Note de l'auteur :

Voici une petite nouvelle que j'ai écris ce matin. Ce n'est pas vraiment une histoire en fait. Ca relate de ma vision du monde dans lequel on vit, clairement une critique en fait. Dans mon esprit c'était comme une lettre laissé par une suicidée (Jenna), expliquée par le narrateur.

Bonne lecture !


Dénoncer le monde


On peut passer sa vie entre deux. A être perdu. A s'interroger sur ce qu'est la vie, ce qu'elle nous apporte. A se demander si, au fond, ça vaut le coup. Quand on y pense, qu'est-ce que c'est ? Quelques dizaines d'années passées à travailler, souffrir, être trahis, être malade, tout ça pour quelques minutes de bonheur tous les trente-six du mois ? En quoi ces quelques minutes sont-elles suffisamment importantes pour que le monde entier se les arrache ? Pourquoi tout le monde veut vivre aussi longtemps que possible, quelqu'en soit les conditions, simplement pour en avoir quelques unes supplémentaires ? Où est le but ? On ne peut qu'en conclure que l'espèce humaine est la plus paradoxale et la plus étrange de l'univers. Ils ne veulent pas mourir et pourtant ils tuent et détruisent sans arrêt. Dans nos rêves oui. Ils s'entre-tuent chaque jours pour des broutilles et pourtant ils clament hauts et forts des concepts tels que « solidarité » ou « équité ».

« Liberté, égalité, fraternité » n'a jamais été aussi faux que de nos jours. Quand on y regarde bien, de quoi sommes nous libres ? Nous sommes sans cesse surveillés, enregistrés, regardés, jugés, les lois sortent de nul part nous imposant de plus en plus de restrictions pour favoriser un système qui a dépassé le stade du capitalisme tellement il est extrême. On nous dit que notre liberté s'arrête où commence celle d'autrui. Le problème c'est que maintenant, étrangement, nous avons de moins en moins de liberté, tout comme autrui. Avant, il y avait la liberté d'expression, aujourd'hui il y a les pots-au-vins, les menaces, les ordres, les restrictions budgétaires, les camouflages et les dénis politiques. Avant il y avait la liberté d'Internet, aujourd'hui il n'y a plus que des lois toutes plus absurdes les unes que les autres, qui protègent les criminels et condamnent les innocents et les petits délinquants de fortune. Avant on avait la liberté d'être qui on voulait, tant qu'on s'en donnait les moyens, maintenant nous devons tous porter ce masque pour la société, pour être accepté, pour se fondre dans le lot et « réussir sa vie », d'une façon qui nous plaît ou non. Pas étonnant que les psychotiques soient de plus en plus nombreux et les crimes de plus en plus horribles, qui pourrait supporter tant de conflits internes ?

La fraternité... encore un grand concept qui fait rêver. Une nation solide, unie, qui fait front ensemble contre l'adversité, qui s'entre-aide dans les coups dur et se congratule dans les moments de réussite. C'est une utopie. Le monde n'est pas solidaire, la fraternité c'est qu'un concept abstrait fait pour tisser de belles histoires dans les livres et les journaux pour donner à l'humanité un semblant de raison d'exister, pour atténuer la culpabilité issue de centaines d'années d'esclavages, de guerres, de massacres, de trahisons, de mensonges, de négligences et d'escroquerie. La fraternité, ça n'existe pas, c'est chacun pour soi, ça l'a toujours été et ça le sera toujours.

Quant à l'égalité, ça doit être le plus drôle au fond. On se clame « tous égaux en droit », quelle blague. Comme si l'égalité existait encore de nos jours. La seule chose qui existe, au contraire, c'est l'inégalité. Que ce soit au niveau économique, social, professionnel, familial, culturel, psychologique, philosophique, médical ou tout ce que voudrez, la seule chose qui règne c'est l'inégalité. Nous vivons dans un monde ou des riches qui peuvent se permettre de s'acheter des bracelets à 35 000 dollars et s'essuyer les fesses avec du PQ en or vivent à côté de bidonvilles dans lesquels les gens meurent de faim et meurent d'infections qu'ils n'ont pas les moyens de soigner. Nous vivons dans un monde où les gens préféreront brûler une tonne de nourriture plutôt que de laisser les sans-abris la prendre. Nous vivons dans un monde où certaines personnes reçoivent des aides qui leur permettent de vivre comme des rois ou presque alors que d'autres se débrouillent avec ce qu'ils ont et se tirent à peine de la misère. Nous vivons dans un monde où certains lavent leur terrasse par jour de grande pluie alors que des enfants meurent de soif tous les jours. Nous vivons dans un monde où nous avons peur d'aider les autres parce qu'on pourrait tomber sur un malade qui nous trancherait la gorge ou nous dépouillerait, parce ça pourrait se retourner contre nous et on finirait devant un tribunal avant de passer à la fouille corporelle intégrale d'une prison mal entretenue. Nous vivons dans un monde où on jugera les apparences avant toute chose, un monde où un individu gros sera pointé du doigt et moqué, exclu à cause de sa différence alors que les individus dans la norme seront l'objet de tous les fantasmes, ironique quand on sait que ceux qui crèvent de fin dans les « pays en développement » donneraient tout pour être gros. Nous vivons dans un monde où on préfère laisser des pays dans la misère, les laisser « en développement » plutôt que de les aider et de risquer de leur permettre de nous dépasser. Nous vivons dans un monde où les gens « importants » retrouvent leur mp3 volé et envoie le coupable en prison alors que l'individu « lambda » pourra toujours se gratter pour obtenir l'attention des policiers. Nous vivons dans un monde où nous nous inquiétons de savoir ce que Paris Hilton a mangé, de la dure rupture de Rihana et des goûts fâcheux de Kim en matière de mode alors que tout près de nous se trouvent des gens qui vont être être exclu de chez eux, vont voler le PQ au travail parce qu'ils doivent choisir entre ça et un paquet de pâtes et qu'ils n'ont pas fait de shopping depuis des années. Nous vivons dans un monde où une femme qui couche tous les soirs sera une putain alors qu'un homme n'en faisant ni plus ni moins sera le plus grand tombeur du siècle, un champion. Nous vivons dans un monde où nous nous soucions des gens qu'on dit importants, des stars des personnes célébres et qu'on délaisse nos voisins. Voici, chers amis, ce qu'on fait de l'égalité au 21ème siècle.

Nous vivons dans un monde où il ne faut pas être différent parce que c'est mal, c'est dangereux. Ayez la tête rouge ou verte, portez des vêtements très flashy, faites en qu'à votre tête, mâchez du chewing-gum comme une vache, chantez à tue-tête dans le bus, ayez des piercing ou des tatouages. Sur le coup, on vous appréciera pour votre originalité, vous attirerez les regards. Mais on ne vous prendra jamais au sérieux, nous ne serez jamais vraiment apprécié pour ce que vous êtes vous serez simplement le petit rigolo de la ligne 57, la petite nana du centre commercial, le punk de la fac. Et inutile de vous voiler la face, tôt ou tard vous direz adieux à votre originalité parce que vous ne pourrez aller nul part avec elle. Si vous avez un piercing ou un tatouage qu'on peut voir, on pourra refuser de vous embaucher, ayez des cheveux un peu fantaisiste et on vous demandera de vous en occuper parce que « ça fait tâche », soyez un peu trop joyeux et expressif et on vous dira de mesurer votre enthousiasme, d'être sérieux car vous êtes un adulte maintenant et que ce n'est pas un jeu.

Mais ce qui est encore le plus difficile, ce sont les différences de sexe. Quelque soit votre sexe, vous devez vous en tenir à votre rôle défini par votre stéréotype de base. Les femmes conduisent mal, elles sont hypersensibles et de vraie pipelettes, elles font le ménages, la nourriture, elles s'occupent des enfants, elles se prostituent, elles restent à la maison. Les hommes sont des tombeurs, des costauds qui ne pleurent jamais, ils aiment le foot et les voitures et il faut faire attention avec les enfants parce qu'ils pourraient être des pédophiles. Les stéréotypes nous conditionnent, ils définissent notre comportement à toute heure de chaque jour, ils définissent ce que nous sommes, ce que nous pensons, ils nous dictent avec qui être ami, quoi dire, quoi faire, quoi aimer ou détester. Ils définissent le monde. C'est pour ça que c'est marrant de voir un homme en « femme de ménage » et étrange de croiser une femme « mécanicien ». Pour ça qu'un arabe ou un noir nous semblera plus supicieux qu'un blanc dans une ruelle tard le soir. Pour ça également que les femmes peinent à se faire accepter dans les forces de l'ordre ou l'armée et pour ça que les hommes traînant autour d'une école semblent toujours suspicieux. On ne pense jamais qu'une femme pourrait être tout autant dangereuse, qu'elles peuvent être aussi fortes, voir plus fortes, que certains hommes, que certains hommes peuvent aimer la mode sans pour autant entrer dans la case « homo ». D'ailleurs, la preuve en est que la nouvelle génération porte un intérêt incroyable dans leur apparence, dans la mode et les tendances : ray-ban, converse ou nike, levi's qui descend sur les fesses avec le caleçon bariolé, gel... Si on se fiait à leur goût pour la mode, les garçons de la nouvelle génération seraient tous homo. La bonne nouvelle serait que ce serait peut-être enfin la fin du monde qu'on attend toujours.

Au fond, la fin du monde, ça ne serait pas si dramatique. Au contraire. Les gens ont toujours peur de mourir, ils semblent oublier que c'est là tout le but de la vie, la seule chose immuable pour tous. La seule chose qui change c'est le temps que la mort met à nous attraper et la façon dont elle le fait. C'est deux choses sont ce qui nous rend inégaux, parce que certains pourront doubler leur espérance de vie et avoir les meilleurs médecins ou des gardes corps, alors que d'autres devront prendre le métro à des heures tardives, faire des métiers dangereux, aller chez le médecin une fois tous les dix ans et finir par être si déprimé qu'ils rejoindront la mort d'eux mêmes ce qui lancera, quelques temps, un élan de sympathie, d'inquiétude et de doute chez quelques personnes, qui sera vite balayé par les problèmes de la vie quotidienne. En fait, le monde mérite de toucher à son terme. Ou plutôt, l'espèce humaine mérite d'être exterminé. Pas juste quelques individus choisi arbitrairement par quelques malades obnubilés par l'équité et la justice alors qu'ils ne font que créer de d'inégalité et de l'injustice : nous sommes une espèce paradoxale.

L'espèce humaine dans sa globalité, sans différence de sexe, de race ou d'intelligence, n'a fait que tout détruire sur son passage. Nous sommes une espèce égoïste et mauvaise. Nous pensons que l'être humain est le centre de l'univers, que tout se rapporte à nous, que nous sommes ce qu'il y a de plus précieux dans ce monde, dans cet univers même, que nous devons à tout prix protéger la vie humaine, quelque qu'en soit le prix ou la méthode, même si ça veut dire détruire d'autres espèces. Les humains ne sont que des animaux enragés qui détruisent tout et prennent ce qu'ils veulent sans autre considération. « J'ai faim », allons tuer un petit bambi que nous avons domestiqué avant de le lâcher en liberté pour l'abattre au moment où il retourne au bercail. Un sac vous ennuis dans votre voiture, jetons le par la fenêtre, ce n'est pas comme si un animal pour s'y retrouver piégé et y mourir ou que ça pouvait nuire à l'environnement de notre planète. Oh, il sont marrant les animaux que ce cirque maltraite pour notre plaisir, quoiqu'il sont un peu moches avec leur côtes qui dépassent et leur poil crasseux. Ils sont chanceux ces animaux mis dans cette cage de quelques mètres carré, ils auraient pu mourir là dehors, ils sont bien mieux ici où ils voient passer milles visages plus grotesques les uns que les autres toute la journée.

Qu'est-ce qui est mieux ? Mourir libre ou vivre enfermé ? La chose la plus hilarante au monde c'est que la plupart des êtres humains vous dirons qu'ils préfèrent vivre enfermés, parce que tant que y a de la vie, y a de l'espoir. Ce qu'ils ne réalisent pas c'est qu'ils sont déjà enfermés dans leur société maniaque du contrôle et des apparences, alors forcément ils ne voient pas de différence entre être emprisonné et la vie quotidienne. Ils préfèrent vivre enfermés, voir même souffrir, plutôt que de mourir. La grande question, à laquelle il est difficile de trouver une réponse rationnelle, c'est de comprendre pourquoi. Pourquoi les êtres humains ont-ils si peur de la mort ? Pourquoi sont-ils prêt à tout pour l'éviter à tout prix ? Pourquoi sont-ils si égocentriques qu'ils ne peuvent se soucier de quelqu'un d'autre qu'eux mêmes pendant plus d'une minute ? Pourquoi, alors qu'ils ont si peur de la mort, ne font-il rien pour changer leur mode de vie ?

Ah, cette dernière est relativement facile en fait. Les êtres humains veulent le beurre et l'argent du beurre, depuis la nuit des temps, tout est dans le paradoxe : je ne veux pas mourir, mais je veux continuer à fumer mes trois paquets de clopes par jour, boire comme un trou tous les jeudi, vendredi et samedi soir et prendre un peu de coke ou de haschisch de temps en temps pour me détendre. J'ai peur de mourir mais je vais aller sauter en parachute, faire du saut à l'élastique et nager avec un requin blanc. J'ai peur des catastrophes naturelles mais je vais aller vivre sur une île ou près d'un volcan, voir même les deux. J'ai peur que la Terre meure et nous entraîne avec elle mais je veux continuer à me débarrasser de mes déchets n'importe où, laisser les lumières allumées toutes la journée, et même la nuit, histoire qu'on puisse voir mon magasin même (et surtout) quand il est fermé et que ça ne sert à rien, je veux continuer à acheter de la viande qui finira à la poubelle parce que j'aurai plus faim, je veux continuer à prendre ma voiture pour un oui ou pour un non parce que les transports en commun et les vélos sont vraiment pénibles. La liste est interminable.

L'homme est un animal sauvage effrayé que les gouvernements ont plus ou moins domestiqué. Il sait ce qu'il faudrait faire pour arranger les choses, pour que ces peurs soient calmées et leurs problèmes résolus. Mais faire cela reviendrait à changer le monde tel qu'on le connais, à perdre nos privilèges, nos habitudes, et ça c'est presque pire que la mort, pire qu'avoir peur. L'Homme n'aime pas le changement, contrôlé ou naturel, le changement lui fait peur, comme la différence. On a peur de l'inconnu, parce que choisir l'inconnu au lieu de continuer à faire comme on sait le faire, c'est prendre des risques : le risque d'échouer, le risque de se tromper, le risque d'aggraver les choses. L'Homme n'aime pas prendre des risques. Alors on continue à tout gâcher, à tout détruire, en se disant qu'après tout, ce n'est pas notre problème, que d'ici que la Terre n'existe plus, on aura trouvé un autre planète à détruire et que de toute façon, nous ne serons plus de ce monde donc se sera à nos gosses d'assumer nos conneries.

L'homme est un fléau, le plus grand fléau de l'univers finalement. Détruisant l'environnement, détruisant les autres êtres vivants pour leur propres comptes, après tout, seuls les humains sont important, ce n'est pas important si des centaines de milliers d'animaux souffrent le martyr à cause de nous. Peu importe d'où venons au fond, nous allons tous vers la même fin, à quelques détails près. Il y a les gens réalistes qui savent qu'on est là par hasard, que la religion n'est qu'un moyen comme un autre de rassurer le peuple sur leur misérable existence, de les contrôler et de s'enrichir sur leur dos, ils supposent qu'on est le fruit de la science et que c'est pas de chance pour la Nature. Il y a aussi quelques illuminés qui doivent penser qu'on est le fruit d'une expérience réalisée par des aliens. Rien n'est impossible me direz vous, ce serait quand même triste si nous étions la seule planète abritant la vie dans l'univers alors que nous somme auto-destructeurs par nature. Et bien sûr, beaucoup d'autres illuminés croient encore que Dieu nous a envoyé sur cette Terre, que nous sommes des êtres bons qui ont une espèce de mission et qui finiront au paradis, mais honnêtement pourquoi un être supérieur nous aurait-il envoyé en ce bas monde ? Quelle serait notre mission ? Tout détruire ? Dans ce cas c'est réussis. De plus, s'il était si incroyable ce Dieu, le monde ne serait pas si misérable, si mauvais. Un être bon de ne peux pas créer de créatures aussi mauvaises, ce serait absurde.

Parce que c'est ce que l'Homme est : mauvais pas nature, c'est viscéral, instinctif, fondamental. D'ailleurs, si on doute de l'existence de Dieu, celle du diable est accepté d'un commun accord. Le plus ironique est que nos sociétés punissent le mal, mais seulement le mal réglementé, le pénal. A croire qu'ils pensent vraiment que l'homme est bon, que le crime est une erreur de la nature. On peut supposer que l'humanité aura fait de grand progrès quand elle aura compris ce qu'est vraiment un crime. Pourtant, qu'est-ce qui est le plus instinctif pour la majorité des gens ? Intervenir quand on voit quelqu'un se faire racketter ou s'occuper bien sagement de nos affaires pour ne pas avoir d'ennuis ? Aider une mamie à traverser la route ou continuer son chemin en marmonnant que les vieux gênent tout le monde et qu'ils pourraient sortir à un autre moment qu'aux heures de pointe ? Empêcher quelqu'un de se faire renverser en ce mettant soi-même en danger ou assister horrifié à la scène ? Mentir ou dire la vérité et se retrouver seul avec une relation brisée ? Se défendre pour ses valeurs ou fuir et s'écraser ? Si on vous dis de choisir qui mourra entre vous et votre bien aimé(e), la bonne chose serait de vous sacrifier, pourtant la grande majorité des gens sauverons leur peau inutile et stupide. Bien sûr, vous vous dites que non, que vous ne feriez jamais ça, les collaborateurs pensaient sûrement la même chose avant la guerre.

On ne peux pas imaginer son comportement dans une situation dans laquelle nous n'avons jamais été, c'est présomptueux et souvent faux. On veut tous jouer les héros, s'imaginer qu'on fera ce qui est juste, qu'on protégerait autrui, c'est bon pour notre ego. Dans la réalité, on se ferait dessus avant de supplier de nous épargner. L'homme est toujours prêt à faire tout et n'importe quoi à n'importe qui pour sauver ses fesses. La loyauté n'existe pas. Et le courage est un chose extrêmement rare, qui relève plus souvent de la stupidité que de la vraie bravoure. Le mal, c'est la facilité, faire le bien est toujours plus compliqué : il est plus facile de détruire quelque chose que de le construire, quelque chose qu'on a mis des années à élaborer peut être réduit en cendre en seulement quelque minutes. Par nature, on ne veux pas se compliquer la vie. C'est donc plus simple d'être mauvais. Être bon et juste, ça demande trop de travail, trop d'efforts. Le premier instinct qui nous vient, dans toute situation, c'est la simplicité, le mal, l'auto-préservation.

Bien sûr, il existe des gens bien, des héros du quotidien qui vont entrer dans un immeuble en feu pour sauver un gamin attardé qui hurle au lieu de de sortir, sauter sur les rails du métro pour en sortir un chaton égaré avant qu'il ne se transforme en pâté, faire un croche pattes à un voleur à l'arraché. Mais ces gens, ce ne sont pas des gens bien par nature, ce sont simplement des gens qui, ce jour là, ont réussi à maîtriser leur instinct pour faire quelque chose de bien, ou de stupide, les deux sont souvent synonymes. Parce qu'il faut bien avouer que risquer de se faire écraser par un bus pour un chien ou un gamin c'est bien mais c'est quand même très idiot si on donne vraiment tant de valeur à la vie. Certaines personnes arrivent à faire ce travail constant sur eux-mêmes pour faire le bien, d'autres le font occasionnellement, la majorité se laisse aller à leurs instincts premiers tant qu'ils ne sont pas trop extrêmes et d'autres embrassent le mal dans sa forme la plus intense et la plus extrême en se laissant aller à leurs pulsions meurtrières et sadiques.

En un mot, l'humanité est un cancer qui ronge tout autour de lui sans s'en soucier tant que ça cause son bonheur et un confort quotidien. Mais tôt ou tard, tout cancer fini par s'éteindre, parfois parce qu'on a trouvé un bon traitement, mais c'est rare, parfois parce qu'on peut l'enlever mais le plus souvent, c'est parce que la personne meure. Plus j'apprends à connaître l'espèce humaine, plus je réalise que c'est la seule solution qui reste pour nous. Le seul moyen d'enrayer le cancer que nous sommes c'est de détruire la planète, nous cesserons de faire le mal lorsqu'elle sera morte, en imaginant que nous n'ayons pas eu la chance d'accomplir notre spécialité : coloniser et peut-être rendre en esclavage un autre monde. A moins que l'ablation n'arrive avant, après tout, il est bien possible qu'un de ces jours nos gouvernements obnubilés par le pouvoir et la richesse, aveuglés par leur stupidité et leur avidité et insouciants du peuple qu'ils sont censés servir ne décident de se lancer mutuellement quelques têtes nucléaires. Ça finirait par détruire la vie sur Terre, enfin ! Le seul point négatif serait que les animaux, qui nous subissent eux aussi, en souffriraient également. Cela dit, après quelques milliers d'années la vie reviendrait à nouveau, les compteurs seraient remis à zéro et avec un peu de chance la Nature ne ferait pas à nouveau l'erreur de permettre à l'espèce humaine d'évoluer. Quel autre moyen ? Les traitements ne fonctionnent pas parce que personne n'est pas prêt à les accepter. Tant que nous vivrons dans un monde où l'Homme préfère son confort à sa sécurité, où on privilégies les forts au détriments des faibles, où on préfère souffrir le martyr plutôt que mourir, où on est prêt à sacrifier n'importe quel être vivant pour sa propre survie ; tant que nous vivrons dans ce monde là, tout traitement sera vain.

Jenna le savait, elle l'avait comprit. C'est pour cette raison qu'elle a commis cet acte que le commun des mortel trouve condamnable, inconscient, irresponsable et stupide : le suicide. C'est dans la nature de l'espèce humaine de considérer la vie comme ce qu'il y a de plus précieux, de plus important. C'est vrai que c'est important, que puisqu'on est ici, en vie, autant en profiter. Mais à quel prix ? Devrait-on vraiment tout supporter, blessures, maladies, souffrance, simplement pour vivre ? Vivre n'est pas un but en soi, on peut exister cent ans sans jamais avoir avoir vraiment vécu. Vivre pour vivre ne sert à rien. Seules quelques personnes en sont conscientes aujourd'hui, elles ne sont pas folles. Elles sont simplement différentes. Différent n'est pas un gros mot, une absurdité ou une honte, si on sait l'assumer et l'exploiter c'est une force, une marque de caractère. On pourrait penser qu'elle était faible, parce qu'elle a choisi la mort plutôt que la vie, et nous savons, bien sûr, que ce qu'il y a de plus difficile ici bas, c'est de vivre. Mais elle n'était pas faible parce qu'elle s'est tué, elle était courageuse d'avoir su dire non à une société qui juge et emprisonne en fonction d'une norme qu'on ne veut pas accepter. Assez forte pour refuser une longue vie ennuyeuse semée d'embûches dans laquelle elle n'aurait jamais pu être complètement heureuse. Peut-être que la mort est pire que la vie, après tout, nous n'en savons rien. On atterrit peut-être «au paradis » ou en enfer, peut-être qu'on devient un fantôme et qu'on peut jouer les pervers harceleurs sans limite pour l'éternité, c'est encore mieux que les réseaux sociaux. Peut-être qu'on retrouve les êtres qui sont parti avant nous. Peut-être qu'on tombe tout simplement dans le chaos, que nous n'avons plus conscience de rien, que nous n'existons plus. C'est difficile à imaginer. C'est peut-être horrible, ou fantastique ou tout simplement rien. Quoi qu'il en soit, c'est la plus grande aventure qu'il soit, tout curieux qui se respecte devrait être intrigué par un tel voyage.

La question est : est-ce que la mort est vraiment pire que la vie ? La vie telle qu'on la connais. Perverse, mauvaise, douloureuse, parfois heureuse certes mais rarement. Cette vie faite d'obligations, de normes, de jugements. Qu'est-ce qui pourrait être pire que de vivre emprisonné dans notre propre corps soumis à une société totalitaire déguisée en démocratie et dans laquelle, en plus, la douleur physique est considérée comme pas si importante que ça ? Ne vaut-il pas mieux mourir et voir ce qui arrive que de souffrir le martyr sur un lit d'hôpital, même si ce n'est que passager ? La majorité pense que non. Mais s'il y a une chose à retenir c'est que la majorité, ce sont les moutons. Ils n'ont pas forcément raison.


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