Je me suis réveillée avec le cœur lourd ce matin;
À l'instant où j'ai remis les pieds dans cette réalité glaciale
Ton souvenir est venu me rendre visite, une fois de plus
Et, comme à mon habitude, j'ai été incapable de le repousser.

J'ai ouvert les yeux avec les traits parfaits de ton visage ancré sur mes pupilles
J'ai quitté les couvertures sans que la sensation de tes bras autour de moi ne s'amenuise
J'ai enfilé mes vêtements habituels, mais mon pull respirait toujours ton odeur
Et quand j'ai mis en marche la radio sur cette chanson d'amour, c'est ta voix que j'ai entendue

Un faible murmure qui s'est doucement transformé en une mélodie apaisante
Je n'ai pas pu m'empêcher d'en être heureuse, même si je savais que c'était faux
Il y avait longtemps que ta voix ne m'avait pas dit des choses comme celle-là
Un instant, j'ai même vu cet air effacer tout le mal que tu as déjà pu me crier

Mais la seconde d'après, ces paroles s'étaient volatilisées et ne laissaient place qu'à tes sanglots déchirants
Et la chaleur réconfortante de tes bras se resserrait de plus en plus autour de ma poitrine
À un tel point que j'en suis venue à étouffer, et pourtant je n'ai rien fait pour t'arrêter
Je suis juste restée là à contempler, impuissante, les larmes se frayer un chemin sur ta délicate peau

Et je n'ai rien pu faire pour effacer la douleur que j'ai vue noircir tes yeux autrefois si éclatants
J'ai simplement pu l'observer se transformer pas à pas en une haine douloureuse, si glaciale
Un sentiment poignant de la beauté de ton désespoir qui me brûlait, me ravageait de l'intérieur
Je n'ai pas réussi à apaiser tes maux, les mots que tu voulais entendre refusant de franchir mes lèvres

Au moment où j'avais atteint ma limite, j'ai lentement senti ton étreinte se détacher de moi
Quand l'air a pénétré de nouveau mes poumons, j'en ai presque regretté d'être vivante
Je n'avais pas le courage d'affronter ton regard qui, je le savais, ne reflétait plus que dégoût
Mais j'ai levé les yeux et t'ai contemplée attentivement, j'ai imprégné tes traits déformés au fond de moi

Quand tu as finalement tourné les talons, j'ai encore été incapable de tendre le bras pour t'attraper
À nouveau, j'ai été trop faible pour te retenir auprès de moi alors que je voulais que tu restes,
Cependant, cette fois, j'avais mes raisons, c'était la bonne décision :
Je n'étais plus qu'une erreur à tes yeux et t'empêcher de partir n'aurait que fait croître ta révulsion

Au moment où tu es disparue derrière l'horizon lointaine, une fois de plus, et que ton image s'est dissipée
Je me suis laissée glisser contre le mur et j'ai appuyé ma tête contre le carreau glacial
Et, en parfaite réplique à l'histoire déjà écrite, j'ai hurlé toute ma souffrance et mon désespoir
Le silence n'est revenu que quand ma voix s'est finalement brisée d'une série de sanglots interminables

Encore, je revivais encore ce même cauchemar, incapable d'agir — incapable de réparer mes erreurs
Pour une énième reprise, je devais te regarder quitter le chemin de ma vie pour toujours
Sans pouvoir rien y changer, sans avoir la chance de te dire ce que je pense aujourd'hui
Parce qu'en effet, même les monstres aussi dégoûtants que moi finissent pas changer

Mais j'ai beau prier un Dieu auquel je ne crois même pas, j'ai beau supplier qui peut m'écouter
Tu refuses obstinément de me laisser parler pour te dire des choses qui raviveraient tes souvenirs reniés
Et je sais que je n'ai pas le droit de t'en vouloir pour cette colère, parce que tout est de ma faute
Sauf que je ne peux repousser cette rage aiguë qui m'habite chaque fois que tu ignores mes plaintes

Si je le pouvais, je te forcerais à te rappeler les évènements comme ils se sont réellement passés
Je t'obligerais à faire face à toutes les promesses que tu as faites, à tous les mots que tu as dits
Et je te ferais comprendre que même si tout me désigne fautive dans cette histoire maudite
Mes intentions n'étaient pas mauvaises, je n'ai toujours voulu que ton bonheur et rien d'autre

Sauf que je n'en ai pas le droit, je t'ai juré de respecter ta décision, quelle qu'elle serait
Pourtant, je ne peux m'empêcher d'espérer qu'un jour, le mur que tu as bâti contre moi se brisera
Volera en éclat comme la lettre que tu as refusé de regarder s'est envolée dans le vent frigorifiant
Et que, finalement, mes mots ne soient pas vains et t'atteignent au plus profond de ton âme

Tu sais, depuis que tu as quitté ma vie, je ne fais rien d'autre qu'espérer qu'un jour, un jour
Je te verrais devant chez moi, comme j'ai pu attendre devant ta maison des mois de cela,
Ou que dans ma boîte aux lettres, je reconnaisse sur une enveloppe ton écriture fragile
Et alors, je saurais que toutes les fois où j'ai crié pardon à ce ciel sans vie, tu m'as entendue

Ça m'est égal que tu me pardonnes ou non, honnêtement, et j'espère que tu finiras par le comprendre
À vrai dire, tout ce qui m'importe, c'est que tu entendes ce que j'ai à dire, que tu voies qui je deviens
Que tu constates de tes propres yeux que tu m'as fait devenir quelqu'un de meilleur, une personne bien
Et que tu acceptes qu'un jour, nous nous étions dessiné une vie ensemble

Que nos moments de complicité n'étaient que du bonheur que l'on ne devrait pas souiller
Et que ces « je t'aime » que tu m'as adressés restent à jamais imprimés au creux de ton être
Pour que tu n'oublies jamais qu'un jour, quelqu'un a cru à tes promesses et voulait t'aimer au-delà des obstacles
Ainsi, chaque fois que tu pleureras comme j'ai pu pleurer des heures durant pour toi et nos souvenirs qui m'échappaient

Tu te souviendras que mes bras ne désirent que toi
Tu te rappelleras que mon cœur est toujours tien
Tu sauras que tu as toujours ta place à mes côtés
Et tu n'oublieras pas que je t'attends encore