8/08/2015 : Un petit mot, petit, promis !

Cette version de l'histoire est au moins le dixième jet de l'histoire, la forme ne changera donc pas. L'histoire probablement pas non plus. Sachez que tout n'est pas écrit et que vous risquez d'attendre un petit peu avant d'avoir la suite. Tout doit être cohérent (je fais très attention à la cohérence de mes histoires, parce que je déteste lire quelque chose qui n'est pas cohérent) entre la première et la dernière partie de l'histoire, ce qui est très contraignant. Comme je n'ai pas dans ma tête les histoires de la deuxième et de la troisième partie, je dois faire attention à ce que j'écris dans la première, voilà pourquoi ça prend beaucoup de temps à se mettre en place.

Après ce petit avertissement, un autre : le début de l'histoire est lent, j'ai essayé de voir comment le changer, mais c'est toujours lent. Désolée.

Et enfin, une demande : je ne suis pas parfaite, l'orthographe et moi on a toujours été fâchés, je vous prie donc, si vous en voyez, de reporter les fautes d'orthographes, et les incohérences. Merci d'avance. (Et si vous ne voulez pas laisser une review, vous pouvez le faire par MP, pas de soucis :) ).

Bonne lecture, j'espère que ça vous plaira !


Une voix s'éleva soudain derrière eux.

" — Croyez en moi, et je vous montrerai la voie, dit-elle.

— Je crois déjà en vous, répondit la mère."

La voix ne répondit pas. Mais devant elle, Ilona vit jaillir des pierres et des plantes. Modelés de l'essence même de la terre, des hommes et des femmes apparurent.

Tous tombèrent à genoux et tendirent les bras au-dessus de leur tête.

— Nous serons votre peuple, et n'adorerons que vous, pour l'éternité, déclarèrent-ils tous aux cieux. "


Le vent la fit frissonner, et elle soupira une énième fois

Eryne fêtait ses dix ans aujourd'hui. Seule, comme chacun de ses anniversaires depuis la mort de sa mère. Son père n'y pensait même pas, pour lui n'existait que sa bouteille et ses filets de pêche. Elle était seule, avec pour seuls cadeaux les noisettes qu'elle avait cueilli en cette froide journée de fin de septembre.

Assise sur une vieille souche d'arbre, elle regardait avec tristesse les oiseaux s'envoler des arbres pour aller chercher la chaleur ailleurs que sur la côte. Aucun ne restait avec elle pour partager sa solitude. Dans les rares histoires qu'elle lisait, quand quelqu'un daignait lui prêter un livre, à cet instant là les héros se mettaient à penser qu'être un oiseau était merveilleux, voler librement, toujours avec d'autres...

Mais elle rêvait seulement d'avoir des amis. Sa vie se résumait à son petit village côtier, village pauvre et constamment sous la pluie, et à son chat, avec qui elle passait le plus clair de son temps. Et du temps, elle n'en manquait pas.

Son père refusait de l'envoyer à l'école, cela coûtait trop cher, et les autres enfants, qu'ils soient grands ou petits, se contentaient souvent de l'ignorer. Ils ne lui parlaient que quand ils y étaient obligés, comme lors des grandes fêtes en été, où tout le monde se côtoyait sans regard pour la richesse des autres. C'était en tout cas l'esprit de ces fêtes, mais la froideur de certains ne s'amoindrissait pas à l'égard de sa famille en ces jours pourtant supposés heureux.

La plupart du temps, les gens l'évitaient à cause de ses cheveux : leur couleur argenté naturelle les effrayait ou les rebutait. Elle songeait de plus en plus à les faire teindre, même si cela n'arrangerait certainement pas tout. Elle ne savait même pas de qui elle avait bien pu hériter cette étrange couleur.

Sa seule activité consistait à aider son père, en de rares occasions, à dépecer les quelques poissons qu'il arrivait à pécher lorsque ses mains étaient assez fermes pour tenir les filets. Et encore, c'était lorsqu'il se rappelait que sa fille existait, et qu'elle n'avait plus trois ans. Elle n'était pas mauvaise à la tâche d'ailleurs, mais son travail paraissait toujours sans aucune valeur aux yeux de son père, qui passait ses journées à lui crier après.

La petite fille en elle aurait voulu pouvoir coudre les mêmes vêtements que les jeunes filles de son village faisaient, au lieu de s'occuper de poissons. Elle les avait observées, un jour, toutes assises en cercle autour d'une table, sur le sable de la plage, le soleil créant de jolis reflets sur tous les tissus qu'elles maniaient. Elles bavardaient calmement, et parfois un éclat de rire se faisait entendre. Eryne aurait voulu pouvoir les rejoindre lorsqu'elle en aurait l'âge, mais les gens comme elle ne le pouvaient pas, ils étaient mis à l'écart par la plupart des familles. Celles qui avaient encore un peu d'âme préféraient ne pas se mettre les autres à dos, et ne les aidaient donc pas, ou très rarement.

Le froid s'infiltra par-dessous son gilet de laine. Eryne frissonna et se recroquevilla sur sa souche. De toutes les familles du village, la sienne était la plus pauvre. Sûrement parce que sa mère n'était plus là pour empêcher son mari de dilapider le peu d'argent qu'il gagnait dans l'alcool. Sa mère était morte cinq ans auparavant, et Eryne se souvenait à peine de comment c'était avant. Chaud, voilà tout ce dont elle gardait de cette période, ce seul adjectif. Était-ce la chaleur de sa mère, voire de son père encore sobre, ou bien la chaleur du bois dans la cheminée, ce qu'il n'y avait pas eu depuis bien longtemps ? Elle n'en savait rien.

Elle se souvenait que sa mère était une femme agréable, avec des cheveux bruns et un regard doux. C'était elle qui s'occupait de sa fille, elle lui avait même appris les rudiments de la lecture et de l'arithmétique. Eryne avait continué toute seule avec le peu de livres qu'elle avait trouvé, jusqu'à ce que son père les revende tous. C'était sa mère qui préparait à manger, de bons plats, faits avec des herbes qu'elle trouvait on ne sait où. Il avait tant de chose que sa mère ne lui avait pas appris ! Notamment à toujours être optimiste, et à sourire en toutes circonstances.

De ce qu'Eryne en savait, la vie de sa mère n'avait pas été très heureuse : elle était née dans une famille de bonne condition, et avait épousé son père avant que celui-ci ne reprenne l'affaire de son propre père... Et ne fasse tout rater. Cela, elle le savait des mots moqueurs qu'avaient les autres enfants envers elle, ou des commérages de vieilles dames qu'elle écoutait en secret: elle se glissait près des bateaux ou en dessous des maisons sur pilotis, et écoutait les conversations des femmes restées chez elles. Elle ne comprenait pas tout, mais suffisamment pour savoir qu'elle n'aurait jamais la moindre chance d'entrer dans leur cercle. Elle n'osait pas imaginer ce qu'il lui arriverait si elle se faisait prendre à les écouter.

Parfois, elle regrettait de ne pas avoir conservé une image de sa mère. Son père les avait vendues à un marchand itinérant pour se faire un peu d'argent. Et comme tous les autres sous qu'il gagnait, il l'avait dépensé en alcool. Il en résultait qu'elle devait porter des vêtements qui laissaient passer le vent, et qui ne réchauffaient guère ses membres gelés.

Soupirant, elle se leva de la souche et commença à jouer avec les noisettes, à les empiler, construisant des formes... Rien de très amusant. C'est pour cela que lorsque son chat vint la solliciter pour jouer en milieu d'après-midi, elle sauta sur ses pieds, la mine réjouie. Elle ne se demanda même pas comment il avait fait pour la retrouver. Il était très intelligent et vif, comparé aux chats qu'elle avait pu voir dans le village. Elle l'avait trouvé, roulé en boule sous un tronc d'arbre renversé, un jour de pluie. Un chat sauvage comme celui-là ne se serait pas laissé approcher s'il n'avait pas été dans une telle situation. Elle avait pu le prendre dans ses bras et le protéger de la pluie. Bien vite après que l'averse ne soit passée, il s'était échappé. Plus tard elle l'avait revu, lui avait donné la maigre portion de poisson qu'elle avait ce jour-là, et finalement, de jour en jour, il était de lui-même venu quémander sa part. C'était son seul ami, et en ce jour maussade, elle était bien contente qu'il soit là. Si son père avait su qu'elle avait apprivoisé un chat, il l'aurait vendu. Comme tout le reste.

Eryne passa le reste de sa journée à poursuivre son chat à travers la forêt. Lorsque le soleil le commença à baisser dans le ciel, colorant les nuages en orange et faisant du ciel une mer de feu, elle soupira, et s'époussetant le pantalon, elle entama le long chemin qui l'attendait avant de rentrer chez elle. Son père ne voulait pas qu'elle rentre trop tard, et c'était la seule condition qu'il lui donnait. Elle se demandait bien pourquoi d'ailleurs, car à en juger par son attitude envers elle, il n'avait rien à faire de sa fille. Il lui donnait son poisson, ses légumes quand il y en avait, et puis il allait démêler ses filets et dormir. Rien de bien passionnant. Rien non plus qui ne nécessitât sa présence, et rien qui ne dise qu'il se souciât de sa présence.

Elle décida de faire un détour par le village. Elle avait encore deux heures devant elle avant de devoir vraiment se dépêcher, et rentrer à la maison ne lui faisait pas tant envie que ça, elle devait simplement faire attention à ne pas dépasser l'heure.

Elle allait souvent au village, se contentant de fureter un peu partout. Sa curiosité l'amenait souvent à faire des choses dont elle n'était pas fière, mais plus elle grandissait et moins elle acceptait d'être mise à l'écart de tout par les autres.

Elle s'approcha de la grande route. En temps normal, elle n'avait pas le droit de la traverser toute seule : les chariots, ou voyageurs à cheval, allaient très vite sans regarder devant eux, si bien qu'il n'était pas rare que quelqu'un se fasse renverser. En général, c'était plus de peur que de mal, mais les parents insistaient tout le temps pour que leurs enfants ne traversent jamais cette route, qui pourtant traversait le village en plein milieu.

Eryne n'avait personne pour la voir, puisqu'elle était dans la forêt, aussi traversa-t-elle sans se soucier des réprimandes qu'elle pourrait récolter. Personne ne faisait attention à elle dans le village de toute façon, elle doutait que quelqu'un l'approche pour lui faire un sermon. Mais elle préférait tout de même éviter ça, et lorsqu'elle avait besoin d'aller dans la deuxième partie du village, elle s'arrangeait toujours pour passer par la forêt. Elle continua quelques temps dans les fourrés, tout en réfléchissant.

Cette route marquait aussi la séparation entre les gens de son village : d'un côté, les belles maisons, de l'autre, celles qui tenaient à peine debout. Elle avait beau être la plus pauvre du village, Eryne se rendait bien compte qu'elle n'était pas la seule à vivre dans de mauvaises conditions. Elle essaya de se rappeler à quel âge elle avait eu ce genre de pensées pour la première fois, mais elle fut distraite par des cris d'enfants.

La maison du chef. La plus grande, la plus jolie. Elle enviait tous les gens qui pouvaient habiter dans ce bâtiment. Elle les enviait d'autant plus qu'ils donnaient toujours l'apparence d'une famille unie et aimante, qui jusque-là résistait aux investigations de la petite fille. Elle aurait voulu pouvoir se prouver que tout n'était qu'une façade, que cette famille était en fait rongée par de lourds secrets, mais il n'en était rien. Elle les regardait souvent jouer, tous ensemble.

L'aîné des enfants était le chef de la petite bande d'enfants du village : cinq garçons qui régnaient littéralement sur les autres. Ils étaient aussi ceux qui tenaient les propos les plus virulents à l'encontre d'Eryne. Pour l'instant, il jouait les grands-frères modèles avec ses petits frères et sœurs. Elle observa leur manège pendant quelques minutes, avant de s'en lasser et de décider de rentrer chez elle : elle n'observerait rien dans cette pénombre. Elle devrait retraverser cette horrible route.

Alors qu'elle marchait sur un chemin tranquille et normalement non fréquenté, elle croisa un groupe de femmes de son village. Elles étaient une dizaine et papotaient sans faire attention à ce qu'elles avaient devant elles. Eryne observa un instant les alentours mais ne vit aucune cachette: sur le côté droit, le bord du chemin se transformait rapidement en pente raide, le village étant en contrebas, si bien que si elle décidait de se cacher par-là, elle risquait de tomber et de se faire mal. Et de l'autre côté la pente continuait, raide mais en montant cette fois-ci. Les quelques arbres qu'elle voyait étaient trop haut pour qu'elle puisse les atteindre avant que ces femmes ne la voient.

Elle redoutait les gens de son village. Certains l'ignoraient, et elle pria pour que ce soit le cas de ces femmes. Leurs robes relevées pour éviter de les salir, elles passèrent à côté de la petite fille en lui jetant des regards soupçonneux. Trouver quelqu'un à cette heure sur ce chemin était on ne peut plus rare. Mais heureusement pour Eryne, elles ne lui dirent rien du tout. Par contre, elle pouvait être sûre que le lendemain, tout le monde au village serait au courant qu'elle vadrouillait n'importe où. Elle se demanda si celui lui vaudrait encore des remarques de la part des autres.

Avisant que la lumière faiblissait, elle se mit à courir sur le chemin pour rentrer. Elle passerait quelques temps sans se faire remarquer, ils oublieraient tous cette histoire en peu de temps.

Quand Eryne arriva enfin chez elle, le soleil finissait de disparaître dans le ciel. Elle remarqua tout de suite que quelque chose clochait. Un cheval était attaché à l'entrée. Le cheval était pour elle le symbole de la richesse, surtout un grand cheval aussi bien traité que celui-ci, à en juger par la selle de qualité sans aucune trace d'usure et la crinière entièrement tressée du cheval, le possesseur devait même être extrêmement riche. Mais les familles riches ne parlaient pas aux familles pauvres, et ceci était commun à toutes les sociétés, si quelqu'un de riche était réellement là, ça ne présageait rien de bon. Cela, elle le savait des commérages. Elle ne saisissait pas très bien la signification, mais elle comprit tout de même que quelque chose d'important se passait à l'intérieur.

Elle contourna la petite chaumière qui lui servait de maison, pas plus grande que la cabane à outil de leur chef de village, et certainement pas aussi bien construite : l'air passait par tous les trous qu'il y avait entre les planches de bois, et même les trous qu'il y avait dans les pierres. Elle essaya discrètement de regarder par la fenêtre de derrière. Son père n'avait pas fermé les rideaux –de vulgaires draps tellement usés qu'ils paraissaient sur le point de tomber en lambeaux à peine on les touchait- ce ne fut donc pas ce facteur-là qui l'empêcha de regarder, ce fut tout simplement sa taille : sa tête n'arrivait au rebord de la fenêtre, et même en sautant, elle n'arrivait à voir que pendant une fraction de seconde, ce qui ne lui laissait guère le temps d'interpréter ce qu'elle apercevait.

Bien décidée à savoir qui leur rendait visite, elle déplaça une grosse bûche, celle-là même que son père se promettait de débiter depuis des mois, et la plaça contre le mur. Se juchant dessus sur le pointe des pieds, elle bénéficia d'une vue parfaite sur l'unique pièce que comportait sa chaumière. Son père était assis à la table, comme toujours, mais n'avait pas l'habituelle bouteille d'alcool bon marché devant lui. Non, étonnamment cette fois-ci c'était de l'eau. En face de lui se tenait certainement le propriétaire du cheval. Un bien étrange personnage. Grand, dans les quarante ans, le visage tellement de marbre qu'il ne semblait pas humain. Il avait l'air totalement détaché du monde qui l'entourait. Ils ne discutaient pas, son père se contentant de garder la tête basse, observant son verre, et parfois celui de l'inconnu, qu'il avait dû servir en se rappelant des quelques bonnes manières qu'on lui avait enseignées. Mais l'homme n'avait même pas daigné s'asseoir et se tenait près de la table, l'air presque agacé, le regard fixé sur le pauvre personnage devant lui, sans un mot.

La bougie posée sur la table provoqua un reflet sur le pendentif de l'homme, ce qui attira le regard d'Eryne. Se penchant en avant, elle tendit encore un peu plus ses pieds pour voir de plus près, collant carrément son visage à la vitre, qu'elle se fit la promesse de laver. Mais la bûche roula sous elle, elle perdit l'équilibre et tomba, pendant que le bûche dévalait la pente douce du petit jardin, pour finir son voyage dans le potager qu'entretenait son père, la seule chose en dehors du poisson à laquelle il payait attention, et à laquelle il tenait.

Eryne tomba rudement sur le sol, et son bras droit heurta violemment une des pierres qui servait à retenir les bûches de rouler. Elle se releva en vitesse. Espérant que sa chute n'ait pas fait trop de bruit, et ignorant la douleur qui avait explosé dans son bras droit, Eryne se précipita au fond du jardin pour y récupérer le bois et voir s'il n'avait pas trop fait de dégâts. Mais en dégageant la bûche, elle constata que de jeunes pousses avaient étés complètement écrasées sous le passage de la bûche, et elle se mit en tête de les redresser un peu, les arrachant plus qu'autre chose de ses mains tremblantes. Elle pouvait toujours dire qu'un animal les avait piétinés : ce n'était pas la première fois que ça arriverait, et au vu de leur état, elle n'aurait aucun mal à faire croire que c'était ce qui s'était passé.

C'est à ce moment-là que son père arriva, voulant voir ce qui avait causé tant de bruit.

— Que fais-tu, petite sotte ? Je t'ai pourtant interdit de toucher aux plantes ! cria-t-il enragé. Elles ne sont pas tes jouets !

Il la prit par le bras droit et la douleur la déchira. Était-il cassé ? Dans ce cas, elle ne pourrait plus rien en faire. Les médecins coûtaient trop cher pour son père. Devait-elle se faire une attelle elle-même ? Avec quoi ? Et si son père décidait de lui faire un autre sermon, elle ne tiendrait pas, et éclaterai en sanglots, ce qui n'arrangeait rien à de telles situations. Cela mettait généralement son père encore plus en colère, et il devait sortir de la pièce pour ne pas continuer à s'énerver.

Il la traîna jusqu'à la chaumière, ignorant ses pleurs et ses supplications, de même que ses excuses. Comme d'habitude, ce qu'elle disait ne changeait rien. Il avait laissé la porte ouverte. Elle qui avait espéré un peu de chaleur dans la chaumière ne fit que se geler, mais même avec un bon feu, elle n'était pas sûre qu'elle se serait réchauffée : la situation la glaçait. Elle avait encore déçue son père, et cela en la seule fois où il avait réussi à ne pas s'enfiler une bouteille en rentrant de sa pêche. De plus, la présence de l'homme noir n'avait rien de chaleureuse. Elle était encore plus froide que le vent au dehors. Eryne eut envie de courir, de partir se cacher jusqu'à ce que cet homme disparaisse.

— Assied-toi là. Quelqu'un veut te parler, ordonna son père en la lâchant enfin.

Obéissante, elle s'installa le plus confortablement possible sur le banc que lui désignait son père et attendit patiemment que l'homme en noir prenne la parole. Mais il se contenta de la regarder, fixement, sans un battement de cils. Ces yeux noirs semblaient percer à travers elle, il avait l'air de ne pas vraiment la voir, et en même temps de lui prendre tous ses secrets les plus intimes. Cela la mit extrêmement mal à l'aise. Au moins son père avait-il fermé la porte. Elle commençait à sentir ses membres se réchauffer un peu.

Enfin, après une longue minute à la dévisager, l'homme lui demanda son âge, sans cesser de la fixer. Elle se demanda même pendant un instant si elle n'avait pas rêvé sa question, tant les lèvres avaient à peine bougées.

— J'ai dix ans monsieur, répondit-elle d'une voix mal assurée.

Elle avait du mal à le regarder. De près, elle voyait que son pendentif n'était rien d'autre qu'une bille noire. Tout ça pour voir une bille...

Il garda le silence pendant encore quelques secondes. Assez pour jouer avec la peur d'Eryne. Elle sentit des sueurs froides lui parcourir le dos et ses poils se hérisser. Elle jeta un rapide coup d'œil à son père, mais il avait l'air absorbé par son verre, encore. Il ne l'aiderait pas.

— As-tu déjà ressentis des bouffées de chaleur dans tes avant-bras ? Une chaleur agréable et bienfaisante ? dit enfin l'homme, sans se dérider.

Cela devenait plus intéressant, elle releva la tête et eut le courage de le regarder dans les yeux. Oui elle avait déjà rencontré ce phénomène. Et plusieurs fois d'ailleurs. Elle acquiesça d'un signe de tête, sans trop vouloir en dire : il se pouvait que ce soit mauvais signe, peut-être une maladie ou autre. Son père ne réagit pas. Elle ignorait si d'autres qu'elle dans le village avaient ressenti cela, en tout cas, jamais elle n'en avait entendu parler avant ce jour, et pourtant les femmes qu'elle écoutait disaient beaucoup de choses. Ainsi jamais elle n'en avait fait part à qui que ce soit. L'homme ne dit rien. Elle baissa la tête et se remis à contempler ses pieds qui touchaient à peine le sol.

— Quand ce phénomène s'est-il déclaré la première fois ?

— Il y a environ un an monsieur, murmura-t-elle.

Rester poli devenait de plus en plus difficile pour elle. Cet homme l'incommodait par son aura inquiétante et par ses questions qu'elle jugeait trop personnelles. Que venait-il faire ici ? Pourquoi l'interrogeait-il ? Il se détourna enfin d'elle, et l'emprise de peur qu'il avait sur elle se relâcha. Elle sentit son ventre se dénouer et elle se rendit compte qu'elle respirait mal depuis le début de cette conversation.

— Bien. On va peut-être pouvoir faire quelque chose de toi. Demain tu partiras avec moi.

Il se prépara à sortir, sans un regard pour la petite fille, ni pour son père, qui se contenta de se voûter sur son siège, l'air complètement abattu. Eryne mit un moment avant d'intégrer ce que l'homme venait de dire.

— Mais je ne veux pas ! protesta Eryne. Pourquoi partirais-je ? Et pourquoi avec vous ?

— Parce que ton père t'a vendue, déclara-t-il sur un ton d'évidence qui failli faire pleurer Eryne.

Sans comprendre, Eryne chercha le regard de son père, son soutien, mais celui-ci resta avachis, les yeux fixés sur le sol. Elle éclata en sanglots. Que pouvait-elle faire d'autre ? L'inconnu sorti et referma la porte, qui grinça de façon lugubre. Dehors, la pluie avait commencé à tomber, mais cela ne découragea pas Eryne, qui sortit pour trouver un autre endroit que celui-ci : sa chaumière sentait trop l'enfance brisée, et elle avait eu beau aimer son père, celui-ci n'avait pas l'air d'avoir les même sentiments pour elle, c'en était trop.

Elle courut aussi vite et aussi loin qu'elle le put.


Fini pour le premier chapitre. Bien mou tout ça ^^.

Comme dit précédemment, n'hésitez pas à laisser des critiques, même si vous n'avez pas aimé, ça peut être bien pour savoir ce qui ne va pas =). Ou si vous voyez des incohérences pas possibles, ça m'arrive souvent ^^.