Mon monde m'avait toujours semblé parfait.

Je faisais partie d'une des ces familles où tout semblait aller pour le mieux : un père, une mère, deux beaux enfants et même un petit chat. Nous vivions dans une maison chaleureuse, dans la banlieue d'une petite ville tranquille. Cela faisait maintenant quelques années que nous vivions dans cette maison, et mes parents travaillaient dur pour pouvoir la payer. Bien sûr, ils avaient quelques problèmes de couples, qui restaient évidemment invisibles aux gens de l'extérieur, mais ils n'étaient pas énormes non plus.

Une famille normale en somme.

Dans les derniers temps, cependant, mes parents s'étaient beaucoup disputés, j'avais même eu un peu peur pour eux. Certains de mes amis, au collège, voyaient leurs parents se disputer puis divorcer, et je craignais qu'il n'arrive la même chose aux miens. Ils ne dormaient plus ensemble depuis plusieurs mois. Mon père était reclus dans une chambre aménagée à la va-vite dans la cave et s'y réfugiait presque tout le temps, du moins, lorsqu'il daignait venir à la maison. Il passait son temps à travailler ou chez ses amis et découchait même de temps en temps, lorsqu'il avait un peu trop bu pour conduire. Il semblait triste. Je suis certaine qu'on lui manquait. Mais j'étais trop occupée à lui faire la tête, parce que je voyais que Maman lui en voulait. Au fil des semaines, et des mois, elle se plaignait, le critiquait, et je cautionnais. J'étais d'accord. J'avais 12 ans. Elle souffrait, il souffrait également, et moi, je ne savais pas comment faire, qui supporter. J'ai choisis ma Maman.

Mon père, qui passait de moins en moins de temps à la maison, essayait de se rattraper, de nous emmener en sortie mon frère et moi, mais j'étais mal à l'aise. Je lui en voulais de faire souffrir Maman et pour moi, c'était de sa faute. Alors je n'en profitais pas, et durant tout le temps que duraient ces sorties, je ne pensais qu'à une chose : rentrer à la maison. J'étais terrifiée à l'idée que ma mère puisse penser que je m'amusais avec lui alors qu'elle était fâchée avec lui. Qu'elle puisse penser que je n'étais pas d'accord avec elle. Et mon père, lui, était triste.

Je me demande aujourd'hui encore s'il a pu penser un jour que je ne l'aimais pas.

Je me souviens aussi de cette soirée que l'on a tous passé autour d'un feu. Ma mère, mon frère et moi avions passé l'après midi à jardiner, couper des branches et ranger des bricoles. Les feuilles et branches ramassées avaient servi à alimenter le feu, et, à la tombée de la nuit, mon père nous avait rejoints. Et nous avions passé la soirée là, tous les quatre, autour du feu. Mes parents avaient parlé, beaucoup parlé. Quand il avait commencé à faire un peu trop froid, nous étions rentrés, mon frère et moi, en les laissant au bord du feu. Le lendemain, mon père était revenu vivre vraiment avec nous, et plus seulement dans la cave, il dormait à nouveau avec ma mère. Mes parents semblaient de nouveau amoureux, après s'être fait la tête pendant des mois et je n'avais plus besoin de choisir un camp. J'étais heureuse. Tout était redevenu parfait.

Idyllique.

Jusqu'à ce que mon père ait un accident.