« Tu ne vas pas lui donner ? »

Non. Je n'ai pas à la forcer à regarder dans mes tripes ouvertes. Plus maintenant. Comme je n'ai aucun droit de tirer pour rouvrir des plaies et les examiner. Il y en a d'autres qui le feront sans force. Avec son accord. Avec un scalpel plus fin et de l'anesthésiant. Tout ce que j'ai, c'est un énorme couteau de boucher, et à chaque fois que je l'approche, je m'improvise médecin de guerre. Je fais confiance à l'humanité entière, un jour il y aura une personne qui saura la guérir sans la forcer. Ce n'est plus de mon ressort.

« Pourquoi tu l'écris quand même ? »

Pour moi. Pour remettre les choses à leur place dans ma tête. Pour réfléchir pleinement à la question. Pour savoir ce que je peux me reprocher ou non. Pour être au clair avec ce que je sais. Pour être clair avec moi-même. Comme mes chansons, comme mes raps. Et puis elle en a marre. Marre que je me plaigne à voix haute. Marre que je prenne les gens à témoins. Elle considère que ça doit disparaître. Que ça ne concerne personne. C'est vrai. Ça ne concerne personne. Mais en un sens tout le monde s'ne fout. Alors quelle importance ?

« Alors tu abandonnes ? »

J'abandonne la plus grande de mes peines au monde pour pouvoir être heureuse. Je laisse au hasard mes cris et mes pleurs. Prendra qui ça intéresse. Peut-être moi-même plus tard. Peut-être des gens qui ne savent pas comment éviter le mur. Peut-être elle, plus tard. Eux. Tous ceux que j'ai aimés.

« Tu abandonnes ta peine au monde, et tu commences l'autofiction. »

Le monde qui n'est pas et que j'aurais eu si j'avais eu plus de cran. Mais j'en ai assez de bousculer les gens. Qu'ils restent malheureux si au bout de la soixante-dix septième fois ils restent sourds. Je leur donne rendez-vous au jour où leur monde sera, sinon guéri plus clair. Et si ce jour n'arrivent jamais, je pleurerai toujours. Mais je suis assez grande pour contenir plusieurs sentiments à la fois. Assez grande pour que le soleil brille sur moi.