Et voici le chapitre 4. Allant être en mode beta lectrice au moins jusqu'au 10 juin, il faudra attendre un peu pour le chapitre 5. Bonne lecture :)


IV

Lorsqu'il arriva chez lui, un petit appartement près de la place Clichy, grimpant les escaliers, Erouan su tout de suite que quelque chose était différent. Il n'y avait rien de concret pourtant, juste une ambiance, une impression…Mais il eu la confirmation quand il tourna la clé dans la serrure que quelqu'un était entré chez lui. D'abord, la porte n'était pas fermée de la même manière, et puis il y avait un parfum qui s'était répandu dans tout l'appartement.

Cette odeur il l'aurait reconnue entre toutes.

Il posa ses clés dans le petit panier, et referma la porte. Un autre jeu pendait déjà dans la serrure de l'autre côté. Il avança avec précaution.

L'appartement était silencieux. Dans le salon tout était en place, seul un sac de voyage trônant au milieu du passage avait fait son apparition. Erouan continua son inspection. Le reste de l'appartement était vide. Il se dirigea vers la chambre et ouvrit la porte. Les volets étaient fermés et dans le lit on distinguait une silhouette. Erouan alluma l'interrupteur et la lumière crue du plafonnier se déversa dans la pièce.

Un homme était allongé sous les draps. Il gémit sous la lumière et ouvrit les yeux. Il prit le temps de s'habituer à la luminosité et regarda Erouan qui l'observait, le regard dur. Un sourire apparut aux lèvres de l'intrus.

— Salut.

— Qu'est ce que tu fais là ?

Malgré le ton froid d'Erouan le sourire de l'autre ne disparut pas.

— Eh bien je dors. Je suis en plein jetlag, complètement décalé.

Prouvant sa bonne foi, il se mit alors à bailler à s'en décrocher la mâchoire. Erouan croisa les bras contre sa poitrine.

— Ca ne me fait pas rire Matt. Qu'est ce que tu fous ici, chez moi ?

— C'est également chez moi.

— C'était il y a plus de 3 ans je te signale.

— Et c'est pour ça que tu devrais me souhaiter la bienvenue au lieu de tirer cette tête.

Erouan lâcha un profond soupire d'agacement pur. Mattéo était toujours aussi inconséquent, comme si un simple de ses sourires suffisait à résoudre tous les problèmes du monde.

— Tu n'as plus rien à faire ici et nous n'avons plus rien à faire ensemble.

— Alors pourquoi tu n'as pas déménagé ? Ta sœur est dans l'immobilier, tu aurais facilement pu trouver autre chose qui ne t'aurait pas rappelé mon existence.

Erouan leva les yeux au ciel.

— C'est vrai, j'oubliais que le monde tournait autours de ta petite personne.

— Pas le monde Erouan, juste toi.

Mattéo eut un petit rire et secoua la tête.

— Je suis à peine rentré…est ce qu'on peut attendre un peu avant de se disputer ?

— Tu n'es pas rentré Matt, il est hors de question que tu restes ici. Tu as disparu du jour au lendemain, et tu voudrais que je t'accueille comme ça, le plus naturellement du monde ?

— Je n'ai pas disparu, j'ai voyagé.

— Sacré différence en effet ! Trois ans d'absence sans aucune nouvelle, et selon toi il suffit que tu te pointes la bouche en cœur pour qu'on reprenne les choses là où elles en étaient ?

Une lueur de douleur passa dans le regard d'Erouan.

— Je suis fatigué, je vais prendre une douche. Et quand j'aurai fini, je veux que tu sois parti.

Mattéo le regarda sortir de la chambre. Son sourire s'était effacé à présent, son regard se fit sérieux.

Dans la salle de bain, Erouan alluma le jet d'eau à fond et se déshabilla le temps qu'elle chauffe. Les larmes coulaient le long de ses joues, ses poings crispés le long de son corps. Les sentiments se mélangeaient dans sa tête. Il était heureux de revoir Mattéo, de savoir qu'il allait bien mais dans un même temps il se souvenait de toute la souffrance qu'il avait éprouvée il y a trois ans, quand ce dernier était parti, le laissant seul.

Il entra dans la douche et laissa l'eau couler sur lui. Derrière la porte vitrée, il entendit celle de la salle de bain s'ouvrir. Son cœur fit un bon. Erouan s'attendait à ce que Mattéo soit parti. Il perçu le bruit de la porte que l'on referme, et la respiration de son ancien compagnon.

Erouan savait qu'il cherchait ses mots. Mattéo n'avait jamais été doué pour reconnaître ses torts il préférait prendre les choses avec humour. Mais parfois, comme maintenant, il redevenait sérieux.

— Je voulais faire ce voyage, je devais le faire et toi tu n'étais pas prêt à tout quitter et partir avec moi. Alors j'ai pris la décision pour nous deux… Je suis désolé si je t'ai blessé.

De l'autre côté, Erouan garda le silence. L'eau coulait toujours, mais il n'y faisait pas attention, concentré sur la présence de Mattéo.

— Erouan, s'il te plait, dis quelque chose…

Le silence s'éternisa. Mattéo se dirigea vers la porte de la salle de bain, s'apprêtant à ressortir.

— Bon…

— Tu restes combien de temps cette fois ?

Mattéo se figea. Un léger sourire apparut au coin de ses lèvres.

— Je ne repars plus. Mon voyage est fini.

Un souffle qu'on relâche se fit entendre de l'autre côté. Mattéo quitta le pas de la porte et revint vers la douche. Il ouvrit alors le panneau. Erouan le fixa de son regard vert.

— Je te préviens, si tu repars…

Mattéo eut un petit rire.

— Je sais.

Il entra à son tour sous la douche et referma la porte. Dans l'espace étroit, il était presque collé à Erouan, leur deux corps contrastant encore plus que par le passé. Le voyage de Mattéo avait renforcé la carnation dorée de sa peau quand celle d'Erouan avait gardé cette blancheur que seules les peaux blondes pouvaient avoir.

Mattéo se colla un peu plus et ses mains vinrent effleurer les joues d'Erouan.

La peau sombre d'un métissage, les cheveux bruns et les yeux d'un noir profond, tout était pourtant lumineux chez Mattéo dont le regard brillait toujours, prêt à rebondir à chaque mot de son interlocuteur, attirant les gens à lui.

D'abord stoïque, il l'observa, le laissant faire, puis ses mains vinrent se poser sur les hanches de Mattéo.

Au contraire, Erouan était d'un blond presque scandinave et avait la peau tout aussi claire. Malgré ses yeux verts, son regard était toujours sombre, son caractère taciturne maintenant les gens à distance.

Mattéo se laissa aller dans les bras d'Erouan et passant les bras autours de son cou, vint l'embrasser.

Dès leur première rencontre ils avaient été les deux faces d'une même pièce.

§

— Ni plus ni moins que pour la précédente victime.

Penché sur l'un de ses microscopes le docteur Plast parlait tout en observant l'un de ses échantillons. Erouan soupira.

— Donc nous n'avons toujours aucune piste. Il pourrait tout aussi bien s'agir d'une maladie, que d'un accident…

— Sauf que vous ne croyez pas à ces possibilités, n'est ce pas inspecteur Portuis.

— Non en effet. Les maladies n'apparaissent pas comme par enchantement et de façon aussi rapprochées et je ne vois pas quel genre d'accident pourrait provoquer une telle mort, et dans des circonstances aussi similaires…

— Vous avez raison inspecteur on ne meurt pas d'un éclatement du tronc cérébral et de l'hypothalamus comme on meurt d'une rupture d'anévrisme. C'est la première fois que je vois de tels cas dans ma carrière.

Le médecin légiste se redressa et se tourna vers Erouan. Il prit le temps de retirer ses petites lunettes et de se masser l'arrête du nez.

— J'ai fais quelques recherches. Savez-vous à quoi servent le tronc cérébral et l'hypothalamus ?

Le docteur fit signe à Erouan de s'asseoir alors que lui même se dirigeait vers un mur où des radios étaient accrochées. Il alluma le moniteur et l'ont pu voir en contre jour des radiographies de cranes et de cerveaux.

— Eh bien voici à quoi ressemble un cerveau humain en bonne santé. Dans un premier temps, le tronc cérébral. Il se trouve ici.

Il pointa à l'aide de son stylo une zone entre la moelle épinière et la base du cerveau.

— Il se forme de trois parties dont je vous éviterai les noms compliqués. Mais ce qu'il faut savoir, c'est l'utilité de cette petite chose. Le tronc cérébral participe au contrôle de la respiration, de la fréquence cardiaque et de la pression sanguine. Le tronc cérébral sert également de relais dans la transmission des informations du cerveau au corps ainsi que dans la régulation de l'éveil et du sommeil.

Erouan écoutait avec beaucoup d'attention ce que lui disait le médecin légiste, cherchant une piste à son enquête.

— Bien passons maintenant à l'hypothalamus.

Le médecin légiste désigna cette fois une zone située au milieu du cerveau.

— L'hypothalamus est lui aussi très important. Il relie le système nerveux et le système endocrinien. Pour faire simple, il régule les fonctions vitales, telles que la faim, la température corporelle ou le sommeil et il joue également un rôle dans le comportement et les émotions.

Erouan acquiesça une nouvelle fois.

— Très bien. Et dans le cas de nos victimes, ces deux parties du cerveau ont littéralement implosées.

— C'est exact.

Le docteur Plast lui montra alors les radiographies des cerveaux des deux victimes.

— Il ne reste rien, ni de l'hypothalamus, ni du tronc cérébral. Cependant, toutes les autres parties du cerveau sont intactes. Aucun dommage ni dans le cerveau, ni dans le reste du corps. Sans ces deux éclatements, ils sont en parfaite santé.

— Alors quoi ? Qu'est ce qui a pu causer ça chez eux ?

Erouan se leva et déambula dans la pièce autours du médecin légiste qui l'observait en silence.

— Les deux victimes sont mortes dans les mêmes conditions. L'un a été retrouvé assis à son bureau, l'autre allongée dans son lit, mais tout semblait croire qu'elle dormait…

Erouan se stoppa et regarda le docteur Plast.

— Dormir. Vous m'avez bien dit que le tronc cérébral tout comme l'hypothalamus jouaient un rôle dans le sommeil ?

Le docteur acquiesça.

— Tout à fait.

Erouan se passa une main dans les cheveux, son esprit réfléchissait à plein régime.

— Et les ampoules, qu'est ce que ça a donné ?

— Malheureusement rien. Elles ne contenaient ni liquide, ni gaz, ni corps physique apriori.

Erouan soupira.

— Merde ! Pourtant les deux victimes les ont utilisées. Elles devaient donc forcément contenir quelque chose. Un nouveau médicament ou bien une nouvelle drogue… Quelque chose qui aurait des effets sur le sommeil…

— C'est plutôt faible comme piste.

— Mais c'est la seule que nous avons pour le moment. Je dois également interroger le manager de la dernière victime. Il pourrait savoir quelque chose à propos de ces ampoules.

Le docteur acquiesça.

— J'ai lancé une recherche pour connaître leur provenance. Je vous tiendrai au courant dès que j'aurais du nouveau.

— J'espère que ça donnera quelque chose car il s'agit de notre seule piste pour le moment.

Erouan récupéra la veste qu'il avait posée au portemanteau en entrant puis sortit. Dehors le temps était gris et une légère bruine tombait. Il releva le col de son manteau, ressassant les faibles pistes avec lesquelles il repartait. Ce qui était sûr c'est que son enquête n'avancerait pas tant qu'il n'aurait pas interrogé Gérard Sebatier, le manager. Une convocation lui avait été envoyée, il ne restait plus qu'à attendre de voir si l'homme se présenterait et dans le cas contraire…il passerait de témoin à suspect.

Alors qu'Erouan déambulait dans les rues de Paris pour revenir au quai des orfèvres, son esprit dériva à Mattéo et son retour. Ce dernier avait réussi à l'amadouer comme toujours. En trois ans, il avait réussi à l'oublier, à passer à autre chose mais ce retour impromptu ainsi que la façon dont ils avaient célébré leurs retrouvailles lui prouvaient que Mattéo lui avait toujours manqué et qu'ils étaient toujours aussi amoureux l'un de l'autre.

Un sourire s'afficha sur le visage d'Erouan, mais il se força à le chasser. Mattéo venait à peine de rentrer et celui-ci pouvait tout aussi bien disparaître à nouveau, bien qu'il jure le contraire. Erouan se devait de rester sur ses gardes, ou bien c'est lui qui souffrirait à nouveau.

Et puis il devait se concentrer sur son enquête. C'était un vrai sac de nœuds dont il venait à peine de trouver un fil. Restait à tirer dessus pour voir ce que ça donnerait.

A suivre sur mon site en attendant la publication complète du chapitre...