Bonjour, bonjour.
Allez, je me lance pour ma première fois ici ^^
En espérant que ça vous plaira.

Auteur : Ven (oui, c'est moi! *salut militaire*)
Thème : Romance Yaoi (un peu d'angoisse, un peu de fluff)
Disclamer : les personnages, les lieux et l'histoire m'appartiennent.


ÉCUME DE NOS JOURS


Dans l'écume de nos jours, je me complais
Derniers rappels d'une vie, où je vivais

On dit que la vie vaut la peine d'être vécue.
L'idiot qui a dit ça ne connaissait certainement pas ma vie!
Je ne me suis jamais dit «je n'aurais manqué ça pour rien au monde. »

Mon nom c'est Maxence (plutôt nul comme nom n'est-ce pas?), mais en général on m'appelle Max (histoire de sauver les meubles).

Je suis ce qu'on peut appeler un misanthrope. J'ai une aversion pour tous les représentants de la race humaine.

J'ai toujours été du genre pessimiste, mais c'est la vie qui a fait que je suis devenu ce que je suis aujourd'hui. Certains diront que je suis un peu jeune pour parler de cette façon, je n'ai que 19 ans dont 17 ans d'enfer. Je ne me souviens pas des deux premières années.

J'ai compris dès mon plus jeune âge que je suis de ceux qui ne trouvent leur place nulle part, de ceux qui voient le verre à moitié vide et qui ne savent pas aimer, juste détruire. Ça tombe plutôt bien parce que j'aime assez le chaos.

Je suis de ceux que l'on évite, ou que l'on adule, au choix.

Malgré mon caractère de chien et ma mentalité de merde, je me suis attaché à quelqu'un un jour, comme quoi tout arrive. Un ami que j'avais au lycée, il détestait le monde comme moi. On a passé un temps infini à nous moquer des autres. Très vite on est devenu comme des frères, puis comme des siamois. On faisait tout ensemble. Tous mes fous-rires, je les ai eu avec lui. John. Je l'avais rencontré au cabinet de ma mère.

Mes parents sont psy tous les deux. Et John suivait une thérapie parce qu'il se tenait aussi loin que possible du monde. Il éprouvait une haine profonde pour la société.

Chez lui, c'était bien plus normal que pour moi. Ses parents étaient des drogués complètements ignorants de son existence. Ce qui avait mené à ce qu'il soit placé dans une famille d'accueil à l'age de huit ans. Comment aimer les autres quand les personnes qui sont censés être des modèles vous trahissent de cette façon ?

Ma mère était sa thérapeute, elle lui disait que cela se calmerait quand il entrerait dans l'âge adulte, malheureusement, nous ne le saurons jamais. John n'a pas dépassé les 18 ans. Son état dépressif était plus avancé que ce qu'il laissait paraître et un soir de novembre, il en a eu assez.

Depuis, je n'avais plus d'amis, plus de frère, et égoïstement, injustement, j'en voulais à ma mère de ne pas l'avoir sauvé. Après la mort de John, elle avait osé me dire qu'une thérapie me ferait du bien.

« Pourquoi ? Pour me donner envie de m'ouvrir les veines aussi ? » avais-je rétorqué avant de partir en la laissant choquée, une main sur la bouche.

Les gens normaux aiment passer du temps avec leur famille, pas moi. Ma famille c'était mon meilleur ami, mon frère, alors comme il m'avait quitté, je lui dédiais mon dimanche.

Chaque semaine qu'il pleuve ou qu'il neige, j'allais m'asseoir devant sa tombe et je lui parlais de tout. Parfois, je lui criais dessus, je l'accusais de m'avoir abandonné, d'autres fois, je pleurais devant cette pierre qui portait son nom.

Il m'arrivait de rire aussi, et je m'imaginais toujours qu'il riait avec moi.

Ça faisait plus de 2 ans qu'il était parti et je ne l'encaissais toujours pas. Il m'arrivait encore de dessiner son portrait sur le coin d'une feuille, mais plus le temps passait, moins mes traits étaient précis. Je ne me souvenais pas parfaitement des détails. Mais que je me souvienne son visage ou non, il restait le seul qui m'ait jamais compris, mon frère siamois, jumeau du cerveau comme on le disait souvent.

Après sa mort j'étais si abattu que mes parents ont pensé que John avait été mon petit-ami. Je ne les ais pas contredit, j'ai foncé au cimetière pour raconter ça à John. C'était hilarant, je sais que où qu'il soit, il a forcément éclaté de rires. Même si j'avais été homo, sortir avec John m'aurait fait l'effet d'un inceste.

Pourquoi avait-il fallu que je m'attache à lui ? Bon sang ce qu'il pouvait me manquer, ce que je pouvais me sentir seul, alors que j'entendais encore sa voix sarcastique faire des remarques moqueuses à ma seule intension, pour me faire rire.

Je ne me souvenais même pas ce que ça faisait de rire.

J'étais saoul très souvent, pour ne pas dire tout le temps. Ces derniers temps, j'avais plus d'alcool que de sang dans le corps.

La plupart des gens aiment à penser que ce sont de bonnes personnes, je ne me faisais pas d'illusion, j'étais un sale type. Pas uniquement parce que je haïssais les gens et que je buvais plus que de raison, mais parce que je trouvais un plaisir certain à jouer avec les sentiments des autres.

Avoir des parents psychologues m'avait sans doute appris quelques ficelles sur la psychologie humaine. Je cernais très rapidement les gens, en particulier les filles. Connaître leurs façons de fonctionner et leurs réactions me donnait le pouvoir, c'est pourquoi jouer avec eux me plaisait tant.

Ma vie entière n'était qu'un chaos sur lequel je n'avais aucune prise, et de toute manière, j'avais depuis longtemps abandonné l'idée d'avoir une vie. Je ne faisais jamais de plan. Pensant ou peut-être espérant, que je serais mort le lendemain.

Je me complaisais dans mon malheur, et dans mes débordements.

Ce dimanche, comme tous les autres, je me rendais sur la tombe de John, dégageant du dos de la main les feuilles mortes qui étaient venues s'y poser pour me contrarier. Je posais ma bouteille de whisky entre mes genoux et la dévissais avant de m'envoyer une gorgée qui me brûla la gorge. Je fis comme si mes larmes en étaient la conséquence, tentant de me convaincre moi-même.

- Bon anniversaire..., murmurais-je à la pierre froide qui me faisait face, avant de boire une autre gorgée.

En général, j'avais plutôt l'alcool joyeux, mais pas ce soir... pas alors qu'il aurait eu 20 ans.

Mon téléphone vibra dans ma poche, sans doute ma mère qui se demandait où j'étais encore passé, je l'entendais d'ici : « J'espère que tu as une bonne excuse pour avoir manqué le diner Maxence ! »

Pas le temps, je suis avec mon meilleur ami.

Je versais un peu de whisky à son intention, que la terre engloutit comme si elle aimait ça elle aussi.

Ma vue était brouillée de larmes et la pierre tombale me semblait floue. Je m'allongeais sur le dos pour fixer le ciel assombri par l'arrivée lente de la nuit.

Je me tortillais un peu pour sortir mon paquet de clopes qui s'était écrasé dans la poche de mon jean et en allumais une en faisant tourner le carton dans ma main. Je fixais l'inscription qui annonçait « fumer tue ». Oui mais quand ?

Je continuais à boire et à fumer en racontant ma semaine par le menu à la pierre. Je parvenais de moins en moins à me convaincre que c'était John et qu'il m'entendait.

Un peu plus loin dans le cimetière, il y avait un mec assis sur un banc. Il griffonnait quelque chose dans un carnet, mais ce n'était pas ça qui m'intéressait. Il devait avoir lui aussi une vingtaine d'années, peut-être un peu plus, il y avait sur son visage à la mine rêveuse une innocence que je n'étais pas sûr d'avoir arborée un jour. Il ressemblait à ce qu'on pourrait imaginer en entendant parler d'un ange. Un corps fin, long, je ne pouvais que le supposer puisqu'il était assis. Une tignasse brune qui tombait sur son visage comme s'il voulait se cacher. Je ne voyais pas ses yeux baissés sur sa feuille et le reste de ses traits étaient eux aussi dans l'ombre.

Comment deux mecs du même âge environ pouvaient sembler si différents ? J'avais l'impression d'avoir cent ans tout à coup.

Je repris une gorgée de whisky et le regardais à nouveau. Quand ses yeux croisèrent les miens en se relevant de son carnet son teint vira au rouge vif et il baissa la tête comme s'il avait été pris en faute. Je souris intérieurement. Est-ce qu'il m'avait observé longtemps pour réagir de cette façon ? Il releva timidement les yeux pour vérifier si la voie était libre et je levais la bouteille dans sa direction comme pour trinquer. Il devint encore plus rouge et se leva, récupérant ses affaires, alors que je riais doucement de sa maladresse. Histoire de l'embarrasser d'avantage, je léchais le goulot de la bouteille, y faisant tinter le piercing de ma langue, il en fut si troublé qu'il lâcha sa sacoche. Trop facile à perturber, pensais-je.

Je restais encore un instant seul dans le cimetière après ça. Puis finalement, je quittais les lieux, souriant à nouveau en pensant au mec du banc, persuadé de ne jamais le revoir.

Mon cœur est lourd, plus lourd que l'enclume,
Quand de nos vies ne reste que l'écume.

Je me levais tôt le dimanche suivant, mais il était déjà plus de treize heures quand j'arrivais devant les portes du cimetière, avant d'avoir pu me rendre sur la tombe de John, je vis le mec, assis sur son banc entrain de dessiner.

Je souris malgré moi au souvenir de sa réaction, et ne put m'empêcher d'approcher furtivement pour voir si je pouvais réitérer. En jetant un regard par-dessus son épaule, j'aperçus son dessin. C'était moi, penché sur la tombe, les mains appuyées sur la pierre alors que des ailes noires sortaient de mes épaules, une bouteille de whisky brisée à mes pieds. Il avait réussi à mettre un tel abattement dans ma posture que je restais bouche-bée une seconde. Je me ressaisis tant bien que mal, et me penchais pour parler directement à son oreille.

- Tu comptes me payer pour t'avoir servi de modèle ?

Il eut un tel sursaut que son crayon tomba alors qu'il relevait vers moi des yeux de biches effrayée. Je le vis refermer son carnet en marmonnant un « désolé », puis alors qu'il voulait se relever, je fis pression sur son épaule pour qu'il reste assis. Il rougit à nouveau, et je ne pus m'empêcher de sourire. C'était presque attendrissant. Je fis le tour du banc pour m'assoir à ses côtés et tendis la main vers son carnet.

- Je peux voir ?

- Je ne préfèrerais pas, répondit-il d'une voix cassée.

- Tu me dois bien ça, je suis le modèle, rétorquais-je en lui lançant un demi-sourire qui lui fit baisser les yeux.

Il hésita un instant jouant avec les bords de pages, puis finalement il le posa dans ma main. Je compris en le feuilletant pourquoi il ne voulait pas que je vois ça. C'était moi. Partout. Sur toutes les pages, il y avait mes traits qu'il avait dessinés inlassablement. Il en avait mis certains en couleur, et je me demandais comment il avait pu reproduire le bleu exact de mes yeux alors qu'il ne m'observait que de loin. Je restais figé sur un portrait me représentant le nez en l'air, les yeux levés au ciel, comme si j'attendais la pluie. Puis je tournais la page et trouvais un paysage. Un dessin fait au crayon dans des teintes de gris. Un océan déchainé dont les vagues viennent s'échouer sur des rochers noirs, alors qu'un ciel menaçant complète l'horizon. C'était superbe.

- Au moins un qui n'est pas moi, dis-je sur le ton de la plaisanterie.

Je le sentis bouger nerveusement avant qu'il dise à mi-voix :

- Si, c'est toi.

- Ben, ça doit être mon miroir qui est trompeur alors, fis-je en le regardant en face.

Il était encore un peu rouge et ses yeux noisette me regardaient avec méfiance, comme s'il s'attendait à ce que je l'attaque. Ma réflexion lui arracha un sourire timide et il se mit à jouer avec ses mains, comprenant que j'attendais une explication.

- C'est comme ça que tu m'apparais, dit-il enfin, sombre, orageux, en colère comme une mer déchainée...

- Rajoute un petit bateau pour dire que je suis à la dérive, lançais-je cyniquement en lui rendant son carnet.

Il le prit et se leva, malgré moi, je l'imitais.

- Où tu vas ?

- Je dois aller travailler, répondit-il en fourrant ses affaires dans sa sacoche.

- On est dimanche.

- Je travaille dans un café, mon repos c'est le lundi.

Je hochais la tête, et alors qu'il s'éloignait, je pris la direction de la tombe de John.

- C'est le Artz, entendis-je dans mon dos.

- Quoi ?

- Le café où je travaille, bafouilla-t-il, il s'appelle Artz. Si tu veux voir d'autres dessins de toi, tu peux venir dans la journée...

Je hochais la tête, ne comptant pas y mettre les pieds, mais il dut prendre ça pour un oui, parce qu'il me sourit. Il reprit sa route, alors que je me posais devant la tombe de John.

- Plutôt bizarre comme mec, hein ? Lançais-je à la pierre.

Une fois encore, je passais une bonne heure assis par terre, pensant vaguement qu'un de ces quatre je risquais les hémorroïdes. Finalement, je me relevais alors que mon téléphone vibrait dans ma poche. Le numéro n'étant pas affiché, je décrochais et lançais un allô plutôt agressif.

- Maxy ! fit une voix que je n'avais vraiment pas envie d'entendre.

- Mégane, répondis-je en imitant son ton excité.

- Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ? s'enquit-elle avec une séduction toute étudiée. J'ai envie de te voir.

- Vraiment ?

- Oui, tu n'as pas envie de me voir ?

- Non, rétorquais-je sincèrement.

Elle se mit à glousser comme si j'avais fait une bonne blague et j'éloignais le téléphone de mon oreille pour éviter de finir avec un tympan percé.

- On peut se voir, alors ? Dit-elle après s'être calmée.

- Nan, répondis-je, j'ai des choses à faire, puis je raccrochais avant qu'elle ne me demande plus de détails.

Finalement, n'ayant rien à faire, je me retrouvais à errer dans les rues, puis je me rendis compte que mes pas m'avaient menés au Artz.

J'étais déjà passé devant plusieurs fois, mais je ne m'étais jamais arrêté pour y entrer. Je ne comptais pas y aller cette fois non plus, jusqu'à ce que je me souvienne du sourire qu'il avait eu et que je ne voulais pas décevoir.

L'ambiance m'apprit rapidement d'où le café tenait son nom. C'était un café d'artiste à l'ancienne, avec des murs recouverts de toiles et de dessins, le comptoir orné de motifs abstraits, le sol était noir comme les tables et les fauteuils de cuir usés. Il y avait des bougies éteintes en journée, mais qui devaient apporter une ambiance chaleureuses en soirée. Une pancarte annonçait qu'une scène ouverte aurait lieu ce soir. Malgré moi, je cherchais le mec des yeux, mais ne le voyais pas. Plusieurs clients étaient là éparpillés un peu partout, ils semblaient si à l'aise que je repérais des habitués. Je vis une fille rousse se diriger vers moi avec des yeux amusés.

- C'est vous ? Me lança-t-elle.

- C'est moi, quoi ? Demandais-je en regardant autour de nous.

Elle pointa du doigt le mur le plus éloigné où un visage était peint en argent sur une toile noire.

- C'est vous ! Répéta-t-elle.

- Je...

Je la contournais, pour arriver au mur en question et fixais des yeux éberlués sur la toile. Putain de merde ! C'était moi ! En format géant ! On me voyait avec un demi-sourire de ceux que j'arbore sans arrêt, mes yeux semblaient vivants prêts à suivre le mouvement du spectateur... j'étais entouré de volutes d'argent s'échappant de la cigarette au coin de ma bouche.

- Tu es venu, me lança une voix timide dans mon dos.

- Pourquoi ? Demandais-je en désignant la toile.

Il baissa à la tête pour fixer le sol et gesticula, portant son poids d'un pied sur l'autre.

- Tu es beau, répondit-il comme s'il s'excusait.

Je soupirais de dépit. Ça ne m'amusait plus de le mettre mal à l'aise. Quelle idée de s'enticher de moi... pauvre garçon, il n'aurait pas pu tomber sur pire. Je fis un effort pour oublier mon aversion des autres humains et relevais son menton pour qu'il me regarde.

- Tu es doué, lui dis-je.

Il sourit lentement, timidement avant de finir par illuminer toute la salle quand son expression se fit plus franche.

- Je t'ai dessiné sous toutes les coutures, mais je ne sais même pas comment tu t'appelles, tenta-t-il apparemment pas certain que j'allais répondre.

- Max, répondis-je en retirant ma main de son menton pour la lui présenter.

Il sembla tellement content en prononçant mon nom en écho que je ne pus m'empêcher de sourire à nouveau. Bizarre, mais marrant comme mec.

- Lorenzo, répondit-il en acceptant ma poignée de main.

Lorenzo, ça ne lui allait pas. Ce prénom me faisait immanquablement penser à Lorenzo Lamas, le baraqué chevelu qui jouait Le Rebelle dans la vieille série que mon père adorait. Ce n'était pas lui du tout, avec sa gueule d'ange et ses grands yeux expressifs.

- Tu me sers un café Enzo ? demandais-je en raccourcissant son prénom.

Il me regarda un instant fixement avant de rougir violemment en bafouillant qu'il m'apportait ça tout de suite. Je secouais la tête d'un air amusé en allant prendre place dans un fauteuil de cuir.

Il m'apporta mon café et repartit au boulot après un sourire gêné. Je le regardais passer d'une table à l'autre, souriant à tout le monde comme s'il était à l'aise, mais dès qu'il se tournait vers moi, il piquait un fard. J'attrapais un crayon qui trainait dans ma veste et dessinais un petit personnage de manga sur une serviette du café. Je lui fit des cheveux foncés pour ressembler aux siens, lui tombant à moitié sur le visage, des yeux immenses avec des étoiles dedans et des joues rougissantes, parce que c'est à ça qu'il ressemblait en me voyant. Je finis mon café et laissais la petite serviette avec son pourboire sur la table avant de sortir.

S'il me laissait lui dire ce que je ressens pour lui…
S'il se laissait bercer par une vague de vie.

Le temps que je serve un énième cappuccino, je vis Max passer la porte sans un regard pour moi. J'étouffais tant bien que mal ma déception de le voir partir. L'avoir ici était étrangement plaisant, et j'aurais voulu pouvoir parler avec lui... Pourquoi fallait-il que je me transforme en gamine dès qu'il était dans le coin ? Surement parce que c'était lui. Ma muse. J'avais eu un blocage de plus d'un an pendant lequel je n'avais pas pu dessiner, ni peindre, jusqu'à ce que je le vois dans ce cimetière assis au sol sous la pluie battante, il était magnifique. Depuis, je ne parvenais pas à le sortir de ma tête. Je pensais à lui tout le temps. Combien de fois m'étais-je demandé comment il s'appelait ? J'avais fait des tas de suppositions, mais je savais enfin. C'était Max...

- Lorenzo ? m'appela Tiffany.

- Oui, ma beauté, répondis-je en revenant vers elle pour passer un bras complice autour de sa taille.

- J'ai vu ton Apollon, très beau, je te l'accorde.

Je ne sais pas où je trouvais la force de sourire alors que tout ce que j'avais envie de faire était de grogner : pas touche, il est à moi !

Mais connaissant Tiffany, elle perdrait tout intérêt pour lui dès qu'un nouveau superbe spécimen passerait la porte. Mon expression dût me trahir un peu, parce qu'elle me tapota le bras en souriant.

- Si ça peut te rassurer, il n'a même pas fait attention à moi quand je lui ai demandé si c'était lui sur le tableau.

J'avais un peu de mal à y croire, Tiff était ma meilleure amie, et le moins que l'on puisse dire c'est que c'était une bombe, pas un homme ne restait indifférent à sa beauté, même moi, alors que j'étais gay. Elle était sûre d'elle, avançait d'une démarche qui faisait balancer ses hanches, ses longs cheveux roux tombaient en boucles dans son dos et ses yeux noirs ne manquaient rien.

J'aimais Tiffany de tout mon cœur, mais à côté d'elle, j'avais l'impression de ne pas exister, on ne me voyait pas, alors qu'on était ébloui par elle.

Je poussais un soupir et me rendais à la table de Max, j'y récupérais un pourboire et aperçut un dessin sur une petite serviette. Aussi stupide cela puisse paraître, mon cœur fit un bond dans ma poitrine, parce qu'il avait fait ça pour moi. Je regardais le petit manga qui me fixait avec des yeux amoureux, je souris en songeant que c'était de cette façon qu'il me voyait l'observer, ça ne m'étonnait pas vraiment.

Sous le dessin, il y avait un petit mot. « Si tu décides de faire un nu, préviens-moi quand même, je ne voudrais pas te trouver devant la fenêtre de la salle de bain »

J'hésitais entre éclater de rire et mourir de honte. Bon sang, il devait me prendre pour un fou. J'empochais le dessin et revenais vers le bar après avoir nettoyé sa table en rougissant comme une pivoine.

Ma journée de boulot passa rapidement, je n'eus pas le temps de m'ennuyer pendant le rush du dimanche après-midi. Par chance, je ne bossais pas ce soir pendant la scène ouverte, c'était la semaine de Gauthier, tant mieux parce que j'avais la plante des pieds en compote.

Je rentrais chez moi en trainant le pas, mais j'avais le cœur un peu plus léger, parce qu'il m'avait parlé. J'entrais dans mon appartement miteux du deuxième étage, dégageais mes chaussures d'un coup de pied et lâchais ma sacoche avant de m'appuyer à la fenêtre du salon en regardant le cimetière par la vitre. Il n'était pas là. Évidemment. Mais je fus tout de même déçu. Je récupérais mon pot de peinture fluorescent et un pinceau avant de me diriger vers ma chambre. Mon lit se trouvant dans une pièce mansardée, j'avais peint le plafond en noir et y ajoutais des étoiles, encore deux ou trois séances et ce serait fini.

Mon téléphone sonna et je dus abandonner la peinture de mon plafond, pour décrocher en sachant par avance qui m'appelait.

- Je ne bosse pas ce soir, ma beauté, lançais-je.

- Je sais, moi non plus, je peux venir squatter chez toi ? me demanda Tiffany

- Tu ne passes pas la soirée avec un beau mâle ? demandais-je d'un ton taquin.

- Si, toi, répondit-elle du tac au tac.

Je m'esclaffais et acceptais qu'elle vienne. A défaut d'avoir trouvé l'homme de ma vie, j'avais au moins la femme de ma vie, ma meilleure amie.

Elle arriva quelques minutes plus tard en me présentant un pack de bière quand je lui ouvris.

- De quoi payer l'entrée, me lança-t-elle.

J'attrapais le pack et m'effaçais pour la laisser passer.

Après avoir descendu plusieurs bières, Tiffany vint m'aider à peindre les étoiles de mon plafond, j'allais chercher une bouteille de Pina Colada qui trainait dans mes fonds de placards et nous buvions sentant bien que l'alcool nous montait à la tête, mais sans nous en soucier réellement. Tiff me demanda de lui parler de Max, et je m'exécutais, trop ravi de parler de lui, je ne pensais déjà qu'à lui alors...

Ma meilleure amie se mit à glousser en dessinant des petits cœurs au lieu des étoiles, se foutant totalement que je râle. Aucune idée de ce qui se passa ensuite, mais je me réveillais avec les pieds de Tiff en pleine figure. Nous étions tous les deux habillés étalés sur mon lit dans une position improbable. Comment on avait pu s'endormir comme ça ?

- Dégage tes pieds puants de mon visage, lançais-je en faisant mine de froncer le nez sous l'odeur.

- Mes pieds sont aussi parfaits que le reste de ma personne, répondit-elle d'une voix encore ensommeillée.

Je repris le travail le mardi suivant, luttant difficilement contre une nouvelle gueule de bois, conséquence d'une autre soirée avec Tiff et d'un massacre en règle des plus grands tubes au karaoké.

Mon esprit était tellement absent, que je mis un temps à reconnaître l'homme que je venais de bousculer.

- Désolé, lançais-je.

- Quand tu veux, répondit la voix sarcastique de Max. Tu cherches une excuse pour me toucher ?

Mes yeux se levèrent pour se poser sur son magnifique visage. Bon dieu, ça devrait être interdit d'être aussi beau !

- Je...

Je ne trouvais pas les mots pour répondre alors que je rougissais comme une collégienne. Il s'esclaffa avant de caresser ma joue du bout des doigts.

- ça te va bien, dit-il.

Mon corps tout entier se figea à cause du contact de ses doigts sur ma peau. Tout ce que je pus faire, fut de le regarder alors qu'un lent sourire étirait ses lèvres.

- Bonjour Enzo, dit-il d'une voix grave et basse qui me fit frémir d'excitation.

Embrasse-moi ! Embrasse-moi et je peux mourir tout de suite.

- Salut, répondis-je d'une voix mal assurée.

Je ne sais pas combien de temps je mis pour reprendre mes esprits, mais ce fut assez long pour que mon patron me jette un regard meurtrier.

Finalement, Max commanda un café qu'il but dans un fauteuil situé sous le portrait de lui que j'avais fait. Il le regardait d'un air rêveur qui me fit plaisir. Et je capturais mentalement cette image pour la dessiner plus tard.

Il revint tous les jours cette semaine-là. J'étais heureux de le voir. D'autant plus qu'il me parlait tous les jours. On ne se disait pas grand-chose, mais mon cœur se gonflait à chaque fois. L'admirer m'aurait d'ailleurs suffit.

Et puis, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il venait pour moi.

La seule ombre au tableau était que lorsqu'il pensait que je ne le voyais pas, il avait l'air malheureux. Il avait un regard si perdu et douloureux que je souffrais avec lui. J'avais envie de le sauver, de le réconforter, mais il n'avait surement pas besoin de moi.

Je n'étais même pas capable de lui parler normalement, que pouvais-je faire ?

- Tu vas venir demain ? Demandais-je malgré moi le vendredi soir, en le retenant par le bras alors qu'il partait.

Il me fit un demi-sourire, et sortit sans me répondre.

A vouloir braver les vagues on se noie,
C'est sans doute ce qui m'arriva.

J'allais partir pour rejoindre le Artz. Tous les jours je me demandais s'il allait encore rougir et bafouiller en me voyant, si ses yeux allaient s'allumer comme à chaque fois que je lui souriais. Il m'amusait, m'attendrissait. J'avais envie de le voir.

Bon sang ! Qu'est-ce que je foutais ?

Je retombais en arrière et prenais ma tête entre mes mains.

N'importe quoi. Ouais, il me trouvait beau, mais en quoi ça m'intéressait, hein ? Il était d'un naturel joyeux, il était lumineux, souriait à tout le monde, tout le contraire de moi.

J'allais le salir à trainer autour de lui de cette façon.

Ma mère arriva, complètement furieuse. Malheureusement, je fus sur le passage de l'ouragan Claudia.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas en cours ?

- Ça fait plus de deux mois que je n'y vais plus.

Chose que je t'ai dite il y a plusieurs semaines madame la psy.

- Tu penses que c'est bien de ne rien vouloir faire de ta vie ?! hurla ma mère.

Je levais à peine les yeux sur elle. Qu'est-ce que ça pouvait faire ? Depuis quand ça l'intéressait de savoir ce que j'allais ou non faire de ma vie, elle avait toujours été trop occupée pour faire attention à moi. Et je n'étais pas de ceux qui quémande l'attention de leurs parents. Rien à foutre. J'étais seul au monde depuis longtemps. Et elle venait maintenant me parler de futur. Ce n'était pas comme si je rêvais d'avoir un avenir, je m'en foutais. J'attendais la mort, point barre. La vie n'avait rien à m'offrir.

- Comment veux-tu trouver un travail sans diplôme universitaire ?

- J'ai pas besoin de bosser, rétorquais-je.

Elle grogna. Ça l'énervait que ce soit la vérité. Mon grand-père m'avait laissé bien assez d'argent pour que je me tourne les pouces ma vie durant.

- N'as-tu donc aucune ambition ?

- Non.

Son visage déjà rouge de colère vira au cramoisi. Mauvaise réponse ? Tant pis.

- Si tu veux rester ici, tu vas changer de comportement. Tu vas prendre ta vie en main.

Elle n'avait pas tort, il était temps que je mette à exécution ce que je repoussais depuis trop longtemps maintenant. Tourner autour de l'artiste comme un papillon attiré par une flamme ne changeait rien à ce que j'étais au fond de moi. Je ne pouvais pas vivre avec le trou noir de mon cœur qui me bouffait de l'intérieur. J'en avais assez. J'étais tellement fatigué, de cet épuisement que le sommeil ne peut guérir. Sauf si c'est un sommeil dont on ne se réveille pas.

Je me levais et déposais un baiser sur sa joue brûlante de colère, avant de sortir.

- Merci, lui dis-je doucement.

Le cimetière était vide à cette heure de la nuit. Techniquement, il était fermé, mais ce n'était pas une simple barrière qui allait m'arrêter. Je sautais par-dessus la porte close et rejoignais la tombe de John devant laquelle je pris place. Je commençais à boire, et sortais les somnifères de ma poche.

Enfin, ça allait finir.

Je les avalais tous d'un coup et descendis les gorgées de whisky les unes après les autres avant de m'allonger sur la tombe.

J'allais rejoindre mon meilleur ami. Mais ce n'est pas son visage qui s'imposa à moi alors que je sentais mon corps s'engourdir, c'était celui de Lorenzo. Le mec du banc.

J'espérais qu'il ne serait pas celui qui trouverait mon corps. J'espérais qu'il ne saurait jamais que j'étais mort. Qu'il m'oublierait, qu'il vivrait heureux. J'aurais voulu le connaître, le connaître vraiment. Mais au fond, qu'est-ce que ça aurait changé ?

J'avais de plus en plus froid, mon corps frissonnant violemment, mon estomac se rebellant, cherchant à rendre ce que j'avais ingurgité. Des larmes roulèrent sur mes tempes.

Je revis le portrait qu'il avait fait de moi en format géant. Je revoyais ses joues rougissantes alors que ses yeux se posaient sur moi. L'air heureux qu'il avait eu en prononçant mon nom.

Tu n'aurais pas pu tomber plus mal, pensais-je.

Mais ça lui passerait. Ce n'était pas comme s'il était tombé amoureux de moi. Il me trouvait juste beau. Et je le resterai à jamais sous la mine de son crayon, à travers les dessins qu'il avait faits.

Les larmes baignant mon visage paraissaient brûlantes contre la froideur de ma peau qui se mourait.

Pitié, que ce ne soit pas lui qui me trouve. Pitié...

C'est comme ça que tu m'apparais, sombre, orageux, en colère comme une mer déchainée...

Je fermais les yeux alors que sa voix résonnait dans ma tête sans doute pour la dernière fois.

- Vous êtes un proche ? demanda une voix inconnue qui me parvint dans un brouillard épais.

De vagues lumières clignotantes m'arrivaient à travers mes paupières closes. J'entendais, ressentais tout de très loin, comme si j'étais sous l'eau et que je captais difficilement ce qui se passait à la surface. Cependant, je reconnu la voix qui répondit à cette question.

- Oui, je … nous sommes amis.

Oh non. Pas lui.

- Dans quel hôpital l'emmenez-vous ?

L'hôpital ? Non ! Ramenez-moi à la morgue.

- Saint Jules. Est-ce que vous connaissez son nom de famille, il n'a pas de papiers sur lui.

- Non, il s'appelle Max. C'est tout ce que je sais. Je peux venir avec lui ?

Je fus à nouveau happé par les ténèbres avant d'en entendre plus.

Le bruit d'un moteur m'agressa les oreilles, j'étais balloté. Des mains étaient sur moi, mais je ne parvins pas à ouvrir les yeux...

- On le perd !

Ouais, perdez-moi.

Des voix échangèrent des mots sur un ton pressent, des voix que je ne connaissais pas, que je ne voulais pas entendre. Des portes battirent alors qu'on me poussait.

- Maaax !

Lorenzo ?

- Éloignez-le. Il n'a rien à faire ici ! gronda une voix de femme.

Ta gueule pétasse ! Enzo !

Le noir revint.

- Ne nous claquez pas entre les pattes Max, vous m'entendez ?

Oui, je vous entends, mais je m'en fous.

Les ténèbres à nouveau. Des mains sur moi encore. Des bips. Des voix. Le froid. Des mains. Des voix. Des bips. Les ténèbres.

Le calme était enfin revenu. J'entendis des bruits lointains, des machines en fond sonore, mais tout était calme. Plus de cris affolés autour de moi.

- Pourquoi t'as fait ça ? me demanda doucement la voix de Lorenzo à mon oreille. Pourquoi tu voulais mourir ? C'est à cause de lui ? Jonathan ?

- En... partie.

Il sursauta et voulut retirer la main qu'il avait posé sur la mienne, mais je retenais ses doigts en y croisant les miens. Il ne s'était pas rendu compte que j'étais réveillé. Mes yeux se posèrent sur lui. Cet étranger qui était venu veiller sur moi. Celui à qui j'avais pensé de toutes mes forces alors que mon heure venait.

- Pourquoi tu es là ? Demandais-je, ne comprenant pas pourquoi il voulait me soutenir alors qu'il ne me connaissait pas.

Il se releva doucement.

- Je vais y aller, tu veux que j'appelle ta famille ?

Étrangement, je ne voulais pas qu'il s'en aille. Tant qu'il était là, je ne pensais pas à ma tentative avortée pour en finir.

Le magnifique masque d'indifférence que je portais d'habitude vola en éclats. Alors que mon esprit se rattachait à lui pour ne pas sombrer.

Je le retenais, refusant de lâcher sa main.

- Reste avec moi, demandais-je d'une voix suppliante. Ne me laisse pas Enzo.

Son regard se fit si tendre que je me sentis mal, des larmes roulèrent à nouveau sur mes joues. J'en avais assez de faire semblant que tout allait bien. Assez de feindre le courage quand j'avais envie de m'effondrer.

Sa main libre vint repousser mes cheveux de mon front. Alors qu'il s'asseyait sur le bord de mon lit. Il se pencha vers moi, et je crus un instant qu'il allait m'embrasser, mais il ne le fit pas. Je ne l'aurais pas repoussé pourtant. Il posa son front sur le mien et resta là sans rien dire.

- Comment tu as su ? Demandais-je

- J'ai vu les ambulances, et j'ai su que c'était toi.

- Désolé.

Des larmes roulèrent sur son visage et tombèrent sur le mien.

- J'ai cru que tu étais mort, souffla-t-il d'une voix brisée.

- Pardon, je ne voulais pas que tu vois ça.

- Ne fais plus jamais ça. Je prendrais soin de toi, je serai là, ne fais plus ça.

- Pourquoi ?

Je l'entendis pousser un soupir tremblant avant de me répondre.

- Je t'aime... N'abandonne pas.

Je refermais mes bras autour de lui et le serrais contre moi de toutes mes forces, peu conséquentes à cet instant.

- Je t'aime, chuchota-t-il à mon oreille.

Comment ces quelques mots pouvaient-ils alléger mon cœur à ce point ? Je n'étais même pas gay. Alors pourquoi j'avais envie de l'embrasser jusqu'à perdre connaissance ?

Tout ce que je pus faire fut murmurer son prénom encore et encore alors qu'il pleurait dans mon cou. Et encore, pas son prénom entier, juste Enzo. Enzo. Enzo. Jusqu'à ce que mon corps réclame un peu plus de repos pour l'épreuve que je lui avais fait subir.

L'écume reste sur les rochers quand la vague s'en va
Tout comme il est resté dans ce monde sans toi.

Je revins à l'hôpital le lendemain, après m'être fait jeter dehors le soir précédent. Mais lorsque j'arrivais dans sa chambre, je laissais tomber la peluche stupide que je lui avais amenée. Il n'était plus là.

Une infirmière m'appris que ses parents l'avaient fait transféré dans une clinique privée, mais n'étant pas de la famille, je n'eus pas droit à plus de précision. Comment le retrouver alors que je ne connaissais même pas son nom de famille...

Je repartis le cœur lourd et le pas trainant, je déposais la peluche que j'avais pris le temps de récupérer chez moi, me changeais et partais au boulot.

Deux semaines passèrent alors que je ne pensais qu'à lui. Comment il allait ? Est-ce qu'il avait tenté de se tuer à nouveau ? Est-ce qu'il pensait à moi ? Est-ce que je lui manquais ? Est-ce que je le reverrais ? Est-ce que les moments passés à l'hôpital serrés l'un contre l'autre le hantaient lui aussi ? Est-ce qu'il m'avait oublié ?

Tiff m'appela plusieurs fois, mais je n'avais pas la tête à sortir. Je dormais avec la peluche serrée contre moi. Un genre d'ourson vêtu de noir avec un œil remplacé par une croix cousue. Allez savoir pourquoi ça me faisait penser à lui. J'avais tellement envie de le voir qu'il me semblait avoir du mal à respirer. Je dessinais ses traits avec plus de frénésie encore qu'autrefois. Je l'avais vu assez souvent et d'assez près pour ajouter des détails absent sur les précédents dessins, comme le petit grain de beauté qu'il avait à gauche au-dessus de sa lèvre, ou la petite cicatrice qui se voyait à peine sur le coin de son sourcil. Comment avait-il eu cette cicatrice ? Je l'imaginais me raconter une histoire d'enfance en se retenant de rire.

La sonnerie de la porte me dérangea et j'allais ouvrir à contrecœur. Pas vraiment surpris de trouver Tiffany derrière la porte. Cependant le sourire en coin qu'elle affichait semblant cacher un secret, je compris qu'elle n'était pas venue pour me botter les fesses une fois de plus.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demandais-je.

- Je t'ai amené quelqu'un, qui s'est pointé au bar pour te voir.

Je sortis ma tête pour scruter le couloir et me figeais en le voyant. C'était lui ! Il était là ! Sans réfléchir, je bousculais ma meilleure amie qui s'esclaffa et fonçais sur lui. Je le percutais si fort qu'il cogna dans le mur, mais je ne pouvais pas me contrôler. Je le serrais dans mes bras, croyant difficilement à sa présence. Jusqu'à ce que sa voix grave et douce résonne.

- Bonjour Enzo, dit-il d'un ton amusé.

Entendre sa voix, me provoqua à la fois un profond soulagement et une gêne qui me rappelait que je venais de lui sauter dessus alors qu'il sortait de l'hôpital et qu'il se pouvait qu'il n'apprécie pas.

Je reculais en bégayant des désolés, mais il m'attira à lui en souriant de ma gêne. Il me serra dans ses bras et posa un baiser sous mon oreille qui me fit frémir de la tête aux pieds.

- Tu m'as manqué, souffla-t-il.

Je sentis quelque chose lâcher en moi à cet instant, parce qu'il paraissait sincère et que j'étais soulagé au-delà des mots qu'il aille bien et qu'il ait pensé à moi. Je remarquais à peine Tiff qui s'éclipsait un sourire aux lèvres. Des larmes silencieuses coulèrent sur mes joues et il me caressa le dos pour me réconforter. Ses mains encerclèrent mon visage alors qu'il me repoussait pour m'observer. Ses pouces essuyèrent mes larmes et il me sourit avec une douceur étrange.

- Tu m'as manqué, répéta-t-il.

Ses doigts caressaient les côtés de mon visage, et mon cœur battait sourdement. Je ne sais pas si c'est moi qui me suis approché, ou si c'était lui qui m'avait fait pencher, mais mes lèvres se retrouvèrent à un souffle des siennes. Il sourit lentement et déposa un baiser sur ma bouche qui me fit fondre. Je restais figé, trop choqué pour en profiter, aussi il recula légèrement. Reprenant mes esprits, je suivis son mouvement et m'emparais de ses lèvres avec douceur, les faisant danser avec les miennes. Sa réponse fut plus passionnée, sa langue pressa l'entrée de ma bouche, que j'étais plus que ravi de lui accorder. Elle pénétra entre mes lèvres, avide, brûlante, réveillant toutes mes terminaisons nerveuses alors que l'excitation gagnait mon corps. Je me lovais contre son torse musclé, le rencognant contre le mur pour me presser contre lui. Ses mains quittèrent mon cou, pour descendre le long de mes flancs et s'ancrer à mes fesses qu'il malaxa avant de les agripper pour me coller à lui. Sa bouche se sépara de la mienne une seconde, et je grondais de frustration. Il sourit d'une manière qui me rendit fou.

- On est dans le couloir, me rappela-t-il.

Oh, c'est vrai...

Je l'entrainais à l'intérieur. À peine la porte fut elle fermée qu'il me plaqua contre le mur pour reprendre notre baiser avec plus d'ardeur encore. Sa bouche descendit dans mon cou, prononçant mon prénom avec révérence et passion entre deux baisers brûlants, je me mis à haleter alors qu'il me débarrassait de mes vêtements. Je fis de même pour lui et nous avançâmes tant bien que mal jusqu'au salon. On se laissa tomber sur le canapé, nos membres enchevêtrés les uns aux autres, alors qu'on se mêlait. Mon corps tout entier s'enflamma sous ses caresses.

- Fais-moi l'amour, chuchotais-je à son oreille.

Il gémit et ne put retenir un coup de rein. Ses doigts descendirent jusqu'à l'entrée de mon corps où ils me caressèrent avant de me pénétrer, me préparant à l'accueillir. Je sentis ses dents sur mon épaule, ce qui allait certainement laissé des traces, mais je serai heureux de les porter. Mon cœur implosait de le sentir si passionné. J'avais la preuve de son désir contre ma cuisse, et je n'en revenais pas de l'exciter.

Il me rendait complètement fou. Mon cœur était comblé, mon corps tremblant. Je voulais le sentir en moi tout de suite. Je voulais qu'il me possède, qu'on soit unis de la plus belle façon qui soit.

- Max, soufflais-je d'une voix pressante en écartant les jambes pour qu'il se place entre elles.

- T'es sûr ? demanda-t-il.

Je hochais la tête en caressant son dos. Il se plaça à l'entrée de mon corps. Je l'observais lubrifier son membre avec les quelques gouttes qui y perlaient déjà, puis son gland pénétra doucement en moi, m'arrachant un gémissement. Il poussa petit à petit, ne voulant pas me faire mal et je serrais les dents. Il resta immobile un instant, me laissant m'habituer à la sensation d'écartèlement, ce qui ne fut pas long. Je n'étais pas vierge et je voulais le sentir pleinement en moi. Mes mains descendirent de son dos à ses fesses que je pressais tout en relevant le bassin. L'accueillant totalement en moi, ses hanches heurtèrent mes fesses alors que nous grondions dans un bel ensemble.

Il se pencha à m'embrassa à pleine bouche tandis qu'il commençait à se mouvoir entre mes reins, m'arrachant des halètements de pur plaisir, desquels il se faisait l'écho.

Allant plus fort, plus vite, jusqu'à ce que nos corps se perdent en pleine extase. Il retomba tremblant contre moi et je fermais mes bras autour de lui. Nos corps en sueurs collés l'un à l'autre. Il m'embrassa à nouveau et étouffa mon gémissement alors qu'il se retirait de mon corps.

Il se cala sur ses coudes, restant au-dessus de moi, alors que ses mains caressaient mes cheveux et que ses lèvres embrassaient ma bouche, mes paupières, mon nez ma mâchoire, mes épaules.

- Est-ce que tu le pensais ? demandais-je, pas sûr de moi.

- Quoi ? fit-il en léchant mon cou.

- Quand t'as dit que je t'avais manqué...

Il s'arrêta et releva la tête pour que ses yeux plongent dans les miens.

- Je n'ai pas arrêté de penser à toi, chuchota-t-il. Ton absence, ça m'a rendu dingue. J'avais bien une infirmière qui rougissait en me voyant, mais ce n'était pas pareil. Ce n'était pas toi.

Je ne pus retenir un sourire auquel il répondit immédiatement. Mon cœur s'arrêta de battre un instant, alors que je tombais amoureux de lui à nouveau.

- Je t'aime Max, murmurais-je d'une voix étranglée.

Il déposa un baiser sur mes lèvres avant de sourire.

- Moi aussi je t'aime, j'ai eu du mal à saisir ce qui me poussait à chercher ta présence sans arrêt mais j'ai fini par comprendre.

Le sommeil nous emporta tous les deux vers trois heures, nous étions parvenus à arriver dans mon lit avant de nous perdre à nouveau l'un dans l'autre.

Je me réveillais au son de sa voix. Cela m'évita de me demander s'il ne s'était pas agi d'un rêve incroyablement merveilleux et réaliste, mais faux. Non, ça s'était bel et bien passé, et il était toujours là, à côté de moi.

- Arrête de hurler... demanda-t-il d'une voix fatiguée.

Une voix hystérique répondit trop vite pour que je comprenne ce qu'elle disait, sauf : où es-tu ?

- Je suis chez Enzo.

Je me crispais alors qu'elle demandait qui j'étais.

- C'est mon mec, maman, lâcha-t-il.

Ne me contrôlant plus, j'ouvris de grands yeux et rougissais, bon sang ça ne finirait jamais cette sale manie. Il me sourit et caressa ma joue du bout des doigts. Il éloigna le téléphone de son oreille. On entendait la voix de sa mère qui semblait devenir folle à l'autre bout du fil. Il déposa un baiser sur mes lèvres en soufflant « Bonjour mon ange ».

Je n'avais pas le souvenir de m'être jamais senti aussi heureux. Je m'allongeais sur le dos et l'attirais sur moi alors qu'il cherchait à en placer une avec sa mère.

J'embrassais son cou et m'arrêtais net en l'entendant glousser. Son visage offrait une expression légère que je ne lui avais jamais vu jusque-là, et qui ne le rendait que plus beau.

Je capturais mentalement cette image, sachant déjà quel serait mon prochain tableau.


Et voilà, finito ^^
Hasta Luego !