La pluie tombe et tombe, elle se déchaîne. Elle nous attaque. Elle déverse sa colère sur nous, pauvres mortels, trop stupides pour deviner sa tristesse. Et elle tombe, encore et encore, renverse tout sur son passage. Elle détruit autant qu'elle construit. Méfiez-vous de l'eau qui dort mes pauvres amis! Parce que lorsqu'elle vous envahi, il n'y a aucune porte de sortie pour sauver vos vies.

«Je t'aime, mais pousse-toi de là!»

Assise sur ton lit, tu regardes à l'extérieur par ta fenêtre. Les terrains voisins ainsi que le tien et ta rue sont recouverts de neige. «On dirait que la terre a enfilé un somptueux manteau blanc,» t'émerveilles-tu comme l'enfant que tu es. Tout est silencieux et calme, mais tu sais qu'une tempête arrive. C'est la météo qui vous l'a annoncée alors que vous déjeuniez avec vos parents à ta sœur et toi. Du coup, certaines écoles ont fermées dont la vôtre. Ta sœur sautait de joie en l'apprenant. Es-tu heureuse, toi, de ton côté? Tu ne le sais pas, à dire vrai. Tu crois qu'un examen était prévu en science cet après-midi. Tu récoltes donc plus de temps pour étudier, mais également plus de temps pour angoisser et être nerveuse quant au résultat que tu auras. Conclusion? Tu n'étais ni heureuse, ni malheureuse. Juste blasée. Perdue dans tes pensées, tu n'entends pas frapper à ta porte et tu sursautes lorsqu'on te passe une main devant les yeux. Tu clignotes des paupières et remarques enfin ta petite sœur devant toi qui se retient de rire. Tu fronces les sourcils d'un air mécontent.

-Que veux-tu?

Tu la vois grimacer avec agacement et cela te fait sourire alors qu'elle te répond.

-Maman ne veut pas que j'aille au parc toute seule alors qu'une tempête se prépare… Sauf si…

-Sauf si…? L'encourages-tu à poursuivre même si tu te doutes fortement de ses prochaines paroles.

-Sauf si tu m'accompagnes là-bas et que tu me ramènes dès que ça commence à devenir dangereux…

Tu hoches de la tête avec approbation.

-C'est raisonnable comme conditions.

Tu regardes ta sœur faire la moue d'un air ennuyé que tu sois du côté maternel plutôt que du sien avec amusement. Tu la regardes ensuite partir avec un air songeur et tu t'habilles chaudement avec un polar, de gros bas ainsi que d'un pantalon jogging afin de ne pas avoir froid trop rapidement à l'extérieur. Tu rejoins, peu après, ta sœur à l'entrée de la maison et tu pouffes de rire en la voyant sautiller sur le pas de la porte, à t'attendre avec une impatience dévorante. Juste pour la rendre encore plus folle, tu prends ton temps et mets tes vêtements d'hiver avec une telle lenteur qu'elle finit par t'habiller à ta place. Tout cela au plus grand amusement de votre mère qui vous regarde depuis le bas des escaliers en pouffant silencieusement de rire. Quand vous êtes enfin prêtes toutes les deux, elle s'arrête de rire et prend un air inquiet qui se reflète dans son regard noisette.

-Vous me promettez que vous prendrez soin de vous, toutes les deux?

Ta petite sœur lève les yeux au ciel.

-Bien sûr, ma petite maman chérie! Ne t'en fais pas, tout ira bien!

-Je suis sérieuse, Kathy! Fait votre mère avec sévérité.

-Maman! Je prendrai soin de nous deux et ferai en sorte qu'elle ne fasse aucune bêtises, la rassures-tu.

Kathy vous regarde d'un air boudeur et elle pointe un doigt vers sa propre personne, indignée.

-Moi? Des bêtises?

-Oui! Dites-vous, ta mère et toi, d'une même voix.

Elle vous tourne le dos après vous avoir tiré la langue de manière très enfantine ce qui détend l'atmosphère d'inquiétude somme toute maternelle. Tu te tournes vers ta mère et la regardes droit dans les yeux afin qu'elle comprenne que tu es sérieuse. Elle hoche de la tête et tu as l'impression qu'elle n'est seulement soulagée qu'à moitié par tes paroles, mais tu souris en coin légèrement parce que, connaissant ta mère, tu es certaine qu'elle s'inquiètera toujours pour ses deux filles. Dans un sens, cela te rassure car, comme ça, tu sais et tu sens qu'elle t'aime et que jamais elle ne t'abandonnera à ton sort si tu es mal prise. Pourquoi est-ce que je pense à des choses comme ça?, te demandes-tu avec perplexité. Puis, secouant la tête, tu suis ta sœur à l'extérieur et vous vous dirigez vers le parc le plus près de chez vous.

Une douce mélodie résonne à mes oreilles. Je l'écoute. Elle m'apaise. Qu'est-ce? Mon corps est frigorifié. Un froid glacial l'enveloppe et le traverse de part en part. Où suis-je? Je ne me rappelle plus. J'ai peur. J'ai peur d'ouvrir les yeux. Elle me paralyse la pensée. De quoi ai-je si peur? Je ne sais pas. Encore. Je n'ai que la sensation de danger, de panique et d'appréhension qui persiste. J'essaie de bouger les doigts. C'est si dur! J'ai cette impression que toutes mes forces m'ont abandonnée. La mélodie s'éteint et je n'entends plus rien. L'apaisement factice part avec elle. Ce n'est plus de la peur que je ressens à présent, c'est de la pure terreur qui m'enserre le cœur et le compresse!

Puis, les souvenirs confus reviennent. Je me revois en train de surveiller Kathy alors qu'elle s'amuse dans les jeux à moitié submergés par la neige du parc. Je me revois lui sourire alors que je retourne ensuite mon attention sur la vue que j'ai du haut de la bute où je me suis installée. Puis, je réentends ce grondement qui annonce habituellement un éboulement de neige sur de hauts pics dans les films d'action. C'est à ce moment que je me suis rendu compte, que nous étions dans une région indiquée comme dangereuse par une affiche un peu plus loin que nous avions ignorée inconsciemment. Puis, retournant la tête, je me vois me retourner brusquement vers ma petite sœur qui était menacée par une grande vague de neige et me précipiter vers elle afin de la pousser hors de danger. Je me réentends lui dire : «Je t'aime, mais pousse-toi de là!» Après cela, plus rien… Que du blanc.

Un flash m'aveugle soudain et je me sens refaire surface à l'aide de bras forts qui m'extirpent de la cavité où je me tiens. La vue dégagée, j'aperçois des policiers qui s'empressent autour de moi. Ils me parlent, mais je n'entends ni ne comprends ce qu'ils me disent. Assise à l'arrière de l'ambulance dont je ne me souviens pas avoir remarqué la présence ni la manière dont j'y suis entré, je subis les examens que m'impose un ambulancier, le temps que ma mère arrive, d'après ce que j'ai entendu. Je ne ressens plus ni chaleur, ni la froideur de l'hiver, mais j'ai tout de même eu des frissons lorsque j'ai entendu mon prénom être crié dans l'air que je soupçonne être glacial avec force.

-CLARA!