PROLOGUE

« Les flammes embrasaient tout sur leur passage. Arbres, fleurs, pailles, maisons… Tout brûlait dans ce feu tout droit sorti de l'Enfer.

La Créature hurlait de rage et de colère. Les cris de la Bête grondaient tel le tonnerre lors d'un orage par une sombre nuit d'été. Le désespoir gagnait peu à peu les rares survivants, la planète elle-même souffrait de cette calamité…

Du haut de son dirigeable, son maître la regardait tout détruire autour d'elle. Un sourire satisfait était dessiné sur son sombre visage. Ses yeux reflétaient le carnage sous lui. Le vacarme faisait battre son cœur d'une joie cruelle et sauvage ; le spectacle qui se déroulait le satisfaisait.

Alors que l'on croyait tout fini, un héros surgit et s'empara du sceptre du diabolique dresseur et d'une formule puissante et complexe, enferma la Créature à l'intérieur, libérant ainsi le monde de la domination de cet oppresseur.

Fou de rage, le sorcier malveillant se rua sur le jeune sauveur et un combat acharné s'ensuivit. Jamais un taux aussi élevé d'énergie magique n'avait était observé jusqu'à ce jour. Les deux protagonistes enchainaient les sorts comme s'il s'agissait de leur langue naturelle, rendant coup sur coup. Des faisceaux lumineux volaient çà et là. Ceux qui fuyaient le combat sentaient malgré tout leur fin arriver…

Mais un miracle se produisit. Alors que toux deux étaient épuisés et se préparaient à envoyer leur ultime coup fatal, une lumière verte, parcourue de filaments argentés et blancs, jaillit du sceptre encore tenu par le héros. Cette puissance inconnue décima l'horrible méchant… »

— …et depuis, le monde put enfin revivre en paix.

— Et qu'est devenu le héros ?

Sur le lit, le petit garçon pressait ses doigts sur sa couette tant il était captivé par cette histoire. Il buvait littéralement les paroles de sa mère, assise près de lui. Cette légende, si tragique, même s'il était trop jeune pour en comprendre toute l'essence, avait capturé toute son attention – au grand plaisir de sa mère. Avec un sourire que seule une mère aimante peut en offrir à son fils, elle lui répondit :

— Il a survécu et il épousa la jeune fille ; et ensemble, ils eurent un merveilleux garçon.

Elle referma le livre qu'elle tenait sur ses genoux et caressa la fine couverture – représentant une créature abjecte et difforme qui se faisait menacer par le sceptre du jeune héros – de ses doigts fins et usés par les taches physiques qu'elle faisait.

— Et le méchant ? Il a disparu pour de bon, hein ? Et pourquoi il a pas de nom le super-héros ?

— Oui, le méchant sorcier fut définitivement anéanti. Mais le héros ne voulait pas qu'on l'admire pour nous avoir tous sauvés. Il a fait ce qu'il devait faire, a eu la chance d'y parvenir, et ne demandait rien d'autre en contrepartie.

— Pff ! C'est trop bête !

— Non ça ne l'est pas, Jetan. Car le sorcier n'était qu'un simple homme au cœur brisé…

— Ah bon ?

— Oui…

Son regard se perdit dans le vague, repensant à de lointains souvenirs auxquels le petit garçon n'avait pas accès. Il la regarda avec curiosité, des interrogations se dessinant dans ses prunelles sombres si semblables à celles de sa mère.

Reprenant pied dans la réalité, la jeune femme lui sourit.

— Allez, bonhomme ! Il est déjà très tard ! À présent, il faut dormir…

— Oh non !

Le jeune Jetan fit la moue et se débattit légèrement lorsque sa mère commença à le border.

— Oh que si !

Le garçon rit et se planqua sous sa couverture alors que sa mère tentait de le noyer sous les baisers. Après une bataille des plus rudes, elle parvint enfin à gagner la partie et allongea son fils dans la meilleure des positions pour passer une agréable nuit.

— Dors bien mon garçon.

Elle l'embrassa une dernière fois, rabattit la couette jusqu'à son cou, caressa ses fins et soyeux cheveux noirs, puis sortit de la chambre, fermant la porte derrière elle ; l'enfant s'endormit aussitôt.