Chapitre Premier

Le froid avait gagné en force la ville. Tout le monde avait ressorti depuis un petit moment gros pulls et écharpes. De temps à autre, il neigeait ou, plus clément, pleuvait. Mais cela ne perturbait pas le moins du monde les habitudes d'Extan Baker. Comme chaque jour, il partait derrière le Mur des Vivantspendant sa pause du matin. Celle-ci durait une demi-heure et le jeune homme avait l'habitude de travailler un peu, seul, dans le calme…

— Extan !

Enfin… sa plénitude semblait avoir été quelque peu perturbée ces derniers temps.

— Ça va ?

Dyck s'avança vers lui et déposa un chaste baiser sur ses lèvres puis s'installa à ses côtés. Il portait un trench coat noir à moitié ouvert, laissant entrevoir un pull épais de la même couleur que ses yeux et un simple jeans, noir également. À son doigt, il portait la nouvelle bague celtique en pierre d'onyx qui lui avait été offert par sa grand-mère pour Noël – cadeau reçu un peu en retard car la vieille femme semblait perdre la notion du temps.

Extan lui répondit d'un hochement de tête, toujours plongé dans ses bouquins d'Art Magique, tomes 4 et 6. Son professeur avait demandé à ses élèves de se renseigner sur les célèbres peintres sorciers ayant marqué l'Histoire : leur intégration parmi les Humains ainsi que les charmes présents dans leur art magique, comme les yeux qui suivaient leurs admirateurs ou les tableaux aspirant l'âme des observateurs insouciants…

Dyck jeta un œil désapprobateur à la tenue de son petit-copain. Son fin pull bleu marine sous son blouson de cuir ne semblait pas le réchauffer assez son pantalon, un jeans noir, n'était également pas assez épais. Et comme pour confirmer sa pensée, Extan frissonna légèrement, soufflant de la buée à travers ses fines lèvres. Le fé voulut le lui faire remarquer mais sa voix se noya sous le cri d'une Âme Peinée.

Dyck grimaça.

— Comment tu peux rester ici à côté de ces horribles cris ?

Extan leva les yeux vers le Mur des Vivants – ce mur qui attirait inévitablement les âmes des défunts n'ayant pas réussis à monter au ciel ou à devenir de vrais fantômes – puis les rebaissa.

— Je veux bien que tu n'aimes pas rester auprès des hommes en chair et en os mais de là à toujours tenir compagnie à ces âmes… Je ne comprends pas !

Extan ignora sa remarque et continua sa lecture. Irrité, Dyck se planta devant lui et l'embrassa une nouvelle fois.

— Eh !?

— Écoute-moi quand je te parle !

Comme pour répondre à sa demande, Extan regarda le fé. Depuis qu'ils sortaient ensemble, Dyck avait laissé tomber ses incertitudes et se montrait de plus en plus insistant et sans-gêne avec lui.

Extan grogna :

— Si ça te plaît pas, t'as qu'à pas rester là !

Dyck sourit de la façon la plus enjôleuse dont il était capable, jouant de ses atouts féériques.

— Mais je préfère rester auprès de toi.

Extan rougit bien malgré lui et le frappa à la poitrine pour reprendre contenance.

— Arrête de m'allumer !

Dyck rit et l'embrassa de nouveau. Mais cette fois-ci, Extan céda et répondit à son baiser – en l'approfondissant même ! Il laissa tomber ses livres et agrippa le fé de ses mains. L'une d'elles se logea derrière sa nuque tandis que Dyck laissa les siennes se balader au creux de ses reins. Depuis leur premier baiser, il le trouvait bien plus séduisant, bien plus plaisant. Et il avait la nette impression que cela allait être de mieux en mieux – comme si la pratique continuelle allait rendre la chose de plus en plus fantastique au lieu de devenir lassante.

Dyck se détacha à contrecœur de son petit-copain pour le laisser reprendre son souffle. Dommage qu'en tant que dhampire, Extan avait besoin de respirer car les fés – et même les métis-fé – avaient la capacité de respirer par les oreilles – ce qui s'avérait pratique quand on embrassait.

Extan avait les yeux encore fermés, les joues rosies de plaisir. Il les rouvrit doucement, sensuellement, faisant naître un tourbillon d'émotions en Dyck.

Le jeune vampire murmura :

— Arrête de me faire ça quand j'essaye de bosser…

Mais il se rapprocha de son petit-copain et lui lécha doucement les lèvres. Dyck allait devenir fou ! Extan ne se rendait-il pas compte de son charme et les conséquences que cela avait sur son corps !?

Le fé émoussé essaya de ne pas y penser en se concentrant sur ce qu'il disait.

— Tu… Hum ! Tu as encore des problèmes ?

Extan soupira doucement en s'écartant.

— J'ai dû mal à me concentrer en cours alors, oui, ça me pose des problèmes.

— Comment cela se fait ?

Dyck l'observa attentivement : il inspira, souffla, baissa les yeux, mais ne répondit pas à sa question. Il le sentit se perdre dans ses pensées – des pensées qui semblaient tristes. Voilà presqu'un mois qu'ils sortaient ensemble mais Extan ne semblait toujours pas vouloir se confier à lui, lui faire part de tout ce qui le tracassait. Parfois, il le voyait, à son insu, regarder le ciel et soupirer fortement. Était-ce ces pensées qui l'empêchaient de se concentrer en cours ?

— Si je ne réussis pas les prochains examens, je serais obligé de suivre les cours de rattrapage…

Extan détourna le regard, embarrassé, comme voulant laisser planer une fin de phrase qu'il ne voulait pas avouer à voix haute. Dyck le regarda attentivement, gênant le métis qui se recroquevilla sur ses jambes.

Soudain, l'illumination.

— Oh !

Extan ramena sa tête sur ses genoux. Dyck sembla scintiller de bonheur, comme un rayon de soleil.

— Tu ne veux pas faire le stage de rattrapage pour passer les vacances avec moi ?

Là, le concerné grogna et enfouit sa tête dans ses bras.

« Qu'il est trop craquant ! », pensa Dyck.

Alors il s'avança vers lui et caressa ses doux cheveux sombres. Extan releva légèrement sa tête et sentit son ami lui déposer un chaste baiser sur le front.

— Merci.

Extan n'ajouta rien, trop embarrassé pour admettre ce qui était évident.

Après un petit silence agréable, Dyck lui demanda :

— Tu as des projets pour ce soir ?

— Rien de particulier.

— Tu veux qu'on sorte ?

Extan réfléchit un petit moment mais n'eut pas le temps de répondre que Dyck poursuivit :

— Ou alors on peut passer chez moi. Ma mère a prévu des crêpes pour ce soir.

Extan réfléchit à la nouvelle proposition puis accepta. Elle avait beau être lunatique et quelques fois acerbe, il aimait bien la mère de son petit-ami. Elle n'en restait pas moins gentille… à sa manière.

— Parfait ! Je finis à 14h00 mais des potes veulent que je joue à Porte-Balai. On se rejoint ici dès que t'as fini les cours, ok ?

Extan connaissait bien les règles de ce jeu mais n'y avait jamais joué. Pour commencer, il fallait connaître le sort de Lévitation et posséder un char monté sur balais – ce qui était soit assez cher soit pas si évident à construire soi-même. Et évidemment, il fallait un permis car bon nombre de sorciers utilisaient le porte-balai comme moyen de transport portes-balai et voitures se côtoyaient sur les routes mais des tracés aériens avaient été créés spécialement pour ces véhicules.

Les règles du jeu d'origine étaient assez simples : deux équipes se disputaient un match dont le but était d'envoyer un hérisson dans un cercle de fer situé à dix mètre de hauteur sans sortir du terrain marqué au sol. Le hérisson mis en boule est attrapé par la paille des balais et peut être passé d'un joueur à un autre en passant par l'intermédiaire des balais méthodiquement rattachés aux chars.

Extan savait que certaines personnes trouvaient ce jeu beaucoup trop dangereux mais n'ayant fait pour l'instant aucun mort – juste quelques blessés –, le jeu n'a pas été interdit. Cependant, quelques règles de sécurité ont été ajoutées : un arbitre, pour commencer, et on exigeait que les joueurs soient protégés par des sorts de Répulsion ou bien par une protection adéquate, comme une armure.

En y repensant, le jeune vampire n'aimait vraiment pas ce jeu. Et il en était inquiet que son insouciant de petit-ami veuille y participer.

— Extan ?

— Hum hum…

L'interpellé chassa ses pensées : il n'avait pas le droit de lui interdire de faire ce qu'il voulait, aussi grande son inquiétude pouvait être.

— Extan ?

Le bleu des yeux du fé semblait se mouvoir comme un océan agité. Le vampire aimait se perdre dans cette infinie mystérieuse et il ne voulait pour rien au monde perdre cette sensation. Alors il prit son courage à deux mains et tenta de le convaincre de ne pas aller jouer à ce jeu dangereux.

— Dyck, c'est…

La cloche sonna, mettant fin à leurs retrouvailles. Le vampire soupira, constatant qu'il avait manqué sa chance. De plus, la sonnerie venait lui annoncer l'inévitable : leur séparation. À son grand Dam, leur emploi du temps ne concordant pas, Extan ne pouvait plus grappiller du temps auprès de Dyck : le mardi et le mercredi, leurs classes déjeunaient à des heures différentes. Il ne le verrait donc pas avant la fin des cours…

Il grogna en repensant à ça et Dyck vint lui déposer un énième baiser sur les lèvres.

— Ne fais pas la tête…

Mais le métis-vampire fit la moue, fronçant ses sourcils de cette façon dont Dyck aimait tant. Ce dernier rit et les lui lécha. Surpris, Extan ne bougea plus, et même quand il partit, il lui fallut un bon moment avant de revenir les pieds sur terre et de se dépêcher pour aller au prochain cours – même si à présent, il était déjà bien en retard.

La mère de Dyck les accueillit avec le sourire après les cours. Elle adorait préparer des crêpes et son mari avait accepté de la laisser faire ce jour-là.

— Bienvenue à la maison, les garçons ! Dyck ! Ta sœur a du mal à mettre la plaque alors va l'aider !

Et elle repartit en vitesse vers la cuisine. Du salon, on entendit Mïana crier :

— Maman ! La plaque s'en va !

Extan n'eut même pas le temps de se demander ce que cela signifiait qu'il vit arriver vers lui une plaque de métal, noire, parsemée de sillons ronds de la taille d'un poing adulte, bondissant et soufflant de la fumée verte.

Surpris, Extan s'écarta vivement de son chemin. Quant à Dyck, il s'empara du manteau de sa mère accroché sur la patère du couloir et le jeta sur l'objet fuyard. Instantanément, l'objet s'immobilisa.

— Mina ! Ne la découvre pas tant que tu ne l'as pas attachée !

La petite fée vint à leur rencontre, habillée d'une robe rose à volants, le visage espiègle.

— Mais je voulais lui apprendre à obéir ! À la télé, ils ont dit que si on n'éduque pas correctement les animaux de compagnie, ils nous mordront !

Elle rit puis sauta dans les bras d'Extan, l'embrassa et retourna dans le salon avec la plaque immobilisée.

Dyck soupira.

— Ah, les fées !

Il lui sourit, l'invita à déposer son gilet en cuir, puis ils se dirigèrent vers le salon. La table avait été dressée : quatre couverts étaient installés. Mina tentait d'attacher la plaque avec un fil de caoutchouc noir en bout de table sur laquelle des bocaux contenants diverses substances qu'Extan ne parvenait pas à identifier traînaient sur toute sa longueur.

Dyck se dirigea vers la vitrine en bois blanc et sortit un couvert supplémentaire pour son ami.

— Vas-y, installe-toi !

— Mais il n'est pas un peu tôt pour dîner ?

Dyck leva un sourcil, amusé.

— Tu n'as jamais mangé de crêpes ?

Extan se contenta de lever un sourcil devant cette remarque qu'il trouvait incohérente.

Dyck rit.

— Installe-toi, tu vas adorer !

Extan ne se sentait pas du tout rassuré. Mïana avait réussit sa mission et patientait à table, louchant sur les pots de garnitures ; mais la plaque tentait sauvagement de s'échapper de ses entraves et dégageait une fumée verte inodore. Les amants s'installèrent à leur tour tandis qu'ils entendaient Mr Murton se débarrasser de ses affaires dans l'entrée puis rejoindre le salon.

— Tiens ? Tu es de la partie Extan ?

— Bonsoir monsieur.

— Il n'a jamais mangé de crêpes au dîner !

Le concerné envoya un regard noir à son amant mais le père ne le remarqua pas.

— Ah oui ? Alors attention, cela risque d'être surprenant.

Tandis que Mïana racontait sa journée à son père, Mme Murton rejoignit la famille dans le salon, une bombonne de la taille d'une grosse marmite dans les mains, et marqua le début des festivités :

— Attention tout le monde… C'est parti !

Extan avait son cœur qui battait à cent à l'heure involontairement. Tant de mystères autour de cette partie de crêpes que ça l'inquiétait énormément ! Il vit Mona Murton déposer le baril en fer rosé près de la plaque qui s'agitait bruyamment et, là, il se passa quelque chose qu'il n'aurait jamais pu imaginer, pas même dans ses rêves les plus fous : une partie de la plaque se fondit dans le container de métal et sembla en aspirer le contenu. Des disques de pâtes légèrement verdâtres se formèrent dans les sillons puis, au bout de quelques secondes de cuisson, se propulsèrent dans toute la pièce.

La petite Mïana se leva et déploya des ailes d'un rouge transparent, déchirant le dos de sa robe et la tâchant de sang. De sa fourchette, et s'élevant de quelques centimètres au-dessus du sol, elle attrapa un des disques volants et sifflants. Elle le plaqua dans son assiette et appela une garniture. Un des pots s'ouvrit et un projectile vert en sortit. Pas assez vive, la petite fée se le reçut en pleine face en riant, puis retenta sa chance. Cette seconde fois, la garniture vint se poser sur la crêpe qui s'enroula d'elle-même en tube.

Satisfaite, la petite fée la mangea.

Extan était choqué et ne faisait pas un geste. Les parents de Dyck avaient agis de la même manière que leur fille, le père en se levant, la mère en volant grâce à de magnifiques ailes violettes translucides, mais avaient choisi des garnitures aux couleurs différentes. Les fées riaient de bon cœur et le père souriait en voyant ses femmes si joyeuses.

Dyck riait également et au moment où une pâte vola vers Extan, il l'intercepta et la déposa dans l'assiette du garçon.

— À quoi la veux-tu ?

— Euh…

Voyant son ami pétrifié sur place, il choisit pour lui :

— Crème de cerise et amandes !

Une gelée rose foncée sortie d'un des pots et des amandes d'un autre. La crème de cerise arriva à bon port mais les amandes fusèrent sur les deux garçons – qui durent se protéger sous la table – avant d'atterrir enfin sur la crêpe d'Extan. Cette dernière s'enroula d'elle-même juste après.

— Bon appétit !

Extan ne bougeait pas tandis que son repas se tortillait dans son plat. Il vit Dyck attraper une crêpe en plein vol et la garnir de pâte d'amandes et coulis de fraise. Pour Extan, c'était un vrai foutoir assez effrayant. Au bout de quelques minutes, son repas toujours intouché, il remarqua quelque chose d'étrange. Certes, le père semblait s'amuser mais il n'était pas aussi euphorique que les trois fés... À son grand étonnement, Dyck déploya également de belles ailes, fins films d'or transparents, pour aller attraper une pâte propulsée bien trop haut. Des taches de pâtes et de sauces jonchaient partout sur le sol, les murs, la table et même les personnes présentes.

José leva les yeux vers l'invité et lui sourit, l'invitant à manger.

Deux heures plus tard, Extan ne s'était pas départi de son étonnement et n'avait pas beaucoup mangé quand ils débarrassèrent la table. Il amena les plats dans la cuisine où le père les rinçait à l'eau dans le lavabo avant de les mettre dans le lave-vaisselle.

— Alors ? C'était comment ?

Extan ne répondit pas et José rigola.

— Ne t'en fait pas, ça fait toujours cet effet-là la première fois.

Trop choqué pour ajouter quoi que ce soit, Extan se contenta de déposer les assiettes sur le comptoir.

— Les fés adorent ce repas. Mes enfants également, ayant du sang de fé dans leurs veines… Pour eux, c'est un repas digne de fête !

Extan comprenait mieux l'étrange aura de bienfaisance qu'il avait ressentit durant le repas chez ses hôtes.

— Il y a du pudding et des cakesà la menthe dans le frigo. Sers-toi.

Extan hocha la tête en remerciement tandis que Mona revenait avec le baril totalement vidé – au sens littéral comme au figuré ! En se concentrant, Extan était persuadé qu'il pourrait voir y apparaître un vieux visage au bord de l'épuisement.

Il vit à travers la porte de la cuisine Dyck se battre avec sa sœur pour ranger la plaque. Alors José lui chuchota :

— N'en veut pas à mon fils de t'avoir un peu délaissé, ce n'est pas de sa faute. C'est dans ses gènes… et la fabuleuse éducation de ma femme, aussi.

Il lui fit un clin d'œil et enserra sa femme, qui semblait être aux anges. Extan les entendit se murmurer des mots doux ; gêné, il s'en alla rejoindre les enfants dans le salon.

— Et voilà ! C'est moi qui ai gagné alors c'est moi qui vais ranger la plaque !

— Et zut !

Les enfants Murton venaient de disputer une partie de Magiken1à laquelle Dyck venait de perdre. Extan l'observa, ses fins sourcils blonds froncés de mécontentement, suppliant sa petite sœur :

— Allez, Mina ! Laisse-nous y aller Nax et moi…

Il ignora le regard meurtrier que venait de lui lancer Extan.

— Allez quoi ! T'y as déjà été ! S'il te plaît… Je te promets de te ramener des prinpanuls !

Mina bouda et lui tourna le dos. Dyck soupira en jetant un regard d'excuse à son ami qui y répondit par un haussement de sourcils perplexe. Ses yeux noisette le faisaient plonger dans des abîmes indéfinissables. Ses longs cils le rendaient si sexy. Son teint blafard le rendait fantastique.

Extan ne disait mot devant tant d'étrangeté. Puis il sentit le regard de Dyck plonger dans le sien. Il y avait tellement d'intensité dedans, tellement de sentiments, qu'il en rougit d'embarras. Il détourna les yeux mais savait que Dyck ne s'arrêterait pas avant de s'être complètement satisfait de sa vue. Ses épaules, plus fines que les siennes, son torse qu'il savait pâle et pas trop musclé, ses hanches souples et gracieuses, puis plus bas encore… Son corps s'embrasa et Extan gémit sous la douceur des lèvres de son amant. Sa langue sucrée goûtait avec appétit la sienne…

Mais un cri les sortit de leur échange.

Tous deux rouvrir leur yeux et virent la petite fée courir vers la cuisine en criant de joie :

— Maman maman maman ! Kys et Nax se font des bisous !

Extan lança un regard perdu vers un Dyck souriant.

— Il est possible que je ne le lui aie pas dit… Ni aux parents d'ailleurs…

Il se gratta l'arrière du crâne tandis que son ami lui lançait des regards paniqués. Il lui sourit et se saisit de l'occasion qui se présentait à lui. Il lui attrapa la main puis, de l'autre, prit la plaque immobilisée et il l'entraina vers le fond de la maison, là où se trouvait la porte menant à la cave. Extan protesta un peu pour la forme mais se laissa faire – il n'avait pas très envie d'affronter les parents de son petit-copain sur sa récente orientation sexuelle.

Arrivés dans la cave illuminée par des torches éternelles au design épuré et onéreux, Dyck ferma la porte à clé de l'intérieur puis chercha le Miroir. Il le trouva calé dans un coin de la pièce. Toujours souriant, il s'avança vers ce dernier et se planta devant lui. Tout content, il fit passer Extan devant, maintenant la plaque à ses pieds.

— Mais que…?

— Chut. Regarde.

Extan s'exécuta et rougit face à son reflet. Il baissa la tête mais une des mains de Dyck la releva.

— Pourquoi te cacher ? Regarde comme tu es beau… Tout à l'heure, mes yeux se sont attardés sur ton magnifique corps…

Extan respirait bruyamment.

— Arrête…!

— …si svelte… si doux…

— …st…op…

Les mains de Dyck descendaient peu à peu, caressant son corps tendrement ; Extan se voyait ne pas lui résister, rougir sous ses agissements.

— Tout à l'heure… oui, tout à l'heure… ton corps a crié et je l'ai entendu…

Extan, le corps déjà bien embrasé, vit son entrejambe se gonfler. Dans ses reins, il sentit également le désir de son petit-copain. Il rougit de plus belle. Il sentait qu'ils allaient passer un cap – un cap qu'il désirait passer ! – mais que la perspective de le faire l'intimidait.

Dyck voyait les émotions se partager sur le visage du garçon. Entre timidité et désir, il ne semblait pas vouloir se mettre d'accord. Pourtant son corps, lui, indiquait clairement sa position. Alors tout doucement, pour la première fois, Dyck osa s'aventurer là où il ne l'avait jamais fait. Ses doigts glissèrent d'abord sous son pull, caressant sa peau, remontant vers ses tétons qu'il pinça. Extan se cambra sous ses avances et grogna. Cette réaction lui était si plaisante que Dyck joua avec lui un moment, touchant ces parties sensibles sans le satisfaire là où le désir était le plus intense. Impatient, Extan lui prit ses mains et cette fois-ci dirigea. Il les fit glisser sur son bas-ventre, doucement, les yeux mi-clos, perdus dans les vagues de désir, puis, enfin, les fit passer sous son pantalon, sous son boxer ; et Extan gémit lorsque les mains du fé entrèrent en contact avec son sexe tendu de désir. Dyck n'en revenait pas de pouvoir enfin faire cela avec le garçon qu'il aimait. Le désir le prit de court et il s'empressa d'empoigner fermement mais doucement le membre gonflé. Il le caressa en de vigoureux va-et-vient, jouant avec son extrémité, s'attardant sur ses bourses de temps à autre, son autre main parcourant son corps d'une douceur incomparable. Extan respirait de plus en plus fort près de son oreille, entre gémissements et grognements, son corps abandonné entre ses mains. Dyck aimait la façon dont celui-ci se cambrait de plaisir, ses fins doigts l'agrippant fermement pour ne pas tomber sous le poids du désir. Le sien était également poignant et il se frottait contre les reins du garçon. Ce dernier gémissait de plus en plus fort, indiquant à son partenaire qu'il atteignait le but ultime. Alors il accéléra la cadence, emprisonna ses lèvres dans les siennes et appuya sur l'une des décorations du miroir alors que les parents du fé exigeaient que leur fils ouvre la porte de la cave.

Puis tout devint blanc autour d'eux alors que le jeune vampire jouissait en un cri rauque, sauvage, découvrant de petites dents pointues.

1 Dérivé chez les sorciers du pierre-papier-ciseau en sort-balai-dimension : le sort détruit le balai, le balai balaye la dimension, la dimension aspire le sort ^.^