Enfin ! Je retrouve ce que j'avais perdu ! Mon inspiration ! C'est hier, en écoutant une musique, tard le soir que je me suis rendu compte que je pouvais écrire quelque chose dessus. Le titre de cette chanson est le titre de ce petit récit. Mais pour garder le suspense je vous conseille de lire la fic et d'essayer de deviner de qui vient la chanson ! Voilà, c'est tout. Bonne lecture !


L'histoire suivante se passe en l'an 1939, alors que la guerre faisait rage. Cette histoire, c'est celle d'une jeune fille d'une vingtaine d'années, dont le père mourut au front, terrassé par la puissance nazie, tandis que sa mère, dévastée par la perte de son mari, abandonna la jeune fille alors à peine entrée dans l'adolescence. Elle fut recueilli par une femme propriétaire d'une maison close, qui en profita pour la prostituer. Jamais elle ne se plaignit de sa condition, toujours souriante aux hommes venant frapper à la porte de sa chambre afin de chercher un peu de plaisir et de réconfort. Son caractère souriant et son métier peu plaisant lui valurent alors son surnom : « La fille de joie ». Lorsque les 20 premières années d'une de ses filles sont passées, la matriarche leur propose un marché : Partir ou rester. Mais ce choix est définitif. La fille de joie décida de partir, pensant se libérer de ses chaines. Elle parti donc de la maison close avec le peu d'affaires lui appartenant en quête d'un véritable métier. Malheureusement, sa réputation et son prestige la suivirent où qu'elle aille, et, sous peine de se retrouver affamée à dormir sous un pont, elle dut recommencer à vendre son corps contre quelques maudis francs.

Tous les jours, c'était la même routine : Le matin, dans la chambre de bonne qu'une grand-mère vivant seule avait bien voulu lui louer, elle se faisait le plus belle possible afin d'attirer la meilleure clientèle. Celle-ci le lui rendait bien, d'ailleurs, car elle lui remplissait son bas, lui permettant de vivre, sans être aisée, mais sans être dans le besoin non plus. Alors, tous les jours, aux alentours de neuf heures, elle descendait, et s'éloignait de son domicile, afin de se rendre sur son lieu de « travail ». Les visites qu'elles recevaient commençaient dès son apparition, alors que quelques vieux bidonnants se battaient comme des chiffonniers pour savoir qui aurait le droit de profiter de ses services en premiers, et finissaient aux alentours de vingt-trois heures, heure où de généreux hommes comblés tentaient de la persuader de la ramener chez elle. Mais tous les soirs elle refusait, prétextant toujours qu'elle avait quelque chose à faire. Et tous les soirs, elle s'en allait à son tour, marchant rapidement du fait de la fraicheur de l'heure avancée de la nuit et arpentant les rues adjacentes, afin de se retrouver face à l'enseigne d'un bal du faubourg. Alors qu'elle entrait, une douce chaleur l'envaït, tandis qu'une musique entrainante murmurait à ses oreilles. Alors, comme tous les soirs, elle se rendait à une table proche de la scène, s'asseyait et écoutait la personne qui jouait. C'était un homme. Son homme. Un artiste de surcroit. Un accordéoniste qui, tous les soirs, et juste pour elle, jouait la Java.

Cette musique, bien qu'extrêmement entrainante, ne sut comment faire pour que la jeune prostituée se lève et se mette à danser vigoureusement. En effet, sa seule envie était d'écouter la Java, et rien d'autre. Elle ne cherchait pas à la danser, malgré les nombreuses mains tendues qui l'invitaient à aller danser. Et elle refusait à chaque fois. Elle ne regardait même pas la piste. La seule chose qui comptait était les doigts secs et longs de l'artiste se déplaçant avec grâce sur son instrument qu'elle suivait de ses yeux amoureux. Cette musique la mettait hors d'elle, lui insufflant milles et unes sensations. Cette mélodie lui rentrait par le pieds, ressortait par la tête et lui procurait de nombreux frissons lors de la traversée de son corps. Aussi, ce concert de notes mélodieuses lui donnait terriblement envie de chanter, une envie incontrôlable et irrépressible qui la poussait à se tendre sur sa chaise et retenir son souffle jusqu'à ce que les mains de son homme arrêtent cette douce torture.

C'est ainsi que tous les soirs, elle rentrait chez elle, heureuse et prête à supporter une nouvelle journée de prostitution dans l'espoir de revoir son homme jouer le soir dans ce bal. Mais c'est alors que vint le moment tant redouté des adieux. Un soir, son homme, après une mélodie langoureuse, l'emmena dans un coin du bal, et lui annonça les mots qui lui brisèrent le cœur : il avait été recruté soldat et partait le lendemain pour le front. Ces mots furent les premiers à briser son sourire, et alors qu'elle fondait en larmes, son artiste lui comptait monts et merveilles, lui parlant de leur futur, un futur où lorsqu'il sera revenu de la guerre, ils prendront une maison, où ils monteront leur commerce, où elle sera la caissière et lui le patron. Que de mots pour une vie future, un avenir radieux où tels des pachas, il jouera tous les soirs, pour elle, la Java.

Alors, le flot de larmes se tarissant enfin, elle parti et se rendit chez elle. Et comme si de rien n'était, elle recommença à vendre son corps dès le lendemain, souriant aux passants et clients. Mais quelque chose avait changé, son sourire était plus terne, fade et son rire était plus rare. Et comme tous les soirs, elle se rendit au bal, pensant retrouver son accordéoniste, mais rien n'y fit. Il n'y était pas, et, à la place, se dressait un autre homme, un accordéoniste, qui jouait lui aussi la Java. Alors elle s'assit, et recommença son rituel. Elle regarda à nouveau les doigts secs et longs de l'artiste, pensant reconnaître ceux de son homme, elle continua à refuser les mains tendues qui l'invitaient à danser, et elle alla même jusqu'à fredonner cette douce balade. Et la musique lui fit le même effet que lorsque son homme la jouait : elle l'électrisait, la rendait folle, l'emplissait de sensations. Elle rentrait dans sa peau par le bas, par le haut, et son corps continuait de se tendre, son souffle restait éperdument suspendu jusqu'à la fin de la mélodie.

Mais un jour, en rentrant chez elle, la propriétaire l'attendait. Elle avait dans sa main une lettre cachetée de l'armée. Alors même sans savoir ce qu'elle contenait, la fille de joie tomba et déversa toutes les larmes de son corps. La propriétaire, accablée par tant de chagrin la soutint et l'emmena chez elle. Elle lui lut alors la lettre à voix haute. Cette lettre annonçait la mort d'un soldat. Son soldat. Son accordéoniste. Pendant des jours elle arrêta de vendre son corps, pleurant toutes les larmes qu'il lui était possible de faire couler. Puis, lorsque l'argent vint à se faire manquer, elle dut retourner travailler. Malheureusement, sa clientèle l'avait désertée, pensant qu'elle s'était définitivement arrêtée, et les quelques uns qui restaient ne voulaient plus d'elle, car son sourire avait disparu. Mais plus rien n'importait pour elle. Elle pouvait mourir que cela lui était égal. Son homme avait disparu et ne reviendra plus, emportant avec lui toutes les promesses d'une vie nouvelle, emportant avec lui tous ses beaux rêves. Alors à la fin de la journée, elle partit inconsciemment, ses jambes tristes la portant au boui-boui du coin, là où un autre artiste jouait la Java toute la nuit.

Elle se rendit donc devant la scène, proche de l'artiste et s'assit à côté de lui, l'écoutant jouer. Elle ne pouvait plus faire que ça. Alors la Java, elle l'écoutait sans vraiment l'entendre, la fredonnait sans vraiment la chanter, fermait les yeux afin de revoir son artiste et sa musique entrainante, palpitante, électrisante, dévorante, épuisante. Alors, pour oublier, elle se leva, contourna la table et monta les quelques marches menant à la scène. Et elle s'est mise à danser, à tournoyer, à voler dans les airs, à se déchainer sur la piste au son de la musique. Malheureusement pour elle, le surplus d'émotions et de sensations l'entrainèrent dans une valse sans fin où elle s'effondra de la scène, emportée par une crise cardiaque.


Alors ? Avez vous deviné ? Je ne vous donne pas la réponse tout de suite, j'attends les reviews pour voir si ce que j'écris est suffisamment proche de la chanson en elle-même. En tous cas, merci d'avoir lu !