Disclaimers :

Ce texte est inspirée (fortement, très fortement, je dirais même un peu plagiée) de la chanson Vocaloid "Rolling Girl" du producteur Wowaka, ainsi que de son clip et de la traduction d'Estrelia disponible sur YouTube.
Cependant, j'ai fait moi-même le french fandub de cette chanson (si ça vous intéresse... on sait jamais : youtu . be / BO_fiIAEQzc enlevez les espaces et c'est bon), l'agencement des mots ainsi que l'histoire tissée autour de la chanson m'appartiennent entièrement.

Note :

Bien le bonjour, c'est encore moi.
Ceci est mon texte préféré, celui que j'ai mis le plus de temps à écrire, celui qui me définie le plus et qui veut tout dire pour moi. Je sais qu'il n'est pas parfait, et que je n'ai aucune chance de gagner un jour un concours d'écriture avec lui. Mais je l'aime. Alors je préviens cordialement que le premier qui plagie ce texte, je le fous par la fenêtre et je disperse ses entrailles jusqu'en Nouvelle-Zélande.
C'est le plus long texte que j'ai jamais écrit. Il fait six pages Word. Et je ne sais toujours pas si j'ai eu une bonne idée en voulant le poster ici.
A chaque fois que je l'écoute, la chanson "Rolling Girl" me fait pleurer.


.: ROLLING GIRL :.


Une fille solitaire marche sous la pluie, et ses pas ne font aucun bruit. Humain ou ectoplasme, personne ne le sait, elle ressemble à quelque chose qui n'aurait jamais dû apparaître. C'est une invisible. Elle, si pâle, dont on voit si bien les marques bleuâtres sur son cou, elle, si fragile, dont on voit si bien les yeux emplis de larmes.

Ses couettes, ses couettes de petite fille sage griffent ses joues à chaque pas. Marche-t-elle ? Non, elle s'est arrêtée. Cela fait un moment qu'elle s'est arrêté. Elle attend sous la pluie, elle regarde ses pieds. Ses pieds nus, égratignés par le béton. Ses couettes pendent tristement de chaque côté de sa tête. Où est-elle ? Où est-elle ? Aucune idée, elle s'est perdue. Elle s'est perdue en elle-même, sans parvenir à se retrouver. Quel est le nom de cette rue ? Si elle le savait, elle pourrait rentrer à la maison... Quand on rentre chez soi, c'est qu'on a retrouvé le chemin, n'est-ce pas ? Elle ne serait plus perdue, n'est pas ?

- яøℓℓίηg gίяℓ -

- Tout va bien, je t'assure, murmure-t-elle d'une voix étouffée.

Sa mère est déjà partie, satisfaite de cette réponse. Cette réponse si désespérée. Ne voit-elle pas que la fille a besoin d'aide ? Les larmes montent, les mains aussi. « Ne pleure pas, ne pleure pas, ça ne sert à rien. Même quand tu pleures personne ne te voit », pense-t-elle, mais les larmes coulent déjà sur ses joues. Les mains montent jusqu'à sa bouche, son nez, elle arrête de respirer. Quand on va se cogner dans quelque chose, on ferme les yeux et on arrête de respirer, comme si ça pouvait atténuer la douleur. C'est pareil, pareil. Elle va droit dans le mur. Il faut qu'elle retienne sa respiration… Le mur finira par s'en aller.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

Où suis-je, où suis-je ? murmure-t-elle d'une voix étouffée. Elle ne parle plus que comme ça, sa voix s'en est allée. Elle qui aimait tant chanter.

Où suis-je, où suis-je ? C'est un rêve, elle ne reconnaît pas sa chambre. Des voix surgissent des murs, des portes. Sa mère, son père, un professeur. « Tiens-toi droite. » « Arrête de te plaindre. » « Vous ne faites plus d'effort. » Sa sœur. « Fous-moi la paix ! ». Ses amis. « Une fois dans ta vie, tu pourrais pas être normale ? ». Les voix s'entremêlent dans sa tête pleine de bruits. C'est un vacarme, une cacophonie. Sa voix à elle semble perdue au milieu d'un ouragan. Où suis-je, où suis-je ? hurle-t-elle en permanence. Où est-elle ? Elle est perdue.

C'est un rêve, un rêve ! hurle-t-elle mais personne ne semble l'entendre. Le cauchemar se déroule sans elle, poursuivant ses cris assourdissants. C'est quoi être normale ? C'est quoi ? Elle se jette contre un mur. Stop, stop. Elle frappe le mur de ses poings serrés, elle crie, elle hurle, la voix cassée, la chambre tremble.

Là, ça va mieux ? C'est une voix gentille, une voix de garçon. Elle la connaît, cette voix, la seule qui ne lui gueule pas dessus en permanence, mais pourquoi n'arrive-t-elle pas à mettre un visage dessus ?

Ca va mieux ?

J'en ai assez, tout est encore trop lointain…

D'une dernière pression de ses mains, les murs teintés de rouge finissent par s'effondrer.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

En se réveillant, la fille voit qu'elle saigne du nez. Dans sa chambre les murs sont toujours là, et les voix la narguent en ricanant, étouffées. Larmes qui montent. « Pleure, c'est la nuit, personne ne te verra ». Larmes qui coulent, mains qui montent. Il faut qu'elle retienne sa respiration… le plus longtemps possible.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

- Maman, je peux te parler ? chuchote-t-elle d'une voix étranglée.

Maman n'a pas entendu, il faut qu'elle parle plus fort. Mais comment parler ? Elle ne sait que chuchoter. Cette nuit dans son cauchemar, avec les voix qui hurlaient, elle a tant crié qu'en se réveillant elle avait mal à la gorge.

Où suis-je ? Où suis-je ? se dit-elle. Dans la cuisine. Maman ne t'a pas entendu. Répète, parle, parle enfin. Où suis-je ? Je suis perdue.

- Non, laisse tomber, ce n'est pas grave, murmure-t-elle.

Mais à quoi bon parler ? Sa mère n'entend jamais rien.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

Et là, ça va mieux ?

La voix, elle est encore là, cette voix si familière.

Là… Ca va mieux ?

Ce n'est qu'un rêve, ne réponds pas. Pourtant déjà ses lèvres s'ouvrent, déjà les mots se bousculent dans sa bouche. Enfin, enfin elle arrive à parler. Le chuchotement l'a quittée.

- Encore un peu, je ne vais pas tarder à voir quelque chose…

Et elle se réveille. En sursaut.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

- Maman, maman…

Mais la télé masque sa voix. Encore une fois, Maman a mis le son à fond, encore une fois elle mange devant l'écran un plat qu'elle n'a même pas préparé. Les mains de la fille tremblent lorsqu'elle décide de se poster devant le téléviseur.

- Maman, je dois te parler…

Elle ne sait d'où lui vient ce soudain courage. Peut-être du rêve, de la voix, du fait que c'est la première fois depuis bien longtemps qu'elle a dormi convenablement.

- Mais pousses-toi, putain ! Tu me caches la vue !

Alors la fille abandonne. Elle monte doucement dans sa chambre, elle n'a même plus la force de courir. Une vague de larmes monte haut, très haut, jusqu'à ses yeux.

Ne pleure pas, ne pleure pas !

Alors elle prend sa respiration et elle se bouche le nez. Arrêter, il faut arrêter de respirer, c'est la seule solution. Le plus longtemps possible…

Mais ne le vois-tu pas, petite fille ? Tu fonces tout de même dans le mur.

Elle est obligée de s'asseoir, tant la tête lui tourne. Des points dansent devant ses yeux, des voix valsent dans sa tête, prennent de plus en plus de place. Elle les entend qui vibrent, résonnent dans son crâne, ça fait mal, ne les écoutes pas, ne les écoutes pas ! Elle aimerait en entendre une, la voix, cette voix, la voix du garçon… Mais le garçon n'est pas là. Sa voix ne lui parvient pas. Un voile noir s'abat devant ses yeux.

Elle tombe sur son lit avec un son mat et sourd, un son que sa mère n'entendra sûrement pas. Ne voyez-vous pas, vous autres ? Elle est en train de s'éteindre. Silencieusement. Sans faire aucun bruit.

Et alors qu'elle s'écroule, sa main vide d'énergie ose enfin relâcher son nez, sa bouche ose enfin s'ouvrir, happer un peu d'air. Elle murmure des mots sans suite, des mots que personne n'entendra.

- Où suis-je ? Je suis perdue.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

- Je vous parle ! s'énerve le professeur.

Elle se redresse tout de suite, elle qui se laissait aller la tête posée entre ses bras. Sa tête est vide, elle ne pense plus à rien.

- Pouvez-vous me répéter l'une des trois identités remarquables ?

Non, elle ne peut pas. Elle ne peut plus rien, ni même ouvrir la bouche. Des mains se sont refermées sur son cou pâle, l'empêchant de produire un seul son. Comment parler ? Comment ?

- Monsieur, elle est toute pâle, informe l'un des élè faudrait peut-être l'emmener à l'infirmerie, non ?

Le professeur s'approche, se penche vers elle.

- Oui, c'est vrai que vous n'avez pas l'air bien, consent-il enfin.

- J'ai très mal à la tête, murmure-t-elle.

Elle a envie de se gifler. Pourquoi, pourquoi ne sait-elle que chuchoter ? Pourquoi ne sait-elle pas parler, comme tous les autres élèves, comme tout le monde ? Car c'est bien cela qu'on lui reproche, de ne pas se fondre dans la masse, d'être différente. Trop lointaine, avec sa voix que l'on n'entend jamais. Trop gamine, avec ses deux couettes ridiculement longues, qui lui fouettent les flancs.

Le professeur se tourne vers un élève et ordonne :

- Emmène-là à l'infirmerie.

L'élève se lève sans protester lui non plus, on ne l'entend jamais. Ils sortent dans le couloir, et voyant qu'elle titube, le garçon lui prend le bras.

Elle sursaute. La main du garçon lui fait comme une tache de chaleur sur l'avant-bras.

- Pourquoi… demande-t-elle.

Elle aurait voulu continuer, demander « Pourquoi me tiens-tu le bras comme ça, toi dont je ne connais rien ? », mais elle s'est brusquement tue, à la fois émerveillée et terrifiée.

Elle a parlé.

Elle a parlé d'une voix normale, claire, la voix douce qu'elle avait avant. La voix qu'elle-même n'a pas entendue depuis longtemps. Elle se sent soudain légère, très légère, elle va s'envoler.

Le garçon la regarde, étonné.

- Pourquoi quoi ?

- Pour rien, pour rien, dit-elle encore, et elle est obligée de s'arrêter au milieu du couloir tant son cœur bat vite.

Cette farandole de mots, prononcés à la suite et sans faillir, la sidère.

Il s'approche d'elle.

- Tout va bien ?

- Oui, oui, c'est incroyable, tout va tellement bien !

Elle rit soudain, brusquement, en plein milieu du couloir. Elle se tient le ventre. Depuis combien de temps n'a-t-elle pas ri ainsi ?

- Merci, merci, merci ! lance-t-elle au garçon.

Celui-ci la regarde, sidéré. Il ne comprend pas. Mais ce n'est pas grave.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

Les voix sont lointaines, maintenant. Presque éteintes. Bientôt elles seront mortes. Bientôt ce cauchemar n'en sera plus un.

La voix du garçon, où est-elle ?

J'arrive à parler ! Je suis là ! s'égosille-t-elle. Il va finir par l'entendre, c'est sûr…

Mais il ne répond pas.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

- Maman ?

La mère est encore une fois postée devant le téléviseur, son plat décongelé à portée de fourchette.

- Maman, tu m'écoutes ? dit-elle plus fort.

Elle n'y croit toujours pas.

- Quoi ?

Enfin celle-ci a décroché les yeux de l'écran. La fille lorgne le bac en plastique sur ses genoux (« Poulet basquaise, sept minutes au micro-ondes », indique l'étiquette) puis fixe sa mère dans les yeux. Depuis combien de temps ne l'a-t-elle pas regardé comme ça ?

- Maman…Demain, tu pourras faire à manger ?

- Mais tu sais bien que je ne sais pas cuisiner !

- S'il te plait…Juste une purée.

La mère regarde son enfant. Ses cheveux sales, qu'elle n'a même pas dénoué, ses seins inexistants, sa taille maigre. Pour une fois… Après tout, elle ne demande jamais rien.

- Je vais voir.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

Ça va mieux ?

Ça l'a surprise. Elle a envie de lui demander « Où étais-tu ? Tu ne me parles plus. ». Mais elle ne le fait pas. La voix va où elle veut.

Là, ça va mieux, dis ?

Car c'est tout ce qui l'intéresse.

Oui, c'est bon… Je crois que ça va.

Tu dois être fatiguée de tout ça… non ?

Elle ne répond pas. Elle a tant parlé tout à l'heure, tant parlé qu'à présent elle se sent sans force.

Non ?

Si, si !… Reste encore avec moi. Juste un peu, s'il te plait, je peux enfin te parler, s'il te plait !

Mais la voix se tait, pour toujours. C'est un adieu.

- яøℓℓίηg gίяℓ -

- Tu sais, les autres se moquent de toi à cause de tes couettes… Moi, j'aime bien ça.

Elle se retourne brusquement, yeux écarquillés. Quelqu'un lui parle. D'une voix timide.

- Ça te donne l'air jeune…Et puis, tu es jolie comme ça.

Le garçon n'ose plus rien dire. Et elle le reconnaît enfin c'est le garçon de l'infirmerie.

- Tu penses vraiment ce que tu dis ? demande-t-elle, incertaine.

Il baisse les yeux, elle ne comprend pas. Elle n'a jamais été appréciée, alors pourquoi dit-il ça maintenant ?

Car elle n'a jamais vu. Elle n'a jamais vu les regards en coin qu'il lui jetait, ou son brusque rougissement les rares fois où elle l'approchait.

Trop perdue, trop perdue en elle-même pour voir quelque chose.

Mais aujourd'hui, il a trouvé le courage de venir lui parler. Aujourd'hui, il a trouvé le courage de lui dire ce qu'il pense. Parce que, il y a deux jours, il a été libéré.

Il y a deux jours, elle lui a adressé la parole, elle lui a dit merci.

- Tu sais, personne ne vient jamais me parler. Il y a encore quelques temps, un garçon se souciait de moi, il venait me voir quand je dormais, il me demandait comment j'allais, si ça allait. Mais je crois qu'il est parti, maintenant. Je ne pense pas qu'il reviendra.

Elle a parlé d'une voix calme mais triste, une voix comme remplie de brume.

Il relève brusquement la tête vers elle, et la voit enfin comme elle est. Une fille fragile, qui essaye tant bien que mal d'instaurer une conversation, qui est aussi timide que lui. Alors il demande :

- Ça te rend triste ? Le départ de ce garçon.

- Tu veux bien être mon ami ?

Il se fige brusquement.

- Oui… Oui, évidemment ! balbutie-t-il enfin.

- Alors non. Ça ne me rend pas triste.


Merci d'avoir lu jusque là.