Auteur : Harue Cendre Elven

Sequel de l'histoire Aqua Blue : s/3105583/1/Aqua-Blue

Aqua Blue

Saint-Sylvestre à l'hôtel

Le hall de l'hôtel était décoré de milles couleurs. Les guirlandes lumineuses clignotaient autour des petits sapins placés près des portes pour accueillir les clients, de grands tissus rouges, brodés de doré recouvraient les canapés d'attente, même le comptoir avait été mis aux couleurs de Noël. Mais ce dont Betsy était la plus fière, c'était l'immense sapin de quatre mètres qui se trouvait au bout du hall. Les clients ne devaient pas le rater. Dès les portes passées, le regard ne pouvait que se diriger sur ce symbole des fêtes. Et nous n'avions que de bon retour le concernant. C'était le roi des forêts, ou plutôt du hall.

Et si encore on s'était arrêté là, mais non. La folie décoratrice de Betsy avait atteint les salles pour les repas ainsi que les chambres. Chaque pièce avait eu le droit à son petit sapin décoré, et aux affreux tissus rouges. Heureusement que Romain avait réussi à faire comprendre à notre chef que nous préférions passer par un décorateur pour tout faire installer. Sinon, on serait encore en train de placer des arbustes dans les chambres. Et franchement, on avait autre chose à faire en ce moment. Et tout ça durait depuis le 1er décembre.

oOo

Un soupir passe mes lèvres alors que je range les clés d'un départ. Le réveillon de la Saint-Sylvestre est ce soir, nous affichons complet que ce soit niveau chambres comme niveau restaurant. La carte spéciale Fête semble avoir attiré plus de monde que prévu. Nous avons même dû refuser des réservations. C'est peu dire. Mais c'est plaisant dans l'idée. Après tout, être complet veut dire que la clientèle est présente au rendez-vous. Noël a été plus calme même si nous étions complets aussi. Nous avons la chance d'avoir un somptueux marché de Noël qui s'installe tous les ans durant tout le mois en centre-ville. Il attire beaucoup de visiteur. Et les soirs de Noël et de la Saint-Sylvestre, des animations sont organisées autour d'une immense patinoire toute la journée et toute la nuit.

Les couples aiment s'y promener main dans la main en dégustant un vin chaud alors que les familles s'amusent en faisant un arrêt par la patinoire.

J'y suis passé le 25 dans l'après-midi parce que je m'ennuyais. Et dire que j'avais pris cette journée en pensant y aller avec Romain, mais j'aurais dû me douter que ça ne se passerait pas comme ça.

Je salue un couple qui quitte l'hôtel, sûrement pour aller se promener sur la place alors qu'une famille, elle, passe la porte chargée de gros sacs.

Mon réveillon du 24, s'est déroulé seul, dans mon canapé avec comme seule compagnie, ma petite Lys qui n'a pas cessé de se rouler, et rerouler contre moi. J'ai fini par sortir pour aller voir Emilie et profiter du bar en noyant ma solitude au fond d'un verre.

Si seulement j'en avais parlé avec Romain avant, j'aurais su qu'il passait les fêtes en famille, à l'autre bout du pays, chez ses grands-parents. Après tout, Noël se passe en famille. Et il était hors de question que je m'incruste. Du coup je lui ai fait croire que j'avais quelque chose de prévu.

Affreux mensonge. Ma famille et moi ne nous entendons pas spécialement bien et cette année, ils ont décidé de partir retrouver ma tante en Australie. Que voulez-vous que j'aille faire aussi loin en si peu de jour… mer le prix du billet d'avion.

Et ce soir, je suis de service, comme demain. Chacun son tour. Une équipe le 24/25 et une le 31/1. Un juste équilibre

Au moins je suis de service avec Romain. D'ailleurs le voilà qui arrive avec un énorme classeur. Il le pose sur le comptoir et me regarde avant de soupirer.

— Alex, tiens-toi droit.

— Je commence à avoir mal au dos.

— Justement, tu te tiendrais droit, tu n'aurais pas mal au dos.

Je m'en vais répondre quand le téléphone sonne. Je décroche rapidement pour couper court à toute remarque et je note la commande la chambre 42.

— Je m'en occupe, dis-je avant de quitter le comptoir.

Enfin je vais pouvoir me dégourdir les jambes. Alors d'abord, passer par la cuisine, prendre deux cafés et les petits gâteaux qui vont avec, puis tout bien poser sur un plateau avant de se rendre à la chambre. Je croise Laura qui apparemment cherche elle aussi de quoi contenter un caprice de client. Après avoir servi la chambre 42, un couple très aimable qui m'a donné un pourboire pour ma gentillesse et mon sourire, je retourne au comptoir. Romain est en train de terminer de remplir des grilles dans le gros classeur noir. C'est vrai que c'est la fin de l'année, tout doit être à jour pour la clôture des comptes. Je le laisse se concentrer et je m'occupe de répondre au téléphone et d'accueillir la clientèle. Deux heures plus tard, je sens un coude arriver dans mon bras. Je sursaute.

— Alex, tiens-toi droit et ne baille pas.

— Je ne baille pas.

Un bâillement passe à nouveau mes lèvres. Il semblerait que les clients aient décidé de faire une pause avec le standard, du coup, je m'ennuie. Alors je compte les boules de Noël, seulement, ce n'est pas l'activité la plus intéressante au monde. Pour l'instant je suis à 350 boules de Noël sur le côté droit du hall. Durant le mois, j'ai déjà compté les guirlandes, les petits cadeaux éparpillés et les orchidées qui s'éclairent. Il me manquait les boules que j'avais spécialement gardé pour une telle occasion.

Il faut savoir que même en période de forte activité, un hôtel reste un hôtel, hors des coups de feu, les gens vont et viennent à leur guise sans forcément avoir besoin de nous.

Laura vient s'accouder au comptoir et jette un coup d'œil à Romain qui remplit toujours son tableau tout en répercutant certains chiffres dans l'ordinateur.

— Betsy aussi est dans les papiers.

— C'est pour ça que je suis bien content de n'être que moi.

— Moi aussi. Remplir toute cette paperasse pour que tout soit à jour pour la nouvelle année. En plus je crois que Betsy avait pris du retard.

— Betsy repousse toujours tout, marmonne Romain.

— Oh je vois qu'elle t'a en plus refilé un morceau de sa pile.

Romain ne relève même pas la tête de ses chiffres et se contente de souffler.

— Tu n'avais qu'à dire non.

— Et entendre Betsy se plaindre… non.

— Quel preux chevalier venant au secours de sa princesse.

Romain pose son crayon et relève la tête.

— Si c'est pour bavasser que tu es venue, retourne d'où tu viens. Je n'arrive pas à me concentrer.

— Oh, c'est bon, j'ai compris.

Laura sourit et me fait signe de la suivre.

— Je t'emprunte Alex, on doit aller vérifier la salle de réception.

Sans un commentaire de plus, on laisse Romain dans ses chiffres et on se rend dans la salle. Tout aussi décoré que le reste de l'hôtel, elle comporte un modeste sapin de deux mètres décoré de petites guirlandes lumineuses. Chaque table est réservée si bien que Laura récupère un carnet sur le comptoir d'accueil et commence à se faufiler. On vérifie que les tables ont les bons noms, le nombre de places prévues et que tout est bien agencé. Tout en déambulant, Laura reprend sa discussion.

— On n'a pas eu le temps de discuter depuis que je suis revenue de vacances hier. Tu as passé un bon Noël ?

— Parfait. Oh, il manque un couvert ici. Les Grenadier sont cinq et non quatre.

— Ok. Parfait, bien, ou parfait super ?

— Parfait.

Laura s'arrête devant moi et se tourne. Ses sourcils sont froncés et elle fait sa petite moue qui dit qu'elle ne me croit pas.

— Alex, je sais très bien que Romain était dans sa famille. Ça fait quoi, six mois maintenant que vous êtes ensemble ? Et tu arrives encore à lui cacher ce genre de chose.

— Là, il manque une serviette. Je sais bien Laura. Je n'ai pas eu de relation aussi longue depuis Thomas mais je ne sais pas, parfois je me demande ce qu'on fait ensemble.

Laura se stoppe à nouveau et se retourne le regard sombre et l'air sévère.

— Tu me redis encore une fois ce genre de connerie sur Romain et toi, et je te fais manger ce carnet. Romain est amoureux de toi. Ça se voit. Il nous en a fait une belle démonstration lorsque vous avez fini au poste de police, mais aussi quand tu as été malade ou quand tu as dû aller chez le véto en catastrophe. Romain fait beaucoup de chose pour toi. Tu ne les vois peut-être pas mais c'est le cas.

Je soupire parce que j'ai eu vent de tout ça. Quand j'ai été malade, Romain a fait en sorte de corriger toutes mes bourdes avant de prendre mes horaires pour que je puisse me reposer. Pour le vétérinaire, pareil. Quand ma voisine m'a appelé parce que Lys avait été retrouvé la patte cassée dans le salon et que j'ai dû quitter mon service en catastrophe. Je ne sais d'ailleurs toujours pas comment elle a fait pour se casser la patte dans l'appartement… enfin bref. Mais ce n'est pas de ça dont je veux parler.

— Romain n'est pas démonstratif, et je pense qu'il tâte encore un peu le terrain avec toi. Six mois c'est long et court à la fois. Au lieu d'en parler avec moi, tu devrais peut-être en discuter avec lui.

— Je verrais.

— C'est cette attitude qui te met dans cet état. Tu aimes Romain ?

— Oui.

— Alors parle-lui.

On termine notre tour avant de retourner au comptoir. Il est déjà tard et les clients affluent dans le hall pour rejoindre leur chambre et se préparer pour le réveillon. Dehors, ça s'assombrit. Je n'aime pas trop l'hiver parce que les jours sont courts et il fait vite nuit. Arriver au travail de nuit et repartir de nuit me donne froid. Je frissonne rien qu'en y pensant.

— Alex, ça va ?

Je me tourne vers Romain qui a terminé son classeur et qui ajuste quelques lignes sur l'ordinateur. Je lui souris.

— Oui oui. Il faisait juste meilleur dans la salle de réception.

— Avec les portes qui s'ouvrent tout le temps c'est vrai qu'il y a quelques courants d'air.

Il pianote sur son clavier avant d'imprimer des pages et de les prendre.

— J'apporte ça à Betsy. Tu peux garder le comptoir ?

— Oui, pas de soucis.

Il me laisse, seul avec moi-même. Je me donne une petite claque mentale. Laura a raison. Si j'ai un problème, je dois en parler avec Romain. Pourquoi l'hiver donne toujours cette impression de froid et de solitude. Pourtant avec toutes ses lumières et la joie que dégagent les fêtes, on devrait se sentir en pleine forme, heureux… et malgré cela, j'ai l'impression d'être lessivé.

Maxence arrive et pose une pile de serviette de toilette sur le comptoir.

— Le sauna a été pris d'assaut. J'amène du ravitaillement en bas. Ça va toi ?

— Ouais. Comme tu vois, ça va ça vient mais ce n'est pas pour nous. Je dirais que d'ici une heure, ça va être le foutoir.

— Vivement qu'on se couche.

On se met à rire et il part faire sa livraison.

— Alex ?

Je me tourne vers Alexandra et Jérémie. Avec les fêtes, Betsy a embauché du personnel en plus. Il le fallait bien, avec les histoires de vacances du personnel fixe, on ne s'en serait pas sorti. En plus cette année, ils sont plutôt biens, autonomes et apprenant vite.

— On voulait voir Romain, tu sais où il est ?

— Parti voir Betsy, pourquoi ?

— On a terminé notre service, on voulait revoir avec lui l'ouverture demain.

Je me penche pour trouver le carnet de planning. Betsy a préféré que les saisonniers fassent les ouvertures des lendemains de fête. Comme les clients font la grasse matinée, et qu'il y a peu de départs prévus, c'est plus simple de les leur confier. Bien sûr, ils ne sont pas laissés complètement seuls. C'est Damien qui va gérer l'ouverture avec eux. Damien est un saisonnier qui travaille pour nous depuis trois ans maintenant. L'été, il travaille pour un restaurant dans le sud, en bord de plage et l'hiver, il vient nous voir.

— Vous ouvrez avec Damien demain. Soyez là, quinze minutes avant.

— D'accord. Merci. Tu diras à Romain qu'on est parti.

— Aucun souci.

Ils disparaissent dans les vestiaires et Damien fait son apparition, son manteau sous le bras. La trentaine, brun avec une barbe naissante mais toujours bien coupée pour que ça ne fasse pas négligé, il charme les femmes de chambre avec ses beaux yeux bleus et ses belles paroles. Mais son travail est impeccable tout comme son professionnalisme. C'est pour ça que Betsy l'embauche tous les ans.

— Je te souhaite une bonne soirée et on se voit demain. J'espère qu'ils ne feront pas la fête trop longtemps, me dit-il avec sa voix grave.

— Betsy clôturera le service comme il faut pour que les gens partent d'eux même faire la fête ailleurs.

— C'est les deux frangins qui font la permanence de nuit ?

— Oui. Mais c'est la dernière année. Il faudra qu'on trouve un autre système. Ils vont ouvrir leur propre affaire courant de l'année prochaine.

— C'est super.

Il enfile son manteau marron foncé et ajuste son écharpe caramel le sourire aux lèvres.

— Et toi ?, le questionnais-je.

— Moi tu sais, pour le moment, j'aime mes deux boulots. La plage en été, ici en hiver. C'est changeant.

Damien ne changera pas, c'est un voyageur.

— Amuse-toi bien ce soir.

— Courage à vous !

Je regarde Damien partir. À certains moments je me dis que sa vie est vraiment simple, se laisser porter par le courant des saisons. Mais en même temps, il n'a pas de pied à terre fixe… Enfin, il est 18h00. Le téléphone se met à sonner. C'est parti. Le rush commence. Pendant deux heures, le téléphone n'arrête pas. Entre les clients qui souhaitent des renseignements pour trouver l'hôtel, ceux à qui ils manquent des serviettes, du shampoing ou alors qui ont besoin du service retouche ou d'autres petites choses… c'est le chaos. Romain gère le standard pendant que nous courrons partout. Au moins, le temps passe vite, trop vite. Si bien qu'il est 20h00, la salle de réception se remplie doucement pendant que Betsy s'occupe de gérer le comptoir d'accueil du restaurant. On a à peine eu le temps de manger un morceau.

Mais dès que tout le monde est placé, on peut souffler un peu et un rythme normal s'installe. Je retourne alors au standard. Romain raccroche le téléphone et me sourit, fatigué.

— Une famille va arriver en retard. Ils ont mal estimé le temps pour arriver et apparemment, il commence à neiger.

— Ah bah ça. Pourtant la météo avait prévu qu'il risquait de neiger.

— Je pense que les gens avaient autre chose en tête que la météo tu sais.

— C'est vrai.

Je me laisse tomber sur la chaise et étire mes jambes douloureuses tout en remuant mes bras. La chaise à mes côtés bouge et je sens deux mains se poser sur mes épaules. Romain improvise un massage silencieux. Ça fait beaucoup de bien. Mes muscles souffrent mais le mouvement les dénoue et je pourrais presque m'endormir. Quelques minutes plus tard, Romain délaisse mes épaules et dépose juste un baiser sur ma tête avant de rejoindre son poste. Je m'apprête à dire quelque chose quand un homme entre dans le hall. Il est assez grand, porte un long manteau qui scintille sous les lumières. Il passe une main dans ses cheveux en arrivant au comptoir et je remarque que ce qui brille n'est d'autre que de la neige fondu.

— Mathéo ?

Romain paraît surpris, tout comme moi. Je ne l'avais pas reconnu aussi bien habillé, mais en effet, Mathéo se trouve juste devant nous.

— Qu'est-ce que tu fais là ?

— Je fais une surprise à Betsy.

Il sourit de toutes ses dents blanches avant d'enlever son manteau mouillé. En dessous il porte un pantalon noir et une chemise blanche avec une cravate. Il ressemble à un employé de l'hôtel habillé de la sorte.

— Où tu as eu la chemise, le questionne Romain.

— C'est Christophe qui me l'a donné. On fait la même taille.

— Tu prévoyais ton coup depuis un moment, dis-je tout sourire.

Son sourire s'agrandit et Romain se lève pour le mener au vestiaire. Mathéo est le petit ami de Betsy. Elle a mis un moment à nous le présenter. Il faut dire qu'avec Laura dans l'équipe, on a rapidement eut le droit à la description de ce mystère ambulant avant que notre chef craque et nous le présente. Enfin, Mathéo nous a soufflé qu'il s'y était mis de son côté, la menaçant de débarquer à l'improviste. Betsy n'aime pas les surprises de ce genre. Du coup, elle nous l'a présenté. Mathéo travaille à la Mairie et ils se sont rencontrés quand elle a dû aller remplir des papiers pour l'hôtel. Depuis, il vient de temps en temps voir Betsy au bureau, comme elle y passe beaucoup trop de temps selon-lui.

Romain revient me voir.

— Betsy va râler.

— Oui, enfin, elle sera quand même contente que son petit ami soit là.

— Et toi, tu es content d'être avec ton petit ami, dis-je l'air mutin.

— Oui. Même s'il ne se tient toujours pas droit.

Je lève les yeux au ciel quand la porte s'ouvre à nouveau. La famille en retard arrive et je les mène à la salle. Bon, cette fois, je crois que nous sommes tranquilles pour un moment.

Et en effet, à part quelques allers et retours de certains clients pour se rendre dans leur chambre et redescendre, le hall est calme et le téléphone semble s'être mis en veille. Laura nous apporte quelques petits fours qu'elle déguste avec nous.

— Heureusement que Mathéo est venu. Betsy est beaucoup moins sur les nerfs.

— Mathéo sait parfaitement attendrir notre chère Betsy.

Laura me regarde en souriant. Et les enfants dans la salle sont calmes. Ce qui n'était apparemment pas le cas lors du réveillon de Noël.

— Oui. En tout cas, l'année se termine plutôt bien.

— Ne parle pas trop vite, il n'est pas encore minuit.

On se met à rire avant qu'elle ne reparte pour la grande salle. Le silence retombe alors qu'on continue de grignoter les petits fours.

— C'est vrai que l'année se termine plutôt bien.

— Et j'espère que la prochaine commencera tout aussi bien.

Je me tourne vers Romain qui vient de dire cette phrase et plonge mon regard dans le sien qui pétille. Je sens mon cœur battre un peu plus vite mais la voix de Mathéo me ramène sur terre.

— Romain, Betsy a besoin de toi.

Romain se lève, pose sa main sur mon épaule dans une caresse et me laisse seul. Je ne l'ai pas revu pendant une partie de la soirée où je suis resté seul, face au vide du hall. Enfin pas vraiment vide car les enfants ont fini par quitter la table pour venir jouer ici. En les observant d'un œil, j'ai fini par sortir un magazine vieux de deux semaines. Je suis revenu à la réalité quand Laura est venue me chercher pour le décompte. J'ai trouvé Romain à côté de Betsy, il m'a souri et on a fêté la nouvelle année. S'en est suivi deux heures de fête, de musique et de danse avant que Betsy ne fasse comprendre aux clients que c'était terminé. Romain était retourné au standard et Laura jouait les baby-sitter dans le hall. Il a fallu encore une bonne heure pour que tous les clients remontent dans leur chambre, soit partent faire la fête ailleurs. Lorsque j'ai été retrouver Romain, il discutait avec Naïs et Roland qui venaient prendre la relève. Naïs portait encore son maquillage de soirée ainsi que sa coiffure qui la rendait très jolie.

On s'est souhaité la bonne année et on a migré doucement dans les vestiaires. Une fois au calme, le contrecoup de la soirée s'est fait sentir.

— Je suis flinguée.

Laura enfile son manteau tout en soupirant.

— Pyjama et au lit.

— On t'a connu plus vivace.

Elle me lance un regard de défi avant de mettre son écharpe et ses caches oreilles.

— Oui mais pas ce soir. Mon lit m'attend. Une couette bien chaude et un bon matelas.

— Dis plutôt que quelqu'un t'attend, dit malicieusement Romain en retirant sa veste et attrapant son manteau.

— Tss, oui, bon, c'est vrai. D'ailleurs – elle jette un coup d'œil à son téléphone – je vous laisse.

Elle disparait du vestiaire rapidement et je reste avec Romain qui est déjà prêt à partir. J'enfile mon manteau et on quitte l'hôtel. Dehors il fait froid, une fine couche de neige recouvre le sol mais le ciel est clair.

Romain me prend la main et on se met en route.

— Tu es fatigué, me demande-t-il.

— Pas spécialement.

Il me fait prendre un chemin différent de celui habituel pour rentrer chez-moi. La nuit est calme. On croise quelques fêtards bien imbibés mais dans l'ensemble, les rues sont plutôt désertes. Après quinze minutes de marche silencieuse, on arrive sur la grande place. Je suis surpris de voir qu'il y a encore de l'activité. Le marché de Noël est ouvert, du moins les stands de nourriture ainsi que la patinoire.

— Est-ce que ça te tente ?

Je regarde Romain qui me pose la question. Je souris et dépose un baiser sur ses lèvres. Bien sûr que ça me tente. Même après une si longue journée, commencer l'année ainsi, me va tout à fait. Romain paye la location des patins et on les enfile.

La patinoire est quasiment vide, apparemment quelques couples et amis ont compris que s'ils souhaitaient patiner tranquillement, profiter de la nocturne était une bonne affaire. Je me lance sur la glace, fait quelques tours sur moi-même et me tourne vers Romain qui avance difficilement. Je fronce les sourcils avant de le rejoindre.

— Tu n'as pas l'air très à l'aise.

— Toi si par contre.

Il me sourit et je lui prends les mains.

— Pourquoi m'as-tu proposé ça, si tu ne sais pas en faire ?

— Parce que je sais que tu aimes ça. Tu en as parlé dès qu'elle a été installée. Mais avec nos jours de congés en décalés et les rushs à l'hôtel, on n'a pas pu y aller.

Je l'aide à avancer doucement.

— Ce n'est pas grave tu sais.

— Alex…

Mon prénom meurt dans la nuit alors qu'il dérape et se rattrape à moi. Il soupire en se redressant.

— Alex, c'est grave parce que tu aimes ça et que je voulais qu'on partage ça ensemble.

Je dois sourire bêtement parce que Romain me donne une petite tape dans l'épaule avant de déposer un baiser sur mes lèvres.

— Allez, montre-moi comment faire.

Le temps a filé tout seul. On a passé deux heures à glisser sur la glace. Au début, c'était scabreux. Romain est tombé trois fois et m'a entraîné une fois dans sa chute. Mais on a beaucoup rit. Et ce fut une fin de soirée magique. Quand on a senti que nos jambes avaient du mal, on a décidé de partir. J'ai offert un vin chaud à Romain et c'est fatigué qu'on est rentré à l'appartement. Le retour fut difficile, les taxis étaient tous pleins si bien qu'on a fait le chemin à pied. Les escaliers ont été l'ultime torture. Une fois dans l'appart, on c'est juste déshabillé et on s'est écroulé sur le lit.

Au matin, c'est Lys qui est venu me réveiller. Mademoiselle avait faim. Dans un état de semi-conscience, je me suis levé, traîné jusqu'à la cuisine pour lui mettre des croquettes puis je suis retourné me coucher. Romain s'est tourné vers moi d'instinct et on est resté dans les bras l'un de l'autre. Sa respiration m'a bercé jusqu'à ce que je me rendorme.

On a encore du chemin à faire dans notre couple, mais ce début d'année commence bien.

The End !

J'espère que cette petite histoire vous aura plu et aura donné quelques informations qui manquaient encore à l'histoire d'origine. J'aime beaucoup ce petit couple mine de rien. Et j'espère que vous aussi.