Une sueur désagréable et collante recouvrait ma peau trop pâle et mon visage endormi. Mes lèvres étaient pincées, mes yeux douloureux, autant de signes attestant qu'un terrible cauchemar emplissait mes songes. Après une lutte acharnée contre moi-même je m'éveillai enfin, échappant à ce mauvais rêve. Encore tremblant, j'ouvris la fenêtre, espérant que la fine brise nocturne éloigne la chose définitivement. L'air, malheureusement, était lourd et humide.

Puis vint une voix. Contre mes tympans. Faible, comme si elle craignait qu'un autre que moi puisse l'entendre. Légère, fluette, elle chantait une mélodie doucereuse. Je me retournais mais, j'en étais déjà convaincu, il n'y aurait personne. J'eus alors l'idée saugrenue de regarder dehors, sous ma fenêtre. Je n'aurais su dire pourquoi, mais j'étais intimement persuadé que l'origine de ce son magnifique serait dans cette direction.

L'horreur et la fascination m'étreignirent au même moment, lorsque mes yeux se posèrent sur ce spectacle insensé. Ces deux émotions se querellaient, s'entre-déchiraient sans que l'une ne puisse véritablement prendre le dessus. Cela était si splendide, que je crus un instant être sur le point de sauter. Je fis demi-tour à contre cœur et sortis de la maison à pas de loup.

Je mis quelques secondes à comprendre ce que je voyais, mais étais désormais convaincu que le merveilleux existait bel et bien. Il y avait cette couleur tout autour de moi, omniprésente. Une couleur douce, reposante, qui avait chassé ce triste cauchemar à jamais. Du vert... Je n'aurais jamais cru l'aimer à ce point. Il brillait à mes côtés, scintillait à mes pieds, attirant irrémédiablement mes faibles pupilles. Et cette voix n'en finissait pas de susurrer mon prénom... Elle se faisait plus forte à mesure que je m'approchais de cette étendue émeraude. Je n'avais qu'une envie, y plonger mon visage, m'en imprégner tout entier...

Je m'approchai de ce qui me semblait être un lac, incapable de détourner le regard, et le chuchotement devint chant. Il me semblait l'entendre à mes côtés, mais j'eus beau observer les alentours, j'étais seul dans la nuit.

Je découvris un instant plus tard d'où la voix provenait. Au milieu de cet étang dansait délicieusement une femme aux formes célestes. Son corps couleur de jade avait jailli de cette substance, rien que pour moi.

S'en m'en rendre compte, je m'y étais enfoncé jusqu'aux genoux. Ce liquide étaient dense, rendant mon avancée plus difficile. Je n'en avais cure, je n'aspirais qu'à l'atteindre. Assurément, elle était déesse, elle était reine ! La substance déjà recouvrait ma taille, comprimant mes cuisses, m'empêchant de reculer. Elle se pressait contre ma peau, l'enserrant, comme si elle était pourvue mains fourchues. La douleur, pourtant, était absente. Je continuai alors de marcher, m'approchant de cette silhouette divine.

L'horreur, enfin, occulta la fascination. En une seconde, cette seconde émotion quitta définitivement mon esprit et une frayeur indicible m'écrasa la gorge. Son visage n'avait plus rien de féerique... Je fus alors persuadé de son origine démoniaque lorsque, à l'intérieur de ses orbites, j'aperçus deux ardentes flammes se consumer. Dévoilant deux rangées de dents aussi noires que la cendre, elle me sourit, carnassière. Sa main, coiffée de griffes acérées, s'avança vers soudain vers mon visage et, appuyant sur mon crâne, me précipita vers les abysses. Alors que je sentais ma vie s'échapper, suintant par chacune des pores de ma peau, il me semblait encore entendre son rire.

Vorace.