Auteur : Harue Cendre Elven

Genre : Boys love romance

Rating : ATTENTION Slash en cours

ATTENTION : Aqua Blue existe à présent en roman papier complet avec deux bonus de fin ainsi que toutes les scènes explicites qui ne seront pas publiées sur la toile.

Si vous souhaitez le commander, hésitez pas à m'envoyer un MP pour plus d'information.

Chapitre 9

Romain est parti dès que je suis sorti de la douche et que j'ai pris mon petit déjeuner. Betsy avait accepté qu'il s'occupe de moi ce matin, mais si j'étais sur pied, il fallait qu'il revienne bosser. Ce qu'il a fait. On était un peu gêné, c'était même étrange mais il était déjà en retard. Du coup, j'ai rapidement sauté sur mon téléphone pour appeler Thomas, mais je suis tombé sur son répondeur. Je n'aurai pas dû laisser traîner les choses. J'essaye un second numéro qu'il m'avait donné, je suis redirigé sur une autre ligne et je tombe sur quelqu'un.

— Peter Kane bonjour ?

Je raccroche sans même dire quoi que ce soit. C'est quoi cette redirection pourrie ? Pourquoi je tombe sur l'autre enfoiré qui m'a bien fait comprendre qu'il avait des vues sur mon ex ? On va attendre un peu et je rappellerais. Ouais, on va faire ça.

Une heure plus tard, je tourne en rond enfin, je boitille en rond. J'ai beau vider ma boîte de mouchoir, j'ai beaucoup trop dormi cette nuit et ma potentielle discussion avec Thomas me hante. Je ne sais pas par quoi commencer. Les mots, les phrases, tout passent en boucle dans mon esprit seulement rien ne va comme je veux. Et merde, j'en ai marre. Je recompose son numéro et cette fois-ci ça sonne.

— Thomas Lens bonjour ?

— Thomas, c'est Alex, je suis désolé d'avoir raccroché.

— Oh Alex, ça va ? J'ai l'impression que tu es malade.

— Oui enfin c'est rien. J'ai pris froid. Tu voulais me dire quelque chose quand j'ai raccroché ?

Espèce de trouillard qui ne sait pas se lancer pour de vrai.

— Oh oui. Je suis au musée des fonds marins aujourd'hui et demain et je voulais savoir si ça te disait qu'on se voit.

Merde ! Qu'est-ce qu'il raconte. Il est ici. Sur place. Et merde.

— Hum oui. Pourquoi pas. Je ne travaille pas aujourd'hui.

— Super, tu veux me retrouver au musée ou tu veux que je passe.

Surtout pas en terrain perso, surtout pas.

— Je te retrouve au musée.

— Cool. J'ai une conférence là, mais je serais libre ensuite.

— D'accord, je passe vers 17h00.

— Parfait.

On se salue et je raccroche. Je fixe un moment l'appareil téléphonique et maudis tous les dieux, les déesses, les ce que vous voulez de m'avoir fait ça. Je me laisse tomber dans le canapé et attrape un mouchoir. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça. Enfin, de toute manière, je l'aurai fait par téléphone, je serais passé pour un pleutre. Sérieusement, on a fui une fois, ce n'est pas le moment de recommencer. Il faut qu'on se dise les choses en face. Parfaitement.

oOo

Je n'aurai pas du dire que je venais. Je n'aurai pas du dire que je venais. Je n'aurai pas du… Je fais les cents pas devant le musée n'osant pas entrer. Je suis en avance. Forcément, à tourner en rond chez-moi j'ai fini par craquer. J'ai prié pour qu'il y ait un embouteillage, un accident, quelque chose qui empêcherait la circulation du bus mais au final rien du tout. Ça a roulé à la perfection. Et pourtant, je suis même passé à la pharmacie en bas de chez-moi pour qu'on me dépanne d'une béquille. Madame Louange est ma propriétaire, j'ai donc pu repartir avec de quoi marcher et un sermon en plus comme quoi je suis un grand garçon, ce n'est plus de mon âge de chahuter… Du coup me voilà devant le bâtiment carré complètement blanc surélevé par une flopée de marches et avec une magnifique statue en bronze d'un dauphin. La ville a trouvé ça moche mais l'architecte a su convaincre la mairie. On ne peut pas avoir que ce qu'on veut. Je finis par gravir les marches en claudiquant, après tout, autant que je mette à profit le temps qu'il me reste à attendre au lieu d'envenimer mon rhume dans le froid. À peine je passe les portes qu'il se met à pleuvoir. Et me voilà coincé. Je regarde ma montre et m'achète un ticket. Je me renseigne en même temps sur la conférence et préviens l'accueil que si le Docteur Lens me cherche, je suis dans la galerie. Il manquerait plus qu'on se rate, mon futur ulcère ne s'en remettrait pas.

Je marche tranquillement dans la galerie en regardant les grands panneaux expliquant la vie sous-marine, les différents animaux, plantes et quelques graphiques. Je ne suis pas passionné par tout ça. Bien évidemment que les fonds marins sont un tout autre univers mais ce n'est pas mon domaine d'expertise et je supporte moyennement de faire de la plongé. Les pieds sur terre, y a que ça de vrai.

Je m'apprête à descendre quand une main se pose sur mon épaule. Je sursaute et me retourne. Thomas me sourit de toutes ses dents et se propose d'être mon guide. On arrive dans l'aquarium et j'ai le droit à une vraie visite guidée et l'explication de chaque poisson. Thomas est décontracté et moi j'essaye de l'être. C'est difficile avec ce que je veux lui dire. Enfin, ce que je voulais lui dire parce que mon cerveau a vraiment disparu. Mais je cache mes angoisses grâce à super béquille que je manie avec maladresse. On s'assoit sur un banc devant la grande baie à 180°.

— On ira manger un morceau si tu veux après ?

— Pourquoi pas.

Le silence revient et je laisse mon regard se perdre dans l'immensité de l'aquarium. Je commence à me dire qu'en fait, je pourrais rester là, à fixer un point dans le vide sans bouger. Thomas se penche vers moi, je le vois mais je ne bouge pas. Il s'arrête avant de m'embrasser lorsque le haut-parleur lui demande de se rendre au standard pour un appel. Un grognement passe ses lèvres, il s'excuse et disparait. Dans la seconde où il disparait quelqu'un d'autre prend sa place.

— Je me doutais que c'était toi qui avais appelé quand ça à raccroché. Thomas parle souvent de toi.

Je reconnais la voix mais ne bouge pas. Un appel juste au moment où Thomas va m'embrasser, c'était bien trop gros pour être anodin.

— Je ne reste pas. Je voulais juste m'excuser pour l'incident de la chambre. J'ai agis sans réfléchir parce que j'étais jaloux. Thomas m'avait déjà parlé de toi. J'ai tout de suite flashé sur lui tu sais. On s'est rencontré lors de l'organisation du séminaire.

Je me tourne vers Peter.

— Comment ça pendant l'organisation. Thomas ne m'a pas dit en faire partie.

— Pourtant c'est lui qui a donné l'idée de l'Aqua Blue pour le séminaire.

— Il ne m'a rien dit.

— En tout cas, je reste jaloux tu sais. Il s'accroche à ton souvenir et votre rupture sans raison et ça l'empêche d'avancer. C'est un très bon biologiste, connu et reconnu dans sa profession malgré son jeune âge et pourtant, côté personnel, il est resté coincé.

Peter se lève et fait quelques pas.

— Je ne dis pas ça pour que tu me le donnes. Je ne veux pas de quelqu'un qui vit dans le passé. Mais je devais m'excuser.

Il disparaît à son tour et je reste à nouveau seul, regardant les poissons nager et se faufiler entre les rochers. Ils sont coincés dans cette immense cage. L'impression qu'ils ont de l'espace, la liberté, sûrement qu'ils sont toujours dans l'océan, alors qu'ils sont coincés dans quelques mètres carrés. J'ai l'impression que c'est ce qui nous est arrivé à Thomas et moi. Je n'ai jamais eu de réelles relations depuis Thomas. Je n'ai vécu que pour mon travail, me perdant dans des relations d'une nuit mais c'est tout. Et c'est apparemment ce qu'a fait mon ex aussi. Nous devons avancer. Lui comme moi. Ce qu'on fait en ce moment c'est juste rejouer un échec. Thomas arrive et je me tourne vers lui. Autant ne pas faire traîner les choses.

— Tu comptais me dire un jour que ce n'était pas un hasard ?

— De quoi ?

— Ne fait pas l'imbécile Thomas. Tu comptais me dire que tu faisais partie des organisateurs et que tu avais choisi l'Aqua Blue en sachant pertinemment que j'y travaillais.

J'ancre mon regard dans le sien. Je le vois ciller, il est mal à l'aise. On a vieilli mais pas changé. Je le connais, enfin je le connaissais. Je connaissais ce Thomas étudiant en biologie marine, passionné par le monde marin et les abysses et qui rêvait d'être l'un des premiers à pouvoir descendre au-delà du possible. Ses expressions, je les ai vus cent fois passer sur son visage. Je les ai étudiés pour pouvoir dire les mots justes au bon moment. Mais l'homme que j'ai devant moi, c'est le Docteur Thomas Lens, éminent biologiste qui a encore du chemin à faire pour arriver à son rêve mais il est sur la bonne voie.

— Je me doutais que tu finirais par le savoir. Mais pas tout de suite.

— Après quoi Thomas ? Après avoir réussi à ce qu'on couche ensemble ? Qu'on essaye de recoller des morceaux sur un mensonge.

— Ce n'était pas grand-chose.

— Si Thomas. Notre relation au départ était basée sur un coup de foudre. On a vécu de beaux moments, intenses, tristes, merveilleux et parfois certains que je préférais oublier. Mais c'est une partie de nous deux. On c'est quitté pour nos carrières. Et maintenant ? Tu as ta vie, j'ai la mienne. Tu sais que je n'irais jamais là où tes recherches te pousseront. Et toi, tu ne resteras jamais sur la terre ferme.

— Je…

— Ecoute-moi s'il te plait. On n'a pas pu se dire les mots la dernière fois, cette fois j'aimerai que tu m'écoutes vraiment. Je t'apprécie Thomas. Je t'ai aimé, aimé avec un grand A. Nos corps se connaissent, se reconnaissent et savent entrer en symbiose comme ils l'ont démontré l'autre nuit. Mais soyons objectif. On va vivre quelques jours, semaines, mois merveilleux et tout tombera à l'eau. Parce que je n'ai plus cette passion pour toi. Et nous ne pouvons pas vivre que de sexe et de rêves d'un couple assorti. J'ai tourné ça dans ma tête toute la matinée, il faut qu'on passe à autre chose.

Je me tais mais Thomas n'ajoute rien. Il vient de tout encaisser sans me couper la parole et je sais qu'il faut qu'il digère. Je vois des expressions différentes passer sur son visage. C'est la tristesse qui s'impose pour de bon. Ses yeux brillent et je sais qu'il pourrait pleurer. Mais nous sommes des hommes et pleurer ne fait pas vraiment parti de l'image que nous devons donner.

— Tu as quelqu'un d'autre dans ta vie ?

Je reste surpris par sa question.

— Tu as murmuré son nom en dormant.

— Je n'ai personne.

— Menteur. Tu viens de dire qu'on devait arrêter de se mentir. Mais tu te mens à toi-même. Ce Romain, il me semble avoir vu son nom, c'est ton collègue c'est ça.

— Thomas. Je ne sors avec personne. Si c'était le cas, jamais je n'aurai couché avec toi, même bourré.

Il sait que je dis la vérité. Je suis quelqu'un de fidèle. Ses poings se serrent et se desserrent puis se relâchent.

— J'avais de l'espoir.

— Passe à autre chose. Tourne la page. On aurait dû la tourner correctement y a longtemps.

Je me penche et l'embrasse chastement.

— Vis ta vie Thomas.

Je le laisse devant la grande glace et termine le tour de l'aquarium. Lorsque je sors du musée, il pleut toujours à torrent mais un sourire étire mes lèvres. Je me sens tellement plus léger. Je dévale les escaliers aussi vite que me permet ma béquille et cours bêtement sous la pluie. Ça vaut bien un verre.

oOo

— Tu as vu un médecin Alex ?

Emilie me sert un verre sans alcool pour que je puisse prendre mes médicaments. On va éviter l'alcool finalement.

— Si on veut. Ça passera vite t'inquiète.

— Ouais c'est ce qu'on dit tous pour ne pas aller chez le toubib.

Je ris avant d'avaler mes comprimés. Je bois mon cocktail et laisse mon verre à la barmaid. Je rejoins la piste de danse, il y a peu de monde mais j'ai besoin de me lâcher. Et en béquille, il faut mieux que personne ne soit trop près. Mon corps se sent tellement léger. La musique, c'est un très bon exutoire et penser à rien me fait du bien pourtant des images me passent devant les yeux. Des moments de quand j'étais étudiant, quand j'avais des amis, que je faisais des études qui me plaisaient et comment mon petit ami m'a séparé d'eux. Je ne l'ai pas vu arriver, d'abord doucement je passais beaucoup de temps avec lui, puis j'ai commencé à rater les soirées chez Estéban, nos verres aux pizzas bar pour discuter des cours, la remise des diplômes… J'étais stupide. Et malgré la rupture, je n'ai pas cherché à les recontacter. J'ai perdu mon meilleur ami. Même si j'ai retrouvé des amis, une famille à l'Aqua Blue, j'ai fait des concessions que je ne veux plus avoir à donner.

Deux heures plus tard, je suis complètement claqué mais je n'ai pas un gramme d'alcool dans le sang. Je reste avachi contre le comptoir en tournant la cuillère qui se trouve dans mon verre. On s'assoit à côté de moi.

— C'est Emilie qui t'a appelé je suppose ?

— Oui. Je crois qu'elle n'a pas retenu ce que tu lui as dit la dernière fois.

— C'était quoi déjà ?

— Que nous n'étions pas ensemble.

— Du coup tu es mon chaperon c'est ça ?

— On va dire ça alors.

Je lève la main et Emilie nous rejoint. Elle sourit à Romain avant de lui demander ce qu'il souhaite boire. Romain dit qu'il vient juste me chercher et me ramène chez-moi. Je lui donne un coup dans le bras.

— Mais non, il rigole. Apporte-lui un petit cocktail de ton cru.

Emilie lève les yeux au ciel mais sert la commande. Romain la traite de traîtresse. Je rigole et continue de touiller le liquide dans mon verre.

— Tu n'as pas mélangé tes médicaments avec de l'alcool j'espère.

— Tu me prends vraiment pour un débile.

— Non pour un gamin qui fait un peu n'importe quoi.

Je me redresse d'un coup et l'embrasse. J'entends vaguement Emilie avoir un hoquet de surprise mais je crois que le plus surpris c'est Romain.

— Et là, tu crois que je fais n'importe quoi ?

Je reste à quelques centimètres de ses lèvres, ses prunelles perdues dans les miennes. J'essaye de sonder son esprit mais c'est peine perdu. Romain est une personne que je ne comprends pas parfaitement. Et je trouve ça attrayant et mystérieux tout comme la couleur de ses yeux.

— Les médicaments certainement.

Je l'embrasse de nouveau toujours sans échange.

— Je ne crois pas avoir lu ça dans les effets secondaires.

— Ça n'a peut-être cet effet que sur toi.

Je souris et l'embrasse encore une fois mais ma langue quémande l'entrée qu'il m'accorde. Je prends le contrôle du baiser légèrement affamé tout en restant simple. Une danse respectueuse de cette vraie première fois. Quand on se détache l'un de l'autre, c'est le sourire aux lèvres. On s'est cherché un moment. Si Thomas n'était pas revenu dans ma vie, je n'aurai rien vu et j'aurai bien été le seul.

Emilie dépose deux cocktails devant nous, on se tourne de concert pour la regarder sourire.

— Oh et bien ce n'est pas trop tôt. Ça se fête !

Elle sort son téléphone et je lève un sourcil. Qu'est-ce qu'elle fait ?

— Emilie ?

— Oui Alex' ?

— Tu fais quoi ?

— Bah j'envoie un texto.

— Un texto à qui ?

— Bah à tout le monde.

— Tout le monde de quoi ?

— Bah tout le monde. Betsy, Laura, Cath', Max', Edouard, Calie, Mike…

— Tu te fiches de moi.

Je me penche sur le bar pour essayer de lui attraper son téléphone alors que Romain rigole. Elle saute sur place, le téléphone en hauteur et appuie sur la touche. Elle le brandit devant moi en riant.

— Et c'est parti !

Je me laisse tomber sur mon tabouret en ruminant. Romain m'attire à lui et m'embrasse de nouveau.

— Tu sais que demain tu seras sûrement malade, dis-je contre ses lèvres.

— C'est toi qui a commencé.

— Et je recommencerai.

Oh oui. Je recommencerai encore et encore, tant que notre histoire se construira pour le meilleur comme pour le pire. On ne vit qu'une fois. Autant en profiter.

FIN

Et voilà, Aqua Blue c'est terminé.

Merci à ceux qui ont suivi cette histoire.

Si vous désirez continuer l'aventure et avoir les bonus, Aqua Blue est disponible en livre au prix de 8€50.

A bientôt sur une prochaine histoire.