Hello !
Me revoilà donc avec une nouvelle histoire.
Si tout se passe bien, je devrais poster un chapitre tout les mercredis. Je table sur une quinzaine de chapitres. En fait, je sais pas trop.
Ah, et l'organisation sera un peu différente de mes autres fics. Ici, un chapitre = une rencontre entre les deux personnages principaux. Donc, des chapitres de taille très variable suivant ce qu'il s'y passe.

En espérant que ça vous plaira ! Bonne lecture, et n'hésitez pas à laisser vos impresssions !


## Jour 1

Accroupi dans l'ombre, un foulard sur la bouche masquant la vapeur de sa respiration, Nathanaël suivait des yeux les trajectoires à première vue imprévisibles des drones de surveillance qui patrouillaient dans le jardin, essayant de décrypter la logique sous-jacente qui les dirigeait. S'il échouait à la trouver, il pourrait toujours se lancer en se reposant sur son instinct et ses réflexes, mais il préférait autant éviter. Le danger avait de l'attrait, mais pas cette nuit. Certainement pas cette nuit. Au bout de quelques longues minutes d'observation, il finit par avoir une assez bonne idée de la façon dont les drones agissaient, et il se redressa, s'étirant souplement avant de s'élancer sur le terrain où quelques arbres fournissaient un abri parfait. Une fois seulement, il manqua se faire surprendre par le faisceau d'un drone dont il n'avait pas suffisamment anticipé les déplacements, et ne dut qu'à ses réflexes et à une esquive acrobatique de ne pas déclencher les puissantes alarmes de la demeure.

Finalement, il arriva jusqu'aux murs blancs de la maison. S'il en croyait les informations qu'il possédait, fenêtres et portes étaient majoritairement protégées par des faisceaux de protection, qui déclencheraient l'alarme dès qu'ils seraient franchis. Des modèles récents, performants... mais pas encore assez pour donner beaucoup de fil à retordre à un assassin qui avait appris à les désactiver avant même ses sept ans, chaque échec soldé par une cuisante douleur. Il ne fallut donc à Nathanaël que peu de temps pour se faufiler dans une pièce où l'ordre régnait en maître le bureau du secrétaire particulier de sa cible.

S'adossant à la porte, Nathanaël ferma les yeux, laissant la concentration l'envahir et ses sens s'aiguiser. Dans le couloir, venant de la droite, des bruits de pas. Lourds, assurés. Deux des gardes du corps. Un rire gras, une blague salace à propos d'une fille... Le regard sombre de l'assassin se durcit pendant qu'il esquissait un rictus de haine. Il porta la main à l'une de ses armes, deux dagues croisées dans son dos, hésitant à la libérer de son fourreau et à lancer les hostilités directement. Un contre deux, il ne courrait aucun danger... Mais il risquait de déclencher l'alerte. Attendre. Patienter. Il inspira profondément, et se força à se calmer, à se départir un peu de cette rage sourde et de ce besoin de vengeance qui le consumait. Il laissa passer les deux hommes.

Puis il quitta le bureau, se glissant de couloir en couloir et d'étage en étage, silencieux comme une ombre. Malgré les rondes des gardes, il ne lui fallut que quelques minutes pour arriver à la grande bibliothèque où sa cible passait la majeure partie de ses soirées, à lire ou travailler. La vaste pièce ronde, une des rares éclairée dans les étages, était totalement silencieuse. Le jeune assassin s'y aventura en douceur, dépassant les étagères en étoiles et sortant ses lames de leurs fourreaux. Un léger bruit de l'autre côté de la pièce le fit se figer, puis un autre, plus reconnaissable. Quelqu'un d'autre était là.

– Qui...

La voix masculine s'interrompit aussi brusquement qu'elle s'était élevée. Nathanaël, lui, avait déjà bondi. Mais trop tard. Le gros homme ventripotent et presque chauve qui était sa cible s'effondrait déjà sur le sol. Mort. Assassiné. Et pas de sa main. Derrière lui, celui qui venait de le priver de sa vengeance tourna légèrement la tête vers lui, un fin stylet à la lame ensanglantée à la main. Mécaniquement, Nathanaël enregistra ses traits durant les quelques fractions de seconde où ils se dévisagèrent.

– Dommage... J'étais là avant.

Puis l'inconnu éteignît brusquement la lumière et plongea dans le couloir qui s'ouvrait à sa droite, disparaissant à la vue de l'assassin. Tout en jurant mentalement dans une bonne dizaine de langues, Nathanaël s'élança à sa poursuite. Hors de question que cet inconnu s'en tire à si bon compte. Il eut juste le temps de voir l'homme s'engouffrer dans la troisième pièce, non sans avoir entrebâillé la seconde porte pour le tromper. Il le suivit sans ralentir, se jetant à la fenêtre ouverte. Sa nouvelle cible avait déjà presque atteint le sol. Rapide et agile. Il perdit quelques précieuses secondes à désamorcer à nouveau le système de sécurité, puis passa à son tour à l'extérieur. Deux étages en dessous, l'inconnu s'élançait déjà pour traverser le terrain, évitant avec habileté les drones. Merde. L'assassin se laissa tomber, se réceptionnant d'un roulé-boulé avant de le suivre à quelques secondes d'intervalles. Il était arrivé au milieu du terrain lorsque l'autre se retourna vers lui, debout sur le mur d'enceinte. Nathanaël le vit très clairement sourire et agiter la main dans sa direction avant de sauter. Et merde, tiens, ça n'allait pas se passer comme ça.

Il allait sprinter jusqu'au mur lorsque le comportement des drones changea soudain, devenant à nouveau totalement imprévisible et forçant l'assassin à rester immobile pour ne pas déclencher l'état d'alerte, puis à déployer toutes ses ressources physiques pour arriver jusqu'au mur sans se faire repérer. Bien entendu, la ruelle était vide. L'inconnu s'était joué de lui, avant trouvé le moyen de reprogrammer les drones pour le ralentir, et l'avait semé d'une façon magistrale, sans laisser le moindre indice derrière lui. Nathanaël assena un coup de poing rageur au mur à côté de lui, jurant à nouveau entre ses dents, mais ne pouvant pas faire autrement que reconnaitre le savoir-faire de son opposant.

S'attarder ne servirait à rien, il ne retrouverait pas la trace de l'inconnu. Il quitta les lieux en évitant les caméras de surveillance du quartier et retourna chez lui, la marche rapide et la froideur de l'air calmant lentement sa fureur pour ne plus laisser que le désarroi et la douleur. Et ce fut avec un profond soupir qu'il se glissa sous une douche brûlante, venant poser avec lassitude le front contre le mur. Il était tellement proche du point de rupture, tellement proche de s'effondrer enfin, à genoux sur le carrelage froid, tellement proche de sentir les larmes échapper à tout contrôle et couler enfin... Mais il ne pleura pas, ne s'effondra pas, se contentant de rester debout sous le jet trop chaud pendant de trop longues minutes. Finalement, il finit par sortir de la cabine semi-transparente et se sécha sommairement, le miroir lui renvoyant l'image d'un visage fatigué, dont la pâleur était accentuée par le bleu sombre de ses cheveux en bataille et par la noirceur de ses yeux. Un bref haussement d'épaules. Quelques heures de sommeil, et il n'y paraitrait plus. Dans un geste machinal, il leva la main, jouant brièvement avec la petite perle de jade verte qui ornait le lobe de son oreille droite. Le seul bijou qu'il portait. Sans doute le seul qu'il ne porterait jamais...

Délaissant la salle de bain, il passa dans sa chambre, se laissant tomber sur le lit, yeux fermés et les bras en croix. Il allait le trouver. Celui qui lui avait pris sa vengeance, il allait le trouver et lui faire passer l'envie de recommencer. Les traits de l'inconnu apparurent devant ses yeux, marqués au fer rouge dans sa mémoire. La carrure plus importante que la sienne, cette manière particulière de se mouvoir, agile et presque féline, la peau couleur caramel sombre, les cheveux noirs en bataille, les traits fins et expressifs, ces tellement improbables yeux verts qui semblaient luire sous la lumière artificielle... Et ce sourire moqueur lorsqu'il lui avait lancé qu'il arrivait trop tard... Oh, oui, il le reconnaitrait n'importe où. Sa signature également était aisément reconnaissable, cet unique coup de stylet assené à la base de la nuque, la longue lame effilée pénétrant directement dans le cervelet. Il ne devrait pas avoir trop de mal à le trouver.

Au fond de lui, il savait que ça ne changerait rien. Une partie de la vengeance qui le faisait tenir s'était évanouie en fumée sous ses yeux, alors qu'elle était enfin à portée de main... Il ne pouvait pas effacer ce qui s'était passé. Tuer l'inconnu ne ferait pas revenir sa cible à la vie. Mais peut-être que ça soulagerait une partie de la douleur qui le hantait...