Bonjour à tous,

Je vous présente aujourd'hui la traduction de "The Life of a Redbird". L'histoire n'est donc pas la mienne mais celle de Niek (/u/543113/Niek), auteur de plusieurs autres histoires, qui m'a gentiment donné la permission de traduire son one-shot. L'original peut être trouvé ici : /s/3152204/1/The-Life-of-a-Redbird.

Pour accéder à ces deux pages, ajoutez ces fin d'URL à l'adresse principale du site (car ce dernier n'accepte pas le post de liens web, même vers le site lui-même). Ou plus simple, rendez vous dans mon profil onglets histoires et auteurs favoris.

Toutes vos reviews sur l'histoire en elle-même seront transmises à l'auteur et celle sur la traduction (pour ceux qui voudraient comparer les deux versions et me donner des conseils) seront prises en compte pour m'aider à progresser.

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.

L. Williams

Edit du 15/02: le texte est maintenant disponible avec les corrections et suggestions apportées par mon professeur responsable de ce projet de traduction.


La vie d'un oiseau rouge

Son minuscule corps semblait tellement mince et creux, sur la terre humide de rosée où il reposait. Etli s'aplatit avec horreur contre la branche de l'arbre tout en regardant, terrifiée, ce qu'elle avait fait. Elle n'avait jamais eu l'intention de le tuer - ni jamais voulu aller aussi loin. Mais elle l'avait fait. À ce moment, le léger bruit sourd des plumes rencontrant l'herbe mouillée commençait à faire écho dans son esprit, car Etli savait qu'elle allait l'entendre de nouveau à travers les remontrances furieuses de sa mère, et encore une fois quand elle serait appelée devant les Anciens pour désobéissance.

Des larmes vinrent se prendre dans ses cils alors qu'elle fermait les yeux avec force. Mère ne me le pardonnera jamais, pensait-elle pendant que la branche tremblait sous la violence de ses sanglots silencieux. Je n'ai jamais voulu utiliser ma magie de cette façon, jamais. Mais le petit oiseau m'a effrayée et je n'ai pu faire autrement. Elle s'était enfuie de la maison commune tôt ce matin, avant que les autres ne soient levés. Etli savait que sa mère, tout comme ses oncles et tantes, mettrait du temps à se réveiller car la veille, cela avait été leur tour de réapprovisionner le cercle de vie. Faire partie des Evoni signifiait que chacun d'eux devait rendre la vie qu'ils avaient empruntée au cercle. Etli ne comprenait pas comment cela fonctionnait car elle était trop jeune, et les Anciens sentaient qu'elle n'était pas prête à atteindre ce savoir. Tout le peuple Evoni croyait que les enfants n'étaient pas assez responsables pour pratiquer la magie, le don que la déesse Aessesara avait accordé à son espèce. Le clan Vatei, au sein duquel elle était née, s'avérait encore plus strict au sujet de l'usage de la magie et avait décrété que tout Evona Vatei ayant moins de vingt cycles avait l'interdiction d'utiliser ce don. Pour Etli, c'était injuste, car après s'être ressourcée au cercle de vie, sa mère semblait toujours si jeune et belle. Cependant - et c'était inévitable -, quand les Evoni rendaient la vie au cercle, ils devenaient âgés et exténués, ce qui les contraignaient à se reposer longtemps pour récupérer. Alors, après que sa famille eût rendu l'énergie au cercle sacré, Etli savait que ce serait le meilleur moment pour fuguer. Ils seraient tous fatigués et ne se lèveraient pas tant que le soleil ne rayonnerait au-dessus de leur petite montagne silencieuse. Mais maintenant, en regardant le minuscule corps creusé de l'oiseau rouge sous elle, la petite fille savait qu'elle aurait dû rester à la maison et oublier le mystère de son peuple. Elle aurait pu attendre encore dix ans, si cela signifiait ne jamais avoir à entendre la voix douce et musicale de sa mère déformée par le chagrin et la déception. En fait, elle aurait attendu si elle avait su à quel point il était facile d'absorber la vie d'un autre - à quel point la magie était impassible. À un moment, elle était assise dans l'arbre ensoleillé qu'elle avait trouvé, où les fleurs jaunes et blanches semblaient luire avec magnificence dans la lumière du matin qui rasait le sommet des collines ; la minute d'après, elle s'accrochait à l'écorce pendant que ses larmes coulaient sur l'oiseau mort en contrebas.

Je voulais juste savoir, se disait-elle, je voulais juste être comme Mère. Quand elle avait grimpé dans cet arbre, sa seule intention était de satisfaire sa curiosité pour faire partie des adultes. Au début, après avoir trouvé une branche assez robuste pour supporter son petit gabarit, elle s'y était assise, confuse. Son clan demeurait tellement opposé au fait d'exposer les enfants au don d'Aessesara qu'elle n'avait jamais réellement vu quelqu'un l'utiliser. Elle savait que si c'était une question de vie ou de mort, les Anciens auraient pris la vie ailleurs pour soigner un enfant blessé ; mais depuis la naissance d'Etli, ils n'avaient jamais eu besoin de le faire - du moins pas à sa connaissance. Et alors, avec un petit bout de pain, reste de son dîner de la veille, elle s'était contentée d'un petit-déjeuner de seigle et de pensées profondes.

« Si je faisais partie du clan Felaran, je parie qu'ils m'auraient dit comment le faire » souffla-t-elle entre ses dents. « En fait, si j'étais une Felaran, ou même si je faisais partie du clan Giayan, je parie que j'aurais déjà vu la magie d'Aessesara de très près. » Mais cela n'avait plus d'importance. Seule comptait sa détermination à découvrir ce qu'ils lui cachaient, la magie secrète qui les rendait éternellement jeunes.

Son peuple avait un dicton. « Ouvrez votre esprit et la vie s'ouvrira à vous. » Il était récité dans la plupart des festivals et cérémonies comme un genre de formalité. Etli avait décidé que c'était le meilleur endroit pour commencer, si elle voulait percer le secret dans l'après-midi. Après avoir mangé la moitié de son pain, elle enroula l'autre moitié dans un tissu jaune pâle et la rangea dans la sacoche qu'elle avait accrochée à la branche. Avant de se mettre au travail, elle fit rapidement un chignon avec ses cheveux châtain foncé sur le haut de sa tête, tout en faisant attention de ne pas laisser de mèches se prendre dans ses longues et fines oreilles.

« Comment est-ce que j'ouvre mon esprit ? » se demanda-t-elle en regardant le ciel rose du matin à travers les feuilles. Elle avait remarqué avec ennui qu'il n'y avait pratiquement aucun nuage ce matin, un mauvais signe puisque l'Ancien Ealal avait prévu de la pluie tous les jours pendant six jours ; sa plus mauvaise prédiction, jusqu'ici. Etli pensait qu'il aurait tort aujourd'hui aussi, une bonne chose pour elle puisqu'elle avait prévu de se rester perchée dans l'arbre toute la matinée.

Alors que le ciel se teintait de bleu, Etli s'assit, immobile sur sa branche, toujours perplexe sur la tâche à accomplir. Toutes les pistes que son esprit tentait de suivre finissaient toujours par se heurter à un mur d'incompréhension, ou par tomber dans un large gouffre d'incertitude. Du moins jusqu'à ce qu'elle remarque l'oiseau rouge dans un arbre proche ; à ce moment, sa chance se mit à tourner et murs et gouffres s'évanouirent. Plissant ses yeux marron, elle constata que le petit oiseau possédait un nid dans l'arbre. Il a probablement une compagne et de petits œufs dans son nid. C'était la Saison de la Floraison, après tout. Tandis qu'elle l'observait voleter aux alentours, faire la navette jusqu'au nid, elle focalisa son attention sur le petit oiseau, pour ne voir plus que lui. Encore et encore, il atterrissait doucement au sol, saisissait une brindille ou une feuille, et retournait dans son logis pour la déposer avec soin dans le nid déjà bien large. Plusieurs fois dans la matinée, il répéta son rituel, et l'enfant sur sa branche le contemplait avec fascination.

Au début, sans même le réaliser, Etli commença à entendre un bourdonnement tout au fond de sa poitrine, comme si le bruit était emprisonné en elle. Plus elle regardait l'oiseau, plus le bourdonnement cognait contre sa cage thoracique, jusqu'à ce qu'il change et se transforme en quelque chose de totalement différent. Après un temps, ce n'était même plus un son. Lorsqu'Etli su ce qu'il se passait, elle se rendit compte qu'il s'agissait même d'un tout autre sens. Comme si un fil invisible la connectait à l'oiseau, une sorte de lien vivant qui vibrait et bourdonnait sous la tension qui les liait tous deux. Un sourire éclaira son visage et soudain, elle sentit le lien se détendre sous le manque de concentration.

« Oh ! » laissa-t-elle échapper d'une voix stridente, surprise de voir disparaître les progrès qu'elle avait fait ; elle raffermit alors avec attention sa prise sur le lien invisible en se concentrant de nouveau sur la petit créature. Mais la question, maintenant, était de savoir ce qu'il fallait faire ensuite. Elle savait que cela devait concerner la magie inhérente à sa race. Depuis qu'Aessesara avait béni les Evoni, personne n'avait entendu parler d'un Evona né sans le don. Après avoir établi la connexion, Etli se rendit alors compte qu'elle n'avait aucune idée de ce qui était censé se passer ensuite.

Pendant un instant, l'oiseau continua de faire ses voyages sans discontinuer, mais pour une raison inconnue d'Etli, il décida de venir voler près de l'arbre ensoleillé où elle se trouvait. L'oiseau rouge se posa au bout de la branche d'Etli et sembla la regarder. L'enfant sentit le lien vibrer si fort en elle qu'elle fut soudain effrayée par la possession d'un tel pouvoir. Comme s'il était piégé dans son regard, et elle dans le sien. C'était une confrontation de peur et d'incertitude, car tous les deux étaient terrifiés par ce que l'autre voyait. Le temps s'était arrêté, et cela faisait sens pour la petite fille. Elle et l'oiseau rouge semblaient être les seuls êtres vivants encore présents dans ce monde ; et alors qu'ils s'étudiaient pendant un moment qui sembla durer des siècles, Etli comprit soudain. C'est ce qu'ils appelaient ouvrir son esprit.

L'oiseau pépia ! Et soudain, alors que le temps reprenait son cours et que sa concentration se brisait en mille morceaux, l'enfant hurla quand le minuscule oiseau commença à voler droit vers son visage. À la fois surprise et saisie d'effroi, la petite Etli rompit d'instinct le lien les unissant tous deux aussi fort que possible. Devant ses propres yeux, la jeune Evona vit une lumière étinceler dans les prunelles de l'oiseau ; elle sembla ensuite danser dans l'air jusqu'aux siennes, comme une chose étrange, vivante et ondulante. Tandis que l'éclat de vie s'estompait dans l'air, l'oiseau rouge frissonna en plein vol, son corps s'affaissant comme s'il vieillissait et se décomposait, et Etli entendit le léger bruit sourd des plumes heurtant l'herbe mouillée, couverte de rosée.

À cet instant, la branche serrée entre ses mains, elle savait qu'elle avait accompli quelque chose d'horrible. Son peuple ne croyait pas au fait de prendre la vie par la magie, seulement d'en emprunter plusieurs portions. Elle sut tout de suite que l'oiseau était mort ; et une fois mort, aucune quantité de magie Evoni ne pourrait le ramener à la vie. Peut-être que les Elfes mystiques habitant les îles du Sud aurait pu le faire, mais pas Etli. Non, elle avait dépassé les limites et savait que sa mère serait très en colère.

Relâchant sa poigne de fer de l'arbre ensoleillé, Etli descendit rapidement à travers l'enchevêtrement des branches tordues, écrasant plusieurs fleurs blanches et jaunes au passage. Une partie d'elle voulait vérifier l'état de l'oiseau, non... avait besoin de vérifier l'état de l'oiseau, mais elle ne voulait pas que ses compagnons la voient près du corps. À l'instant où ses pieds touchèrent le sol sylvestre, elle se mit à courir. Être une Evona lui donnait l'avantage sur les autres races de la péninsule de Casagria. Sa race était taillée pour l'endurance et pouvait distancer un Humain ou un Elfe à tout moment. Elle avait l'intention absolue de courir plus vite que n'importe qui auparavant, jusqu'à ce qu'elle ait dépensé toute son énergie. Peut-être que si elle courrait jusqu'à ne plus avoir d'air dans les poumons, elle pourrait rendre une partie de son énergie, un partie de sa vie, à l'oiselle veuve et ses œufs. Elle ne savait pas exactement comment la magie fonctionnait, ni exactement comment elle avait tué la petite créature, mais peut-être pourrait-elle trouver un moyen de rendre ce qu'elle avait volé.

Les branches et les feuilles fouettaient son visage pendant qu'elle prenait de la vitesse entre les roches et les ruisseaux, se battant contre d'incessantes larmes qui lui brouillaient la vue. Aessesara, pardonne-moi ! Je ne voulais pas, criait-elle mentalement, priant pour que la déesse de la Vie et de l'Aurore l'épargne et comprenne sa peine. Tandis que la jeune Evona fuyait le lieu de l'accident, elle semblait faire la course avec Jux, le Dieu du Soleil lui-même, pour voir qui atteindrait l'horizon en premier. Comme il était naturel pour les membres de son clan, elle laissa ses pieds nus épouser le sol frais, foulée après foulée, et même les épines pointues qui paraissaient se dresser hors de la terre pour la freiner s'avéraient, après coup, rien de plus que des chatouilles. Plus loin elle allait, plus le vent asséchait ses yeux et réconfortait l'enfant endeuillée, jusqu'à ce qu'elle ne pût plus rien sentir d'autre que l'insaisissable monde autour d'elle.

Elle courut pendant ce qui lui sembla des jours, tout en ayant l'impression d'avoir cavalé des siècles dans des paysages de forêt trouble. À la maison commune, tous ses oncles et tantes, et même les Anciens, n'étaient plus qu'un rêve. Pourtant, sans prévenir, son rêve vola en éclat quand elle déboucha, entre les arbres, sur un rayon de soleil éblouissant et étouffant. Etli s'arrêta, ses larmes menaçant de couler une fois de plus, quand elle vit les eaux étincelantes du Lac Adua. La force du temps heurta Etli de plein fouet lorsqu'elle réalisa que l'après-midi était encore loin, que ses parents étaient probablement toujours endormis et que le lac se trouvait à quelques pas seulement de chez elle.

L'enfant resta debout, essoufflée, haletante, alors que ses sanglots et l'épuisement tentaient de l'attirer dans la boue et le bourbier de la rive du lac. Est-ce cela que l'oiseau a ressenti quand je lui ai pris sa vie ? Etli pleura plus fort, perdant le fil de ses pensées, se remémorant inutilement encore et encore les images de la pauvre créature déchue. Elle avait ouvert son esprit au monde, et maintenant, la vie qui était venue à elle pour répondre à ses questions reposait, morte, sur de l'herbe flétrie et des fleurs écrasées. Pour s'empêcher de sombrer, Etli releva la tête, combattant la tristesse qui entortillait tous ses membres ; et avec la même détermination qui l'avait précédemment conduite dans les bois, elle s'avança à petits pas, peu à peu, vers l'autre côté du lac où, elle le savait, elle pourrait se reposer.

Au sens commun, le Lac Adua n'était pas vraiment un lac, mais plutôt un vallon niché entre la cime des montagnes où l'eau commençait à s'accumuler. L'autre côté du lac était plus rocheux, et reposait contre une falaise qui paraissait se dresser hors du sol ; son peuple y avait construit un sanctuaire dédié à Aessesara, et à tout le moins, c'était un lieu au sec où elle pourrait se pelotonner avant de devoir rentrer. À chaque pas, c'était comme si ses os cherchaient à s'échapper de ses jambes, et au moment où elle atteignit le sol rocheux du sanctuaire, elle s'écroula, sentant son corps affaibli à l'extrême.

Etli regarda autour d'elle pendant un moment, se rappelant de la dernière fois où elle était venue ici. C'était quelques lunes auparavant, quand sa mère était venue remercier la déesse pour toute la bénédiction que sa famille avait reçue durant le dernier cycle. Le sanctuaire n'avait pas changé. Le sol de roches rugueuses demeurait irrégulier, chaque pierre pointant dans une direction différente. La statue de pierre de la magnifique Aessesara penchait un peu d'un côté à cause de sa mauvaise conception, mais les Vatei l'aimaient quand même. La statue la représentait telle une merveilleuse jeune fille, bien qu'elle ait aussi l'habitude d'apparaître sous d'autres formes. Des oreilles pointues perçaient entre ses cheveux détachés pour révéler sa nature d'Evona. L'artiste avait jugé bon de l'habiller avec une robe traditionnelle accompagnée d'une ceinture, alors qu'Etli préférait les images où elle portait d'élégantes toges et des bijoux. Après tout, Etli pensait qu'Aessesara était la plus belle des déesses, et qu'elle méritait la meilleure représentation. Un toit de chaume protégeait le sanctuaire ; il était soutenu par quatre colonnes, laissant la zone complètement ouverte sur l'extérieur, et Etli savait que seule une poignée d'artisans venaient pour faire des réparations. Le bol d'eau, aux pieds d'Aessesara, était une simple obole comparée aux grandes fontaines qu'elle avait vues quand ils avaient voyagé jusqu'à Giayan pour le Festival de la Vie. Mais c'était la simplicité du sanctuaire qui charmait le plus la jeune fille, en cet instant, car s'il avait été plus grand, la petite Etli aurait préféré s'asseoir dans la boue, où sa honte n'aurait pu ternir la beauté du lieu.

Appuyée contre une pierre froide qui avait été taillée des siècles auparavant, Etli commença à prier du mieux qu'elle pouvait. « Aessesara, pouvez-vous m'aider ? Mère sera en colère contre moi si je rentre. Je ne veux même pas imaginer ce que les Anciens vont dire. » Elle s'arrêta et leva les yeux vers la statue, comme dans l'espoir d'une réponse. La pierre ne lui répondit pas. « Je comprends que vous ne vouliez pas me parler. Je ne serais pas fâchée si vous étiez furieuse après moi pour avoir utilisé votre don. Mais si vous le permettez, j'aimerais vraiment rester ici un moment. » Et elle resta là, regardant le soleil s'élever doucement dans le ciel, entre les colonnes. De l'autre côté du lac, Etli remarqua que quelques Vatei s'approchaient pour laver leurs vêtements ou collecter de l'eau, mais aucun d'eux ne s'aventura vers le sanctuaire, et elle en fut reconnaissante.

Alors qu'elle reposait, affalée contre la statue, elle somnola. Des images de l'oiseau rouge continuaient de voleter dans son esprit conscient, et elle se réveillait brusquement, d'incessantes vagues de larmes dévalant de nouveau ses joues. Certaines fois, au contraire, elle se trouvait dans un profond sommeil, le genre de sommeil qui n'arrive qu'après une dure journée de travail, ou après une grande fatigue. Tandis qu'elle s'endormait enfin, elle rêva d'une femme qui se tenait au milieu d'un épais brouillard. La jeune fille, sentant une nouvelle vigueur agiter ses jambes, poursuivit la silhouette, curieuse de savoir quel genre de personne errait dehors par un tel temps. Plusieurs fois, elle appela la femme, mais peu importait la vitesse de sa course, celle-ci restait hors de portée.

« Petite Etli, tu as fait quelque chose de terrible », lança la femme à travers la brume, sa voix déformée et résonnant au loin. « Tu aurais mieux fait de ne pas jouer avec des choses trop grandes pour toi. » La jeune fille s'arrêta et observa la silhouette avec curiosité à travers la pâleur du brouillard.

« Comment savez-vous ce que j'ai fait ? » répondit-elle à la silhouette, essayant de se défendre contre son accusation, bien qu'elle fut tout à fait fondée. « Qui êtes-vous ? »

« T'es-tu déjà demandée pourquoi tu avais les cheveux et les yeux bruns, alors que le reste des Evoni ont les cheveux presque blancs et les yeux bleus, Petite Etli ? C'est à cause de la magie qu'Aessesara leur a accordé. Quand tu l'utilises, elle draine toutes les couleurs que tu possèdes. Est-ce que tu le savais ? »

« ... Non. » Cette fois, l'enfant essaya doucement de s'approcher de la silhouette, et à sa grande surprise, l'apparition la laissa s'approcher. Pendant qu'elle s'avançait à petits pas hésitants, comme si la femme risquait de s'enfuir si elle lui faisait peur, la jeune fille demanda : « Pourquoi me dîtes vous ça ? »

« Parce que, mon enfant, tu as utilisé une magie que tu ne comprends pas. Tu es endormie, en ce moment, ma Petite. Mais quand tu te réveilleras, regarde ton reflet dans le bol de la statue contre laquelle tu dors. Observe la clarté de tes anciens cheveux bruns ». La silhouette se tourna et commença à partir au loin, mais Etli essayait déjà de la rattraper. Tandis que la distance entre elles se raccourcissait, Etli put voir les cheveux blancs de la femme et la robe verte pâle qu'elle portait. Elle était grande, comme la plupart des Evoni, et ce ne fut donc pas une surprise. En revanche, elle s'étonna du petit oiseau rouge perché sur l'épaule de la femme.

« Cet oiseau, d'où vient-il ? » La jeune fille suivait la silhouette avec une telle détermination qu'elle se cogna presque contre la femme lorsque celle-ci s'arrêta. Pourtant, la mystérieuse Evona ne fit pas volte-face, et Etli s'aperçut alors qu'elle ne pouvait plus bouger ses jambes. Elle pouvait seulement regarder dans les yeux du petit oiseau en bonne santé perché sur l'épaule.

« J'ai découvert cette petite créature dans les bois. Je crois que tu l'as déjà rencontrée. Je l'ai trouvée à côté de cette sacoche qui, je crois, est à toi. » Etli remarqua soudain que sa sacoche oubliée dans l'arbre se trouvait maintenant sur le sol de pierres inégales derrière elle. « Etli, tu dois comprendre que le don des Evoni est une sérieuse responsabilité, avec laquelle tu ne peux te permettre de jouer. La vie d'un oiseau n'est pas plus un jouet que ne l'est ta vie. Je ne peux annuler le sort que tu as jeté, car il a laissé sa marque sur toi et dans tes cheveux, mais je peux rendre cet oiseau à ton monde. Où que tu ailles, il ne sera jamais très loin de toi, et t'aidera à te souvenir. Maintenant, quand tu t'éveilleras, tu découvriras que ta mère a essayé de te réveiller et tu ne te souviendras plus de ce rêve. Ta famille s'est inquiétée pour toi, tu sais. Prends ça comme une leçon. Le don d'Aessesara doit être manié avec précaution. Tu dois l'utiliser pour aider, pas pour tuer. Si tu suis ce conseil, alors tu n'auras jamais besoin de t'inquiéter. »

Comme si elle avait soudain été poussée dans une piscine, Etli commença à tomber. Elle chuta toujours plus vite, jusqu'à ce que sa vue et les sons devinssent un immense fouillis ; et enfin, après le chaos de sa chute libre, la jeune fille eut l'impression de flotter. Avant qu'elle ne puisse comprendre ce qu'il s'était passé, elle se tenait de nouveau contre la pierre froide de la statue, protégée par le toit de chaume du sanctuaire d'Aessesara. Elle remarqua avec ennui qu'un vague pépiement provenait de la bordure du toit, mais sa première vision fut le visage inquiet de sa mère au-dessus d'elle.

Doucement, l'enfant s'assit, se frottant les yeux. « Mère... j'ai dû m'endormir. J'ai fait le plus étrange des rêves... »

Sa mère laissa échapper un petit rire de soulagement. « Etli, je me suis fait un sang d'encre ! Comment es-tu arrivée là ? Il est presque l'heure du dîner et nous t'avons cherchée partout ! »

Pour une raison inconnue, sa précédente peur avait disparu. La jeune fille ne savait pas avec assurance si c'était à cause de son étrange sieste ou juste parce qu'elle se sentait réellement mieux. Quoi qu'il en soit, Etli raconta tout à sa mère. Les mots jaillirent de sa bouche aussi vite que ses larmes avaient coulé auparavant. Elle butait tellement sur certains mots que sa mère lui demanda souvent de ralentir. Malgré tout ce qu'elle lui racontait, ce qu'elle avait fait, la mère d'Etli se contenta de sourire.

« Ma chérie, tu n'es pas la première personne en ce monde à faire une erreur, et je suis sûre que ce ne sera pas la dernière. » Elle s'assit à côté de sa fille, posa un bras réconfortant autour d'elle. « Oui, c'était une grave erreur, une erreur pour laquelle les Anciens te puniront sûrement, mais ce ne sera pas la fin du monde. Maintenant, attrape ta sacoche et nous pourrons rentrer à la maison. »

Regardant un peu plus loin, la petite Etli aperçut sa sacoche, apposée contre l'une des colonnes du sanctuaire. Elle ne se rappelait pas l'avoir amenée ici, mais tout en se remémorant un rêve lointain, Etli sut que les choses étaient là où elles devaient être. Attrapant d'abord la sacoche, puis la main de sa mère, elle la suivit de près tandis qu'elles rentraient calmement. Jetant un œil par-dessus son épaule, Etli sourit lorsqu'elle vit un petit oiseau rouge gazouiller dans les branchages. Peut-être tomberait-il par hasard sur le nid de l'oiselle veuve dans les bois. Etli l'espérait. Sans doute ce nouvel oiseau pourrait-il aider cette petite famille dans le besoin.