Et donc, juste pour vous, le début du Pari de l'Ombre qu'on dédicace sauvagement à Sen et au générique du petit Lord. Voilà, voilà. Avec amour, tout ça.


LE PARI DE L'OMBRE


CHAPITRE 1 :

Où il est question de gros mots, de paris et de cheveux soyeux.


« Donc. Je suis mort.

— Hunhun.

— Et toi. Tu m'as ramené à la vie.

— Vous. » corrigea-t-il d'un ton agacé. « Et oui. »

Il y avait eu un silence pesant — de mort, songea même avec humour l'homme vêtu de noir avant de se reprendre : on ne faisait pas d'humour quand on dealait avec du fantôme. Il avait frotté d'un geste absent la magnifique canne sertie de rubis qu'il maintenait plantée dans le sol. Le fantôme avait haussé un sourcil — il supposait tout du moins, il était trop blanc et trop transparent pour qu'il en soit certain. Après cela, il avait semblé enfler de façon démesurée.

Bon. Tout autre que lui aurait certainement été positivement terrifié. Mais, honnêtement, il en fallait plus pour effrayer NUIT — acronyme fort commode de Nestor Urbain Isidore de la Tour — invocateur — les gens normaux, censés, ou que diable savait-il appelait sa profession « nécromant » mais il n'en avait cure — ô combien avisé de moult esprits bien plus puissants que celui qui ne cessait de gonfler face à lui.

« ÊTES-VOUS STUPIDE ?! » avait donc fini par exploser l'esprit.

La question, bien qu'insultante, méritait réflexion. D'un point de vue objectif, non, sans doute ne l'était-il pas. Après tout, son Q.I. frôlait les plafonds et, bien qu'il ne s'en vantait peu, la plupart — sinon toutes, il ne s'était pas penché sur la question — des écoles lui avaient ouvert leurs bras lorsqu'il avait fini ses longues et ennuyeuses années de secondaire. Bref. Pour le commun des mortels, il était même plutôt intelligent. Selon les critères bancals des esprits, cependant…

« Un peu de politesse, le macchabée. » décida-t-il de répliquer en reniflant avec dédain — un véritable sens de la répartie, à n'en pas douter. « J'ai besoin de ton aide.

— Allez-vous faire enculer. »

Un tic nerveux avait sournoisement agité son œil gauche et le fantôme avait hurlé de rire, hystériquement, avant de se ruer sur lui et de lui tourner autour à la façon d'une toupie de brume alcoolisée. Sauf que les fantômes ne buvaient pas. En principe. En principe, ils n'étaient pas non plus censés injurier le type qui leur faisait l'honneur de les invoquer. En principe, oui.

Excédé, NUIT avait cogné le bout de sa canne sur le sol et une épaisse barrière d'une couleur criarde — quoi qu'assortie à sa cravate — avait commencé à se former autour de son corps, grossissant au fur et à mesure pour mieux repousser le spectre qui chantonnait pourtant toujours des « enculés » à toutes les sauces. S'il n'avait été mort, il en serait allé de son honneur de le tuer. Seulement, il était mort : il n'avait pu qu'attendre qu'il se taise.

La situation l'agaçait particulièrement tant le fantôme prenait son temps pour recouvrer un semblant de calme et de dignité. Du temps, il n'en avait que très peu et il n'était nul question dans son planning finement chronométré de gérer des fantômes intenables. Si il avait eu le choix — mais il ne l'avait pas eu — il aurait fait différemment : il aurait invoqué deux ou trois esprits puissants et se serait tourné les pouces en attendant. Cette fois-ci, ce n'était pas possible, et pour cause : une relique particulièrement puissante quoi qu'un peu moderne à son goût était en jeu. Cela, et la tête de l'Ordre auquel il appartenait — mais ce dernier gain lui semblait bien plus négligeable : qui se souciait des Ordres lorsqu'on avait le Pouvoir ? Personne. Un sourire étira ses lèvres. Il fallait que ce fantôme se taise. Sa migraine tendait à lui faire comprendre qu'il s'agissait même d'un besoin urgent.

Bien. Soit.

Il fit tourner de quelques degrés le pommeau de sa canne afin d'actionner le sort qu'il y avait scellé. Des étincelles crépitèrent quelques secondes du rubis flamboyant qui y était serti et il sentit brusquement que l'attention du spectre s'était rivée sur lui. Il avait relevé le menton d'un air suffisant, avait toisé l'apparition avant de tourner un peu plus le rubis. Ce qui eut pour effet de provoquer non seulement un cri de panique chez le fantôme mais aussi — et c'était cela, après tout, l'effet attendu — une gerbe d'étincelle puissante qui frappa l'esprit de plein fouet. S'il prit le temps de se repaître des zigzags confus de sa récente victime, il fut bien vite rattrapé par un constat éploré : son invocation était faible. Elle n'était, certes, sans doute pas aussi faible que les termes du « concours » le voulaient mais elle restait bien trop faible pour lui : le sort qu'il lui avait jeté n'était qu'une pacotille de seconde zone et il était déjà complètement retourné, ce qui n'augurait rien de bon pour la suite. NUIT eut un soupir résigné lorsque le fantôme finit par retrouver une apparence stable et opaque. Il ferait avec. Il n'avait pas le choix.

Le fantôme sembla enfin revenir à la raison et cessa subitement de tenter de se cogner dans des murs de pierre qu'il n'aurait de toute façon pu que traverser — ce qui, en un sens, aurait tout à fait nui à son effet dramatique.

« Hector Izambar, écoute-moi » avait-il commencé d'un ton calme. « Je veux-

— Je veux m'appeler L'Étripeur des Faubourgs de la ville hantée du lointain continent maintenant.

— Pardon ?

— Vous m'avez très bien compris. Je ne répondrais pas, sinon. »

Il était resté un instant pantois face aux exigences grotesques du spectre avant de se rappeler que tous les moyens étaient bons pour se faire obéir quand on n'avait pas de temps à perdre — et, rappelons-le, NUIT n'avait pas de temps à perdre. Aussi, il reprit d'un ton égal :

« L'étripeur des faubourgs de la ville hantée du lointain continent, je veux que-

— Vous avez oublié les majuscules.

— Je te demande pardon ?

— Les ma-jus-cu-les. » articula l'esprit comme s'il était stupide. « Vous savez, les choses qui vont au début des phrases et parfois n'importe où au milieu. Celles-ci. Vous les avez oubliées. »

Lorsqu'il vit l'invocateur virer au vert, Hector put s'estimer satisfait. Ce n'était pas tous les jours, après tout, qu'il pouvait faire tourner chèvre un de ces macaques au teint plus blanc que le lait. Autant en profiter. Pas fou pour autant — et parce que, mine de rien, il ne désirait pas spécialement refaire l'expérience du coup de jus — il glissa d'un ton condescendant à son vis-à-vis :

« Mais parlez, Maître, je vous fais cadeau des majuscules. Pour cette fois. Après tout, vous n'êtes qu'un simple mortel, vous pouvez commettre des erreurs. »

NUIT eut un geste résolu vers sa canne qui poussa le fantôme à se jeter sur le côté avec toute la rapidité qu'il le put. S'il fut ridicule — après tout, il était mort, il pouvait bien se le permettre — il ne fut toutefois pas frappé par la foudre et c'est d'un ton calme quoi que froidement exaspéré que le nécromant grogna :

« J'ai une mission à te donner. »

xxxx

Les fenêtres poussiéreuses du manoir étaient occultées par d'épais rideaux de velours que Nestor avait choisis pour deux raisons : la première était leur fabuleuse capacité à mettre mal à l'aise les gens qu'il recevait — et qu'il détestait tous dans leur grande globalité —, la seconde, moins avouable, était tout bonnement qu'il avait toujours eu une passion dévorante pour le velours rouge et les décors kitsch — ce qu'il ne confierait évidemment jamais même sous la torture. Assis au centre d'une chambre poussiéreuse qui était la sienne pour la nuit — avec un peu plus de vingt chambres dans son manoir, il avait tout le loisir d'en changer quotidiennement — NUIT se brossait soigneusement les cheveux. Ce rituel, quoi que trivial et sommes toutes fort féminin pour des esprits peu éclairés, était en fait la clé de son succès en société. Dans les sphères élevées qu'il fréquentait mieux valait, c'était certain, être tout à fait certain de posséder une impeccable apparence. Ce qui passait par un brossage quotidien de ses cheveux avec une brosse en poil de vison dont il était particulièrement heureux tant ses qualités de lustrage étaient supérieures à toutes les brosses qu'il avait essayé précédemment. En grands mouvements impériaux de poignet, il démêlait, lustrait et bichonnait sa petite merveille de cuir chevelu avec une dextérité digne des plus grands.

C'est sans pour cela que, tout affairé à ses affaires capillaires, Nestor n'entendit pas le bruissement sourd des rideaux, annonciateur de l'arrivée probable de quelque chose dans la pièce. Quelque chose qu'il détestait très franchement et qui lui donnait envie de se taper la tête contre les murs. Quelque chose qui était sa sœur et qui lui faisait littéralement pousser des pustules sur tout le corps dès qu'elle l'approchait de trop près. Quelque chose qui, de façon non négligeable, appartenait au même Ordre que lui. Quelque chose que, pour finir, il n'avait pas vu, grave faute s'il en était.

« Eh bien, Nestor Urbain Isidore, toujours occupé à ne rien faire, à ce que je constate » avait-elle soufflé d'une voix piquante tout contre son oreille.

À grand peine, il avait retenu un sursaut qui aurait presque pu le faire se lever de son siège. Sa sœur avait pour spécialité de se glisser même dans les lieux les mieux protégés. Une technique particulière qui avait trait aux ombres, répondait-elle évasivement lors des colloques de magie tenus par leur Ordre. Si beaucoup s'y étaient risqués, nul n'avait pu avoir plus précise réponse. Pas même lui, son propre frère. Elle avait toujours été une petite fouine cachottière ; elle n'avait pas changé. Il s'était retourné d'un geste sec et elle avait souri, appuyée contre l'un des montants ouvragés de son lit à baldaquin. Victorine Olympe Léontine de la Tour avait toujours été une sale peste.

« VOLT » avait-il grogné en guise de salut. « Que fais-tu là ?

— Oh, Nestor, tu m'embarrasses. » baguenauda-t-elle en examinant la manucure parfaite de ses ongles — une manie qui l'avait toujours proprement exaspéré. « Une sœur n'a-t-elle pas le droit de venir s'enquérir de l'état des travaux de son grand frère ? N'est-ce pas ce devoir sacré qui lie chaque membre d'une même famille ?

— Ne joue pas à ça avec moi, Victorine. Ce n'est pas tellement l'ambiance de notre famille. Tu le sais comme moi. »

Elle avait soupesé dans une main l'un des bibelots magiques disposés sur le manteau de la cheminée plutôt que de lui répondre. Il avait espéré qu'elle l'active, curieuse comme elle l'était, et que ses sourcils parfaitement épilés roussissent sous la flamme qu'elle aurait déclenché. Au lieu de quoi, elle l'avait sagement reposé et s'était tournée vers lui avec un sourire goguenard :

« Tu n'auras pas la tête de l'Ordre.

— Que tu crois.

— Tu es faible, stupide et entêté mais tu ne peux pas être assez aveugle pour ne pas voir que tu avais perdu avant même d'avoir commencé. Sans tes petits copains fantômes surpuissants, tu ne sais rien faire.

— Parce que tu te trouves mieux ? »

Objectivement, VOLT était, effectivement, meilleure que lui. Plus intelligente, plus puissante, elle avait été élevée comme une gagnante et n'avait jamais démérité. Elle était la fierté des de la Tour, plus encore que son frère qui, pourtant, n'avait jamais rien fait qui puisse faire rougir ses parents — ou plutôt, si, il avait fait plein de choses qui auraient fait rougir des parents normaux, mais leurs parents n'avaient pas tout à fait une échelle de valeur commune. Victorine avait tous les atouts en main pour sortir vainqueur de la confrontation qui les opposait. À la loyale, il était même certain qu'elle prendrait la tête de l'Ordre, devant tous les autres croulants qui participaient à la lutte, devant lui, même. Seulement, NUIT ne comptait pas se battre à la loyale et cela, sa sœur ne l'avait pas pris en compte. Bien mal lui en prenait : à la déloyale, Nestor avait les capacités à tenir tête à quiconque, et à vaincre.

Il était évident qu'il la battrait elle-aussi. Le tout était de ne pas dévoiler son jeu trop tôt — le plus tard et le mieux étant évidemment jamais, vu le plan qu'il avait monté, il en était bien conscient. Trop pris par ses pensées, il avait à peine noté le mutisme subit de sa sœur qui ne manquait pourtant jamais d'humilier un provocateur et, même s'il avait conscience du rapprochement qu'elle avait amorcé vers lui, n'avait noté qu'elle était bien trop près que lorsqu'elle colla littéralement son nez contre le sien.

« Allons bon, NUIT » ricana-t-elle. « Tu sais bien que je suis meilleure que toi. Tu sais bien que c'est seulement pour être certain que personne d'autre que moi ne gagne que le Vénéré Virgile a posé ces conditions. Commettre un acte bienfaisant de grande envergure avec l'aide d'un esprit mineur… Qui d'autre que moi ?

— Personne » admit-il à mi-voix à contre cœur. « Sans doute.

— Je n'en ai aucun.

— Tu n'en as jamais assez. »

Évidemment, qu'elle ne doutait jamais assez : elle n'avait jamais eu de raisons de le faire. Aérienne, elle effleura sa joue de ses lèvres pour l'embrasser. Avec un rire clair, elle se fondit subitement dans une ombre.

Il attendit quelques secondes avant de reprendre son souffle, effleura d'un geste nerveux le miroir antique posé sur sa commode pour déclencher un sort de détection. Plus personne. Il inspira profondément. Il aurait pu la tuer. Il ne le ferait pas, évidemment — il n'avait pas le temps, manquait de temps, courrait après le temps — mais dès qu'il aurait obtenu cette fichue relique, VOLT ne perdait rien pour attendre, foi de de la Tour. Foi de lui-même, aussi, entre autre, et il tenait toujours les promesses qu'il se faisait à défaut des promesses qu'il faisait aux autres. Las, il se rassit sur fauteuil avant de faire craquer ses doigts dans le but vain de se détendre. À compter de ce jour, rien ne pourrait lui faire baisser sa garde, il n'en avait que trop conscience. Rien hormis la victoire, évidemment. Il ferma les yeux, épuisé.

Quelques heures plus tard, ce fut une espèce d'agitation sournoise autour de lui qui le tira de sa somnolence. Il ouvrit paresseusement un œil pour tomber nez à nez avec Hector qui lui souriait de toutes ses fantomatiques dents ce qui eut le don de l'irriter. Si Izambar était heureux, il y avait fort à parier que la mission qu'il lui avait confiée s'était déroulée de façon catastrophique du point de vue de NUIT. Le spectre, ce rancunier fauteur de trouble, n'avait d'autre joie dans la mort que de lui mettre des bâtons dans les roues. Ça s'était vérifié déjà plusieurs fois auparavant.

« Alors ? Cette mission de reconnaissance ? » avait-il lancé afin de rompre un silence qui commençait à être pesant.

« Comme d'habitude, votre âââltesse. Seulement…

— Seulement ? » Il avait décidé de ne pas relever son ton narquois. « Parle, enfin !

— Seulement je pense que vous ne parviendrez pas à faire assez de dégâts en faisant dérailler un malheureux train. Il faut que vous voyiez les choses de façons plus ambitieuses. »

Interloqué, NUIT avait tendu l'oreille. Hector avait esquissé un sourire satisfait. Le poisson était ferré.

xxxx

« Alors, Izambar, ton humain ?

— Les doigts dans le nez, si je puis dire. »

Un rire avait résonné et on l'avait sifflé alors qu'il esquissait une révérence paisible. Hector était de ces fantômes qui appréciaient se faire remarquer et cela, au bar d'Entre les murs, on le savait plus qu'ailleurs. La croyance populaire voulait que les fantômes disparaissent, une fois leur mission accomplie. C'était faux, évidemment — disparaitre pour aller où ? — mais cela la communauté entière des fantômes se gardait bien de le révéler. Lorsque leurs missions se terminaient, les spectres ne s'évaporaient pas, loin de là : la plupart du temps, ils allaient jouer aux cartes au pub. Certains, plus inspirés, allaient effrayer la populace en faisant craquer les planches d'antiques bâtisses. D'autres, des plaisantins, faisaient tourner des tables, claquer des portes ou se déplacer divers objets. Plus que personne, les esprits ne supportaient pas l'ennui : lorsqu'on a l'éternité devant soi, on a tout le temps pour lutter contre. C'est ce qu'ils faisaient, inlassablement.

Du bout de l'ongle, il tapotait la table, les yeux rivés sur les cartes qu'il avait entre les mains. Ils avaient tous commencé à se lasser de ces parties de cartes interminables. Néanmoins, comme un rituel, il se réunissait toujours dans ce bar sous le regard bienveillant de Luigi — le patron, un type impressionnant : on racontait qu'il hantait à lui tout seul tous les châteaux d'Écosse.

« Alors, Hector, cesse de bluffer, tu n'as pas de jeu.

— Ça, c'est ce que tu crois, Aubri. Mais n'en soit pas si sûr.

— Prouve-le. »

Il avait ri. Pour contrer la lassitude, leur dernière trouvaille en date avait été de parier sur celui qui soumettrait le plus rapidement son humain à sa volonté. La plupart des parieurs étaient des esprits qui n'avaient rien à envier à personne. Antiques, puissants et illustres, ils semblaient ne pas songer un seul instant pouvoir échouer. De fait, habituellement, ils ne connaissaient pas l'échec : ils étaient de ceux à qui rien de ne résiste. C'est pourquoi personne n'avait pris au sérieux la participation d'Hector. Après tout, c'était un fantôme récent, un qui n'était mort que depuis une petite dizaine d'année, un qui n'avait pas vraiment énormément de pouvoir. Non, définitivement, pour eux, Hector Izambar n'était pas un concurrent sérieux. À peine, peut-être, une poussière dans leurs yeux vaporeux.

Du point de vue d'Hector, il était temps que cela change : il n'aimait pas recevoir d'ordre, aimait encore moins être au plus bas de la chaine alimentaire. S'il était moins puissant — ce dont il convenait sans mal, il était bon d'être objectif quant à ses compétences — il n'en était pas moins plus malin et cela, pas un seul de ses adversaires n'avait su le discerner. Tant mieux pour lui, évidemment : il aimait vaincre, même lorsqu'il n'y avait à gagner que la beauté du geste. Il avait toujours été comme ça. C'est pour cela qu'il avait tissé son piège autour du malheureux qui l'avait invoqué. D'abord l'agacer, repérer les failles, comprendre où appuyer, le tourmenter. Ensuite, seulement, se rendre indispensable, fiable, pertinent. Il fallait qu'il prenne de l'ampleur, que ce misérable mortel ne jure plus que par lui. Suite à cela, il était évident qu'il gagnerait. Il ne l'aurait pas par la force, comme tous les autres semblaient être prêts à le faire, non : il l'aurait par la douceur, par la ruse, par le coup de poignard dans le dos.

De toute façon, il avait un plan.

D'un geste tranquille de la main, il avait poussé sur la table tous ses jetons de poker — une somme conséquente, tout de même, il était plutôt très bon à ce jeu.

« Tapis. »