Pardon pour la très longue absence mais j'ai eu beaucoup de problèmes cette année et je me suis concentrée sur des AT et des mises à jour de certaines de mes histoires.

Aussi, avec beaucoup de retard, je vous livre ce sixième chapitre des aventures de Dyck et Extan, en espérant qu'il vous plaira =)

Bonne lecture~

Chapitre Six

Tu restes dîner avec nous ?

Se rappelant l'étrange partie de crêpes des fés, Extan était bien content d'avoir déjà dîné.

— Nan, p'pa ! On a déjà mangé !

— Ah oui ?

— Uep !

Dyck raccompagna son amant jusqu'à la porte. Il l'embrassa avant que ce dernier ne la franchisse et demanda :

— Dis, on passe le weekend ensemble avant de partir ?

— Si tu veux.

Content, le fé l'embrassa à nouveau. Le goût du sang s'atténuait après un bon brossage de dent ou quelques verres d'eau – heureusement, sinon ce serait bien embêtant pour le fé qui ne supportait pas le goût de son propre sang !

Extan s'accrocha à Dyck, ressentant encore du désir pour lui. Le rire de ce dernier perla aux oreilles du vampire qui dû le relâcher à regret.

— À demain, Extan.

— Hum.

Extan s'éloigna dans la nuit froide. Il arriva chez lui, le cœur plus léger qu'il ne l'aurait cru. Sa mère buvait un verre de vin rouge, regardant les images de la télé défiler sans réellement les voir, l'air pensif. Il s'approcha d'elle en silence et lui baisa le front marqué par la fatigue.

— Bonsoir, mon chéri.

— S'lut, m'man.

— Tu étais chez Dyck ?

— Hum-hum.

Il rougit et baissa les yeux, repensant à leur soirée. De ce fait, il ne vit pas le regard inquiet de sa mère et l'entendit à peine murmurer :

— ...voir…d'autre ?

— Hum ?

Elle secoua la tête et s'excusa :

— Non, ce n'est rien mon cœur. Tu as fait tes devoirs ?

Il répondit par la négative et alla les faire dans sa chambre, traversant la cuisine et fermant la porte derrière lui, laissant sa mère et ses angoisses muettes derrière lui.

Le tracas de sa mère était également l'une des raisons pour lesquelles Extan n'avait pas encore parlé de ses problèmes. Il n'avait aucunement envie d'ajouter des soucis à sa mère. Pour l'instant, il gérait – enfin, il tâtonnait plus dans le noir qu'autre chose mais il serait capable de supporter ça le temps qu'elle allât mieux.

La semaine passa rapidement, l'excitation commune gagnant peu à peu tous les élèves et même Extan qui appréhendait dorénavant son séjour. Certes, il était bien content de passé du temps auprès de Dyck mais l'idée d'aller dans un endroit encore plus froid, chaussé de planches de ski qui plus est, le rebutait un peu.

Le mercredi soir, après leurs cours, les deux amants partirent faire les courses nécessaires au séjour qu'ils s'apprêtaient à vivre. Accompagnés de certains amis de Dyck, Extan parla peu mais se montra bien plus social que ce à quoi Dyck s'attendait.

Le vendredi, Extan ne rentra pas chez lui, comme prévu, et passa le weekend chez son amant avant le départ du dimanche midi. En quittant sa mère fatiguée le matin-même, le garçon eut une pointe au cœur : son angoisse marquait de plus en plus son visage et elle semblait toujours vouloir lui dire quelque chose qu'elle n'arrivait finalement pas à prononcer.

Alors Extan était parti sans autres mots que « à plus tard ».

Au petit matin du samedi, Extan se réveilla dans la même douceur des bras de Dyck dans laquelle il s'était endormi. Il sentait sa chaleur et son souffle sur sa peau. Il était bien, vraiment bien, et ne voulait plus bouger.

Mais c'était sans compter sur la petite fée agitée de si bon matin.

— Debout ! Debout !

Elle sauta sur le lit, écrasant les garçons de son poids plume.

— Arrête Mina !

— Debout ! Il faut se lever !

Son grand frère l'attrapa au vol et lui fit grâce du supplice des guili-guili. La petite fée hurla et rit bruyamment, avant de réussir à se sauver.

Dyck râla :

— Ah là là ! Impossible de bénéficier d'une grasse matinée dans cette maison !

Il sourit en embrassant son compagnon.

— Bien dormi ?

Extan rougit et lui sourit, heureux.

— Oui…

Sans prévenir, le fé se jeta sur ses lèvres, les dévorant avec convoitise. Il verrouilla sa chambre d'un sort – chose qu'il aurait dû faire la veille – et aima son petit-ami dans l'éveil du matin.

Lorsqu'ils descendirent enfin, la table était déjà mise pour le petit-déjeuner. Des viennoiseries aux boissons, parfumées aux prinpanuls, constituaient leur repas qu'ils mangèrent avec plaisir.

Quand vint le moment de débarrasser, la petite fée quémanda :

— Maman ! Je peux aller au Royaume ?

Emerald Garden, le Royaume des Fés.

C'est son père qui répondit avec sévérité :

— Il en est hors de question, jeune fille. Je te rappelle que tu es punie.

La petite fée hurla et partit pleurer dans sa chambre.

Dyck expliqua à son petit-copain la raison de cette punition :

— Elle a utilisé un sort de fée sur un de ses camarades. Il l'a vénéré comme une déesse pendant toute une journée !

Choqué, Extan s'exclama :

— Les fés sont capables de faire ça !?

Sous le rire chaud de Dyck, c'est le père de celui-ci qui s'exprima :

— Les fés sont capables de beaucoup de choses, surtout quand cela a un lien avec le charme en général. Fais attention de ne pas être sous l'un d'eux !

Il fit un clin d'œil à l'intention du garçon.

— Papa !

Le père rit à son tour tandis que le fils grogna, sous le regard consterné d'Extan.

— Hey, Extan… Je te jure que je ne t'ai jeté aucun charme !

Le concerné hocha la tête en murmurant :

— Je sais.

Dyck déposa un chaste baiser sur ses lèvres mais celui-ci le repoussa, le rouge aux joues, un regard embarrassé envers le père de son petit-copain. Mais ce dernier ne dit rien et Dyck grogna. Il prit la main de son amant, l'emmena dans le salon vide et l'embrassa à nouveau.

Bien qu'encore un peu gêné, le vampire se laissa faire, en espérant que personne ne viendrait ici.

— Hey ! Détends-toi, Extan !

— Ça me gêne !

— Que je t'embrasse ?

— Que tu m'embrasses devant tes parents !

— Pourquoi ? Ils savent qu'on est ensemble et se doutent bien qu'on n'est pas chastes !

Prenant la mouche, Extan le repoussa :

— Mais c'est pas pareil !

— Qu'est-ce qui n'est pas pareil ?

Les yeux turquoise affrontèrent le regard sombre en colère.

Puis Dyck soupira.

— Ok, d'accord, je te promets de ne plus t'embrasser devant mes parents…

— Hum…

Dyck sourit gentiment.

— Ni devant les tiens… Ni devant qui que ce soit que tu ne veuilles pas, ok ?

Extan se calma et s'excusa.

— Est-ce que je peux te reprendre dans mes bras maintenant ?

Le vampire acquiesça et se lova dans les bras ainsi offerts, échangeant des caresses amoureuses.

Peu avant midi, le père de Dyck vint le voir dans sa chambre. Il frappa avant d'entrer, devinant très bien ce que les deux garçons faisaient ainsi enfermés dans la chambre. Le visage rougi d'embarras d'Extan confirma ses pensées.

— Qu'est-ce qu'y a, p'pa ?

— Ta mère voudrait que tu ailles lui chercher des prinpanuls.

Étonné, le garçon demanda :

— Hein ? Vraiment ? Elle veut pas y aller elle-même ?

Son père sourit :

— Elle aurait bien voulu… mais il faut recharger le Miroir.

Dyck rit.

— Alors là, je comprends ! Ok, j'y vais !

Le fé se retourna vers son amant tandis que son père refermait la porte de sa chambre océanique.

— Ma mère déteste devoir s'occuper à recharger le Miroir ! Elle a tendance à me laisser cette charge à plein temps ! Tu viens avec moi ?

Comme d'une évidence, Extan se leva et prit sa main. Le fé sourit et l'embrassa.

— Alors, allons-y !

Ils descendirent à la cave et activèrent le passage de lumière. Les deux garçons atterrirent près de la demeure des Murton, dans l'immense jardin fleuri aux senteurs féériques. Comme la dernière fois, Dyck fit en sorte que les Roses Gardiennes laissent en paix son invité. Ils s'occupèrent de ravitailler le Miroir avant de partir à la recherche des prinpanuls.

Dyck le prit par la main et ils traversèrent le jardin. Se rappelant la dernière expérience du garçon, il fit en sorte de ne pas trop traîner dans ledit jardin afin que cela n'écœure pas trop Extan.

Ils se dirigèrent vers l'immensité bleue que ce dernier avait repérée lors de sa première visite. Ils mirent une bonne quinzaine de minutes avant de pouvoir atteindre le lac… qui n'en était pas un, à la grande surprise d'Extan ! En effet, il y avait devant lui une grande étendue de petits nuages brillants et reflétant la couleur du ciel. Ceux-ci voguaient comme emportés par des vagues invisibles.

Dyck se déshabilla et Extan en fit de même, encore étonné de sa découverte. Le fé resta devant l'étendue nuageuse puis déploya ses ailes qui percèrent à travers les opercules, inondant son dos de gouttelettes de sang. À ce spectacle le jeune vampire déglutit fortement. Il regarda son petit-copain avec envie…

Celui-ci, non-conscient du désir qui s'était éveillé chez le vampire, s'étira les épaules et les ailes, puis se retourna vers son ami, le sourire aux lèvres et la main tendue.

— Vaudrait mieux que tu restes très près de moi.

Son sourire vacilla sous le regard de son amant puis revint encore plus éblouissant.

— C'est le sang qui te fait cet effet-là ou mon corps ?

Extan reprit ses esprits et grogna, sous le rire chaud de Dyck.

Marmonnant toujours, Extan fit une réflexion, curieux :

— Tous les fés saignent lorsque leurs ailes sortent ?

Dyck s'approcha et caressa son bras, coupant le souffle de ce dernier. Sa main partit de son épaules, descendit le long du bras et vint emprisonner son poignet. Elle tourna sa paume vers lui et Dyck y posa ses lèvres, faisant frissonner Extan.

— Je suis à moitié sorcier, alors ma constitution est entre celle d'un fé et celui d'un sorcier. J'ai des ailes mais pas d'ouvertures « ouvertes » pour les laisser sortir. Alors je suis obligé de forcer le passage de ma peau…

— Ça fait mal ?

— Pas tellement. La membrane est très fine au niveau de l'ouverture de mes ailes alors ce n'est pas très douloureux.

Extan l'embrassa, comme voulant faire disparaître sa douleur par son baiser.

Dyck rit et murmura :

— Mais là, maintenant, j'ai plus mal.

Il lui embrassa le bout du nez et lui prit fermement la main. Ils avancèrent pas à pas dans la marre mystique. Le froid attaqua les pieds d'Extan qui se faisait entraîner par Dyck. Ils s'enfoncèrent parmi les nuages, sentant leur brise fraîche sur leur peau. Extan était complètement éberlué par ce phénomène, Dyck souriant et battant des ailes régulièrement, faisant disparaître des nuages et en apporter d'autres encore. Puis ils perdirent pieds et Extan s'accrocha au garçon. Ce dernier le tint fermement par la taille tandis qu'ils les enfonçaient dessous. Par réflexe, le vampire retint son souffle et ferma les yeux. Il sentit l'eau glacée lui gifler les joues et eut peur que sa nature vampirique ne refasse surface. Puis il entendit la voix rassurante de son petit-ami à ses oreilles :

— Ouvre les yeux et regarde.

Incertain, le garçon s'exécuta lentement. Une fois les yeux grands ouverts, la vue lui coupa le souffle. Sous lui s'étendaient de vastes champs de coraux et de maisonnettes aux formes plus extravagantes les unes que les autres et soutenues par des piliers de pierres aquatiques ou d'épaisses branches verticales, entrelacées de fleurs d'eau, qui dansaient librement dans l'étrange atmosphère. Des poissons ailés aux couleurs vives et variées nageaient – ou volaient, difficile de le dire – tout autour. Des êtres qui semblaient être fait à moitié de corps humains et d'ailes en tout genre s'amusaient gaiement avec eux.

Extan se mut légèrement dans ce fluide si particulier. Il se décala de son ami, croyant pouvoir flotter, pour s'approcher d'un drôle de poisson plat aux tentacules multicolores et aux deux paires d'ailes blanches ; il poussa un grand cri lorsqu'il se sentit tomber. Dyck le rattrapa etrit :

— Tu ne peux pas voler ! Reste avec moi… Et tu peux respirer aussi, tu sais ?

Extan s'accrocha de toutes ses forces au garçon, ses bras entrelacés derrière sa nuque, et constata qu'il pouvait, en effet, respirer dans cette eau qui n'était pas de l'eau. Pourtant, les sensations qu'il ressentait étaient les mêmes que lorsqu'il se trouvait dans la mer ! Sauf que, et c'était une bonne chose, l'eau qui lui parue très froide à son entrée était à présent tiède, agréable, formant comme un cocon autour de lui. Mais le plus abasourdissant pour lui fut le fait qu'il pouvait également faire sortir sa voix ici, comme s'il était une sirène.

Son cri avait alerté les habitants de ce monde mystique et tous étaient partis se réfugier dans les maisons, observant les intrus d'un œil inquiet.

Perturbé, le vampire demanda :

— Où on est ? Et c'est quoi ces créatures ?

Dyck ne lui répondit pas de suite et battit des ailes en direction de l'une des maisons construites sans grâce à l'aide de différents types de bois et de roche. Sur le palier, Extan pu y poser ses pieds mais resta fermement accroché à Dyck de peur de basculer dans le vide. Ce dernier toqua à la porte, attendit un peu en faisant disparaître ses ailes, et une des étranges créatures vint leur ouvrir, l'œil méfiant. Il observa les deux intrus, jeta un regard désapprobateur au vampire qui lui-même détaillait l'étranger du regard. Il avait le torse d'un homme mais ses long bras finement musclés se terminaient par des nageoires. Le bas de son corps était soutenu par deux paires de nageoires d'écailles bleutées et rosées. Ses cheveux, faits de longues et fines tentacules, flottaient autour de son visage disgracieux.

— Kivoul ! C'est moi !

— On veut pas de vampire ici !

— Mais c'est mon ami ! Allez ! Tu me fais confiance, non ? Si je te dis que tu ne risques rien avec lui, tu me crois ?

La créature semblait dubitative. Elle observait froidement Extan et fixait avec colère Dyck. Puis, de mauvaise grâce, il s'écarta de la porte et laissa entrer les deux garçons. Dyck sourit et entra, Extan à sa suite, collé au maximum à lui. Le dénommé Kivoul referma la porte derrière eux et partit chercher des boissons pour ses invités. Il revint avec trois gobelets emplis d'un liquide ambré qui laissait planer une odeur fumante et alléchante. Dyck s'installa sur une rondelle de bois flottant dans la pièce – comme ce qui semblait être le cas de tout à l'intérieur – et se saisit de la boisson. Extan préféra rester debout et prit poliment le verre que l'hôte lui tendait. La créature s'installa sur une branche d'arbre ancrée dans le mur face aux deux invités.

— Qu'est-ce qui t'as pris d'inviter ce vampire ici ?

— Je te l'ai dit, c'est mon ami…

— Et alors ? On ne fait pas confiance aux vampires !

— C'est mon petit-ami.

La créature voulut répliquer mais se tut à l'annonce. Extan rougit et noya son embarras dans le liquide ambré qui avait un agréable goût sucré, enivrant, et maintenant familier. Son corps plana, comme s'il lui était possible à présent de voler. Puis, il revint doucement les pieds sur terre, sous le regard méfiant et colérique de son hôte.

Piqué à vif, Extan menaça :

— Vous ferez mieux de faire attention ! On ne sait jamais comment un vampire pourrait réagir lorsqu'il se sent agressé !

La créature plissa les yeux et répliqua :

— Parce que tu crois que de faibles créatures comme vous font le poids face à nous ? Vous n'êtes même pas fichu de battre une fée, alors nous ? Faut pas rêver mon garçon !

Le vampire se crispa, vexé. Il était vrai que de toutes les créatures magiques, les vampires étaient les plus faibles à cause de leurs os fragiles mais Extan ne supportait pas de se voir dévaloriser auprès d'un court-sans-pattes. Il voulut lui dire le fond de sa pensée lorsqu'il sentit une main douce se poser sur la sienne. Il envoya un regard en colère sur son ami qui l'intimait, doucement et avec un sourire amusé, de ne pas poursuivre cette discussion.

— Les philansefsont un sale caractère, alors il ne faut pas les provoquer…

— Plaît-il ? Ce ne serait pas plutôt les fés qui auraient un caractère insupportable ?

Dyck rit, détendant l'atmosphère.

— Absolument pas ! On est joyeux et frivoles, vous êtes frivoles et mesquins !

— Pff !

La créature balaya l'insulte d'un revers de nageoire et but son verre. Dyck se saisit de cette trêve pour demander :

— Tu en as recueilli assez pour un échange ou il va falloir que j'aille voir quelqu'un d'autre ?

— M'insulterais-tu, mon garçon ?

— Jamais !

Mais Dyck le dit avec un grand sourire significatif.

Le philansef grogna et dit :

— Tu connais le prix.

— Évidemment.

Dyck se leva et déploya une nouvelle fois ses ailes d'or. La créature s'approcha de lui et arracha deux petits joyaux ambrés des films transparents avant de partir dans une salle à l'arrière de la maison. Dyck fit la grimace et se massa les épaules. Extan vit d'autres sillons où avaient dû se trouver ces perles sur les ailes de son petit-ami. Inquiet, il s'approcha de lui et lui prit le bras en guise de soutient.

— Oh ! Ne t'en fait pas, ce n'est rien ! Et puis, ça repousse…

— Pourquoi veut-il tes… perles ?

Le fé en rit :

— Ce ne sont pas des perles à proprement parler. Ce sont plutôt des orbes d'énergie créés par la muqueuse de nos ailes. Les philansefsl'utilisent pour créer cette atmosphère où ils vivent. Ce n'est ni de l'eau, ni de l'air. On appelle ça l'Astoleph. Et les perles, comme tu dis, orlephs. Depuis les temps les plus anciens, les fés aident ces créatures à survivre. En contrepartie, ils nous laissent accéder à leur monde mystique librement. Les fés aiment s'amuser autant qu'eux alors en général, les deux partis s'entendent bien.

Extan intégra ces nouvelles informations que Dyck lui offrait sur son monde.

— La plupart des gens ignorent leur existence alors je compte sur ta discrétion.

Extan hocha la tête comme s'il s'agissait d'une évidence. Il vit Dyck se masser encore l'épaule.

— C'est douloureux ?

— Un peu…

Extan s'approcha un peu plus et caressa doucement ses épaules. Il fit glisser ses mains sur les fines ailes de son amant. Elles semblaient fragiles et étaient froides au toucher. Il contourna les sillons doucement, voulant apaiser la douleur qui en émanait. Dyck le laissa faire, respirant faiblement sous cet acte si anodin et si sensuel à la fois. Il avait les yeux fermés et se délectait de ces tendres caresses. Extan le regarda et rougit. Il s'approcha de lui et posa doucement ses lèvres sur les siennes, leur amour inondant leurs êtres.

Un grognement les fit s'écarter, embarrassés.

— Pas de batifolages chez moi. C'est irrespectueux !

Dyck sourit, mi-gêné mi-amusé.

— Le respect n'est pas une notion très poignante chez les philansefs.

— Pff !

La créature s'approcha et revint avec un sac empli de cailloux aux couleurs extraordinaires. Extan regarda les pierres feuillies avec curiosité, les touchant, les soupesant, les sentant.

— Ce sont des coraux qui ne poussent que par ici. On utilise leurs feuilles pour confectionner des crèmes très vivifiantes pour la peau, et de l'écorce, une roche lisse et agréable au toucher, on en extrait un jus fortifiant le corps des fés… et ayant des effets euphorisant pour les autres.

Extan ingéra à nouveau ces informations comme il le put, tout en continuant son inspection des coraux.

— On dirait un gosse découvrant un nouveau jouet.

— N'est-ce pas ?

Le fé en rit d'amusement. Extan fut vexé que son petit-ami se moque de lui ainsi et ne le défende pas ; il reposa la pierre dans le sac d'un geste brusque, se dirigea vers la porte et attendit dehors, bras croisés, l'air boudeur. À l'intérieur, il entendait Dyck rire et s'excuser auprès de l'hôte, puis indiqua son intention de partir. Extan ne l'aurait pas attendu s'il avait été capable de voler. Le fé sortit doucement derrière lui et embrassa tendrement sa nuque en l'enlaçant.

— Excuse-moi, je ne voulais pas te vexer.

Extan haussa indifféremment les épaules, signe qu'il ne voulait pas de ses excuses. Dyck le titilla, marquant sa nuque de petites plaques sombres sans que celui-ci ne s'en rende vraiment compte.

— Pour me faire pardonner, je vais te montrer un endroit magnifique.

Extan leva un sourcil de curiosité. Existait-il vraiment un endroit plus incroyable que celui où il se trouvait actuellement ?

Apparemment oui, puisque Dyck déploya de nouveaux ses ailes et maintint Extan par les hanches. Puis, ils s'envolèrent parmi les maisonnettes et la végétation des plus incroyables dans cette atmosphère si mystérieuse. Les philansefs les observaient avec méfiance, les poissons ondulaient près d'eux.

Dyck vola pendant cinq bonnes minutes, voguant parmi les maisons et les coraux aux couleurs extravagantes. Extan avait du mal à croire que tout ce qu'il voyait été vrai. Le monde féérique jusqu'alors inconnu pour lui se révélait gracieusement sous ses yeux. Lorsqu'ils arrivèrent aux cascades, son souffle en fut coupé. Celles-ci étaient aussi extraordinaires que ce que Dyck lui avait dit. Elles s'écoulaient le long d'un immense rocher et tombaient dans des profondeurs abyssales. Par moment, l'eau, de la véritable eau à l'odeur poignante de la mer, s'élevait à certains niveaux pour former des vagues légères, comme de la soie aux couleurs de l'océan. Ces dernières ressemblaient à des nuages poudreux finissant en écume argentée puis disparaissaient pour rejoindre l'écoulement principal elles éclaboussaient tout ce qui les entouraient, illuminant de vastes grottes où des philansefs et des fés piqueniquaient pendant que d'autres s'amusaient. Ces habitants mi-marins mi-aériens flottaient sur ces nuages d'eau poudreuse puis se laissaient tomber dans l'eau ou alors ils s'étaient construit de petites embarcations et s'amusaient à glisser sur les cascades. À d'autres endroits, des enfants jouaient avec de gros coquillages et s'envolaient à travers les rochers. Des cris de joie et d'amusement se faisaient entendre un peu partout. Des philansefs s'amusaient à pourchasser de jeunes fés, leur piquaient ce qu'ils tenaient en mains et se faisaient réprimander par les parents fés. Alors ils s'enfuyaient et allaient jouer ailleurs, poussant les fés dans l'eau ou en s'incrustant dans des parties de tire-d'aile : jeu préféré des fés où les joueurs devaient faire des chaînes en s'attrapant les ailes les uns des autres et en faisant des roulades aériennes, sans se lâcher, avant de faire un plongeon dans les lacs aménagés en éclaboussant tout le monde. Certains philansefs en profitaient pour arracher des orlephs à leurs ailes, riant mesquinement de leurs exploits. Mais les fés ne semblaient pas en être dérangés.

Extan en restait bouche-bée devant tant de splendeur et de surprise. Il y régnait une atmosphère paisible, naturelle, et pourtant si extraordinaire.

— Alors ? Ça te plaît ?

Il se retourna vers son ami qui avait un grand sourire aux lèvres son sang de fé bouillait d'excitation à l'idée de s'amuser auprès des siens.

— C'est… incroyable…

Son sourire s'élargit davantage.

— Content que ça te plaise ! Tu veux essayer ?

— Euh…

Il n'en était pas sûr. Les cascades descendaient sur plusieurs mètres de façon très raide. Sans paire d'ailes, cette descente relevait du suicide !

Le jeune vampire se retourna vers son petit ami et, ne voulant pas gâcher le plaisir apparent du fé, demanda, inquiet :

— C'est possible ?

Le jeune fé ne prit pas la peine de répondre et l'emporta vers le sommet caché par des nappes de nuages blancs.

Une fois arrivés au bord du précipice, sous les regards intrigués des créatures mystiques, ils grimpèrent dans une petite embarcation en bois clair tapissée d'un manteau tressé de lianes, de feuilles de nénuphar et décorée de fleur de lotus. Ailes toutes déployées, Dyck se tint à l'arrière et laissa Extan s'installer entre ses jambes la présence de son amant dans son dos calmait peu les angoisses et le malaise de ce dernier. Extan gigotait nerveusement alors Dyck lui embrassa la nuque pour le rassurer ; mais cela le gêna encore plus. Ses pensées étaient pleines des caresses de Dyck lorsque la barque commença sa descente, glissant le long de la cascade. Extan n'hurla pas mais s'accrocha de toutes ses forces à la matière solide tandis que Dyck criait de joie. Puis ce dernier émit un battement d'ailes et Extan sentit qu'ils s'élevaient. La peur lui prenant le ventre, il s'accrocha de toutes ses forces à la barque sous le rire amusé du fé. Alors qu'il comptait rester ainsi jusqu'à l'arrivée, de petites créatures fluorescentes, pas plus grandes qu'un doigt humain, ressemblant à de petits fés, s'approchèrent d'eux et leurs rires cristallins envahirent leurs oreilles. Elles posèrent leurs bouches sur les mains du garçon et de leurs petites dents, mordillèrent sa peau. Le vampire poussa un cri de surprise et lâcha prise. Dyck continuait de rire en le maintenant fermement puis, d'un nouveau battement d'ailes, plongea dans une des vagues poudreuses, Extan fermant ses paupières sous la frayeur. Il sentit la masse nuageuse le toucher et il rouvrit les yeux. Dyck relâcha légèrement sa prise et Extan put constater qu'ils flottaient dessus. Le garçon toucha la matière froide de ses doigts puis celle-ci commença à disparaître sous lui. Il se raccrocha à un Dyck toujours riant et ils s'envolèrent tandis que la vague se consumait.

Loin au-dessus des cascades, Dyck laissait à Extan le temps de reprendre son souffle. Ce dernier était accroché à ses épaules et avait enfoui son visage dans son cou. Dans l'état euphorique où il était, aucune peur ne vint à l'esprit du fé ; il ne craignait aucune morsure à cet instant.

Il enlaça tendrement le garçon.

— Alors ? Ça t'a plu ?

Le concerné grogna. Il releva légèrement la tête et observa ses mains de derrière la nuque de Dyck. De petits sillons saignants parcouraient le dos de sa main. Son nez se retroussa légèrement et il ramena sa main à ses lèvres. Sa langue goûta son sang sucré.

Ne sachant pas ce qu'il faisait, le fé réitéra sa question. Cette fois-ci, Extan s'écarta et, lui montrant sa main d'un air contrarié, demanda :

— C'était quoi ça ?

Dyck le regarda et vit les sillons où du sang coulait. Il vit ce même liquide rouge tâcher les lèvres du vampire. Des rides d'inquiétude se formèrent sur son visage et il répondit :

— Je suis désolé. Tu… euh… Assoiffé ?

Extan baissa les yeux, gêné. Il fit « non » de la tête puis un silence désagréable suivit. Dyck se racla la gorge et poursuivit, le ton un peu moins gai :

— Ce sont des mini-fés. Elles vivent principalement dans les lacs ou dans l'Astoleph. Ce sont des créatures cousines aux sirènes, à mi-chemin entre des lucioles et des fés… Il parait qu'il y avait des mini-fés dans d'autres domaines, comme le sable ou le feu, mais aujourd'hui il n'existe plus que ces mini-fés d'eau…

Le sourire regagnant ses lèvres, il ajouta :

— …et elles ont une fâcheuse tendance à jouer des sales tours aux fés et philansefs ! Tu as eu peur pendant la cascade…

Extan releva la tête et fronça les sourcils. D'un regard, il nia sa peur mais Dyck l'ignora et continua :

— …alors elles ont voulu en profiter et te faire encore plus peur.

Cette fois, Dyck rit de nouveau.

— Ce sont vraiment de sales petites pestes ! Faut les éviter autant que les lutins !

— Ah…

Dyck posa ses lèvres sur celles de son amant et les goûta avec plaisir… jusqu'à ce qu'un goût amer s'insinue entre leur langue.

Le fé se recula brutalement, choquant le vampire.

— Désolé. T'as du sang sur les lèvres.

Extan baissa les yeux, honteux. Il savait son ami détester le sang mais il n'y faisait jamais attention sur le moment.

— Pardon…

— C'est rien.

Et comme pour le rassurer, le fé lui baisa les joues, le front et le cou où il y marqua encore son affection, à l'insu de ce dernier.

Extan aimait sentir la douceur des lèvres de Dyck sur sa peau, aussi, le choc brutal de ses pieds retouchant le sol du jardin lui déplut. Comme il l'avait redouté, Dyck cessa ses caresses au même moment. Le vampire ne put s'empêcher de grogner de mécontentement sous le rire cristallin du fé qui reprit alors ses câlins.