Bon, voici mon épilogue... J'ai un peu la larme à l'œil a l'idée d'avoir terminé, merci infiniment pour vote suivi, votre support et vos review qui m'ont beaucoup aidé pendant cette année de prépa, qui aurait sans doute été plus dure autrement. Je vais passer mes concours en sachant que quoi qu'il se passe, je vous aurais au moins donné ça.

Ici, tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme, et volupté. (Baudelaire)


La nuit avait déjà reprit son règne sur la ville lorsque Leïs se réveilla. Il retourna son réveil qu'il avait laissé l'écran contre le bois de sa table de chevet, afin de faire paraître les chiffres lumineux dans la chambre noire, une leur rouge rappelant celles des lunes éclaira le visage paisible de Gabriel.

00h28.

Ils avaient passé la journée entière au lit, cela faisait longtemps que Leïs n'avait pas réussi à enchaîner autant d'heure de sommeil. Depuis la dernière fois qu'il avait vu Gabriel en fait.

Traçant de son pouce les cernes sous les yeux du sorcière, il songea qu'avec ses problèmes d'insomnies, cela avait du être pire pour le Prince –non, l'ancien Prince. Gabriel s'était éloigné de lui pendant leur sommeil, et ils s'étaient suffisamment démêlés pour que Leïs puisse quitter le lit sans le réveiller, enfilant à contre-coeur son pyjama –il ne pouvait tout de même pas décemment se balader en sous-vêtement dans son appartement, dans le seul espoir de gagner un peu de contact avec Gabriel. Il se traîna jusqu'à sa cuisine, avec l'impression de se déplacer dans une nuage de coton.

Gabriel était là, endormi dans son lit. Presque nu.

Nouveau sourire stupide.

Il alluma la lumière de son coin cuisine, sorti une casserole, quatre oeufs, du beurre salé un fouet, mis deux tranches dans son grill-pain, et trouva peut-être un peu trop délicieux de se complaire à ce point dans une tâche si quotidienne que de préparer des oeufs brouillés.

À minuit et demi.

Pour le déchu Prince des sorcières enroulé dans ses draps.

Après qu'ils aient été séparé pendant plus de quatre mois de la façon la plus brutale.

Nh, peut-être pas si quotidienne que ça dans son contexte.

Il jeta un coup d'oeil à ses plaques électriques, ces trucs qu'ils mettaient dans les logements d'étudiants, terriblement lent à chauffer et encore brûlant une demi-heure après avoir été éteinte.

Il se mordilla la lèvre. Oserait-il... ?

Il ne savait pas trop comment ça fonctionnait, la magie. Il supposait qu'il devait se concentrer sur le bourdonnement en lui, l'énergie nouvelle qu'il sentait pesait en lui depuis son retour, et qui chantait si librement depuis que Gabriel était là. Le sorcière agissait comme un catalyseur sur sa magie semblait-il.

Il ne savait pas trop ce qu'il faisait, et se sentait assez ridicule à vrai dire, la main tendu vers sa casserole en marmonnant des « chauffe » étouffés.

Lorsqu'une flamme s'alluma dans un bruit caractéristique d'ignition, il glapit et faillit lâcher la casserole. Il n'avait même pas senti la magie venir... Comment ? Aussi vite...

Le léger rire qu'il entendit fit se retourner vers le chambranle de la porte de sa chambre.

Bien évidemment, Gabriel se tenait là, adossé au bois, et ne portant rien de plus qu'un sous-vêtement, sa main toujours levé vers la cuisine.

- Tu n'as aucune chance d'y arriver comme ça, je t'ai dit que les sorcières invoquent la magie par des formules, il n'y a que moi et certaines puissantes et vieilles sorcières qui peuvent s'abstenir de paroles. Il va falloir t'entraîner si tu veux arriver à faire chauffer ta nourriture sans mon aide ou celle de la technologie.

Leïs secoua la tête avec un sourire.

- Tu ne préférerais pas mettre quelque chose sur toi ? Pas que je me plaigne, ceci dit...

Bien au contraire, ajouta-t-il dans sa tête en dévorant des yeux la peau pâle qui se tendait sur le corps parfait, sans la moindre cicatrice ou marque, chaque muscle développé exactement comme il fallait, il ressemblait à l'une de ces statues grecques que l'on pouvait observer dans les musées, de marbre blanc, leur siècles d'existence gravés dans la jeunesse des personnages qu'elles représentent. Avec une dimension vaporeuse, comme s'il était trop parfait pour vraiment appartenir à ce monde.

Heureusement qu'il avait un caractère de chacal.

- Je n'ai pas changé de vêtement depuis que je suis arrivé dans le monde des hommes il y a quelques phases, alors il absolument hors de question que je les remette.

- Tu ne pouvais pas les laver magiquement ? Comme tu le fais pour toi.

Gabriel le dévisagea avec horreur.

- C'est plus qu'une question de propreté, je ne peux pas enfiler quelque chose de déjà porté.

Leïs éclata de rire, sortit deux assiettes, des couverts et répartit les oeufs brouillés et le pain en secouant la tête.

- C'est bien ce que je pensais, fashion-victim ! Ton amour des vêtements doit être ta seule caractéristiques du cliché gay.

- Pardon ?

- Rien, on ira faire du shopping.

Il posa les assiettes sur le bar et s'avança vers Gabriel, hésita un instant devant la domesticité de la chose, et posa un bref baiser sur ses lèvres avant de sortir un t-shirt de sa chambre pour le lui tendre.

- On s'en fiche de ce que tu portes ici, je serais le seul à le voir.

Gabriel laissa traîner son regard sur le vêtement, haussa un sourcil et fixa Leïs.

- N'aurais-je pas l'air excessivement féminin vêtu de simplement un de tes hauts ?

Leïs eut un sourire en coin, il ne savait pas ce qu'il préférait entre voir Gabriel presque nu ou dans ses vêtements.

- C'est ça ou tu restes comme tu es, mes pantalons ne t'iraient pas, le haut sera un peu large, mais au moins il restera sur toi.

Le haut gris lui fut arraché des mains.

- Je sens que ça te fait bien trop plaisir que je porte ça.

Il passa le tissu par dessus sa tête, et Leïs se mordit la lèvre. Bien mieux que ce qu'il imaginait, le col en V laissait de grand pan de la peau crémeuse de Gabriel visible, et dénudait presque une de ses épaules, tombant juste au ras de fesse en bas.

Tellement cliché.

Il l'embrassa et ils restèrent quelques instants ainsi, devant la chambre de Leïs, leurs lèvres jointes, pressantes et amoureuses.

L'odeur de nourriture finit par ramener Leïs au monde réel.

- Viens, je voudrais te faire goûter ce qu'on mange dans le monde des hommes. Désolé, par d'yeux de chauve-souris ici.

Le brun jeta un coup d'oeil dédaigneux à la purée grumeleuse, jaune et blanche dans l'assiette et grimaça.

- Je ne préfèrerais pas...

- Tu n'as sûrement pas mangé depuis que tu es venu ici, tu as besoin de nutriments. Tu vas voir c'est bon, et puis je me suis enfilé tellement de vos mets bizarre et franchement dégueux que tu peux bien ne serait-ce que goûter.

- Ça a l'air honnêtement répugnant, et puis, faire la cuisine nécessite du talent, tu me parais trop mauvais pour ça.

Leïs se dit que huit mois auparavant, cette remarque l'aurait énervée, ou au moins exaspérée, mais après quatre mois continus à gérer avec le caractère exécrable de son sorcière, puis quatre autres à se languir de ses remarques acerbes, cela le fit seulement sourire.

- Ce sont juste des oeufs brouillés, tout le monde sait faire des oeufs brouillés.

Il traîna Gabriel par le poignet et l'assit sur un des tabourets du bar, heureux de constater qu'il avait considérablement gagné en force maintenant qu'il était sorcière, comment avait-il pu ne pas le remarquer avant ? Il devait être trop occupé à se noyer dans son malheur.

- Essaye au moins.

Gabriel fronça le nez et avança son doigt pout tâter la mixture dans le plat blanc.

C'était mou et humide et chaud et grumeleux.

Leïs s'assit à côté de lui et le regarda avec un mélange d'exaspération et d'attendrissement. Il ressemblait à un gosse de cinq ans qui ne voulait pas manger ses légumes.

- Allez, Gabriel, ne soit pas difficile, ça va être froid après. Prend la fourchette, le truc en métal avec des pics, et avec tu mets les oeufs sur le pain grillé, et tu croques.

Il explicita ses mots par des actions et avala sa première bouchée.

À coté de lui, Gabriel l'imita à contrecoeur et goûta à la nourriture humaine.

Bizarre. Salé. Chaud. Goûtu. Le pain croustillant. Les oeufs mous.

Ce n'était pas mauvais.

- Tu n'es pas obligé de reconnaître que c'est bon, je comprends que tu veuilles épargner ton égo.

Gabriel lui jeta un regard mauvais mais mordit une deuxième fois dans la tartine d'oeufs. Il mangeait lentement, mâchant au moins sept fois pour mieux analyser l'étrange met.

Il en était à peine à la moitié que Leïs avait déjà terminé son assiette et l'avait lavé, il s'installa derrière Gabriel et posa un baiser sur sa nuque, passant ses bras autour de sa taille.

Le voir habillé ainsi dans sa cuisine, ses jambes nues de part et d'autre du tabouret, ses coudes sur le bar creusant encore un peu plus le décolleté de son t-shirt, grignotant quelque chose que lui avait préparé...

Il inspira profondément dans ses cheveux bruns et ne parvint pas à croire à sa chance, à vraiment appréhender le fait que cet homme, ce sorcière, était chez lui, dans son petit appartement, habillé de son t-shirt en train de manger des oeufs à une heure du matin. La situation était presque trop normale pour Gabriel et lui, tant qu'elle en paraissait presque incongrue.

- Je t'aime, souffla-t-il dans son oreille en resserrant ses bras.

Son sorcière s'appuya contre lui et pencha la tête en arrière, la bouche trop pleine pour répondre quoi que ce soit, des miettes de pain sur ses lèvres.

La vue presque enfantine fit rire Leïs.

Il admirait tellement Gabriel, le Prince avait tout lâché pour lui, son monde, son statut, sa vie, alors que Leïs l'avait déjà privé de sa vie éternelle et de sa faculté à voyager entre les mondes avec son souhait. Il n'avait rien ici, juste Leïs, et pourtant il paraissait serein dans sa nouvelle vulnérabilité, sans logement, sans même ses propres vêtements, incapable de quitter ce monde qu'il méprisait pour plusieurs mois. Tout ça pour être avec lui, alors qu'il n'avait même l'assurance qu'il le trouverait.

Qu'est-ce qu'il racontait. C'était Gabriel, bien sûr qu'il l'aurait trouvé, il n'y avait rien que le sorcière ne pouvait pas faire.

Et il semblait enfin avoir trouvé la paix ici, il dégageait une aura de tranquillité inhabituelle et une stabilité dont Leïs avait prié pour qu'il la trouve. L'être torturé et insomniaque qu'il avait rencontré sur l'Île des sorcières paraissait bien loin.

- Je vais prendre une douche, on retourne au lit après ?

- Je veux essayer.

- Quoi, la douche ? S'étonna Leïs.

- Oui, je n'en ai pas techniquement besoin, mais ça à l'air assez agréable. Je veux venir avec toi.

- Euh... Si tu veux... Je suppose que...

- Quoi ? Tu n'as pas envie ?

- Bien sûr que si, un peu trop même, ça va être dur –au sens littéra...

- Leïs ! J'en ai assez de tes blagues sexuelles !

Il cacha son rire dans le dos de son sorcière. C'était fou le point auquel il aimait le faire chier.

- Mais je pense que tu serais plus le genre de personne à apprécier un bain, ce truc pour les gens riches qui ont le temps. Princier. Avec un peu de musique classique et une coupe de champagne.

- Je te déteste...

- Je sais.

- ... Mais je veux bien un bain.

Cette fois-ci, Leïs éclata franchement de rire, sans chercher à le cacher. Il resserra fortement ses bras autour de l'autre.

- Je t'adore.

Un vague sourire déchira le masque d'exaspération du visage de Gabriel.

- Je sais.

Leïs secoua la tête, planta un dernier baiser sur un morceau de peau découvert du dos et laissa Gabriel finir de manger, il frissonna lorsque la plante de ses pieds rencontra le carrelage froid de la salle de bain et tourna les robinets jusqu'à obtenir une température satisfaisante.

- Désolé, tu n'auras pas le champagne, mais la musique je peux en mettre. Enfin, je ne sais pas trop ce que tu aimes...

Il allait devoir créer une rapide sélection pour déterminer ce que Gabriel aimait. Sûrement une symphonie de Beethoven, elles emplissaient l'air, les symphonies de Beethoven, elles imposaient leur caractère, éclataient de grandeur, il y avait des chances que cela plaise au Prince. Il tenterait Chopin, mais peut-être que le romantisme du compositeur aurait plus de mal à toucher son âme bien protégée, Mozart ou Bach aussi, le classicisme n'était pas nécessairement ce qu'il préférait dans la musique savante, mais Gabriel n'était pas lui. Ensuite du rock, de la pop anglaise, du folk, du funk ; quelques Muse bien rythmés, The Beatles, The Rolling Stones, Fool's Garden, RadioHead, Green Days, James Brown et Midnight Star. Le metal et le hard rock, ce n'était peut-être pas une bonne idée... L'electro et le Rap... Peut-être, juste pour voir son visage horrifié.

Occupé qu'il était à sélectionner les musiques sur son téléphone, il n'entendit pas Gabriel jusqu'à ce qu'il lui souffle dans le cou.

- Ah !

Il faillit lâcher son portable.

- Ça ne va pas, tu m'as fait tellement peur !

- Tu avais l'air très concentré...

- Je choisissais de la musique qui pourrait te plaire, figure-toi.

- M'en voilà flatté, pourquoi as tu rempli le bac à eau de cette façon ? Cela aurait été beaucoup plus rapide avec moi, je n'aurais eu qu'à invoquer de l'eau déjà chaude.

- Pour te montrer que l'humanité peut s'en sortir sans magie ?

- Tu ne me feras pas changer d'avis sur les technologies humaines tu sais...

- Et sur la nourriture ?

- Le bain, nous devions prendre un bain.

Leïs ouvrit la bouche pour se préparer à expliquer qu'il ne le distrairait pas ainsi, mais là-dessus, le sorcière enleva le t-shirt gris, retira son sous-vêtement –noir– sans la moindre pudeur et trempa avec suspicion son orteil dans l'eau dormante.

Leïs oublia de respirer.

Il resta la bouche ouverte, l'esprit en déroute, ses engrenages avaient sauté, le train de ses pensées déraillé.

Il concentra toute sa volonté à fixer son regard sur le visage de Gabriel et ne pas descendre.

Il ne savait pas comment le Prince faisait pour garder autant de majesté et de présence en étant nu.

Définitivement distrait.

Le corps blanc disparu bientôt sous l'eau, et un soupir d'appréciation quitta ses lèvres lorsqu'il fut bercé de la chaleur du bain.

- Mmmh, agréable, je le reconnais, je prends rarement le temps de me détendre ainsi.

Leïs réussit à se reconnecter suffisamment à la réalité pour se déshabiller à son tour.

- Décale-toi un peu, tu prends toute la place.

Gabriel ouvrit un oeil, lui envoya un sourire moqueur et s'étala un peu plus dans la baignoire.

Cette fois-ci, Leïs ne résista pas et laissa son regard voler un aperçu du corps désiré, les contours floutés par l'eau chaude et la vapeur. Il avait tant voulu la voir, cette peau, mais à présent qu'il l'avait, là, il osait à peine y jeter un regard, de peur de s'y perdre, d'y laisser son contrôle, comme si l'insistance de son attention pouvait brûler, laisser ses marques sur le marbre souple et chaud dans lequel était taillé le Prince.

Il se sentait commencer à réagir au corps nu et alangui de Gabriel dans l'eau chaude et se força à penser aux pires horreurs du monde. C'était un moment de détente. Gabriel venait de le dire.

Il passa ses mains sous les épaules de Gabriel et le força à s'assoir pour se glisser derrière lui, et juste avant d'entrer définitivement dans l'eau, mis en route la première musique de la playlist qu'il venait de créer. Gabriel s'appuya contre lui, se nichant entre ses jambes et poussa un grognement de contentement.

- C'est bien ça, qu'est-ce que c'est ?

- La cinquième symphonie de Beethoven, je savais que ça te plairait. Celle-là est la plus connue, il envoie Beethov' !

- Ce n'est pas de mauvaise qualité en effet. C'est puissant.

- N'est-ce pas.

- Mais où sont les musiciens ? D'où sort la musique ? De ta petite boîte ?

Et Leïs entreprit d'expliquer en long, en large et en travers, ordinateur, téléphone fixe et portable, Ipod, internet. Certaines notions avec plus de succès que d'autres. Il lui dit qu'il lui montrerait, ce serait plus simple à comprendre ainsi, et ils repartirent sur la musique.

Leïs s'étonna de voir que sa peau ne fripait toujours pas et Gabriel lui envoya un regard incrédule lorsqu'il le mentionna, il en déduit que sûrement, la peau des sorcières ne pouvait pas friper, alors il en profita et versa une généreuse dose de produit moussant dans l'eau. Bientôt, des bulles de savon volaient en motifs intrigants à travers toute la salle de bain, guidées par la magie de Gabriel. Il s'amusa même à manipuler l'eau, dressant des colonnes au dessus d'eux créant des cercles dans lesquels de la mousse volante passait pour se diviser en millions de petites bulles qui tombaient et éclataient alors sur eux. Leïs ignorait que le Prince pouvais avoir une telle fibre artistique en lui, et sur Unintended, les bulles dansaient, la voix de Matthiew Bellamy enfermant dans un cocon magique cette atmosphère qu'ils avaient créés.

Gabriel décréta qu'il aimait beaucoup les bains et qu'il ferait importer ça chez lui.

Leïs secoua la tête, et n'osa pas lui dire que souvent, un bain n'avait rien d'aussi incroyable, c'était au mieux un moment de détente, mais rapidement, la peau fripait, l'eau refroidissait, la mousse diminuait. Et la plupart du temps, le savon ne dansait pas en l'air au milieu de volutes d'eau sur de la musique. Gabriel avait un don pour créer des atmosphère.

- Sans vouloir vraiment interrompre ce moment, on ne devrait pas tarder à sortir, je voudrais retourner à la fac demain, et si possible... Tu aimerais venir avec moi ?

- La fac ?

- Le lieu où j'étudie le droit. C'est assez ouvert, et même si tu ne fais pas partit du corps estudiantin, personne ne le remarquera, c'est grand la faculté, et tout le monde se fiche un peu des autres.

- Je suppose que je vais venir, je m'ennuierais mortellement tout seul dans le monde des hommes.

- Et il serait vraiment malvenu que tu viennes à t'ennuyer... Marmonna Leïs pour lui-même.

Un frisson de terreur le saisit à l'idée de Gabriel descendant dans la rue pour palier à son ennui, exaspérant les gens, étalant sa toute puissance, créant des dégâts diplomatiques et des dommages au patrimoine, trouvant tout trop lumineux, décidant de teindre le soleil –c'était Gabriel, s'il le décidait, il en était bien capable– se faisant poursuivre par une horde de fangirls, repérer par une agence mannequinat –lui-même avait déjà du refuser quelques propositions plus effrayantes qu'alléchantes, et Gabriel pouvait moins bien réagir que lui à leur insistance– et causer quelques catastrophes mondial.

Il était essentiel de garder l'ancien Prince occupé.

Là-dessus, il attrapa son gel douche, et l'idée que Gabriel allait être recouvert de son odeur lui fit un trop plaisir pour que cela soit sain.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- Je nous lave, après ça on se rince et on retourne au lit.

- Mmh, je ne peux qu'apprécier ce genre de programme.

Il se laissa tomber un peu plus contre Leïs, collant son dos à son torse alors que les mains savonneuse glissait sur sa peau, passant avec innocence sur ses bras, ses épaules, son ventre et son buste. Il se détendit totalement et se laissa faire, lâcha tout contrôle pour fermer les yeux, écouter la musique, le refrain de KarmaPolice rythmant les lents mouvements des mains de Leïs qui descendaient sur ses hanches, passaient sur ses cuisses et remontait sur sa ceinture abdominale. Un frisson secoua son corps et un étrange sentiment d'anticipation se nicha au fond de son estomac, sa tête partit en arrière et se reposa sur l'épaule de Leïs qui déposa un baiser dans son cou, il se colla encore un peu plus contre lui et sentit quelque chose buter contre le bas de son dos. Les mains sur ses cuisses se contractèrent subitement et leurs respirations s'accélérèrent en même temps que le tempo qui battait dans leurs poitrines, ils se désynchronisèrent de la musique, et Gabriel perdit rapidement conscience de l'atmosphère autour d'eux pour glisser dans une dimension où son univers se réduisait aux mains sur ses jambes, la lourdeur qu'il sentait gonfler entre elles, la masse collée au bas de son dos et le souffle de Leïs.

Les mains reprirent leur route, descendant jusqu'aux genoux, remontant vers l'intérieur des cuisses, restant là un moment, chatouillant, les pouce frôlant son aine. Il n'avait que rarement ressenti une telle urgence.

Monte. Allez, remonte un peu. Un tout petit peu tes mains.

L'une d'elle s'éloigna, retourna vers sa hanche, remonta le long de ses côtes et passa sur un téton.

Un sursaut involontaire prit son corps et sa respiration se bloqua.

Leïs respira plus fortement contre son oreille.

Ses doigts se firent fermes et pincèrent la chaire rose, la faisant rouler entre ses doigts, la main sur sa cuisse intérieur continuant ses mouvements lents, léger et Gabriel trembla sous ses paumes. Ils étaient si près qu'il pouvait sentir contre son dos la moindre contraction abdominal, la moindre inspiration, le moindre mouvement du sexe de Leïs pressé contre lui.

Allez... Viens !

Il n'en pouvait plus de sentir la main de son ex-humain aussi près de son membre de plus en plus gonflé et donna un coup de hanche involontaire qui arracha un rire à l'homme dans son dos et fit s'agiter l'eau autour d'eux. Un pic frais d'exaspération trancha la brume du désir qui engluait son esprit et ses mains inactives reprirent vie, glissant sur les jambes bronzées de part et d'autre de lui jusqu'à atteindre le sexe collé contre ses reins, enroulant ses doigt autour et appliquant un mouvement de poignet bref et punitif. Le gémissement de Leïs résonna dans son oreille et lui arracha un sourire satisfait, il s'empressa de retirer sa main et laisser l'autre soupirer pour plus de contact.

- Tu es une peste, grommela-t-il en tirant sur un téton et plantant plus fermement ses doigts dans la chaire blanche de sa cuisse.

La réplique intelligente du brun se perdit dans des murmures de plaisir, il mit quelques instants à récupérer ses esprits.

- S... Sans aucun doute, la peste étant une vague destructrice, incoercible et plus puissante qu'aucun homme.

Leïs décida qu'il avait entendu assez de la répartie tranchante du sorcière dans ses bras et bougea enfin –enfin– sa main pour la poser entre ses jambes.

Il ne fit rien d'autre, juste sa chaleur et son poids, entre ses jambes, dans son dos, contre son cou, si étroitement liés que l'eau parvenait à peine à s'immiscer entre eux.

Par tous les Enfers, bouge !

Et Leïs comprit finalement qu'on ne désobéissait pas au Prince des sorcières, il mit sa main en mouvement.

Les capacités actuelles de réflexion de Gabriel ne lui permettaient pas d'appréhender qu'il n'était plus le Prince, et que Leïs ne faisait pas ce qu'il faisait parce qu'il lui obéissait, mais par goût, envie et amour.

Il passa son pouce sur le gland, arrachant un soupir au sorcière, et imprimant un mouvement lent mais fort, de plus en plus rapide sous les injonctions dépourvues de mots quittant les lèvres entrouvertes.

Sentir les mains chaude sur sa peau nue et sensible, glisser avec fluidité grâce à l'eau, presser cet endroit si sensible qui avait supplié pour ce qu'on lui infligeait à présent... Les doigts qui maltraitaient les boutons de chaire sur sa poitrine, les tirant et tordant de plus en plus l'un après l'autre lui soustrayaient ce qu'il avait encore de raison, ses pensées s'entrechoquaient sans ordre et sans sens.

La respiration erratique de Leïs contre son oreille, les baisers pressant posés contre son cou exposé. La peau chaude, les muscles se contractant contre son dos.

Plus.

Et les mains. Partout. Frénétiques.

Plus.

Des spasmes saisirent son corps et il se tendit vers les mains de Leïs, ondulant contre lui.

Encore.

Ils avaient perdu le contrôle, tous les deux.

- Gabriel... Gémit Leïs.

Le prénom se coinça dans sa gorge, roula sur sa langue, gracia ses lèvres.

Il en voulait tellement, tant de lui.

Son bras gauche s'enroula autour de la poitrine du sorcière pour mieux continuer ses attaques sur le téton droit et plaquer plus fermement Gabriel contre lui, ne résistant plus à la contraction de ses muscles qui le poussait à donner des coups de hanches, à se frotter tant qu'il pouvait contre l'autre dont les mouvements et gémissements avaient supprimé la moindre de ses inhibition.

Il lâcha le coup marqué de rouge et violet de Gabriel et la main sur sa poitrine se leva pour attraper les cheveux noirs et tourner le visage de l'autre vers lui. Il l'embrassa.

Leur peau nues l'une contre l'autre les faisaient frémir, les murmures de plaisirs noyés dans la bouche de l'autre, un filet de salive traîna, indiscernable parmi les gouttes d'eau. Les soupirs laissèrent place aux gémissements prononcés, puis aux cris. Les mouvements frénétiques, chacun s'abandonnait à l'autre, leurs bouches bougeaient sans ordre, sans précision, enduites de la passion qui faisait vibrer la moindre de leur cellules. Leïs avala un soupir de son prénom qui avait naquit dans la bouche de Gabriel, et le son, désespéré, heureux, désireux, lui arracha un frisson qui courut de sa nuque à son entrejambe, qui n'avait pas nécessairement besoin de la stimulation supplémentaire.

L'eau dansait avec leurs mouvements et quittait la baignoire pour recouvrir le sol d'une surface miroitante. Gabriel avait rendu les armes, sa bouche lui faisait mal, mais pour rien au monde il n'aurait arrêté d'embrasser Leïs, leur langues de se frotter et les dents de parfois se rencontrer, sa tête qu'il n'aurait pas pu porter maintenue par la prise de l'autre dans ses cheveux, il ne savait plus où se presser, entre la main qui travaillait furieusement son sexe et celui de l'autre qu'il sentait rencontrer le bas de ses reins, le gland frottant contre la raie de ses fesses. Le seul fait de penser des mots aussi vulgaires lui procura un frisson supplémentaire et l'image mentale lui arracha un spasme accompagné d'un nouveau gémissement.

Injuste.

Leïs avait toute la vue qu'il voulait sur son corps et ses parties les plus intimes, avachi qu'il était contre lui, alors qu'il ne pouvait qu'observer à travers ses paupières entrouvertes la main monter et descendre sur son membre.

Une boule de tension et de chaleur était pressé contre son aine, remontant dans son estomac, faisant se dresser ses poils sur sa peau et vida ce qu'il lui restait de pensé.

Il dû lâcher les lèvres de Leïs et rejeta sa tête sur l'épaule dorée, vibrant et pulsant, une litanie de sons incontrôlés quittant ses lèvres, peut être le prénom de Leïs passa une ou deux fois, et la boule dans son ventre explosa, contractant chacun de ses muscles au passage, et le nichant dans un délicieux cocon de chaleur.

L'eau et les bulles volantes retombèrent .

Cela acheva Leïs. Il ne s'était même pas touché, il n'aurait jamais cru pouvoir être capable de venir ainsi, mais la vue de Gabriel, tendu dans ses bras, jouissant et soufflant son prénom, ses paupières battants, les cils tremblants comme les ailes d'un papillon tordit quelque chose dans son estomac dont il ignorait jusque là l'existence. Il mordit l'épaule blanche et vint contre lui, se vidant de tout ce qu'il avait accumulé dans un gémissement dissimulé par la peau humide, conscient à l'extrême du corps encore tremblant de Gabriel, de son souffle erratique, son odeur presque indicible parmi les fraîcheurs des savons. Et il sentait en lui une énergie avant inconnue tourner, frapper à l'intérieur de lui, s'évaporer par les pores de sa peau. La Magie.

Barry White chantait sur Can't get enough of your love, et la musique soul les berça doucement alors qu'ils reprenaient leur respiration.

Leïs posa ses lèvres sur la tempe du sorcière.

- Je t'aime.

- Nnh.

- Tu es sensé dire moi aussi...

Gabriel tourna sa tête pour rencontrer le regard vert.

- Je t'aime.

Le petit sursaut de son coeur à ces mots surprit encore le blond. Il le savait pourtant, mais il se lassait pas de l'entendre. Encore et encore, ils avaient toute leur vie pour apprendre à s'aimer.

Il pencha la tête et Gabriel le rejoint à mi-chemin pour un baiser lent, en rythme avec le tempo de la musique.

Ils sortirent de la baignoire après s'être rincé, et Leïs arrêta la playlist, il avait mis de l'électro et du rap pour voir la réaction de Gabriel, mais à l'heure actuelle, il n'avait pas envie de l'embêter, il voulait se rouler en boule sous la couette avec lui, profiter de la langueur apportée par l'eau chaude et le sexe et l'embrasser jusqu'à s'endormir avec son goût sur les lèvres. Le carrelage était inondé mais Gabriel ramena rapidement l'eau dans la baignoire, rendant Leïs vaguement jaloux qu'il ne soit pas encore capable de se servir de sa magie. Ils ne se rhabillèrent pas, trop heureux d'avoir enfin le corps nu de l'autre à voir et à toucher. Leïs retourna dans la cuisine pour débarrasser les couverts que Gabriel avait laissé sur la table –bien sûr, il ne pouvait pas s'attendre à ce que l'ancien Prince fasse la moindre corvée ménagère, il était bien au-dessus de tout cela...– et lorsqu'il revint, il rougit violemment.

Non pas à cause de la nudité de Gabriel, ou la sienne, ou encore de voir son amour étalé dans son lit, non. C'était parce que le sorcière avait un carnet entre les mains, et passait avec intérêt les feuilles l'unes après l'autres.

- Tu me dessines beaucoup.

- Hm... Oui... Je... Enfin, tu me manquais et... J'aimais bien, enfin, me souvenir de toi de cette façon...

Dans les yeux gris de Gabriel brillait une leur d'amusement et d'intérêt, et d'un autre petit quelque chose difficile à définir. Il n'avait jamais vu Leïs bégayer ainsi, où même afficher la moindre timidité.

C'était sûrement dû aux quelques nus au dessin plein de langueur et de sensualité, parce qu'on pouvait sentir tout son coeur et tout son désir, tout son amour.

Il décida de le sortir de son embarras.

- Les vêtements humains ne m'iraient pas si mal je suppose... Je devrais peut-être essayer si je veux t'accompagner demain, les gens me dévisageaient étrangement quand je te cherchais.

Leïs garda pour lui que c'était sûrement plus dû à la beauté frappante de ses traits qu'autre chose. Il serait bien malheureux d'enfler l'ego suffisamment important de l'ancien Prince, et il s'était déjà bien assez dévoilé dans ses dessins.

- Je t'habillerais tu verras, répondit-il avec toute la légèreté qu'il parvenait à avoir malgré la gêne brûlant encore ses joues, je suis sur que tu vas adorer porter des choses plus colorées.

Gabriel haussa un sourcil.

- Okay, peut-être pas « adorer » mais...

- Non mais je reconnais être superbe sur ces dessins, je suppose que contrairement à d'autres, n'importe quel type de vêtements m'irait bien.

Leïs secoua la tête et lui arracha son carnet des mains pour le reposer sur son bureau.

- Tsss, regardez-moi cette attitude, je te rappelles que tu es chez moi ici, un peu plus d'humilité serait appréciable.

Il grimpa sur le lit où Gabriel était assis.

- Et que comptes-tu y faire ? Me faire dormir par terre pour mon insolence, répliqua le sorcière avec tout le sarcasme dont il était capable.

Une expiration amusée quitta les lèvres de Leïs.

- Hors de question, je t'empêcherais de me quitter jusqu'à ta mort, je crains que tu ne sois prisonnier.

Il se pencha et attrapa la bouche du sorcière dans un baiser paresseux.

- Mmh, voilà une sentence bien appréciable...

Et ils savaient tous les deux que ce n'était que le début de leur voyage au pays des sorcières.


Merci encore de m'avoir suivi, je continuerais à poster des bonus sur les propositions que je reçois :) je ne vous abandonne pas la, et j'espère que vous n'êtes pas trop déçus par la fin ^^