Nouvelle écrite en cinq jours, ça ne m'était jamais arrivé de faire ça, écrire une histoire entière en seulement cinq jours. Mais voilà, là c'était facile, je connais les personnages (je les trimballes avec moi depuis presque deux ans et ce sont mes préférés), je savais ce que je voulais écrire (la dernière scène, c'est la dernière scène que j'avais en tête et c'est pour elle que j'ai tout écris), alors je me suis mise au défi : une fois par jour, au moins mille mots, c'est fini avant que tu rentres chez toi. Et voilà. Alors, je sais j'ai d'autres trucs à écrire et puis, au départ ces personnages ne devaient pas servir pour ça, mais voilà, j'avais cette scène, je devais lui donner une existence plus concrète. Et pour tout vous dire, j'ai adoré écrire et j'adore ce que j'ai écris, pour une fois.

Je laisse quelques avertissements cependant :

• Cette histoire se place dans un contexte plus vaste que je n'ai pas entièrement décrit (il manque des persos, d'autres n'ont pas eu toute la lumière qu'ils méritaient), parce qu'il ne s'agit que d'un morceau de cet univers et cet univers bouge beaucoup (trop). Mais comme j'adore ces personnages, je pense écrire encore sur eux et tout ceci sera consigné sous le nom « Les Multiples de Trois ».

• Avertissement sur le contenu maintenant : certaines relations entre les personnages peuvent déranger. J'assume entièrement, cela dit rien n'est explicite (en clair : pas de lemon, seulement des personnages qui sont allés voir là où ils n'auraient pas dû aller)

Bonne lecture !


Les Multiples de Trois - Contemplations

Dès l'instant où il avait prononcé ce « Je dois vous dire quelque chose », Danny avait détourné les yeux. Sans même s'en apercevoir, son corps avait réagi, son nez légèrement froncé par le dégoût, sa bouche froissée par la répulsion pendant une éternité d'un millième de seconde, alors qu'il aurait voulu rester digne, impassible. Il avait quinze ans révolus, trois fois cinq, trop âgé pour ces réactions d'enfant. En face de lui, les trois fois sept – vingt et un ans de son aîné conservaient leur calme et tout leur sérieux pour leur annoncer sa décision – quelle qu'elle soit. À chaque extrémité de la table à manger rectangulaire, leurs géniteurs patientaient, le visage fermé, imperturbable – désintéressé. Une cigarette discrètement allumée entre les doigts aristocratiques de Vitalie se consumait lentement, seul mouvement dans la salle à manger qui attendait. L'odeur du tabac narguait Danny, les nerfs déjà avivés par la déclaration qui se laissait désirer de son frère. Le sens de la mise en scène, c'était inné chez eux.

« Je vais me marier. »

Ne pas réagir. Les yeux rivés sur le bois parfait, ancien et cher de la table à manger, les avants-bras posés à côté de la fourchette et du couteau en argent, les coudes dans le vide, les poings fermés sans être serrés. Ne pas réagir. Comme les trois autres statues-personnages blondes.

La cendre tomba sur le bois précieux de la table hors de prix. D'un geste vif et précis, la cigarette s'écrasa contre la faïence de l'assiette et avant que la fumée ne cesse de s'envoler, Vitalie s'était déjà levée pour quitter la salle, la tête haute, l'allure digne dans son renie sans réplique. Pourquoi se vexait-il, le personnage de la mère ? Ce n'était pas son rôle. Pourtant son élégance s'était retirée, délaissant les mâles dans la pièce silencieuse à l'odeur de tabac.

« Qui ? »

Voix grave et autoritaire, le patriarche connaissait son texte, sec et direct.

« Agathe Regeant. »

Demie-soeur de Frank Regeant, un gars de son lycée, qui le détestait autant que Danny le méprisait, lui et ses deux mètres de droiture horripilante. Il était sorti avec Matt, son meilleur – plus qu' – ami et avait tenté de le 'sauver' de l'emprise que Danny avait sur lui, ainsi que de sa soi-disant mauvaise influence et de la relation sentimentalement abusive qu'ils partageaient depuis trois ans. Une terrible fouine qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas ce Frank Regeant. Comment Phil avait-il pu débusquer sa demie-soeur ?

« Pourquoi ? »

Reprise de l'interrogatoire. Y avait-il dans l'intonation une certaine irritation ? La figure du père serait-elle contre cette farce maritale ? Pourquoi ? C'était tout ce qu'il chérissait, cette tradition hypocrite.

« Elle est enceinte. »

« À quelle époque te penses-tu Philippe ? On ne peux pas faire un pas dans la rue sans se prendre un distributeur de capotes et toi, tu arrives encore à engrosser la première venue ! Et tu l'épouses en plus ! Et l'avortement ! Tu l'as envisagé ? Si c'est un problème d'argent, je peux m'en occuper, si c'est un soucis d'éthique, l'adoption est très prisée dernièrement, surtout avec ces nouveaux mariages qu'ils ont légalisé. »

Le père était contre. Son ton montait sans s'emporter. Il ne voulait pas de ce mariage. Pourquoi ? La mère de Frank ne gagnait rien, mais le monsieur Regeant possédait un certain capitale et il était marié à la mère d'Agathe – contrairement à celle de Frank. Pourquoi cette opposition ?

« Il est temps pour moi de me marier. »

« Tu as vingt et un ans. »

« C'est arrivé. Je saisi l'opportunité. »

« Quelle opportunité ? C'est tout sauf une opportunité Philippe. »

Intéressant comme jamais l'amour n'était intervenu dans la discussion, d'aucun des deux côtés. Danny décida soudainement que la conversation ne le concernait plus. Les raisons qui poussaient son frère à s'enchaîner à cette femme, il ne voulait plus les connaître. Il s'était lassé de la scène. Sans bruit, il se leva, repoussa sa chaise sous la table, poli, et quitta la pièce, aussi silencieux que sa mère, même plus, parce qu'il n'avait pas le claquement des talons qui le suivait, seulement le contact brûlant des deux yeux bleus de son frère braqués sur sa nuque.

La démarche détachée, comme s'il n'avait rien entendu de ces dix dernières minutes, il entra dans la salle de repos annexe, pièce confortable, illuminée par les belles porte-fenêtres s'ouvrant sur l'impeccable jardin arrière. À côté des rayonnages emplis des dégradés de livres aussi nombreux qu'anciens, trônait le trésor de la salle : un délicat piano crème qui apportait à l'espace toute sa valeur. Il voulut l'approcher, y caresser les touches comme pour s'y confier, vieux compagnon, mais la silhouette de sa mère se découpant en contre-jour devant les fenêtres donnant sur l'allée avant l'arrêta. S'il pouvait s'éviter cette marque de faiblesse devant un public, il serait reconnaissant. Jouer, même la plus enjouée des mélodies, maintenant serait un aveux trop flagrant, une métaphore bien trop visible des larmes qu'il refuserait de toute manière de laisser couler.

De la main gauche de cette femme s'échappait des nuées grises qui lui rappelèrent qu'il avait envie de cette cigarette depuis le début du repas, mais il n'en montra rien. Il ne fumait que dans sa propre chambre, à l'abri des regards et des réprimandes.

Pour éviter que ce traître de corps ne se permette à nouveau d'exposer ses pensées, Danny s'immobilisa à deux pas de l'entrée, statue de marbre, visage neutre et œil méprisant pour cette femme qu'il ne considérait que comme un personnage secondaire et quelque peu récurrent de sa vie. Comme d'ordinaire. Si sa mère jouait son rôle, il aurait droit au même traitement. Mais elle se retourna et si, comme toujours, sa tête gracile n'exprimait pas la moindre émotion, photo monochrome d'une parfaite icône à la beauté absolue, le tableau habituel était perturbé par cette ride inconnue qui ornait le coin de sa bouche mince. Ride d'irritation qui disparut un instant fugace lorsqu'elle porta la cigarette à ses lèvres rouges.

« Tu ne seras pas obligé d'y aller. »

Première phrase tendre et attentionnée de son existence constituée de cinq cycles de trois ans. Premier aveu aussi.

Ainsi, elle savait.


Évidemment Matt avait été mis au courant.

À peine avait-il eu le temps de jeter prestement son mégot de cigarette sans être vu, avant que Matt ne lui saute dessus, exagérément excité pour un événement aussi méprisable.

« Frank m'a dit – »

« Je suis au courant merci, le coupa-t-il. »

Le ton trancha tel les longs couteaux qui claquent sur les carcasses animales-plat principal. Il s'était juré de ne pas réagir, mais il refusait d'entendre dans une même phrase associés les noms de Frank et celui de son frère.

Devant lui, toujours accroché à son pull, qu'il avait dû agripper dans son enthousiasme, Matt arborait cette mine désolée et désespérée, cet air d'enfant perdu qui sait qu'il a fauté sans savoir comment ni pourquoi, encore moins s'il peut se faire pardonner. Déjà il se mordillait sa lèvre tremblante, déjà ses grands yeux noirs s'allumaient de cette lueur bleutée, ses doigts se refermaient plus fort sur la laine de son pull. Et Danny se délectait de cette expression désemparée qui révélait la beauté du visage en extérieur trop simple de Matt. Et plus il aimait ce visage, plus son cœur se serrait de voir son meilleur ami si bouleversé par une seule de ses paroles, par sa simple existence. Frank avait raison : si à l'automne de ses douze ans, Danny n'avait jamais rencontré Matt, ce dernier mènerait une vie certainement plus insouciante et beaucoup moins pesante. Avant que les larmes ne pointent au fond des yeux noir d'un bleu abyssal – Matt n'était pas d'une telle sensibilité, mais en prévention – Danny réchauffa de son contact les doigts qui s'attachaient encore à lui. Aussitôt la crainte s'évapora sur les traits qui lui faisaient face. Fausse alerte. Le sourire trop grand, qui s'étalait ridiculement d'une joue à l'autre, refit surface comme une éclaircie fait oublier les nuages grisonnants. Tellement prévisible, un véritable enfant. Il resserra sa prise sur les doigts entre les siens.

« Je pourrais venir ? »

« Si tu veux. »

Il fallait avancer, aller en cours – fuir ce dialogue haï – malgré l'oisiveté de Matt, malgré cette main maintenant mutée dans son pull, remonter le flot d'élèves, sans bousculer trop fort pour ne pas que l'un d'eux ne se mette en tête de le prendre personnellement, sans perdre ce petit garçon de quinze ans qui se tenait à lui, trottinait avec un temps de retard sur ses enjambés à lui d'adulte, son sac à dos noir tressautant sur ses épaules aussi excité que lui. Ses cheveux noirs ne tombaient plus devant ses yeux, pris dans les caprices d'un petit souffle de vent et dans les mouvements précipités de leur progression. Ils finirent par franchir les grilles du lycée, encore quelques mètres avant que la chaleur intérieure ne les enveloppe.

« Je préférais te demander avant parce que comme y'aura ta famille... »

« Ouais ouais. »

« Je suis content de pouvoir y aller, ça va être cool. »

« Si tu le dis. »

« Carole y sera aussi ? »

« Qu'est-ce que j'en sais. »

« Mais – »

Ils étaient parvenus à entrer, même si Matt avait tenté de les ralentir avec ses questions sans intérêt. Danny les avait entraînés dans l'escalier, troisième étage, chez les littéraires. Il s'était arrêté un peu avant la salle d'anglais, devant laquelle la classe de Matt s'amassait déjà. Sa main retira avec une douceur ferme les doigts encore enfermés sur son pull. Son meilleur ami comprit que l'heure de la séparation se profilait.

« On mange ensemble ce midi ? »

Tentative timide de prolonger le contact qui arracha un rictus au blond. S'esquivant sans répondre, il joua avec les angles de vue pour pouvoir déposer un baiser invisible sur les lèvres de Matt avant de redescendre à son étage à lui, le premier – celui des scientifiques.

Il n'avait pas besoin de voir le visage de l'autre garçon pour savoir qu'il brillait d'un sourire idiot.

Tellement prévisible.


La maison était silencieuse, vide de bruit et d'existence. Il était le seul survivant et ça lui convenait parfaitement. Il monta directement dans sa chambre, seconde porte du couloir de l'étage supérieur, pièce agréable par son ordre et sa neutralité. Pas d'affiche, rien de personnel qui ne traînait à la vue. Les secrets étaient cachés correctement, indétectables. La main de l'habitude ouvrit en grand la large fenêtre au cadre blanc qui surplombait comme une déesse, protectrice et bienveillante, son lit simple en fer forgé. Depuis sa chambre, Danny avait vue sur l'allée avant, large carré de pelouse verte bien tondue, bordée de haies et d'arbres aux branches assez solides pour que Matt puisse y grimper la nuit pour le rejoindre. Pauvre petit qui avait peur du noir. Il y avait aussi, sous cette fenêtre, la terrasse avant où personne de la maison ne s'arrêtait jamais, car trop exposée aux regards provenant de la rue – l'extérieur dédaigné – qui avaient l'indiscrétion de traverser leur grille bordeaux. Pudique à l'extrême ici, un brin suspect.

Assuré que le renouvellement de l'air dans sa pièce personnelle s'effectuait correctement, Danny redescendit dans les salles communes où il eut la mauvaise surprise de tomber sur Daenerys, chatte argentée adoptée par Phil dans un acte de charité déplacé. Installée en princesse sur le buffet du salon, Daenerys semblait oublier qu'elle n'était qu'un animal domestiqué et qu'elle n'avait à ses côtés aucun dragon pour la servir, seulement une chienne – elle aussi trouvée dehors – à la simplicité d'esprit qui atteignait des records. D'ailleurs où était-elle cette idiote de Mathilde ? Possible que l'hautaine chatte soit parvenue à l'enfermer dehors pour avoir l'exclusivité de la maison. Très certain que la présence de Danny la dérangeait également puisqu'elle lui servait ses regards les plus méprisants entre deux toilettes. Plus élégant, le garçon se contenta de rouler les yeux au ciel, mais ne put résister à asséner un coup bas :

« Phil va quitter la maison. »

Le chat arrêta de se lécher la patte et plongea dans ses yeux un regard d'une panique désespérée auquel Danny ricana ouvertement avant de se diriger vers la cuisine. Pas la peine de miauler animal, ton amour de Phil ne t'emmènera pas, sa fiancée est allergique à ton espèce.

Sur la petite table de la cuisine, rarement utilisée puisque la cuisine n'était pas la place des maîtres de maison et qu'ils n'y avaient plus de personnels depuis que sa mère, à moitié folle, à moitié dépressive, errait toute la journée dans les couloirs, sur cette table donc, se trouvait une assiette joliment décorée de fleurs bleues et or où reposait une part de fondant au chocolat accompagnée d'un mot plié en deux. Danny jeta le papier sans le lire et emporta avec lui l'assiette dans le salon principal. Pièce la plus grande de la maison, après la salle à manger, le salon principal était bien moins visité. Bien que traversante, la lumière extérieure ne parvenait que difficilement au centre de la pièce du fait des lourds rideaux de velours sombres toujours tirés. C'était la pièce que sa mère hantait le plus, durant ses interminables nuits d'insomnies ou ses longues journées de solitude. Il n'y avait ici aucune étagère pliant sous les ouvrages, mais les murs se paraient de tableaux et de photos signées de grands et de moins grands noms, qui se cédaient la place avec la même cadence que les expositions tournaient dans les musées importants. Mais ce qui attirait en ces lieux Danny ce n'était pas ce défilé d'oeuvres coûteuses mais les confortables canapés et fauteuils de cuir qui faisaient face à la télé – trop – grand écran qui avait volé de l'espace à deux peintures à l'huile.

Il alluma l'écran sans activer pour autant la box – boîte à non-sens, préférant choisir lui-même, dans le disque dur externe que son frère avait gracieusement branché au boitier, le programme avec lequel il voulait s'oublier. Son choix se porta sur cet épisode d'une série moyenne qu'il avait débuté au début de la semaine précédente, le format de quarante minutes lui convenant tout à fait pour accompagner sa part de gâteau. À mi-longueur, Danny l'animal vint le rejoindre, se couchant contre sa cuisse en signe de réconfort mutuel, unis par la même douleur de la séparation déchirante. La boule de poil grise, bien qu'en position pour, ne sombra pas dans ce sommeil lascif propre aux félins, ses iris claires posées sur l'écran de télévision, regardant sans voir s'agiter des images qui n'existaient plus depuis longtemps. La remarquant si mélancolique, Danny se souvint soudain l'absence de sa compagne canidé.

« Où t'es-tu débarrassée de Mathilde ? »

Par pur réflexe, rien d'autre, sa main se posa sur le cou de la chatte pour lui prodiguer ces caresses dont elle était friande. L'animal ronronna un instant contre sa cuisse, vibrante de chaleur, puis sa tête argentée se tourna sur une porte cédant sur un couloir sombre.

« Démon. »

À nouveau ce rictus, qu'on ne pouvait pas véritablement appeler un sourire, éclaira le visage du blond. Le cliquetis du verrou le fit cependant disparaître comme s'il avait été composé de fumée. Un courant d'air et il s'efface.

Dans l'entrée, l'agitation se poursuivit un instant, patiente et délicate : ce n'était donc ni sa mère ni son père. Le bruit se déplaça, mais le garçon fit mine de ne pas y prêter attention, se mentant à lui-même, s'avachissant un peu plus entre les coussins du canapé, le bras reposant sur Daenerys, qui avait elle aussi dressée l'oreille, mais était restée couchée, aussi vexée que l'humain contre lequel elle reposait. Elle ne réagit pas plus, de mauvaise foi, quand son – ancien – maître vint, comme à son habitude, la gratter sous le menton, l'attention qu'elle préférait. Cette chatte, à défaut de bien d'autres qualités, avait sa susceptibilité. Quant à Danny, il ne prit pas plus la peine de détourner les yeux de sa série. Probablement habitué depuis longtemps à l'égo capricieux des homonymes, Phil n'en prit pas ombrage et s'installa même à leur côté, inébranlable. Il savait ce que ce tribunal avec ses airs princiers lui reprochait et il acceptait ses sentences – martyr docile.

« T'as trouvé le gâteau à ce que je vois. »

Il chercha néanmoins, dans un réflex primitif, à rétablir le contact avec le seul autre être de la salle capable de parole – à certains moments.

« C'était bon ? »

« Daenerys a enfermé la chienne dans le bureau de Richard. »

« Merde ! »

L'effet fut immédiat : comme si la cuisine était en feu, Phil se releva et partit en courant au bout du couloir dévoré par les ombres. Quelques autres jurons le suivirent, ainsi que l'indifférence provocante des Danny. Le bruit d'une poignée qu'on abat, puis une longue plainte animale à fendre l'âme, à ceux de cette maison qui en avaient encore une. Les pas repartirent dans l'autre sens, retour au salon, avec derrière eux le trottinement désolé de la petite chienne à poil aussi noir que le couloir lui-même.

« Mais merde, comment cette chatte parvient à faire des trucs pareils ! Et toi, tu pouvais pas aller lui ouvrir à cette pauvre Mathilde ? Oh, ne me fais pas ce regard Danny ! Je sais que tu m'en veux, mais quand papa verra le bordel que la chienne a mis dans son bureau, c'est sur nous tous que ça va retomber. »

« Pas si tu t'occupes de tout ranger avant qu'il rentre. S'il rentre ce soir, bien évidemment. »

Phil s'était planté à côté de la télé en revenant, de sorte que Danny avait beau faire de son mieux, son frère restait toujours dans son champ de vision, même s'il n'était qu'une silhouette floue dans la périphérie. Et il n'avait pas besoin de tourner la tête pour savoir que son aîné arborait cette expression de fauteur impardonnable, de pécheur occasionnel qui ne sachant comment laver son âme, accepte la condamnation sans même la questionner. Lentement, il finit par retourner dans les abîmes de ce corridor maudit pour y accomplir la punition qu'il pensait mériter.

Les mâchoires de Danny se serrèrent, sans son accord comme d'habitude, traître de corps, qui croulant sous l'afflux d'exaspération continua de dicter sa loi. Ses jambes le remirent brusquement debout, envoyant Daenerys au diable, et l'emmenèrent déverser sa colère dans la cuisine. Mais à part manquer de briser la porcelaine délicate de l'assiette dans l'évier, il ne parvint à s'exprimer par aucun éclat. Il jura pour lui-même avant de repartir dans l'autre sens, traversant imperturbable le salon où la série continuait son pantomime, s'engouffrant sans faillir dans les ténèbres engluants du couloir qui menait aux portes de l'enfer, au domaine de son père.

La porte en était entrouverte, seule lueur sur la route sombre, et comme un rideau de théâtre, elle dévoilait Phil agenouillé dans le bureau interdit, à ramasser les feuilles administratives envolées, les courriers professionnels mâchouillés, l'étui à stylo renversé, les cadavres de livres tombés vaillamment d'où s'écoulait un sang d'une transparence baveuse. Pendant combien de temps ce diable de chat avait-il laissé seule, livrée à elle-même cette pauvre chienne ?

La vitre de la fenêtre claqua contre son cadre faisant pester Phil qui s'empressa d'aller la refermer pour de bon. Quand il se retourna, il cacha mal sa surprise et encore moins bien le sourire qui suivit lorsqu'il aperçut son cadet qui se proposait indirectement de l'aider dans sa longue tâche. Danny voulut d'ailleurs lui asséner une parole acerbe, comme une contradiction, mais se ravisa, sans savoir pourquoi. Ils se mirent à ranger sans un mot, laissant la musique des papiers froissés accentuer le caractère oppressant de la pièce. Leur besogne prit du temps puisque la chienne avait cédé plus d'une fois à la panique et à l'ennui, et pas une seconde, Danny ne s'engagea dans le jeu d'effleurements que son frère s'était senti de lancer. Il ne réagissait pas quand les mains d'adulte de son aîné s'attardaient en coup de vent paresseux sur ses doigts fins à lui de musicien et, quand un frisson le prenait à revers lorsque la chaleur des paumes de Phil le pénétrait plus profondément, il le dissimulait presque aussitôt. Pas toujours assez tôt à en croire le sourire de plus en plus amusé du propriétaire des mains coupables.

À un moment, alors qu'ils avaient presque achevé de réparer la catastrophe opérée par leur animal, l'agacement envahit brutalement le plus jeune et sans une rougeur, sans un tremblement, sans un haussement de ton, il envoya sa pile de papier à la figure de son frère.

« Tu n'as plus aucun droit de faire ça. T'as choisi de te marier, maintenant débrouilles-toi avec ça. »

Et il partit en vainqueur et non en déroute comme pouvait le laisser penser le rire qui résonnait dans son dos.

Alors c'était ça qu'il voulait, une réaction à son stupide mariage. Le voir s'énerver et poser un ultimatum déguisé. Il aurait pu en poser un depuis longtemps cela dit et il savait qui Phil aurait choisi entre lui et cette femme. Mais il ne le ferait pas, Phil avait voulu jouer au grand avec son mariage idiot, à lui de s'en dépêtrer tout seul. Lui, Danny n'était pas concerné. Après tout, il n'était que son petit frère. Qu'avait-il à donner son avis là-dessus.


Le diner était préparé quand leur père fit son apparition, grand seigneur devant une table déjà dressée. De la soirée, aucune parole ne s'éleva, pas un papillon vocale à la durée de vie éphémère. Rien. Aucune banalité, on étendait le bras si on avait besoin du sel, pas une courtoisie, la journée des uns et des autres n'intéressait personne, pas de gravité non plus, Richard avait formellement spécifié que le simulacre de mariage de son aîné n'était en rien ses affaires, qu'il ne perdrait pas une minute de son temps pour préparer cette comédie. Il ne s'y mêlerai que pour s'assurer que l'autre partie ne se prenait pas de fantaisie, mais rien de plus.

Vitalie n'en parlait pas plus, niant par son silence l'existence même de cette trahison illégale selon elle.

Quant à Danny, moins il communiquait avec ses pantins de parents, mieux il se portait. Et comme il était en froid avec son crétin de frère depuis l'après-midi, il se satisfaisait des conversations intérieures qu'il entretenait avec lui-même.

Pour ce qui était de Phil, savoir ce qu'il pensait de tout ça relèverait de la sorcellerie.

Le silence glacé qui régnait au-dessus de l'élégante table à manger n'indisposait cependant personne. Au mieux : il arrangeait tout particulièrement Danny qui n'aurait jamais supporté de subir les préparatifs de la farce maritale. Pour la première fois de sa vie, il remercia secrètement ses parents d'être les odieux personnages qu'ils avaient toujours été et lui éviter ainsi les défilés d'étoffes pour le choix d'une robe de mariée à l'importance exagérée par rapport à son utilisation, les lectures de menus tous identiques dans les noms stupidement poétiques n'aidaient absolument pas à l'identification de plats indéfinissables, mais aussi les essayages de costumes immondes, les crises de larmes des uns et des autres pour un différent sur un choix de MC, les drames ridicules et les stress inutiles pour l'organisation de la soirée dansante ou l'indisponibilité d'un traiteur hors de prix. Dieu merci, ces supplices lui étaient épargnés.

Les Montellan laissaient les Regeant se déchirer autour des plannifications tandis qu'ils restaient dans leur coin, indifférents, ne participant que financièrement, plus pour montrer leur supériorité de classe que pour réellement aider.

Quelle blague.

Le repas mettait du temps à s'achever, à mourir dans un abandon de vaisselles sales sur une table souillée qui n'avait plus rien de sa dignité dégagée d'avant-repas, comme si l'espace temporel s'était distordu et que les secondes, frappées par l'antique horloge du buffet, s'étaient ralenties, paresseuses sadiques, rallongeant volontairement la torture du mobilier qui n'en finissait pas de subir les claquements des verres et les raclements des assiettes. Lassé comme la veille, Danny se leva discrètement et rapidement, décampant des lieux avant que Richard n'ait pu émettre une remarque – derniers vestiges de quelques valeurs enseignées dans son enfance et depuis longtemps délaissées dans la vie quotidienne.

Alors qu'il gagnait les escaliers, l'acoustique de la maison se porta cependant messagère du commentaire que son père n'avait pas pu laisser pourrir au fond de sa gorge.

« L'éducation de ce gamin laisse véritablement à désirer. »

Un court instant, Danny hésita à revenir dans la cuisine, défendre cette éducation qu'il avait reçu et qui était la meilleure qu'il aurait pu espérer avoir dans un foyer aussi glacial que branlant. En partie parce que son père s'était gardé de s'en mêler.

Mais il n'en fit rien, parce que Richard avait la cervelle trop cariée pour qu'il ne perde son temps à lui répliquer, mais aussi parce qu'il entendit au milieu du silence de la maison le gardien de cette fameuse éducation se charger de lui-même de répondre à ce connard, avant de quitter la tombe du diner à son tour. Et si l'attention lui arracha un sourire, il se dépêcha quand même de gagner sa chambre, parce que, lui en voulant encore, il ne souhaitait plus croiser son frère.


Ce qu'il avait été heureux d'éviter chez-lui ressurgit au lycée : Matt, enivré par ce mariage comme s'il s'agissait du sien, ne cessait de le commenter. Quand ils étaient seuls, Danny parvenait toujours à le faire taire d'une façon ou d'une autre – étrangement, lui fourrer sa langue dans sa bouche était des plus efficaces – mais quand ils étaient en compagnie, notamment de ce déchet de Frank, impossible d'arrêter la machine à parole. Le pire était qu'il trouvait un public pour discuter encore et encore de tel choix, de tel autre et « comme ce sera bien, et comme ce sera beau, et comme ça rendra bien ! ». À vomir.

Bien évidemment, cet imbécile heureux de Matt qui ne comprenait rien à rien, aveuglé par la dentelle et les cloches du Grand Événement, trouvait de bon goût – ou bien savait-il lui aussi et dévoilait ainsi un discret sadisme - de demander l'avis de Danny sur certaines questions.

« Tu as vu la robe d'Agathe ? »

« Tu as visité l'église ? »

« Et ton frère, il sera habillé comment ? »

Une fois, il avait eu la rudesse de lui faire remarquer à quel point il paraissait stéréotypé à s'exciter comme une pucelle pour une idiotie pareille. La réponse de son meilleur ami avait été des plus directes et la marque violacée qu'avait laissé son poing sur son menton avait mis quelques temps à se dissiper, au contraire de l'effervescence qui s'était emparée de ses amis–ennemis et qui ne cessait de croître à mesure que la date approchait. Chacun s'y intéressait, chacun apportait son aide aux jeunes époux. Tout le monde sauf lui, Vitalie et Richard qui s'enfermaient chaque soir un peu plus derrière leur rempart de dédain et d'indifférence. Personne ne paraissait comprendre que la famille Montellan ne s'excite pas comme pouvait le faire tous ces autres, ces inconnus. Et quelle horrible sensation que de voir qu'on ne pouvait compter, en de pareils instants que sur cette famille haïe dès les premiers jours.

Béatrice, la sœur de son père, les avait même appelés un soir, un peu avant l'heure du repas et c'était Vitalie qui avait décroché, en l'absence de Richard. Pour la première fois de leur vie, les deux femmes avaient parlé en amies, la tante Béatrice offrant tout son soutien dans une épreuve aussi terrible. Et comme Phil était absent lui aussi – préparatifs toujours et encore – Vitalie avait mis le haut-parleur puisque le message d'appui s'adressait aux deux seuls présents.

« S'il y a bien quelqu'un qui vous comprenne Vitalie, c'est moi. Je sais ce que c'est. Mais ne pensez pas que je vous en veux encore, ce n'était pas tant votre faute à vous. Nous étions à une autre époque, c'était une obligation à laquelle j'ai dû moi-même un jour céder. Il est trop tard pour les regrets pour nous, mais j'aurais pensé qu'avec nos enfants, ça aurait pu être différent. Plus personne ne se marie maintenant. Encore moins à vingt-et-un ans. Je ne comprend pas Phil sur ce coup. Faire tant de peine et pour quoi ? Une fille qui sort de nulle part. Vous la connaissiez-vous cette Agathe ? Il vous en avait déjà parlé ? Si soudain... J'assisterai à la cérémonie, avec vous et Richard. J'insiste, j'emmènerai peut-être Constance et Arthur avec moi. Je vais sortir des clichés, mais c'est dans ces moments qu'il faut se soutenir, leur montrer qu'ils n'ont pas affaire avec des gens moyens, des statistiques. Notre famille est un grand nom et certains ont tort de l'oublier. Danny s'y rendra ? Son absence serait excusée naturellement, dans de telles circonstances. On ne m'a jamais rien dit sur la mienne d'absence à votre mariage, parce que, s'il y a bien une chose qu'on comprend dans cette maudite famille, c'est ça. »

Vitalie raccrocha, enhardie, parce qu'elle n'était pas la seule à contester cette hypocrisie et elle crut bon de lui jeter un regard allié qui provoqua des frissons de dégoûts dans le corps entier de son fils. Danny fuit à l'étage qu'il ne quitta pas de la soirée. Ne manquait plus que ça, que la femme qui l'avait repoussé à sa naissance se mette à le materner. Phil, ta cruauté était sans limite.

Cette nuit-ci, l'insomnie le prit, comme souvent, puisque il restait malgré tout le fils de sa mère, et il profita de ces heures d'éveil pour repenser à cette femme qui l'avait mis au monde dans des circonstances loin d'être favorable à la naissance d'un braillard de deux kilos – même si d'après Phil, il n'avait jamais été un bébé très bruyant. Il s'imagina échanger les rôles, prendre celui de la Vitalie de vingt-sept ans, abandonnée encore une fois par son mari qui ne lui avait jamais été fidèle, seule dans la maison de campagne familiale avec pour seul aide son fils de six ans et l'infirmière payée comme un acte de bonté par la belle-famille. Et deux semaines avant la date prévue, sort le démon qui l'empêchait de dormir et de vivre depuis huit mois. À l'heure où son réveil résonne, Danny était parvenue à la conclusion, que peut-être lui aussi aurait repoussé le nouveau-né.

À la table du petit-déjeuné, où sa mère sirotait son thé, il lâcha dans un souffle un merci-aveu.


La date approchait et Danny naviguait entre deux mondes : condamnations et félicitations, rejet silencieux et attente enthousiaste.

Et plus les semaines passaient, moins la farce l'amusait. Il ne supportait ni les piaillements de ses camarades de classe ni le mutisme de sa filiation. Alors s'enfermait-il soit dans le salon de repos avec le piano, soit dans sa chambre avec son violon et au centre des notes de musique qui lui tournoyaient autour, il n'entendait plus ni les uns ni les autres.


Dix-huitième journée du troisième mois. Le jour était venu. Par demande de la mariée, la cérémonie civile se précédait d'une cérémonie religieuse dans une haute et belle église, un peu à l'écart du centre-ville.

Phil l'avait déjà visité, quelques semaines auparavant, mais ce n'était que maintenant qu'il pouvait réellement prendre le temps d'en admirer les détails, abandonné devant l'autel avec pour unique compagnie une solitude anxieuse et les regards orageux lancés par sa famille depuis les premiers bancs, à quelques mètres de lui.

Le public finissait de s'installer dans son dos, fourmillement poli et bien vêtu. Lui, l'un des acteurs principaux, était déjà en scène, en face du religieux – un homme très bien avait décrété à l'unisson la belle-famille. Tout deux étaient en costume, uniforme noir et col montant pour le prêtre, pas de smoking pour le marié, il avait préféré la sobriété d'un costume classique, sans nœud papillon ni cravate. Pas de fleur à sa boutonnière. Ce mariage comportait aussi sa part de deuil.

Il se retourna rapidement, avant que les retardataires ne filent s'assoir, dernières secondes de liberté pour jeter cette ultime oeillade au premier rang. Au milieu de ses parents, de sa tante et cousins – dont l'air de cerbère aurait pu faire office de brassard d'enterrement – l'absence devenait une tâche qui s'étendait en parallèle du temps, toujours plus visible à mesure que les minutes tournaient, de plus en plus flagrante maintenant que tous les bancs de l'église étaient pleins, toujours plus suspecte – de l'autre côté de l'allée, les chuchotements s'élevaient de moins en moins discrets – incroyablement douloureuse. Mais il ne s'en plaignait pas, ne jetait aucun regard en direction des deux volées de grandes portes qui crachaient leurs derniers arrivants tandis que le volume des conversations diminuait progressivement. Cela aurait été trop cruel d'exiger sa présence, il le savait et s'était préparé en même temps que ses noces au vide qu'il laisserait sur la place qu'il lui avait été tout de même réservé pour les formes.

Ceux de ses amis du lycée, qui avaient guetté son arrivée jusqu'à la dernière minute sur le parvis de l'église, revinrent s'assoir à leur rangée, tâchant de dissimuler leur déception et leur angoisse derrière des mines réjouies, masques habituels et officieusement obligatoires en ce genre d'occasion.

Les massives portes d'entrée furent refermées, ainsi que les secondes, plus modestes, qui possédaient le rôle de coulisse dans la comédie qui allait se jouer d'un instant à l'autre.

Méticuleux, Phil se refit un visage, agréable et souriant, comme on en attendait de lui et à voix basse revu rapidement son texte. Le premier acte allait pouvoir commencer.

Le silence se fit, respectueux et les spectateurs patientèrent docilement, les zygomatiques massivement sollicitées.

Dans les coulisses, sous la forme des claquements d'un pas décidé, les trois coups retentirent et, suivant le texte fidèlement, oubliant de laisser sa place à l'improvisation, l'assemblée se leva comme une seule marée et – comble – le pianiste débuta sa partition.

Stupidement confiant, Phil ne s'était pas retourné tout de suite, mais quand le piano cessa alors qu'au cœur du silence religieux les pas résonnaient toujours aussi fermes, un doute l'envahit et il pivota. Il retint de justesse le puissant éclat de rire que provoqua la vision de son cadet, élégamment habillé du plus beau costume que l'on puisse trouver dans tout le défilé des invités, remontant l'allée d'une allure princière, sous le feu de tous les regards interloqués du public. Ses yeux bleus à lui étaient braqués sur le marié qui n'avait pas bougé de devant son autel, englobant sa silhouette comme s'il était sa propriété. Il dépassa la rangée qu'on lui avait réservé et continua à avancer, droit sur le marié, avec cet air toujours aussi résolument décidé, que Phil craint un instant qu'il ne poussa la provocation trop loin. Mais, conservant toute sa noblesse, son petit frère, s'arrêta à une enjambée de lui, avec délicatesse retira l'un des oeillets bleus – leur bleu – qu'il portait à sa boutonnière et le lui tendit, sans un mot, seulement ce demi-sourire taquin qui avait toujours orné ses lèvres, puis il alla s'assoir, sage comme un enfant.

Phil caressa du bout des doigts les pétales qui couchaient contre sa paume, se mordant l'intérieure des joues pour ne pas sourire – féliciter – son frère dans son affront d'une incroyable majesté qui avait tant soufflé l'assistance, que quand ce fut réellement au tour de la mariée d'entrer, ils oublièrent de se lever et le pianiste entama son morceau avec un temps de retard. Bénigne et terrible humiliation pour celle-ci qui ne savait encore rien de ce qui l'avait précédée.

Parce que l'acte – et encore plus les insinuations qui s'y rattachaient - choquait, chacun tenta de l'oublier le plus rapidement possible, invoquant le doute – à qui Danny en dansant avec les limites et les non-dit avait donné une place d'honneur – et quelques explications respectables qu'il leur faisait actuellement défaut et la cérémonie s'enchaina. Peut-être que le prêtre y mit plus d'ardeur, les invités plus de joie, pour effacer par ce sortilège la bévue qui avait inauguré ce mariage, pour refermer la brèche qui s'était entrouverte sur les entrailles gangrénées des Montellan.

Et elle continua, parfaite, la cérémonie, somptueuse et quand elle se clôtura et qu'on invita les présents à suivre les mariés à la mairie puis à prolonger la fête dans la villa qui avait été réservée pour la soirée, Danny s'était à nouveau volatilisé.

Esprit moqueur se retirant après son grand numéro savamment orchestré, qui même achevé laissait traîner derrière lui ses parfums d'incertitude.

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