Le dernier été


Musique : 78 Saab – All a lie


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13

Aidan Dunn

Il n'existe aucun secret qui ne puisse être découvert, on ne peut rien cacher dans le monde civilisé. Ralph Waldo Emerson


Peter s'appuya contre le mur de la cabine d'ascenseur pendant que la machine descendait silencieusement à travers les étages du centre médical Beth Israël.

Il venait de rencontrer un médecin du centre qui travaillait au département de psychiatrie. Celui-ci n'avait pas pu lui parler de la possible schizophrénie d'Eddie Petterson – non en raison du secret médical mais parce qu'il n'avait jamais rencontré le jeune condamné.

Il n'avait pas non plus rencontré Megan en personne mais savait qu'elle avait parlé au chef du département de psychiatrie de l'hôpital, en juin. Sa secrétaire se rappelait avoir revu la jeune fille à plusieurs autres occasions.

— À chaque fois que je lui demandais ce qu'elle faisait là, elle me disait qu'elle avait rendez-vous avec tel ou tel médecin, qu'elle voulait essayer d'interviewer des patients et leur famille ou quelque chose dans ce genre. Elle disait qu'elle prévoyait d'écrire un article pour le journal de son lycée à la rentrée. Mais, ajouta la rondelette secrétaire d'un ton de conspiratrice, je ne crois pas que ce soit vrai. À mon avis, elle venait pour une autre raison.

Lorsque Peter lui avait demandé quelle était cette « autre raison », elle avait bien dû avouer qu'elle n'en avait pas la moindre idée. Lui-même en avait une assez précise, bien qu'il n'ait pas jugé utile de lui en parler.

Une fois sorti de l'ascenseur, Peter traversa le hall et quitta rapidement l'hôpital. Si rapidement qu'il faillit ne pas voir la jeune femme qui entra dans le bâtiment à l'instant même où il en sortit. Leila MacEwan. Visiblement soucieuse, elle marchait très vite malgré ses chaussures aux talons vertigineux et tenait par le bras un jeune homme. Une vingtaine d'années tout au plus, estima Peter en se retournant le plus discrètement possible. Ce devait être son frère ou un cousin.

Les sourcils froncés, il traversa la rue et s'engouffra rapidement dans sa voiture rouge. Avec tout ce que New York comptait d'hôpitaux, quel était la probabilité qu'il retrouve Leila précisément à Beth Israël ?

Sans doute très faible mais les coïncidences existaient après tout.

Il démarra et se jeta dans la circulation new-yorkaise. Il regardait fréquemment le rétroviseur pour être sûr qu'il n'était pas suivi.

La petite visite de Sheridan l'avait rendu – légèrement – paranoïaque, d'autant plus qu'il ne savait pas qui avait pu lui parler de cette enquête. Étant donné que l'étrange réaction de son mari à la mort de Megan était l'une des raisons pour lesquelles elle lui avait demandé d'enquêter, on pouvait éliminer Nicole Sheridan de la liste. Elle ne soupçonnait peut-être pas réellement son époux mais ne lui faisait pas assez confiance pour lui parler de l'enquête de Peter.

Il avait interrogé d'autres personnes – Sally Ann Van der Bildt, Jake Thompson, les jeunes stagiaires du groupe VDB – mais pratiquement toujours sous l'identité d'un autre. En principe, seuls Leila MacEwan, Robin Van der Bildt, Callie Wilson, la jeune manifestante Amelia et le professeur Amar Besbe savaient qu'il était détective privé.

Il semblait plus vraisemblable que Van der Bildt ou Leila en ait parlé à Sheridan car ils évoluaient dans le même cercle mais quelque chose lui disait que l'explication était un peu plus compliquée cela. Peut-être plus sinistre aussi.

Depuis la surprenante visite de George Sheridan quelques jours auparavant, Peter n'estimait pas avoir beaucoup avancé mais une nouvelle enquête l'avait beaucoup occupé depuis mardi dernier.

La veuve et les enfants d'un routier mort durant son service portaient plainte contre leur compagnie d'assurance. Laquelle refusait de payer, arguant que l'accident était en fait un suicide déguisé. La famille du défunt refusait d'y croire et lui avait demandé de prouver que la mort était bien accidentelle.

Mais au moins avait-il découvert quelques informations intéressantes sur l'internaute adunn, celui qui avait donné rendez-vous par e-mail à Megan, quelques heures à peine avant sa mort.

Il s'appelait en fait Aidan Dunn, avait qurante-neuf ans et venait de s'installer – quelle étrange coïncidence ! – à Harrisburg, en Pennsylvanie. Il savait que certaines adolescentes étaient séduites par des hommes plus âgés mais Megan n'avait que dix-sept ans. Il l'imaginait mal avoir une liaison avec un homme plus âgé que sa propre mère.

Acteur raté, Aidan avait vagabondé entre New York, Los Angeles et Boston dans l'espoir de percer dans la profession, sans succès visiblement. Alors il exerçait tour à tour comme videur, serveur, télé-vendeur ...

Peter n'avait pas tout de suite vu le lien avec Megan avant de découvrir que Dunn préparait actuellement un film sur le massacre perpétré par Eddie Petterson et sa petite amie Carrie Spacek deux ans plus tôt et pour lequel le jeune homme allait probablement être exécuté.

L'après-midi était déjà bien avancée quand il arriva à Harrisburg. Il espérait que son entrevue avec Dunn vaudrait le coup et qu'il pourrait repartir avant dix-neuf heures.

L'idée que Megan et Dunn aient pu entretenir une liaison ne l'avait jamais vraiment convaincu et il l'abandonna quasi-définitivement lorsqu'il vit l'homme.

Les cheveux blonds striés de gris, il portait un pantalon de jogging qui laissait entrevoir une petite bedaine. Son menton s'affaissait sur une chemise à carreaux. Son visage était ridé. Le tout donnait effectivement l'impression d'un acteur perpétuellement sur le retour, moins vieux que débauché.

— Oui ? demanda-t-il.

— Peter Westerfield, se présenta-t-il, la main tendue. J'enquête sur la mort de Megan Sheridan, à New York.

Aidan tenta aussi sec de refermer sa porte mais Peter coula rapidement son pied dans l'entrebâillement de la porte blanche et posa sa main sur les peintures légèrement écaillés.

— Ecoutez, M. Dunn, j'ai cru comprendre que vous étiez proche de Megan. Je veux juste découvrir ce qui lui est arrivé.

— Elle a fait une overdose, non ? C'est ce que la police de New York a dit alors franchement, je vois pas …

— Sa mère ne croit pas à cette théorie.

— Nicole ? C'est à cause d'elle que vous êtes venu ?

Peter hocha la tête.

— Vous la connaissez ? demanda-t-il, un peu perdu par le tour pris par leur semblant de conversation.

— Plutôt ouais. Il gratta sa barbe naissante et ouvrit plus grandement la porte. Vous feriez mieux de rentrer. On va pas rester dehors, hein ?

Le salon était minuscule et surchargé. Alors qu'il se déplaçait parmi les porcelaines, bibelots et autres vases, il se dit qu'il aurait davantage vu une vieille femme avec quelques chats vivre dans cette maison plutôt qu'un acteur – même raté.

Sans doute avait-il trop en tête les maisons de célébrités vues dans les magazines ? Ou peut-être pensait-il à la gracieuse et raffinée décoration de l'appartement des Sheridan.

— Désolé pour le désordre, marmonna-t-il en se laissant tomber sur un pouf. Je ne suis pas chez moi en fait. C'est la piaule de ma tante. Elle est partie s'installer dans une maison de retraite en Floride mais elle voulait pas la vendre alors je l'ai récupérée. Mon ancien appartement n'était pas génial de toute façon.

— Pratique pour votre film d'être à Harrisburg ? Pile sur les lieux du crime.

— Comment savez-vous que je prépare un film sur ... ça ?

— J'ai fait quelques recherches avant de venir, expliqua Peter en haussant les épaules.

Dunn ne cacha pas la satisfaction que lui inspirait cette idée.

— En réalité c'est quand je suis arrivé ici que j'ai eu l'idée du film, avoua-t-il. C'est la première chose que j'ai appris quand j'ai mis les pieds dans notre bonne vieille capitale. On ne parlait que de ça à l'époque : le procès du jeune Petterson pour ce double meurtre horrible. Et ensuite celui de Carrie Spacek. Je me suis dit que ça ferait une histoire extraordinaire et qu'il fallait en faire un film.

Peter n'était pas certain que les familles des protagonistes trouvent « extraordinaire » le film mais il n'était pas là pour apprendre son métier à Dunn ou parler éthique. D'autant plus que l'expérience avait prouvé que le public raffolait de ce genre d'histoires morbides.

Usant de mille précautions, Peter s'assit sur le canapé après avoir au préalable déplacé une couverture richement brodée.

— Alors, comme ça, c'est Nicole qui envoie la police chez moi, baragouina Dunn qui se releva comme s'il ne pouvait parler de cette dernière sans s'occuper. Décidément, elle m'envoie toujours quelqu'un d'autre celle-là. Elle ne viendra donc jamais elle-même ?

Il retourna un jean posé sur une étagère et en sortit un paquet à demi écrasé de Lucky Strike. Ses mains tremblaient légèrement quand il alluma la cigarette.

Sentant qu'il était cette fois préférable de ne pas se dissimuler derrière un faux nom ou l'identité d'un policier, Peter lui expliqua qu'il était détective privé et que Mme Sheridan l'avait engagé pour enquêter sur la mort de sa défunte fille.

— Est-ce que vous pourriez me parler de vos liens avec Megan et avec sa mère par extension ? lui demanda-t-il. Qui est ce « quelqu'un d'autre » dont vous parliez à l'instant ? Celui que Nicole Sheridan a envoyé ici ?

— Robin Van der Bildt. C'est le parrain de Megan, vous le saviez ?

Peter hocha la tête, préférant ne pas couper Dunn à un moment où celui-ci semblait enfin s'ouvrir un peu.

— Le film que je vais faire sera génial mais encore faut-il avoir l'argent pour le réaliser. Nicole vient d'une famille riche et je savais qu'elle avait épousé un banquier blindé de fric. Alors je me suis dit que j'allais … comment dire …

— Les faire chanter ? devina Peter. Mais les Sheridan ne se sont pas laissés faire longtemps, n'est-ce-pas ?

— Non, ils ont appelés leur grand pote en renfort. Van der Bildt est venu jusque dans ma vieille baraque pour me menacer. Procès et compagnie si j'arrêtais pas. Je me suis dit que ça ne valait pas le coup de finir en taule. En plus, il a des relations avec tout le monde et je me serais grillé.

Le jeune enquêteur connaissait pratiquement déjà la réponse mais il posa tout de même sa question. Parce qu'il devait être sûr.

— Avec quel genre d'information pouviez-vous faire chanter la famille Sheridan ?

Aidan se leva une seconde fois et se posta près de la fenêtre, les rideaux grenat légèrement écartés comme s'il surveillait la rue avoisinante. Il lui tournait toujours le dos quand il dit :

— Je suis le père de Megan. Son vrai père.

— Et vous n'avez rien trouvé de mieux à faire que de l'annoncer à Megan lors d'une manifestation à New York contre l'exécution d'Eddie Petterson. Au beau milieu de la foule. On m'a raconté qu'elle avait eu une conversation avec un homme d'une cinquantaine d'années et qu'elle semblait bouleversée après.

L'homme se retourna vers lui, un faible sourire sur les lèvres.

— La cinquantaine ? Vraiment pas flatteur, M. Westerfield.

— Je ne fais que rapporter des propos mais ce n'est pas le plus important. Vous auriez pu trouver une meilleure façon de lui dire la vérité, non ?

— Probablement mais après toutes ces années, je ne suis pas sûr qu'il y ait eu une bonne manière de faire les choses.

— La vôtre était l'une des pires, rétorqua sèchement Peter.

Comme quelques jours plus tôt, lorsqu'il avait eu la mauvaise surprise d'être réveillé par Sheridan, il oubliait presque le deuil de son interlocuteur. Il se montrait toujours aussi délicat et prévenant que possible avec Nicole, non parce qu'elle était une femme, mais parce que l'intolérable deuil qu'elle portait se lisait sur chaque muscle de son visage, dans chacun des gestes de son corps svelte, dans les altérations de sa voix quand elle évoquait Megan.

Sheridan et Dunn, les deux pères de la jeune fille en quelque sorte, semblaient au contraire décider à dissimuler leur immense peine, qu'il devinait, derrière un masque de détachement. Si George Sheridan se comportait toujours ainsi, il comprenait à quel point Nicole avait pu se sentir déconcertée par son attitude.

Il prit une profonde inspiration.

— Si vous m'expliquiez tout depuis le début ? proposa-t-il. Est-ce que vous êtes allé à la manifestation dans le seul but d'y voir Meg... votre fille ?

— Oui et non. La première fois, c'était par hasard. Ça devait être vers la fin du mois de mai parce que je me rappelle avoir vu le président au cimetière d'Arlington pour le Memorial Day. A la télé. Bref … À ce moment, je ne savais pas encore si je voulais réaliser un docu ou un film quand j'ai entendu parler de la manif à New York. J'ai vu Megan de loin et je l'ai reconnue. J'avais déjà vu des photos d'elle.

Il disparut quelques instants dans ce que Peter supposait être la chambre principale. Quand il revint, il tenait un large album qu'il ouvrit devant lui.

— C'est Mme Sheridan qui vous les a données ?

— Vous plaisantez ? Je vous ai déjà dit qu'elle ne voulait pas m'approcher à moins de cinq cent kilomètres. Tout juste si elle n'a pas demandé à un de ses domestiques de m'appeler pour m'annoncer la mort de Megan. Non, je les ai découpées dans des journaux ou sur internet. Le site de son école notamment. Ils ont plein de belles photos – dîner mère-fille, galas de charité, fêtes de bienvenue …

Ainsi, Aidan ne s'était-il pas complètement désintéressé de la vie de sa fille, comme il l'avait d'abord cru.

— Quelques semaines plus tard, reprit-il en s'asseyant, je suis allé à une autre manifestation et j'ai pu lui parler. Je lui ai dit que j'étais son vrai père. Au début, elle ne me croyait pas mais je lui ai montré des photos de Nikki et moi, des lettres qu'elle m'avait envoyées et tout ça.

— Et elle a fini par vous croire.

— Exact. Et contrairement à ce que vous semblez croire, elle n'était pas aussi bouleversée que ça. Au début, elle a du mal à encaisser la nouvelle mais ensuite, elle avait surtout l'air impatiente d'apprendre à …

Il plaqua sa main contre sa bouche, comme pour réprimer un sanglot avant de finir :

— … à me connaître. Elle me faisait un peu penser à Nikki dans le temps. Avant qu'elle ne devienne une de ces aristos qui pètent toujours plus haut que son cul.

— Comment vous êtes-vous rencontrés tous les deux ? voulut savoir Peter, qui ne pouvait imaginer couple plus étrangement assorti que ces deux-là.

— J'ai rencontré Nicole à l'époque où je vivais à New York. Une fête dans le Village. Oui, dans le Greenwich Village des années quatre-vingt-dix, confirma-t-il avec un sourire devant l'expression de son interlocuteur. Je vous l'ai dit : elle était bien moins coincée à l'époque et puis, elle n'avait que vingt-deux ans … On est tombé follement amoureux et on s'est barré ensemble. D'abord à LA parce que je devais y auditionner pour un film et quelques semaines plus tard, chez des amis à Boston.

Peter supposa que Dunn n'avait pas du être retenu pour le film mais que celui-ci préférait ne pas s'attarder sur ce détail de sa non-carrière.

— Et pourquoi vous êtes-vous séparés si vous étiez si follement amoureux ?

Il le fusilla du regard.

— C'est arrivé voilà tout ! On s'aime un jour, le lendemain on se déteste. C'est comme ça la vie, non ?

Malgré lui, il pensa à son mariage claudicant et dans une moindre mesure, à sa relation passée avec Jenny. À l'époque, avant de rencontrer la flamboyante Claudia, il avait cru qu'elle était la bonne, la fille. Et il en avait épousé une autre.

Dunn avait repris son histoire.

— Peu de temps après son retour chez les bourgeois new-yorkais, je lis qu'elle va épouser un banquier de la famille Sheridan. Je me suis dis que c'était drôlement rapide mais qu'est-ce que j'apprends quelques mois plus tard ?

— Qu'elle vient de donner naissance à un bébé, acheva Peter.

— Exactement.

— Que vous n'avez jamais essayé de revoir.

— Parce que vous croyiez qu'ils m'auraient laissé faire ? railla Aidan. Alors vous ne les connaissez pas aussi bien que le pensez ou bien vous êtes drôlement naïf !

Se remémorant soudain les placides réactions de George Sheridan, Peter demanda :

— Vous croyez que George Sheridan savait depuis le début qu'il n'était pas le père de Megan ? Ou bien qu'il l'a découvert quand vous avez commencé à les faire chanter ?

— Aucune idée. La Nicole que j'ai connue et aimée n'aurait pas délibérément menti mais elle a changé. Et surtout, elle était très influencée par sa mère – qu'elle repose en paix cette vieille garce.

Et si Sheridan se posait des questions sur une naissance trop précoce, il était facile pour Nicole d'assurer s'être trompée au niveau des dates de cycle et donc d'accouchement ou même de prétendre que le bébé était prématuré – il avait déjà vu faire ce genre de choses.

Donc Sheridan pouvait avoir appris qu'il n'était pas le père biologique de Megan lorsque le chantage avait commencé. Là, il avait forcément du réagir … Violemment ? Mais dans ce cas, le plus logique était de s'en prendre à sa femme, non à la fille qu'il avait malgré tout élevée comme la sienne pendant dix-sept longues années.

— Vous n'avez pas revu Megan le soir du 28 août ?

— Non, je n'étais même pas à New York. Ma petite amie peut confirmer.

Peter sortit de la poche de sa veste quelques feuilles – des transcriptions des e-mails que Dunn et Megan avaient échangés au cours de l'été.

Aidan écrasa sa cigarette dans un cendrier posé sur une pile de magazine avant de lire. Il parcourut rapidement les premières feuilles mais Peter le vit froncer les sourcils.

— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

— Les derniers e-mails. Je ne lui ai jamais envoyé ça, certifia-t-il. À partir du 27 août. J'aimais suivre de loin ce qu'elle faisait mais je n'ai jamais vraiment voulu faire parti de sa vie. Et Nikki ne m'a pas laissé le choix de toute façon.

— Pourtant c'est vous qui êtes allé voir Megan, fit remarquer Peter qui ne savait s'il devait croire ou non l'acteur. Elle ne vous avait rien demandé.

— Je n'avais rien prévu, se justifia Dunn. Mais, après l'avoir vue lors de cette manif' à New York, je n'ai pas pu m'empêcher de revenir. Ce n'est que plus tard que j'ai compris que j'avais fait une erreur.

— Pourquoi lui avoir donné votre adresse électronique si vous ne vouliez plus entendre parler d'elle ? C'est comme si vous agitez une bouteille de vodka sous les yeux d'un alcoolique !

— Ce n'est pas moi qui la lui ai donnée.

— Alors comment l'a-t-elle obtenue ?

— Elle est sur ma page web. En principe, ça me sert pour le boulot. Hé, où allez-vous ? lui demanda Dunn lorsqu'il se leva.

— Je reviens, le prévint-il en claquant la porte.

Il sortit de la petite maison et se dirigea vers sa voiture. Son ordinateur portable était posé sur le siège arrière, sous un vieux jouet que Thomas avait oublié dans le véhicule.

Lorsqu'il retourna dans le salon, Aidan le regardait comme s'il était devenu dingue. Peter alluma l'ordinateur, se connecta sur le site de courrier électronique et tapa l'adresse de l'acteur apprenti réalisateur dans l'espace prévu à cet effet.

— Tenez. Tapez votre mot de passe s'il vous plaît. Je ne vais pas regarder. Je veux juste vérifier quelque chose … Merci.

Il cliqua sur l'espace réservé aux mails envoyés et vit que les messages incriminés s'y trouvaient bien.

— Je n'y comprends rien, murmura Dunn. Je vous jure que je n'ai jamais envoyé ces e-mails à Megan. Je ne voulais plus la revoir et je n'ai pas changé d'avis jusqu'à …

— Jusqu'à sa mort, acheva Peter à sa place.


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