Titre : Raphaël et les mille mondes
Genre :
Récit sur l'enfance.
Rating :
Tout public, les enfants avec.

Résumé : Raphaël n'est pas un petit garçon comme les autres. Non.

Note : Écrit pour un défi portant sur les toilettes. D'abord pas attirée du tout par le sujet, ça m'a finalement inspiré un récit sur l'enfance, que j'ai voulu mignon et plein de rêves. J'espère donc que ça vous plaira.

RAPHAËL ET LES MILLE MONDES

Raphaël n'est pas un petit garçon comme les autres.

Non.

Raphaël est un grand voyageur. Un découvreur de mondes, un inventeur d'histoires et, accessoirement, un vrai agent secret, aussi. Vrai.

Il ne mange pas. Non. Il utilise son pouvoir mental pour faire monter la bouillie d'extraterrestres de son assiette jusque dans sa bouche. Puis, il active le concasseur. Vrai.

Il ne dort pas. Non. Il s'allonge sur son vaisseau de super agent galactique et visite mille mondes inconnus. Puis, il rentre pour faire croire à maman et à papa qu'il a bien passé la nuit dans sa chambre, parce qu'il ne faut pas qu'ils s'inquiètent non plus. Vrai.

Il ne va pas aux toilettes. Un héros ne va jamais aux toilettes. Non. Lui, il entre dans son repaire d'agent secret et met en place mille plans pour sauver le monde. Mais ça, personne ne doit le savoir. Il y a une grande carte du monde au mur, alors il lui est facile de visiter toute la planète Terre.

Là où les dessins sont blancs, c'est le pays où il fait très froid, où les ours construisent de grands châteaux de glace et où les cordonniers sauvent des princesses sur des traîneaux volants. Et, lorsqu'un bateau se coince dans les trous dentelés de la mer, il monte aussitôt sur sa baleine-sonar pour le sauver. Elle a de longues ailes qu'elle déploie pour porter le bateau sur son dos jusqu'à des îles où poussent des fruits rouges et mauves, et où le soleil brille tout le temps.

Là où il y a une île qui ressemble à un croissant de lune, maman dit que c'est le pays des robots géants, des arbres aux fleurs roses et des ninjas. Alors, lorsqu'une tortue à la tête aussi grande qu'une maison attaque la ville, il fonce dans sa super machine à lasers destructors et l'envoie d'un seul coup valser tout au bout de l'autre côté de la carte. Elle est tellement grosse que, en retombant dans la grande mer toute bleue, elle fait monter de l'eau jusqu'aux étoiles. Puis, il empêche un pont de se casser en construisant une super tour Eiffel juste en dessous. Avec un ascenseur dedans, pour pouvoir y monter.

Et là où on dirait un cornet de glace avec un nuage de fumée qui s'envole au-dessus, papa dit que c'est la Mérique et que les gens qui y habitent s'appellent les Indiens comme dans un autre pays parce qu'il y a un monsieur qui s'est trompé de nom quand il y est allé, mais c'est trop compliqué et Raphaël n'a pas tout écouté, en fait. Pas grave. Il y voyage à bord d'une gigantesque foreuse-taupe avec laquelle il s'enfonce à l'intérieur de la terre jaune à la recherche de mille trésors cachés.

Et quand Raphaël ne sauve pas le monde, et peut-être est-ce là ce qu'il préfère de son repaire secret, il regarde les livres que papa et maman laissent dans le panier posé au sol.

Il y a souvent des combattants, des monstres ou des vaisseaux, des bagarres et des méchants qui font peur. Parfois, il y a de jolies filles qui sont dessinées, aussi. Il aime particulièrement regarder ces images-là, même s'il se fait à chaque fois le plus discret possible parce qu'il ne sait pas s'il est en train de faire quelque chose d'interdit.

Alors il part dans l'espace, il grimpe dans les arbres immenses et il chevauche de drôles d'éléphants dans des déserts dessinés en orange et en beige.

Et il protège la jolie fille à la robe bleue et aux longues jambes. Mais il ne tombe pas amoureux, non, parce que l'amour, c'est beurk, jusqu'au moment où maman ou papa finissent invariablement par l'appeler :

« Mais tu vas rester combien de temps sur les W.C. ? Sors de là ! »

Alors il se dépêche de crier : « Oui oui ! J'ai presque fini ! »

Mais il reste quand même encore un moment sur la page où la fille aux longues jambes se penche pour rajuster son escarpin.

Parce que Raphaël n'est pas un enfant comme les autres. Non. C'est un grand voyageur, et un sauveur de bateaux, de villes, d'indiens, et de jolies filles aux chaussures à talons.