Disclaimers :

Tout est à moi.

Notes :

Ma première saynette. Mon premier essai au théâtre. Ca date d'il y a deux mois environ, et pour tout dire j'en suis plutôt fière ! J'ai eu l'idée d'écrire ça parce que j'ai trouvé la section française de théâtre de FictionPress particulièrement bonne, et toutes vos oeuvres m'ont énormément inspirée. Merci.


.: ANGÉLIQUE :.


La scène sans élément de décor. Une jeune femme avec juste ses sous-vêtements, un corps trop pâle et des yeux trop bleus. Elle regarde un point au loin dans les coulisses.


ANGÉLIQUE : Tu te souviens dit ? Tu te souviens, quand on s'est embrassé la première fois. Tu m'avais dit que mon prénom il était beau. Angélique. Tu avais dit que c'était comme les anges. C'était guimauve et ça m'avait fait rire. Ce qu'on était bête alors. Et puis on avait fait l'amour, c'était tout chaud, je sentais ton cœur qui battait dans mon ventre.
Un silence.
ANGÉLIQUE : Et puis tu es sorti du lit, j'ai pleuré. Tu m'as dit qu'il ne fallait pas. Ca m'a fait peur. Je sais pas pourquoi, ça m'a fait peur, mais je suis bizarre tu sais. A sourire quand j'ai mal. C'est pour ça que je grimaçais quand on baisait.
Elle secoue la tête.
ANGÉLIQUE : Non. Baiser c'est pas bien. Baiser c'est un mot de pute tu vois. Faire l'amour c'est mieux parce que ça fait tout doux. Mais je l'aime bien quand même, parce que je suis bizarre tu sais. A grimacer quand je vais bien, tout ça, tu sais...
Elle détourne les yeux et regarde le public.
ANGÉLIQUE : Et puis je vois pas pourquoi je te parle alors que t'es pas là. Mais regarder le vide dans les yeux, ça donne l'impression que t'es plus proche. On jouait à ça quand on était petit, tu te souviens, la bataille de regards. Celui qui baisse les yeux le dernier a gagné. Tu étais nul. Maintenant que tu n'es pas là, je perds tout le temps. Il faut dire que face au vide, c'est dur de gagner. Un jour j'y arriverai, et ce jour-là, je lui demanderai de te ramener. Il n'avait qu'à pas perdre.
Elle regarde de nouveau dans les coulisses, elle noue ses mains.
ANGÉLIQUE : Dis, dis, tu sais pourquoi je suis habillée comme ça ? Mais si. Tu disais que les bonnes sœurs c'était le diable déguisé, qu'elles cachaient leurs mensonges sous leur soutane. C'est pour ça qu'on fait l'amour tout nu, c'est pour être sûr qu'on ment pas. Moi j'avais pas de secrets à cacher. Elle prend une voix de petite fille triste. Moi j'étais toujours à poil.
Elle va à petits pas dans la pièce et ouvre une commode que l'on n'avait pas vu. Elle en sort une corde.
ANGÉLIQUE : Toi tu avais des fantasmes bizarres. Je ne dis pas ça pur être méchante. Je ne serai jamais méchante ! Mais toi tu as voulu m'attacher au lit. Et puis, à cause de mes yeux qui brillaient trop, tu m'as menti en me disant que c'était pour que je ne m'en aille pas et que je reste avec toi pour toujours. Ce soir-là, quand on a fait l'amour, t'avais encore ta chemise. Je ne me souviens plus si j'étais la seule à me mettre nue.
Elle revient à grands pas au centre de la scène. Elle semble tout à coup très en colère.
ANGÉLIQUE : Enfin zut ! Zut ! Tiens, ça aussi c'est pas juste, moi je disais zut crotte flûte, et toi tu disais merde. Moi je pouvais pas dire merde. Tu disais que j'avais une trop jolie bouche. Après j'ai plus su comment jurer ! C'est très important de jurer ! Et de faire des promesses, aussi, tiens !
Brusquement, elle éclate en sanglots.
ANGÉLIQUE : Toi tes promesses tu les tenais pas. Enfin si, je sais plus... (Elle renifle.) Je crois que je t'en veux. Je crois que je t'en veux de pas être derrière ce rideau à m'entendre dire toutes ces conneries sans rien protester. Tiens, t'as vu ? J'ai dit connerie. Ca prouve que c'est vraiment une grosse connerie de t'en vouloir...
Elle va près du rideau et l'effleure.
ANGÉLIQUE : Tu sais quoi ? Je vais me laisser tomber. Ma tête éclatera par terre. Ce sera beau, tout rouge, à l'image de mon amour. Tu sais quoi ? Je vais me laisser tomber, et toi aussi tu vas me laisser tomber. Le monde est bien fait, non ? Dis... Un jour, peut-être que j'arriverai à ne pas chanter faux cette chanson d'amour.
Elle contourne le rideau, s'en approche le plus près possible. Pourtant on l'aperçoit encore.
ANGÉLIQUE : Le vide, tu sais, le vide... A la bataille de regard, j'ai gagné.
Quand elle tombe, deux bras la rattrapent.

Rideau.