Vrai ou faux : tu prends chacune de mes tentatives pour te parler comme une agression.

Demande : Puis-je le plus calmement possible sans que tu ne parles ou ne fuis te parler en espérant que tu écoutes, que tu comprennes, et que lorsque j'aurais terminé, tu pourras librement choisir entre me faire préciser un point, me contredire objectivement, ou partir calmement ?

Hypothèse : mon téléphone était dans mon sac au moment où tu as shooté dedans. Ceci est une hypothèse, ni plus ni moins. Tu n'as pas à savoir si c'est vrai ou non.

Cas A) Mon portable était dans ce sac. Est-ce que tu penses que j'ai à exiger de toi que tu me demandes pardon. Sachant que j'ai provoqué ta colère, si on remonte à « A qui la faute », c'est mon problème d'avoir fait confiance aux personnes de cette classe, toi comprise, pour qu'on laisse tranquille mon sac. De ma faute si je te croyais suffisamment intelligente pour comprendre ce que j'avais écrit sans t'énerver. Tu préfères faire ça dans quel sens ? Est-ce que c'est de ma faute ou est-ce que c'est de la tienne si ce portable est cassé ?

Cas B) Le portable n'y était pas, n'a subi aucun dommage. Question 1) est-ce que, dans le cas où tu aurais dû me présenter tes excuses dans le Cas A, tu peux te passer de me les faire quand même ? De plus s'il n'y avait pas mon portable, il y aurait pu avoir ma caméra, un cadeau de Raph, un devoir d'art plastique, un de mes livres favoris ou un livre que j'ai emprunté. Tu ne sais pas ce qu'il y avait dans ce sac.

T'as juste frappé dedans parce qu'il m'appartenait, que t'as pas su gérer ton émotion parce que tu as encore pris ce message de ma part comme une accusation agressive. C'était pas le cas. C'est la constatation de ce que tu me montres. Mais soit. Tu étais en colère, et pour plus de simplicité, on va presque admettre que c'était naturel que tu shoote dedans. Et on va même admettre que le sac en lui-même et l'offense moral que ça puisse être, c'est-à-dire ta réaction si MOI j'avais shooté dans TON sac, n'existe pas.

Question 2) Tant que tu ignores ce qu'il y avait dans ce sac, que tu n'as pas vu qu'est-ce que tu as bien pu foutre en l'air, est-ce qu'il est possible que tu puisses en toute sincérité me dire que tu es désolée d'avoir agi ainsi ? Est-ce que tu peux me dire, alors que je ne l'exige pas de toi, que tu es désolée d'avoir cassé mon portable, ou ma caméra, ou bien bousillé un livre ou un cadeau dans mon sac alors qu'il y a des chances pour qu'en réalité il n'y ait rien de tout ça dans ce sac ?

Question 3) Quel est ton seul moyen de savoir au nom de quoi tu devrais me demander pardon ? Si tu ne demandes pas précisément pourquoi ou si je REFUSE obstinément de te répondre, est-ce que tu peux me demander pardon en étant sincère ? Est-ce que je suis censée considérer que t'es assez intelligente pour deviner ce qu'il y avait à l'intérieur de ce sac ?

Je ne veux pas que tu me demandes pardon. Premièrement parce que ce ne serait pas sincère tu ignores ce que contenait ce sac. Deuxièmement que combien même il y avait des trucs qui comptaient dans ce sac, c'est trop tard, ils sont bousillés, et que ce soit toi qui l'aies fait n'y change rien. C'est irréparable. Qui, pourquoi, comment, ça n'a aucune importance. Je vais juste avoir à gérer mon existence sans, ou bien expliquer à celui à qui j'ai emprunté ces bouquins que c'est de ma faute. Quand bien même en réalité ce n'est pas vrai, c'est moi qui vais faire de mon mieux pour passer l'éponge après toi. Ça n'a juste aucune importance si je considère que tu n'as pas à savoir ce qu'il y avait dedans et que tu ne peux rien pour m'aider. Je ne veux pas de ton aide. Tu n'as aucun pouvoir de compensation. Alors j'ai pas besoin que tu me demandes pardon. Pas envie.

Est-ce que tu doutes ? J'espère bien. Retiens bien cette sensation.

Parallèle. Considérons que TES SENTIMENTS constituent mon sac. À l'intérieur de TES SENTIMENTS, il y a pleins de choses dont j'ignore si ils sont oui ou non présent. Je le suppose à grand peine. Avec beaucoup de flou glossien. Tu l'as compris. Toi c'est moi et moi c'est toi.

J'ai shooté dans tes sentiments. Contrairement à toi qui a bonne mémoire et qui peut facilement identifier l'évènement parce qu'il s'est passé hier, je ne sais plus combien de fois je l'ai fait et quand. Et ceux dont je me souviens, je ne suis même pas sûre que ce soit ceux dont TU te souviens. Poussons un peu le parallèle. J'ai shooté dedans. Pourquoi ? Parce que quelqu'un, n'importe qui ou toi, toi ou la Terre entière à mes yeux m'ont dit, écrit, hurlé un truc qui m'a moyennement plu, moins par le contenu que par la forme d'ailleurs. Parce que le contenu, il me faut du temps pour l'intégrer, mais je l'intègre. Pas en l'acceptant gratuitement après une séance de forcing, mais en le comparant à ce que je crois être vérité universelle. Mais bon hors sujet. Au moment où ça arrive, je rejette en bloc. Je shoot. Ça tombe droit sur toi. Enfin pas toi, tes sentiments. Comme il n'y a pas d'étiquète dessus, je suis peut-être même pas consciente que ce sont les tiens. En fait j'étais tellement vénère que j'ai même carrément oublié que ce truc est passé sur ma route.

Cas A) Tu te la fermes et t'endures. C'est plus courant qu'on ne le croit. Cas B) Tu me rattrapes et tu me dis « Romane, t'as shooté dans mes sentiments, là, espèce d'imbécile incontrôlable ! » Cas B alinéa 1, je t'entends même pas. Cas B alinéa 2, je t'entends, mais je comprends pas bien, le mot « sentiments » est trop vague pour moi, je comprends à peu près que j'ai fait quelque chose de répréhensible, mais comme tu m'en dis pas plus, très conne comme je suis de ma période 13-17 ans mal éduquée selon tes critères, je considère que t'as pas ENVIE de m'en dire plus. Que ce que j'ai pu vaguement faire comme dégât reste gérable. Evidemment, la seule chose que je suppose de manière sûre être contenu dans tes sentiments, c'est un amour propre pour lequel je ne comprends pas ton attachement, et vaguement de la colère envers le monde entier. Tu ne me dis pas ce qu'il y avait dedans, alors que c'était plus important que n'importe quoi, et qu'à une époque, ça aurait été mon rôle de réparer les dégâts. Mais tu dis rien, donc je suppose rien. La seule chose que je suppose, c'est que t'en a assez marre de voir ma gueule, donc je vais pas faire ma lèche cul en te collant au corps et en te stalkant jusqu'à chez toi pour vérifier ce que contenaient tes sentiments tu vois ?

Ouais, à ce moment-là de ma vie je suis pleine de contradiction. Quand je shoot dans quelqu'un, dans les sentiments de quelqu'un, c'est qu'à la base je suis pas très clean. Et ça t'as le droit de me le reprocher. Mais simplement me dire « T'es conne et pleine de contradiction », ça va pas m'aider à devenir meilleure, à le corriger. Ça va juste me faire penser « Ok, il y a un truc qui cloche chez moi, mais comme je sais pas quoi, on va continuer comme si on avait rien entendu. » Si tu me dis pourquoi tu me trouves conne et contradictoire précisément, genre un élément, « Tu te comportes comme un personnage, une gamine de cinq ans », que je réfléchi à « Quand je fais ça, à qui et en quoi je fais du mal », et que ma seule réponse est « Ceux qui sont trop coincés pour admettre qu'ils feront des conneries pires que des gamins de cinq ans toute leur vie OU des gens qui ne supportent pas que l'excentricité puisse s'exprimer librement », je suis obligée de dire « Bah à moins de gueuler comme une folle derrière la porte de quelqu'un qui as des heures de sommeil de retard, cette critique est vide ». Mais bon, on en était à shooter dans tes sentiments. Il faut bien que je parte du principe que j'ai bien shooté dedans et que tu ne t'es pas imaginée qu'on ait shooté dedans. Sinon on en sort pas.

Donc on se capte mal. Très mal. Et on arrive à se dire « Okay, on a une sérieuse tendance à jouer au foot l'une avec l'autre, mais merde, c'est normal, on traine ensemble, et à priori on s'aime, donc logique », et on repart pour un tour. Tu shoot chez moi, je gère, je shoot chez toi, tu gères. On se la ferme, on endure. Jusqu'au jour où tu shoot dans trop de sac à la fois pour que je m'arrête pas pour te dire « Arrête du déconne ». Sauf que le pourquoi du comment du « déconnes », à défaut d'être flou, il est innommable en français commun. J'ai vaguement essayé le romanien, mais du coup j'ai encore shooté dans ton sac, et dans celui de quelqu'un qui n'avait rien à voir. Mh, la merde quoi. On se renvoie bien tu trouves pas ?

Brefle. Tu sais pas ce qu'il y a dans mon sac. Je sais pas ce qu'il y a dans ton sac. Tu sais pas ce que t'as cassé, je sais pas ce que j'ai cassé. Et c'est la fois de trop, ça te soules, et t'es sûre au moins d'un truc : c'est que tu veux que j'arrête de casser ce qu'il y a l'intérieur de ton sac. On est d'accord ? Très d'accord, puisque j'ai pas envie non plus. Et c'est pas en tirant dessus comme une gamine capricieuse que ça va fonctionner. Donc on arrête de taper dans le sac. OK.

Enfin ça, ça va tant que t'arrête aussi de bousiller mes affaires. Ou les affaires de ceux que j'aime et qui n'ont rien à voir avec ton sac que j'ai gentiment laissé tranquille pendant dix mois à défaut de pouvoir te convaincre de savoir ce qu'il y avait dedans. Un sac que tu vides toute seule comme une grande dans le mixeur. Je te rassure, ça arrive. Enfin le fait que ça m'est arrivé à moi et à beaucoup de dépressifs questionne un peu ta santé mental et ton besoin de prendre du recul sur ta situation, mais t'es pas un cas isolé. Donc je disais, arrêter de shooter dans mon sac sans en connaître le contenu, et arrêter de se plaindre que le contenu du tien a pris cher alors que tu m'as pas donné une seule occasion de t'aider à réparer. De pleinement comprendre l'étendu du bordel que j'avais foutu et ce qui était irréparable. Arrêter d'accuser les gens de t'avoir fait du mal alors que tu t'es montée un film duquel t'as pas envie de décrocher dans ta tête, arrêter de dire à untel « tu m'as lâché sans explication » alors que tu les as lâchés avant, de croire qu'ils te doivent des choses qu'ils ne te doivent pas, de penser que t'as la confiance des autres alors que tu donnes pas la tienne, de t'enfoncer dans un pseudo mal-être avec des gens qui te tirent pas vers le haut, ouais, ça c'est arrêter de shooter dans leur sac, dans mon sac. Là, tout le monde est d'accord. Je dis tout le monde, ça veut dire tout ceux qui nous entourent moins moi et mon côté « Bordel de merde, t'avais le pouvoir de faire ça autrement », mais soit.

Question : comprends-tu l'analogie avec le sac ou bien je dois reformuler la métaphore plus clairement ?

Question suivante : As-tu deviné ce qu'il y avait dans mon sac ? Tant que je te dis rien, c'est clair que c'est un peu dur, on est d'accord ? Ok, maintenant je vais te dire ce que je n'attends plus que tu fasses depuis un moment. Je vais te faire la liste de ce qu'il y avait dans mon sac, et je vais te laisser le temps non pas de me demander pardon parce que je n'en veux pas, mais de te demander « Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire à partir de maintenant pour réparer ce que j'ai cassé ». Je vais rester en face de toi et attendre que tu trouves cette réponse. Et quand on sera toutes les deux d'accord pour savoir ce qui doit ou non être fait, je vais te laisser tranquille à moins qu'il y ait quelque chose que tu puisses faire en compensation.

Inventaire. Dans ce sac, il y avait en dehors des trucs dont je peux ouvertement dire que je m'en fous. Mon projet d'Art Plastique. Deux calculatrices. Mon stylo plume. Trois livres dont deux qui appartiennent à mon parrain. Coup de bol ils n'ont rien.

Maintenant regarde mon portable. Il est fissuré. C'est net regarde. Tu vois ? Et bien c'est pas ta faute. Cet éclat date de lundi de la semaine dernière. Depuis il est impossible que ce soit toi qui le lui ait fait puisqu'il était sur moi au moment où t'as shooté dans le sac. Je réfléchis. Tu vois c'est pas automatique. Je réfléchis et je réalise pour moi-même que non, c'est impossible que ce soit de ta faute. Je vérifie bien tu vois. Et puis après je m'arrange pour que tu comprennes que c'est pas de ta faute, en t'expliquant précisément d'où ça vient. Parce que je pourrais te faire porter le chapeau. Ce serait plaisant même si j'étais vraiment sadique. Mais faut croire que je suis maso.

Nous en concluons que ton acte n'a par chance pas eu de conséquence. Quant à l'affront moral que cela représente, je peux gérer, ça va pas me tuer. Bref, je suis toi. À la différence que je t'ai accordé l'explication en entier et que j'ai ouvert mon sac. Et que je te laisse me dire tout ce que tu veux me dire à propos de ça. Dans ton cas pas grand-chose, mais t'as toujours le droit de changer d'avis. Sauf que c'est rare pour toi d'utiliser ce droit.

Je n'attends plus ça de toi. J'attends que tu sois heureuse. Alors pour toi-même, commences à inspecter ce qu'il y a là-dedans.