Le dernier été


Musique : The Jackson Five – I'll be there


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Les dirigeants d'aujourd'hui et de demain

Nous ne discutons pas la famille. Quand la famille se défait, la maison tombe en ruine. Antonio de Oliveira Salazar


Installée sur le siège conducteur de sa voiture, Leila MacEwan secoua la tête. Elle suivait des yeux un groupe de jeunes qui sortaient d'une boîte de nuit. Elle aurait dû se trouver avec eux, se dit-elle, en train de faire la fête un samedi soir.

Au lieu de cela, elle était terrée dans sa voiture à attendre en secret un enquêteur de la SEC, l'organisme fédéral en charge de la réglementation et du contrôle des marchés financiers. Organisme qui en avait après Bank of New York, l'une des filiales les plus importantes du groupe VDB.

Leila jeta un coup d'œil agacé à sa montre. Comme d'habitude, il était en retard. Elle n'avait pourtant pas que ça à faire. Jeremy l'attendait.

Elle se remémora leur première rencontre, celle-ci remontait à quelques semaines auparavant mais elle avait encore du mal à croire que c'était réel. Qu'elle ne l'avait pas tout simplement ... imaginée.

Elle venait d'arriver devant l'appartement que son frère cadet Jeremy et elle partageaient depuis plusieurs années quand elle l'avait vu. Nonchalamment appuyé contre la porte, en train de lire un livre. Il avait le visage bouffi et ses cheveux blonds étaient parsemés de mèches grises. Mais quand il la vit, ses yeux se mirent à briller d'un nouvel éclat. Visiblement, il l'attendait. Agent Roy Purcell, s'était-il présenté en lui tendant la main, SEC.

Il lui avait alors raconté une drôle d'histoire. Selon Purcell, son patron M. Van der Bildt s'était rendu coupable de graves malversations financières. Suite à la crise financière deux ans auparavant, les principales banques du pays s'étaient publiquement engagées à séparer les activités liées à l'investissement – comme l'introduction en Bourse ou les fusions et acquisitions – de celles des banques de dépôts – qui recevaient et géraient l'argent des particuliers. Engagement que Bank of New York et d'autres s'était apparemment empressés de violer. Il avait également cité la banque Sheridan Brothers.

Au cours de l'année écoulée, les deux banques avaient truqué leurs comptes afin de masquer des pertes astronomiques et n'avaient pas hésité à jouer en bourse l'argent de leurs clients – sans les en avertir au préalable. Selon Purcell, son employeur continuait son petit manège et ne s'arrêterait que si quelqu'un y mettait fin. Ce quelqu'un, c'était elle, Leila MacEwan.

Elle était la plus proche assistante de Van der Bildt depuis près de deux ans. Elle avait accès aux relevés de comptes, aux résultats mensuels avant tout le monde, supervisait la rédaction des compte-rendus. Si elle menait bien sa barque, lui avait-il dit, elle aurait aussi accès aux documents compromettants.

Devant son hésitation à trahir l'homme qui lui avait donné sa chance des années auparavant et ce, malgré une situation familiale chaotique, Purcell s'était montré ferme. Si elle ne coopérait pas et qu'il réussissait à faire tomber la banque et Van der Bildt, elle serait considérée comme complice de ses délits. Elle risquait plusieurs années d'emprisonnement dans une prison fédérale. Que deviendrait alors Jeremy ? lui avait-il demandé. Elle l'avait fusillé d regard mais n'avait pas eu le choix. Jeremy était le plus important. C'était ainsi qu'elle se retrouvait à jouer les agents doubles depuis un peu plus d'un mois.

Un léger coup contre sa vitre la fit sursauter. Elle ouvrit sa portière et Purcell se coula sans difficulté sur le siège passager, avec la grâce d'un félin et l'économie de mouvement qui le caractérisait.

Sans un mot, elle lui tendit le dossier. Il ne méritait pas de salutations, ni même un semblant de politesse.

— J'ai réussi à subtiliser ça. Ce sont des relevés des comptes ... enfin des photocopies, expliqua-t-elle.

Elle se pencha et rouvrit sa portière. Purcell éclata de rire.

— Quoi ? Vous ne voulez même pas savoir ce que j'en pense. Si c'est suffisamment compromettant pour Van der Bildt ? Ou bien entendre mes félicitations ?

— Écoutez, agent Purcell, nous ne sommes pas amis, même pas collègues de travail alors, je n'ai qu'une seule envie : que vous dégagiez de ma voiture et vite.

— Je sais que vous vous sentez coupable vis-à-vis de Van der Bildt mais croyez-moi, vous avez fait le bon choix. Des voyous dans son genre ne ressentent pas grand-chose pour les gens qu'ils escroquent et qu'ils mettent sur la paille. Sa place est en prison.

— Pour l'instant, un voyou dans le genre de Robin Van der Bildt a fait infiniment plus pour moi que vous, agent Purcell.

Elle se tut quelques minutes.

— Est-ce qu'il sera que c'était moi votre informatrice ?

— Possible. S'il y a un procès, ajouta-t-il en avisant son expression exaspérée, il se pourrait qu'on vous fasse témoigner. Mais ce sera au procureur général de décider et on n'en est pas encore à cette étape. Loin de là.

Sur ces paroles peu rassurantes, il descendit de sa voiture.

Lorsqu'elle arriva dans son appartement, la jeune femme fut surprise par le silence lugubre qui y régnait. Elle s'attendait à trouver Jeremy devant la télévision ou l'ordinateur mais il n'en était rien.

Elle fit le tour de l'appartement en appelant son frère. Seul le silence lui répondit.

Vraiment inquiète maintenant, elle revint dans le salon où elle avait laissé son sac. Elle sortit précipitamment son portable, renversant au passage le contenu du sac sur la table basse. Elle tomba directement sur le répondeur de son frère.

— Merde ! éructa Leila en balançant le téléphone sur le canapé.

Elle se mit à faire les cent pas dans le salon, refit une nouvelle fois le tour de l'appartement de plus en plus paniquée. Où était donc passé Jeremy ? En-dehors de ces visites à l'hôpital et de leur groupe de soutien, il restait à la maison.

En désespoir de cause, elle se souvint qu'il aimait aller sur le toit. L'idée lui déplaisait souverainement mais elle préférait cela à des escapades dans les rues grouillantes de Manhattan où un malheur était si vite arrivé. Dieu seul savait combien d'enfants disparaissaient chaque année, au milieu de cette foule compacte mais souvent indifférente. Elle refusait de prendre le moindre risque quand il s'agissait de son frère, quitte à se montrer trop protectrice.

La démarche rendue malaisée par ses talons hauts et sa jupe ajustée, elle monta aussi vite qu'elle le put l'escalier. Quand elle le vit, penché par-dessus la rambarde, sa chevelure blonde flottant au vent, elle faillit s'évanouir.

— Jeremy ! cria-t-elle en courant à sa rencontre. Qu'est-ce que tu fais ?

Elle le tira vivement en arrière et le prit dans ses bras, le berçant comme un petit garçon. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle remarqua qu'il pleurait. Elle sentait ses larmes contre la peau nue de son épaule. Puis elle l'entendit murmurer quelque chose. Un prénom. Elle savait duquel il s'agissait. Megan, répétait-il comme un mantra.

Inquiète, elle s'écarta de lui et observa avec attention son visage encore juvénile, au teint clair et sans défaut. Depuis combien de temps pleurait-il seul là-haut ?

— Allez, viens, murmura-t-elle d'une voix douce. On va rentrer.

Elle prit son frère par le bras et le guida. Ensemble, Leila et Jeremy descendirent l'escalier et regagnèrent leur douillet appartement. Elle fit semblant de ne pas avoir entendu le prénom qu'il murmurait là-haut avec tant d'insistance et de désespoir.

Elle l'aida à s'installer sur le fauteuil vert pomme, son préféré – seuls souvenir de leur vie à Philadelphie ... de leur semblant de vie.

Après avoir allumé la télévision, Leila se rendit dans la cuisine dans l'intention de préparer un peu de thé. .

Bouleversée parce qu'elle avait vu, elle posa ses deux mains à plat sur le plan de travail. Elles tremblaient encore.

— Bon sang, marmona-t-elle.

Lorsqu'elle était arrivée sur le toit et qu'elle l'avait vu, penché par-dessus la balustrade ... Comme s'il était sur le point de sauter.

Un suicide. Sa hantise pendant de longues années, depuis qu'elle avait appris la maladie de son frère. Schizophrène. Sa mère avait réagi avec son flegme et son indifférence habituelle, se contentant de tirer sur sa cigarette avant de demander d'un ton morne combien allait lui coûter le traitement de son plus jeune enfant.

Heureusement, Leila avait réagi avec davantage de sérieux que son incapable de mère. Elle avait pris la situation en main et Jeremy sous son aile. Il n'avait guère fallu de temps pour convaincre Stella MacEwan qu'il était préférable que le jeune homme – alors âgé de seize ans – vienne vivre chez elle, à New York. Stella n'avait parlementé que pour la forme et quelques heures plus tard, ses deux enfants quittaient définitivement la maison familiale et délabrée de Kensington. Stella fumait une énième cigarette, à demi cachée par les rideaux du minuscule salon.

Leila avait tout fait pour oublier sa ville natale, son quartier pourri du fin fond de Philadelphie. Brillante étudiante à l'école de management, après un passage éclair en fac de médecine, elle en était sortie diplômée avec mention à l'âge de vingt-cinq ans. Elle avait alors enchaîné les boulots dans de grandes entreprises sans jamais réussir à les conserver plus de quelques mois.

Trop "d'urgences familiales" qu'elle était bien en pleine d'expliquer à ses employeurs, sans s'étendre sur la maladie de Jeremy. Or, elle ne voulait pas de leur pitié ou de quoi que ce soit s'en approchant.

Robin Van der Bildt avait été le seul à qui elle en avait parlé et il s'était montré très compréhensif. Ce qui avait conduit quelques collègues jaloux à répandre les pires ragots sur la "véritable nature de leur relation". Elle n'ignorait pas que bon nombre des employés du groupe VDB pensait qu'elle était sa maîtresse, qu'une telle réussite à seulement trente-deux ans s'expliquait forcément par maintes et maintes coucheries. Alors qu'elle avait toujours davantage considéré M. Van der Bildt comme une figure paternelle que comme un potentiel amant.

Aujourd'hui, M. Van der Bildt n'était plus le seul au courant. Craig Warren, son ... petit ami connaissait la vérité et aussi incroyable que cela puisse paraître, il n'avait pas pris ses jambes à son cou quand il avait appris la schizophrénie de Jeremy. Tant d'autres l'auraient fait à sa place.

En parlant de Craig, se rappela la jeune femme en éteignant le feu, il fallait qu'elle l'appelle et annule leur rendez-vous.

Il décrocha dès la première sonnerie.

— Désolé, Craig mais je vais devoir annuler notre petite soirée. Jeremy, ajouta-t-elle simplement.

— Oh, fit-il d'un ton déçu. Tu veux que je vienne t'aider ?

— Inutile, je peux gérer ça toute seule. J'ai l'habitude.

Et elle raccrocha avant qu'il n'ait eu le temps de protester. Elle appréciait énormément Craig mais Jeremy était son frère. Craig ne devait pas être impliqué dans cette affaire. Enfin, pas plus qu'il ne l'était déjà, se corrigea-t-elle intérieurement.

Deux tasses de thé à la main, elle regagna le salon où son frère semblait s'être un peu calmé, regardant tranquillement la télévision.

— Pourquoi tu me regardes comme ça? demanda-t-il brusquement. Tu m'espionnes ?

— Eh bien, commença-t-elle d'un ton incertain, je ne te regardais pas vraiment. Je ... réfléchissais. Qu'es-ce que tu faisais là-haut Jeremy ? Tout seul sur le toit ?

Il haussa les épaules et se contenta de la regarder comme s'il ne la voyait pas. Glacée, elle repensa à son comportement de leurs premières années seuls ensemble. Il était taciturne et solitaire, suicidaire aussi.

Mais c'était fini, tenta-t-elle de se rassurer en s'efforçant de ne pas le dévisager. Sa dernière tentative remontait à deux ans. Désormais, Jeremy était un jeune homme de vingt-et-un ans presque comme les autres.

— Tu voulais admirer la vue ? demanda-t-elle d'une voix insistante, le suppliant, l'implorant de répondre par l'affirmative.

— Ce sont les voix qui m'ont dit de faire ça.

A ces mots, Leila sentit son cœur se serrer. Les voix ... Cela faisait longtemps qu'il ne les avait pas entendues.

Elle lui adressa un sourire qu'elle espérait rassurant.

— Tiens, finis ton thé, lui intima-t-elle en poussant la tasse devant lui.

Une fois dans sa chambre, la jeune femme composa à toute vitesse le numéro du médecin de son frère.

— Dites donc, vous savez quelle heure il est ? demanda d'une voix revêche l'épouse du docteur Connelly.

— S'il vous plaît, c'est extrêmement important. Pourriez-vous lui dire que j'appelle au sujet de Jeremy MacEwan ?

À son grand soulagement, Mme Connelly lui passa son mari quelques instants plus tard. Le médecin l'écouta attentivement.

—Calmez-vous Leila, lui intima-t-il de son habituelle voix douce. Est-ce qu'il s'est passé quelque chose récemment qui pourrait expliquer le comportement de Jeremy ?

— Non, je ne crois pas, mentit-elle car elle ne pouvait pas faire autrement.

— Vous devriez venir demain. C'est dimanche, ce sera parfait avec votre travail.

Elle hésita : et si Jeremy se remettait à parler de Megan, cette fois devant le docteur Connelly ?

— J'ai remarqué que vous ne veniez plus beaucoup à nos groupes de soutien, reprit-il. C'est peut-être ça qui a perturbé votre frère, y avez-vous songé ? Les patients atteints de schizophrénie n'aiment pas qu'on modifie brusquement leurs habitudes.

Ce n'était pas une accusation, pas même un reproche, mais Leila se sentit malgré tout mise sur la sellette. Elle tenta de se défendre – sans trahir la véritable raison de l'arrêt de ces séances.

— J'ai eu beaucoup de travail ces derniers temps, expliqua-t-elle d'une voix mesurée, mais nous reviendrons. Je vous le promets.

— Le plus tôt sera le mieux, insista le psychiatre. Demain matin ou vendredi prochain, peut-être ? Il y a une séance de groupe mais Jeremy peut venir seul si ça vous ...

— Inutile, le coupa-t-elle. Nous viendrons demain.

Elle préférait encore prendre le risque que la vérité éclate plutôt que de risquer une nouvelle tentative de suicide. Et puis, s'ils ne venaient pas, le docteur Connelly finirait par se poser des questions. Ce qu'elle voulait, non ce qu'elle devait, éviter à tout prix.

OOoOo

Lorsque George Sheridan arriva dans son bureau, dimanche matin, il eut la désagréable surprise d'y retrouver sa vice-présidente Linda Thompson. Vêtue d'une élégante robe noire assortie à son gilet, elle l'attendait, assise en face de son bureau. Ses bras et ses jambes étaient croisés mais elle lui lança un sourire venimeux.

Il soupira, pressentant d'ores et déjà une rencontre difficile.

— Il faut que nous parlions George, commença-t-elle. Au sujet de ce Peter Westerfield ...

— Qui est-ce ?

—Un détective privé, l'informa-t-elle sèchement. George, avez-vous la moindre idée de ce qui se passe autour de vous ? En ce moment même ? Je sais que vous avez traversé des moments pénibles récemment mais il faut vous ressaisir mon cher. Il en va de la survie de cette banque.

Des moments pénibles ... La mort de sa fille unique. L'euphémisme selon Linda Thompson, mesdames et messieurs. C'était dans des moments comme celui-ci que son défunt mari lui manquait.

Elle continua sans prêter attention à son malaise.

— Ce Peter Westerfield va et vient en posant des questions, qui risquent de devenir de plus en plus gênantes. Jake m'en a parlé, il est venu le voir après l'entraînement de natation.

— Comment va-t-il au fait ?

— Il tient le coup, tant bien que mal, mais ce n'est pas facile, ajouta-t-elle. Meg lui manque beaucoup.

Il hocha la tête et ferma les yeux quelques secondes, laissant le chagrin l'envahir, venir à lui puis refluer. Parce qu'il le fallait bien, parce que la vie continuait.

— Il faut que vous fassiez cesser cette enquête, George, trancha Linda. Je me suis déjà occupée de la police mais je ne suis pas sûr de pouvoir gérer celle d'un détective privé. Pour l'instant, Westerfield pose des questions sans importance mais s'il continue, il pourrait découvrir ... des choses désagréables à notre sujet.

Elle se leva et lui adressa un bref signe de tête avant de quitter son bureau.

OOoOo

Le dimanche était le jour parfait pour aller interroger les futurs PDG des États Unis d'Amérique. En effet, aucun d'entre eux n'avait de cours au lycée ce jour-là.

Leila MacEwan lui avait fourni la liste des neuf autres stagiaires du groupe Van der Bildt. En-dehors de Megan, seuls trois d'entre eux vivaient à New York – deux venaient par ailleurs de pays étrangers.

Joyce Savage ne lui apprit pas grand-chose d'intéressant. Entre deux coups de raquette – elle prenait des leçons dominicales de tennis – elle consentit à lui dire qu'elle n'avait pas eu le temps de sympathiser avec Megan, que celle-ci avait tendance à s'isoler mais qu'une fois, vers la fin du stage, elle l'avait surprise en train de pleurer dans les toilettes à l'heure du déjeuner.

— Tu sais pourquoi ? lui demanda Peter, en songeant à la grossesse de Megan.

Joyce posa sa raquette et s'essuya quelques secondes avant de répondre qu'elle n'en savait rien et qu'elle n'en n'avait de toute façon rien à faire.

Stephen Daley, un jeune élève noir qui s'était illustré en mathématiques et en sciences depuis son entrée au lycée, revenait de l'église en compagnie de ses parents quand Peter les accosta. Tous les trois étaient sur leur trente-et-un. Peter n'arrivait même pas à se souvenir de la dernière fois qu'il avait mis les pieds dans une église, en-dehors des mariages et autres enterrements.

Lorsqu'ils furent installés et que Mme Daley eut déposé devant lui une tasse de café fumante et quelques biscuits, il se sentit un peu coupable de s'être fait passé pour un policier auprès de gens aussi charmants mais la fin justifiait les moyens. Megan méritait bien cela. S'il ne se battait pas pour elle, personne ne le ferait.

— Alors, parle-moi de Megan.

— Oh, je ne sais pas grand-chose vous savez, avoua Stephen avec un haussement d'épaules. On n'était pas vraiment proche.

— Vous avez quand même bossé ensemble pendant tout un été. Ça doit créer certains liens, non ?

— Pas vraiment. Mais Megan était vraiment gentille avec moi, pas snob du tout, ce qui était assez inhabituel. Les autres me prenaient de haut parce que je ne vais pas dans un lycée super côté comme eux. Et que mes parents ne sont pas ... Enfin, vous voyez.

Peter hocha la tête. Le salon des Daley avait beau être douillet et décoré avec goût, on était loin du luxe discret mais omniprésent de l'appartement des Sheridan. Et Harlem, même en voie de réhabilitation, n'était pas l'Upper East Side.

— Est-ce que tu savais si elle voyait un garçon ? lui demanda-t-il.

— Euh ... Je crois qu'elle sortait avec un type, Jack ou ...

— Jake Thompson. Oui, je sais, mais je pensais à quelqu'un d'autre. Blond, grand et mince, le renseigna Peter. Peut-être un des autres stagiaires.

— Il y a bien Elliot, tenta le jeune Stephen, qui correspond à cette description mais ...

— Elliot Gardner, se rappela Peter en jetant un coup d'œil à la liste fournie par Leila MacEwan.

Moins d'une heure plus tard, il garait sa voiture le long de la 8ème Avenue pour une nouvelle escapade à Central Park où, il le savait, Elliot Gardner et ses amis jouaient au foot. La belle-mère d'Elliot le lui avait dit lorsqu'il s'était présenté chez les Gardner. Il l'avait immédiatement rassurée, en lui disant que son fils n'était pas suspecté par la police. Ce n'était qu'une simple enquête de routine.

Il profita d'une pause quelques minutes plus tard pour s'approcher du jeune homme.

— Peter Westerfield, se présenta-t-il. J'aurais quelques questions à te poser sur la mort de Megan Sheridan.

— Euh ... d'accord.

Il le vit regarder en arrière, comme s'il craignait la réaction de ses amis en le voyant s'éloigner avec un policier.

— On peut aller discuter plus loin si tu préfères, lui proposa Peter, magnanime.

Il acquiesça et le suivit. Ils se retrouvèrent à proximité du banc sur lequel il avait déjà discuté avec Sally Ann Van der Bildt. Considérant la nervosité du jeune Elliot – qui lui rappelait celle de Jake quelques jours plus tôt – il décida d'y aller franco.

— J'ai entendu dire que Megan avait fréquenté un garçon cet été, un autre que son petit ami. Peut-être un des autres stagiaires.

À son grand étonnement, Elliot éclata de rire.

— Et vous pensez que c'était moi ? J'aurais bien aimé, je ne dis pas le contraire mais je n'étais vraiment pas son style. En plus, Megan était du genre à rester dans son coin, surtout vers la fin du stage. Elle ne déjeunait pas avec nous. Si on lui proposait de sortir le soir, elle avait toujours mieux à faire, une bonne raison pour ne pas venir.

— Elle vous snobait un peu, non ? demanda Peter qui retint un sourire.

Il se rappelait que moins d'une heure plus tôt, Stephen Daley lui avait justement dit que Megan était la seule à ne pas se conduire ainsi. Les ados ...

— De toute façon, je n'avais pas intérêt à m'afficher avec cette fille. Tout le monde pendait que c'était la chouchoute du groupe.

— Parce que c'était la filleule de Van der Bildt. Tu sais, j'ai parlé avec votre responsable de stage et elle m'a assuré que Megan n'était pas avantagée, l'informa le jeune détective.

— Ouais, c'est ça. Et c'est pour ça qu'elle n'a pas été renvoyée, même lorsqu'on l'a surprise en train d'essayer de pirater le système informatique de la société.

— Elle a essayé de ... quoi ? répéta Peter incrédule.

— Oh, vous n'étiez pas au courant ?


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