T'es allongé sur le goudron la clope au bec.

T'inspires, t'expires, tu tousses.

Le soleil brûlant tape sur le sol, sur ton front, et sur la terre entière, t'as l'impression. L'ombre que t'offre le platane au dessus de toi est trouée par des espaces vides, qu'ont créé les feuilles grillées tombées à terre.
Tu lèves la main loin, loin vers le soleil. Tu la tends plus haut, tu veux l'attraper. Ta paume le recouvre, tes doigts le frôlent ; encore un effort.
Et tu abandonnes d'un coup, boudeur comme un petit enfant. Ton bras lourd retombe contre ton corps, et cogne sur le sol dur.
Le ciel bleu s'étend tout au dessus de toi, dépourvu de tâches blanches. Tes yeux grands ouverts te piquent et se noient dedans, il leur fait mal, brillant, éclatant comme il est. Mais il les envoûte trop pour qu'ils regardent ailleurs.
Un oiseau passe, seul mouvement de la journée. Tu es là depuis des heures, et pourtant tu n'as vu personne. Sur ton parking la chaleur est trop forte pour que quiconque vienne te déranger.

Tu es bien ici.
Journée d'été.

OOO

Le jour décroît, l'après-midi se termine. La lumière du jour a pris une teinte douce, presque invisible, éclairant en effleurant seulement ce qu'elle touche.
Les feuilles brunes craquent sous tes pieds, et tu t'amuses à en écraser le plus possible. Encore une, encore une, encore. T'es plus un gamin il paraît, mais tu t'en fiches un peu. Ton enfance quand tu vois les feuilles brunes, elle te revient toujours.
Quand t'étais petit à cette période de l'année, tes parents t'obligeaient à venir avec eux faire de longues balades en forêt. Tu y traînais les pieds derrière eux, et tu donnais des coups dans le sol, faisant à chaque fois s'élever des petites mottes de terre.
L'air humide, la fraîcheur du soir, les ombres allongées sur le sol... Rien n'a changé.

Le vent souffle, s'amusant avec quelques mèches de tes cheveux.

L'automne passe.

OOO

Il paraît que l'hiver est bleu. Ou blanc, c'est selon, mais en tout cas rempli de couleurs froides et belles. Avec une neige molle et poudreuse, qui forme un duvet presque magique. Il paraît que les gens s'enroulent dans de chauds manteaux, de longues écharpes et de jolis gants pour se protéger du froid.
Il paraît, chez toi en hiver le ciel est gris, les nuages sont épais, et les diverses épaisseurs n'empêchent personne d'avoir froid.
La neige quand elle tombe se transforme rapidement en eau marronnâtre, et tes pieds font des "flocs flocs" pas très agréables dedans.
Tes joues sont rouges, ton nez aussi. Tu enfonces tes mains dans tes poches, espérant les réchauffer un peu.
La brume du matin commence à se lever, avec le jour qui arrive.
Tu te dépêches d'avancer, tu as froid.

OOO

L'air est chaud, une brise légère accompagne les rayons de soleil.

Il y a du pollen dans tes narines et la nature se réveille.
Les feuilles mortes ont depuis longtemps laissé la place à ces boules jaunes orangées qui envahissent le bord de ton trottoir. Le soleil réchauffe paresseusement les murs des maisons, bientôt tu chercheras leurs ombres pour t'abriter.

Loin, tu entends des enfants crier, premier signe que la ville commence à se remplir.
Tu t'assieds dans l'herbe pour t'éloigner de toute cette agitation. Au dessus de ta tête le ciel se remplit de bleu de jour en jour, les arbres de fleurs - tout semble revivre.

Tes paupières lourdes se referment lentement, tu bats des cils une fois, deux fois, et abandonnes.
L'odeur parfumée des fleurs t'arrive, le printemps crie qu'il est là.
Tu peux enfin te poser.