Défi jukeboxe de la Saint-Valentin 2015 de la ficothèque ardente, inspiré des chansons 'Je t'aime' (Lara Fabian) et Je t'aime à en crever (Anaïs).


Chaos

Jason serra les dents, les poings, tout son corps tendu. S'il ne se retenait pas, il défoncerait la porte, prêt à tuer pour apaiser sa colère. Il n'était pas certain par lequel il commencerait. Ce fils de pute qui osait mettre ses mains sur ce qui lui appartenait ? Ou bien Lukas à qui il en voulait pour tellement de raisons, mais qu'il aimait toujours comme un fou ? C'était dément ce que ça lui faisait. Un autre que lui serait mort dans d'atroces souffrances depuis bien longtemps et pour bien moins que ça.

Dans l'ombre à la fenêtre, invisible à leurs regards, il regardait l'amour de sa vie offrir son corps à un autre homme. Jason avait toujours été le seul homme et maintenant, maintenant il y en aurait un deuxième. Juste un coup d'un soir et il comptait bien faire en sorte que ça reste ainsi. Le pire, c'était qu'à travers le chaos que semaient en lu la haine et la jalousie, il ressentait le début de l'enflamment et de la passion qu'il peinait à chasser. Il ne voyait que le dos nu de Lukas, mais ça suffisait à lui donner envie. Ça faisait longtemps, trop longtemps. I n'en pouvait plus de ses nuits en solitaire à se caresser en imaginant la main de Lukas ou de celles à partager sa couche avec des étrangers sans visage, toujours à imaginer les traits de Lukas. D'elle-même, sa main se tendit vers l'avant, touchant la vitre du bout des doigts. Déception insensée. Qu'est-ce qui lui prenait d'imaginer qu'il pourrait le toucher d'aussi lui ?

Torturer, Jason regardait Lukas perdre son pantalon, s'offrir à la bouche de son amant. Le désir fit converger sa haine vers ce dernier, l'amour pour Lukas trop fort pour qu'il se donne le droit de véritablement lui faire mal. Mais quelqu'un devait payer. Quelqu'un devait apaiser sa colère.

La courbe que formait les fesses de Lukas s'offrait désormais à sa vue. Ses lèvres s'entrouvrirent, plus sèches que jamais. Sa langue darda entre elles pour les humecter. Si ce n'était pas de ses doigts grossiers qui remontaient contre leur rondeur, la vue aurait été à couper le souffle. Un grognement lui échappa alors que les doigts poursuivaient leur chemin, s'insinuant vicieusement dans des endroits interdits. Pourquoi était-il encore là à regarder ? Après tout ce temps, qu'est-ce qui le retenait dans l'ombre ? Pourquoi est-ce qu'il continuait à se torturer ainsi ? Il n'arrivait même pas à détourner le regard.

Lukas releva la jambe, la passant autour de la taille de l'autre homme pour se rapprocher de lui. À l'angle qu'avait leurs deux têtes, Jason savait qu'ils étaient en train de s'embrasser. Immonde jalousie qui lui prenait aux entrailles. Il savait pourquoi. Sa colère encore trop forte, son amour trop fort. Il n'était pas capable de rationnaliser. Et il voulait que Lukas revienne vers lui de lui-même, qu'il lui fasse confiance de nouveau. Autant qu'il voulait lui faire mal, qu'il souffre autant que lui avait souffert - et souffrait encore.

Quand Lukas se retrouva face au mur, les mains appuyées contre ce dernier, penché légèrement vers l'avant et prêt à recevoir en lui l'imbécile qui lui servait d'amant, Jason détourna violemment le regard. Ça il ne voulait pas le voir. Il voulait garder l'image dans sa tête, garder l'idée d'un Lukas pure qui lui appartenait encore.

Un autre grognement lui échappa. Il lui faudrait encore se soulager seul ce soir. Mais ça ne durerait plus. Il se promit que ça ne durerait plus. Il aurait Lukas bientôt, même s'il devait l'attacher pour l'obliger à se soumettre...