. C'était la tradition. Au diable la tradition. Il était prêt à assurer qu'elle l'était après leur nuit de noces, s'il le fallait. Il s'arrêta un instant, reprenant son souffle, la laissant s'habituer à sa présence.

Ce qu'il ressentait était juste incroyable. Il était en elle. Il la possédait autant qu'elle le possédait. Elle était enfin à lui comme il avait toujours été à elle. Il attrapa une de ses cuisses pour la remonter le long de sa hanche à lui. La maintint d'une main alors qu'il recommençait ses allées et venues en elle. Sa chair qui l'enfermait. C'était si serré. Si fabuleux.

Ses va-et-vient étaient de plus en plus chaotiques, irréguliers. Son souffle se coupait. Ses sens l'affolaient. Sa bouche chercha la sienne pour l'embrasser passionnément. Sa langue caressa la sienne, découvrit son palais, goûta son parfum de femme. Il gémit contre elle. Susurrait son prénom. Litanie incessante. Elle s'accrochait à lui, de plus en plus fort, ses ongles s'enfonçaient dans sa chair, griffaient sa peau, la faisait peut-être saigner. Elle pouvait bien, il s'en fichait complètement. Rien ne comptait plus que la sensation de leur deux corps enfin l'un contre l'autre, l'un dans l'autre, unis.

Soudain, elle cria plus fort. Son corps s'arqua dans ses bras. Sa tête heurta doucement le mur derrière elle. il ne tenta même pas d'étouffer le son de sa jouissance. Elle était belle. Elle était tellement belle qu'il en perdait ses mots et ses gestes. Elle pliait sous lui et il ne put tenir plus longtemps. Il explosa son bonheur en elle. Sensation incroyable. Il était heureux.

Dieu qu'il était heureux, pensa-t-il alors qu'ils se redressaient et s'appuyaient contre la surface derrière elle. L'un contre l'autre. Il se retira doucement. Comme à regrets. Jamais Antoine n'oublierait ce qui s'était passé dans ce couloir. Jamais il ne le verrait de la même façon, dit-il en riant alors qu'ils cherchaient leurs affaires dispersées par terre.

La jeune femme sourit, malicieuse, et soulevant sa robe pour la remettre un minimum, tomba sur sa clé. Elle se redressa et la lui montra. Ils éclatèrent de rire. Et dire qu'ils avaient pris tous ces risques pour rien. Mais ça avait été sans aucun doute plus excitant encore. Elle introduisit la clé dans sa porte de chambre. Lui proposa d'entrer. Il déclina. Arguant avec un sourire que la malséance avait ses limites. Qu'il ne comptait pas dépasser. Sinon jamais son père ne l'autoriserait à l'épouser, cria-t-il en s'enfuyant, de peur d'être de nouveau tenté. Elle rit, le traitant de lâche, avant de rentrer chez elle.

Finalement, les soirées d'appartements n'étaient pas si redondantes, pensa Isabeau. Ou en tout cas, elle n'était pas contre ce genre d'habitude. C'était bien, les amis intimes.