Tant pis pour la réunion de demain, la première de son séjour, il allait voir et juger ces noctambules tant réputés…


Oh la putain le mal de tête, qu'avait il bien pu foutre pour se retrouver avec une pareille gueule de bois ? Élias ouvrit péniblement ses paupières lourdes et se redressa d'un coup, le monde tangua un peu avant de se stabiliser sur la jeune femme blonde nue allongée sur le lit qui allumait une cigarette. Encore dans le coaltar il hasarda

— J'croyais qu'on n'avait pas le droit de fumer sous l'eau. Elle leva un sourcil dédaigneux recrachant la fumée par un coin de la bouche.

— Ici c'est chez moi je fais ce que je veux.

— Alors passe moi en une, Elle le regarda de son œil bleu sombre, hautaine puis avec une lenteur calculée lui tendit le paquet et le briquet. Il tira une latte et retomba sur le matelas

— Et t'as un prénom ?

Elle ne répondit pas, mais sans indignation il sourit, s'étouffant puis sortit du lit et entreprit de s'habiller.

— Je suppose que je ne peux pas utiliser ta salle de bain ? demanda t'il ironique.

— Si.

— J'avais deviné, il s'inclina grotesquement et elle ne put réprimer un léger sourire. Prenant son temps dans la douche il laissait couler l'eau dessalée sur sa peau avec délices quand comme une claque le souvenir que l'Amiral organisait la première réunion de crise ce matin le frappa. Un rapide coup d'oeil à sa montre et… Merdeuh ! Élias sortit en courant, tout gouttant sur la moquette beige et finit de s'habiller dans les couloirs sous les yeux médusés des passants. Quelques couloirs enfilés en se frottant frénétiquement les cheveux et il laissa tomber à l'entrée de la salle une serviette qu'il avait emporté pour finir de se sécher pour pousser rapidement la porte. Son élan fut coupé net par tous les regards qui se convergèrent sur lui, certains choqués, d'autres outrés, et quelques uns amusés. Oups, tout le monde était déjà installé autour de la table ronde. Il faillit rougir puis décida que tout espoir de distinction étant ruiné mieux valait assumer, redressant les épaules, crâne, il passa les mains dans ses cheveux diaphanes les lissant en arrière, et d'un geste sec rajusta sa chemise à moitié ouverte. Bien élevé il octroya tout de même un signe de tête aux hauts dignitaires.

L'Amiral d'Aquos 2, proche de son père le connaissait un peu et secouant la tête dans un signe de profonde désolation lui fit signe de s'asseoir. Il prit connaissance des dossiers sur son bureau. Pas de soucis de ce point de vue là.

— Alors, on a trouvé un moyen de passer outre la claustro de profondeurs à ce que je vois. Il se retourna, piqué au vif par le ton gouailleur, vers son voisin, Le Major Nazahrd !

— Vous, ici ! L'autre le regardait de ses prunelles ardentes, une expression toujours hilare sur la figure, Élias choisit l'humour et poursuivit prenant au vol la complicité que l'autre insistait à lui offrir. Je suis allé vérifier par moi même la véracité de ces dires sur les bars dont on parle tant en surface.

— Me permettras tu de t'en faire visiter quelques uns? biens meilleurs que les rades dans lesquels tu es allé te vautrer.

— Comment diable le savez vous ?

— J'ai des sources, fit il énigmatique. Le jeune Aigle se creusa un peu la tête puis lâcha avec virulence

—La blonde !

— DITES DONC Major ! Castel d'Ormes on vous dérange ? Ils se turent et on lança l'ordre du jour. L'Amiral Emokratës se mit à parler résumant promptement la situation qui les avait amené ici.

— Comme vous le savez des mouvances sur la péninsule arabique inquiètent l'Héphaïstie, et le Saint Triumvirat Romain. Comme nous tous, ils ont juré de respecter le pacte de non colonialisme envers les Royaumes Extérieurs cependant de nouvelles données pourraient remettre en cause ce pacte, en effet quelques photos et vidéos prises par drones d'observation pourraient nous faire penser que des groupuscules s'arment dans l'ombre… Mais laissons maintenant la parole aux Représentants des 6 puissances. Le premier se leva dans l'habit traditionnel des Orateurs du Triumvirat, il était sobre comme l'usage l'exigeait dans cette profession, sa voix grave et minutieusement contrôlée s'étendit sur l'assemblée. Élias avait coutume des prouesses rhétoriques de ces orateurs et tout en appréciant ne se laissa pas impressionner. Lui même rompu à l'art des discours, il savait se focaliser sur l'essentiel sans se laisser étourdir par les formules pompeuses. N'exagérons rien cependant, l'enjeu tout important soit il n'était pas une élection.

— Je parlerai au nom du Saint Triumvirat, bénit soit-il, commença l'homme à la tête curieusement vierge de toute pilosité tout en se signant, dont je rapporterai fidèlement les paroles. Nous étant renseignés sur les sombres agissements ayant lieu en péninsule Arabique et notre Puissance étant avec l'Héphaïstie la plus proche de ce lieu, nous envisageons sous réserve de l'acceptation par le Consulat d'envahir l'espace à risque… des murmures montèrent dans la salle puis s'évanouirent attendant que l'orateur avisé ne reprenne. Mais afin de ne pas rompre le pacte de non colonialisme, nous nous proposons de mener l'invasion à six. Les murmures reprirent de plus belle, satisfait de sa prestation le vieil homme se rassit, la lumière jouant sur son crâne. Élias se pencha vers son ami Gonzague, déjà immergé jusqu'au cou dans les affres de la politique.

— Ce n'est pas par ce qu'elle est menée de front que la colonisation n'en est plus une.

— Tu sais aussi bien que moi que le problème n'est que de faire profil bas face au grand Consulat, tous se fichent du Pacte, du moment que leur sécurité nationale est menacée.

— Mais à qui reviendrait le territoire conquis ? Il est fortement pourvu en pétrole ce qui implique des tensions que même le Consulat ne saurait gérer. Gonzague ouvrit la bouche mais un homme sec aux couleurs du Royaume Anglo-Saxon se leva et réclama le silence.

— Je parlerai moi aussi au nom de ma puissance, Nous considérons qu'envoyer des troupes en Péninsule sur de simples images et vidéos pour y raser toutes traces de culture établie constitue une violation pure et simple du Pacte. Les six puissances représentent l'évolution suprême de la civilisation ce n'est pas une raison pour empêcher les autres de se développer. Aucun danger immédiat ne menace. Aussitôt dit un grand homme à la peau olive caractéristique de la partie Héllénique de l'Héphaïstie se leva un léger accent dans la voix,

— Prôner l'inaction va bien lorsque l'on se trouve être l'un des pays les plus éloignés de la zone de conflit, si par malheur ne serait – ce qu'une bombe de niveau 3 tombe entre les mains de ces brigands nous serons les premiers avec le Triumvirat Romain à en faire les frais. L'incertitude là-bas est beaucoup trop dangereuse, envoyons nos troupes et réglons définitivement le conflit dans cette zone qui nous a déjà posé trop souvent problème par le passé !

La harangue avait remué l'assemblée, Élias vit une petite dame assez replète se lever la figure rouge d'une colère contenue, sa voix se fit assez calme pourtant

— Très bien débarquons là bas rasons tout et éliminons toute trace d'éventuelle rébellion, quelle image enverrons nous de par le monde, les Empires Archaïques Aztèque et Mayas ont une puissance de guerre phénoménale et si ils la gardent au repos qui nous dit qu'ils ne la sortiront pas lorsqu'ils verront que nous entrons impunément sur tous les territoires dont nous avons envie ! Et pensez aussi aux empires d'Orient dont nous ne connaissons rien ! L'homme au teint d'olive s'écria

— Seriez vous tentée de dire que c'est par cupidité que nous revendiquons la péninsule ? Honte à vous de mettre en doute notre bonne foi alors que nous ne cherchons que la sécurité du Grand Consulat. Celui la même dont vous osez dénier la force face aux Empires Archaïques.

— Insinuez mais nous ne sommes pas justiciers de la Terre et si je suis certaine de notre victoire en cas de conflit contre Les Archaïques je suppute fortement qu'il nous en couterait également quelque chose, un prix que je ne suis pas disposée à offrir pour un soi disant complot dont nous n'avons aucune preuve.

— Peut être que lorsqu'un missile s'abattra sur votre Vienne aux mille couleurs vous accepterez d'y voir une preuve ! Élias rit doucement, ah l'esprit patriotique exacerbé de ces hommes, il aurait mentit en disant en posséder un moindre mais jamais ne l'aurait avoué publiquement. Il se creusa la tête pour trouver une opinion parmi ces houleux échanges, les deux avaient une part raison et une part tort comme dans la plupart des cas alors intervenir ou attendre ?

La session fut levée une demi heure plus tard sans grande avancée de quelque côté que ce soit. De toute façon c'était pour ça qu'ils étaient là, dialoguer faire des hypothèses les réfuter et surtout empêcher les mouvements irréfléchis et précipités à l'origine des guerres. Il resta assis dans sa chaise tandis que les hommes discutaient par groupes et se séparaient, empruntant chacun l'un des courants de la journée. Il se pencha vers le Major, questionnant avec emphase,

— Alors, sans clichés pencheriez vous pour une invasion foudroyante de ce Haut lieu à risques ? L'autre lui renvoya un regard oblique signe qu'il avait saisi la moquerie.

— Tu es Aigle donc par déduction Romain ou Français, vu ton accent je parierais pour le Français exact ? Or je n'ai pas entendu ton représentant faire le moindre commentaire pendant le débat, n'est il pas facile d'ironiser alors que lui s'est sagement abstenu ? Le ton mordant le piqua au vif et il répliqua faussement innocent et séduit par la répartie du perse.

— Je ne faisais qu'innocemment demander votre position sur cette épineuse question, quand à notre cher Mr Delatour que j'estime grandement, il prend note des avis avant de proposer un terrain d'entente.

— Si tout le monde fait cela, les avis seront bientôt difficiles à obtenir non ?

— Au regard du spectacle qui vient de nous être donné permettez moi de douter de cette éventualité… mais vous ne m'avez toujours pas délivré votre avis.

— Eh bien à la manière de cet homme que vous estimez, j'écoute avant de m'exprimer. Il avait fini un peu brusquement et Élias sachant l'avoir légèrement touché ne put s'empêcher de sourire en détournant le regard. Du coin de l'œil il vit l'autre, perspicace faire de même. Voyant l'Amiral lui faire signe depuis le fond de la salle, il se leva, prit congé d'un ton affecté,

— Major, au plaisir de connaître votre opinion une fois celle ci formée.


L'Amiral Emokràtës lui posa une main sur l'épaule, et le serra familièrement dans ses bras. Élias se souvenait avec tendresse de longues soirées que passaient l'homme grisonnant et son père à discuter sur le balcon d'une villa dans les hauteurs d'Athènes tandis que lui s'assoupissait bercé par les voix et la douce chaleur qui descendait des coteaux. Cette époque était confuse, il n'était alors âgé de guerre plus de dix ans cependant à chaque fois qu'il revoyait l'Amiral, ressurgissait toujours cette infime pointe de nostalgie d'un temps voué à l'insouciance.

Enfin bon, Élias s'était promis de ne jamais faire partie de cette catégorie de gens vivant dans le perpétuel souvenir de leur vécu, il haïssait ces mélancoliques incessants et était très fermement convaincu qu'il n'y avait ailleurs ou il eut été mieux qu'au lieu et au moment présent. Une sorte de philosophie de vie quoi.

Par sa stature et son uniforme immaculé à galons, Yiorgos Émokratës en imposait à tous et son ton qu'il savait rendre cassant et dur lui conférait une autorité suprême dans la base. Mais il savait aussi adopter à merveilles ce ton chaleureux et familial qu'il lui offrit

— Élias, nous n'avons pas eu l'occasion de parler depuis ton admission chez les Aigles, j'ai appris ça de Terrence, tu as donc fait tes Armes sous la gouverne de Caius Oenomaüs ? Un homme courageux et loyal à qui j'ai eu à faire autrefois.

— je vois que vous entretenez toujours d'aussi proches relations avec mon père, mes Armes ont comment dire été un peu… agitées. Yiorgos secoua la tête, contrit.

— Tu connais ta famille, quoi que les Castels fassent, le tout Paris en est informé dans les deux jours et je crains que tes péripéties avec ce brave Oenomaüs n'aient tenu en haleine le gratin de l'Empire Français pendant plusieurs mois… Terrence et moi n'avons pas tellement le temps de parler malheureusement, la faute à nos emplois du temps surchargés, j'en viens à regretter le temps ou un Amiral ne gérait rien d'autre que son navire.

— Avec réputation telle que la votre, on s'arracherait l'honneur de votre commandement sur un bâtiment de surface.

— Tu as sans doute raison j'envisage bien de remonter mais j'appréhende de laisser Aquos 2 à un jeune novice plus attiré par les bas fonds déchainés que par la gestion d'une micro ville.

— Ah la vie est faite de choix mais faites confiance à l'Héphaïstie qui vous trouvera un digne successeur, d'ailleurs que pensez vous de cette affaire, suivez vous les opinions de ce survolté Mr Apiòn ?

—Je dois dire qu'il y est allé un peu fort c'est certain cependant une action doit être menée, du moins pour épurer la région. Il ne comprit pas exactement ce que l'homme signifiait par épurer mais n'eut le loisir de le demander car un serviteur se présenta,

— Mr Terrence votre père demande à vous voir, Salle de Communication Loge 7. Il salua l'Amiral et se dirigea à travers les couloirs de verre, sentant augmenter sa tension au fur et à mesure qu'il s'enfonçait plus profondément sous les flots. La Salle de Com était vers le bas de la station et il fallait pour y accéder faire moult détours parmi escaliers serrés et couloirs qui s'amenuisaient parfois jusqu'à ne plus faire que deux ou trois mètres de diamètres. Autant dire qu'il ressentit un immense soulagement en débarquant dans la grande Salle, spacieuse et aux murs opaques. Son souffle se calma et il se força à reprendre une attitude parfaitement calme avant de se diriger dans la loge qui lui était destinée. Il entra son code sur la plaque de verre devant lui et aussitôt une image en 3D du buste de son père plutôt renfrogné se matérialisa devant lui.

— Enfin tu n'es pas pressé de me parler dirait on. Grommela l'apparition avec hargne

Élias passa sous silence sa terreur d'être englouti qui le forçait à s'arrêter souvent pour juguler une imminente crise de panique.

— la réunion venait à peine d'être finie j'échangeais des idées avec Yiorgos. Tu voulais que je me forme à la politique sur le terrain c'est exactement ce que je faisais.

— Tu es sur Aquos pour me rapporter tout ce qui se dit et le plus vite possible afin que j'en informe son Altesse.

— soit, dis à Louis Ferdinand qu'il n'a pas de soucis à se faire dans un mois on devrait atteindre le stade d'évocation d'une entente pour l'instant c'est le bordel et les engueulades. Terrence sembla se décomposer de lassitude devant l'attitude de son borné de fils.

— Prend garde à toit Élias, je te surveille tu as intérêt de bien te tenir… et je n'ai cure de tes avis puérils mais raconte moi cette fichue réunion ou je te fais rentrer et je te colle une année supplémentaire dans les bras d'Oenomaüs ! Et cesse pour l'amour de dieu d'appeler l'empereur Louis Ferdinand enfin ! La menace fit son effet et malgré son envie de répéter que Louis Ferdinand était son prénom et devait bien servir à quelque chose Élias obtempéra.


Voilà désolé pour l'attente, n'hésitez pas à donner votre avis ;) À bientôt !