Ce texte est écrit pour la 42ème Nuit du FoF : une heure pour un thème, écriture et postage compris. Pour plus de précisions, vous pouvez m'envoyer un MP ou vous renseigner directement sur le Forum francophone, côté (lien dans mon profil), partie Salle de Jeux.

Note : pour ce texte-ci, j'ai en réalité mis près de deux heures.

Thème 2 : Mesure

Titre : Onde de choc

Disclaimer : Tout est à moi, sauf les faits, lieux et personnes d'origine qui ont inspiré ce texte.

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Deux mètres. A peu de choses près, c'est la hauteur à laquelle on peut croiser ton regard. Ecrit de cette manière, c'est tellement peu, dix caractères d'imprimerie si minuscules en comparaison des dix-neuf qui servent à noter ma propre taille, bien moins élevée que la tienne. Quelques dizaines de centimètres te séparent de la plupart des personnes, et c'est le cas depuis tellement longtemps maintenant, que tu ne te souviens presque plus de ce que à quoi ça ressemblait de voir ta mère se pencher sur toi.

Deux mètres. Une carrure de ce genre a souvent tendance à impressionner. Et peu de gens y restent indifférents. Tu en effraierais plus d'un si, malgré l'écart qui te sépare du commun, ton sourire ne rayonnait pas comme une étoile, visible dans les nuits couvrant les plaines les plus reculées. Te rendant finalement bien plus accessible que beaucoup d'autres. Et tu ne manques jamais une occasion de partager ta sociabilité, de répandre ton humour coloré et d'insuffler le rire à quiconque traverse ta route.

Ton chemin, d'ailleurs, t'a mené bien au-delà des frontières de l'hexagone. Ainsi la distance qui nous sépare s'est comptée plus d'une fois, non plus en mètres, mais en milliers de kilomètres. Tu n'en as jamais été effrayé, au contraire. Et tu as propagé ta gaieté à l'étranger, dans des contrées lointaines, au milieu de paysages à ta hauteur. Quand on a le corps frémissant et les pensées qui pétillent comme toi, il faut de l'espace afin que l'explosion inévitable de ton être survienne sans risque et de manière optimale. Combien de fois ai-je eu la chance, pas si hasardeuse que ça, d'attraper les étincelles que tu abandonnes sans crier gare ? Trop pour que je le énumère et me souvienne absolument de toutes. Pas assez cependant pour construire un bonheur dont la durée de vie s'étendrait davantage que celle d'un éphémère.

J'ose croire que c'est là-bas, si loin d'ici, que tu as trouvé ta place, et sans t'y être enraciné, tu as parcouru de longues distances en amassant çà et là l'énergie qui a servi à provoquer la supernova que tu as dégagée. Ton élément, c'est là-bas -où que ce soit -, partout et nulle part à la fois, mais pas ici quoiqu'il arrive. La supernova a répandu sa chaleur et sa puissance, emportant beaucoup de gens dans son onde. Nous étions trop éloignés pour qu'elle me touche mais j'en ai perçu une vague chaleur tout de même.

Sa force me serait certainement parvenue si elle n'avait été arrêtée par un trou noir, d'une étoile morte et très anciennement bien plus vaste que toi.

Ton pouvoir s'y est déversé, absorbé, avalé insatiablement, l'alimentant alors même que sa faim s'était endormie. Et ta flamme s'est éteinte. Il t'a fallu revenir. Les kilomètres si facilement parcourus pour atteindre ton but se sont révélés extrêmement pénibles au retour. Si en chemin, tu as eu l'idée de t'écarter de ta route et t'enfuir ailleurs, tu t'es rapidement rendu compte que le malheur, quoiqu'il arrive, court plus vite que toi, malgré la grandeur de ta foulée.

Ton retour a réveillé une certaine joie chez moi mais sans avoir complètement changé, tes deux mètres de hauteur m'ont paru plus élevés qu'à l'origine. Est-ce dû à la maturité que tu as gagnée ou bien à ce regard lointain et rêveur qui semble briller moins fort au-dessus de moi ?

En réalité, tu as tout simplement appris une leçon que je connaissais bien avant toi. La distance avait beau être immense, les frontières à traverser nombreuses et le décalage horaire important, tout ceci devient finalement peu de choses face à l'onde de choc dégagée par le décès de ta mère. Quelques mots prononcés lors d'une tragique annonce suffisent à effacer des pages entières de ta vie.

Et si tu n'affiches pas la douleur qui te vrille le cœur, je la reconnais, incommensurable et cataclysmique, vague colossale qui flue et reflue à l'infini. Les larmes que tu n'as pas paraissent pourtant pleuvoir sur mes propres joues. Et j'ignore quelle réponse donner à la question que tu te poses intérieurement.

Combien de temps faudra-t-il pour que le mal s'en aille ?

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Hommage à un ami sur je compte énormément et qui vaut bien davantage à mes yeux.