Heyy # ~ Voici le second chapitre de Stray. J'espère qu'il vous plaira, n'hésitez pas à laisser une review, ça fait toujours plaisir !

Bonne lecture à vous !


Mes yeux s'ouvrirent alors qu'il faisait encore nuit. Bom. Bom. Des bruits de pas, des bruits de coups. Je me redressais et attrapais doucement Rinato pour le réveiller. Il se redressa et mit sa main sur ma bouche quelques secondes. « Habille-toi. » Il ajouta : « Vite. » et je m'exécutai. Il me jeta une paire de chaussures et je les mis. Elles étaient parfaitement à la bonne taille. Mon cœur battait. J'avais peur. Il le sentait. Et il ne pouvait rien y faire. Il s'était aussi habillé, et il cherchait quelque chose dans une caisse qu'il avait tiré de sous le lit. Stefan fit irruption. Stefan était la personne la plus importante pour Rinato. Ils auraient fait n'importe quoi l'un pour l'autre. Un jour, un des hommes de Rinato m'avait dit qu'ils étaient d'anciens « amants » mais à l'époque, je ne savais pas ce que c'était. Maintenant je savais. Et maintenant, j'aimais bien Stefan. Il semblait agité. « Nato ! Faut se tirer d'ici ! » Je n'aimais pas ça, ce ton, cette agitation, et ce bruit tout autour de nous. « Que tout le monde soit prêt à partir dès maintenant ! On n'a plus le temps pour se battre ! » Rinato me prit par la main et m'entraina avec lui. Il marchait vite. Stefan était parti devant nous, en courant. Il me serra la main, puis il me prit dans ses bras. « Un Chef part toujours le dernier, Elvio. Alors tu dois partir avec tout le monde, et je vous rejoindrais. D'accord ? » Je fronçais les sourcils, le serrant de toutes mes forces. « Je ne veux pas partir sans toi. » Il soupira. Mais il ne put m'ordonner une seconde fois de partir. Car la porte du salon s'ouvrit brusquement. Il me fit basculer derrière lui et nous reculâmes d'un pas chacun. L'homme en uniforme noire hurla : « A terre ! Mains sur la tête ! » Rinato leva les mains. Je restais tremblant, accroché à sa chemise. Le type en noir recommença à hurler la même chose, et Rinato s'agenouilla lentement. Ils nous avaient encerclés.

« Regarde, le gamin ; Il te dit rien ? » Une femme me prit par la main et m'observa attentivement. Je me retenais de la mordre. « Oh bon sang ! C'est lui ! » Elle me prit par le bras et m'éloigna. Je lançais un regard à Rinato par-dessus mon épaule. Il me regardait. Et il souriait. Il ne dit rien. Il n'avait pas besoin de parler. Les hommes en uniformes avaient été violents avec moi. Il m'avait dit que je devais toujours montrer ce que j'étais, et ne jamais laisser quelqu'un faire ça. Ils avaient été violents avec lui. Ils le paieraient. « Quel âge as-tu, petit ? » Je la suivais toujours, j'avais perdu Rinato de vue dans le dédale des couloirs, et on remontait vers la surface. « Onze ans. » Elle me serra dans ses bras. « Tout est fini maintenant. On va appeler ta famille. Ils seront heureux. » Ma famille… quelle famille ? Elle me fit assoir dans une voiture. Et me demanda si je voulais quelque chose. Je demandai à boire. Je bus le grand verre d'eau qu'elle m'amena. Elle semblait très contente. Elle me demanda si j'avais mal. Je n'avais pas mal. Même si mes poignets étaient un peu rouges, et mes mains un peu écorchées. Je n'avais pas mal. Je voulais voir Rinato, mais je ne voulais pas lui demander. Elle me dit de rester tranquille, que tout était fini, que j'allais enfin rentrer chez moi… Je tournais la tête vers la villa qui s'éloignait dans la fenêtre. Chez moi. « Chez moi » s'éloignait. Je me mis à pleurer. Elle me serra dans ses bras et me consola. Mais elle ne me ramena pas « chez moi. »

Je dormis encore quelques heures dans l'endroit où ils m'avaient emmené. Mal, mais je dormis. On me donna un croissant et un chocolat chaud pour le petit déjeuner. Ils appelaient Rinato par des surnoms que je n'avais jamais entendus pour le désigner. « Fils de pute. » « Raclure » ou encore « Enfoiré de Capo. » Capo, je l'avais déjà entendu. Ils l'insultaient, et ils projetaient de lui cracher à la figure, ou d'autres choses comme ça. Je me disais que si Rinato avait entendu ça, ces types seraient déjà à genoux par terre pour lui baiser les pieds. C'était facile d'insulter quelqu'un qui n'était pas là ! Mais je ne bougeais pas de mon canapé. Un docteur vint me voir. Il m'ausculta de partout, me fit parfois mal, me posa des questions. Je ne répondais pas. Une autre dame vint, elle était docteur aussi. Ils essayèrent de me faire parler. Je ne parlais pas de ce qui s'était passé. Je voulais bien dire comment je m'appelais, quel âge j'avais, comment les gens en uniforme noire m'avait traité. Mais tout, à propos de Rinato, restait enfermé en moi. Puis ils dirent que l'on allait arrêter tout ça, parce que j'étais traumatisé et qu'il ne fallait pas trop m'en imposer, aussi tôt. Ils me prirent par la main et m'emmenèrent devant un couple. Ils pleuraient. La dame me serra dans ses bras, très fort. L'homme nous serra tous les deux. « Elvio ! Elvio ! Mon petit amour, mon fils chéri ! Sept ans ! Sept ans ! Oh merci mon Dieu, merci ! » Je ne disais rien. C'était long. Elle ne cessait de répéter mon prénom. Alors. C'étaient eux. Mes parents. Ils signèrent des papiers, discutèrent avec les gens en uniforme. Puis ils me prirent avec eux, serrant mes deux mains, trop fort. Dehors, il y avait des dizaines de gens qui prenaient mes parents et moi en photo. Ma mère répondait aux questions de ces gens. Fichu journalistes. Je me cachais doucement les yeux derrière mes mains, le soleil était trop fort.

On me posa des questions. Ma mère gronda sur les journalistes. Puis finalement, on s'en alla. Ils me mirent dans leur voiture, et on prit la route. Ce n'était pas très long. On allait à l'hôtel. J'avais un grand lit. Mais je ne voulais pas dormir… Nous rentrâmes « à la maison » en train, le lendemain. C'était une jolie maison, toute petite, avec deux chambres à peine. Le salon était minuscule. Ils n'avaient pas d'armes, pas de vêtements comme ceux de Rinato, comme ceux de Stefan… Je regardais la télévision le soir, et ma mère me racontait parfois des histoires. Je m'en fichais complètement, de l'histoire de tel prince avec sa princesse. Je finissais par faire semblant de dormir, et elle me laissait dormir. Alors, je me relevais et j'allais à la fenêtre. Je regardais les étoiles pendant des heures, et je m'endormais au pied du lit, lorsque le sommeil devenait plus fort que moi.

De temps en temps, ils m'emmenaient voir un docteur. Il me demandait comment j'allais, il voulait que je lui parle. Je voulais juste voir Rinato, mais je savais qu'ils le détestaient tous. Je ne pouvais pas le voir. Alors je passais des heures et des heures à lire. Ils n'avaient pas parlé de mon anniversaire. Il faisait froid à cette époque-là. Ma mère m'emmena dans les magasins et voulut m'acheter des vêtements. Il y avait des couleurs partout, des couleurs qu'on voyait de loin. Je choisis un tee-shirt clair pour lui faire plaisir, et pour qu'elle accepte de m'acheter une veste sombre et avec beaucoup de poches. Je ne m'entendais ni avec elle, ni avec mon père. Ils étaient sans doute mes parents, mais ils m'étaient étrangers. Ce sentiment de ne pas être là où je le devrais m'étouffait. Beaucoup. Je m'enfermais dans ma bulle de silence et je réfléchissais. Le soir, dans mon lit, je reposais dans ma tête toutes les choses auxquelles j'avais pensé. Tout était clair. Limpide. J'avais juste besoin de temps.

Ce temps, je le mis à profit pour pouvoir faire des centaines de choses que je n'aurais pas pu faire après. Jouer avec des enfants de mon âge – mais cela me passa vite, ils étaient inintéressants – ou encore aller à l'école. Il se trouvait que je possédais des connaissances, à l'époque, bien supérieures à celles que j'aurais dû avoir en ayant eu une éducation « normale. » Cela ne me dérangeait pas, mais cela m'enfermait complètement. Un soir, je vis à la télévision que Rinato avait été condamné à perpétuité. Je plissais les yeux ce soir-là. Je l'avais décidé avant même qu'il soit emprisonné. Je voulais reprendre ma vie d'avant. Celle où les règles étaient meilleures. Ici, avec mes « parents, » je n'avais le droit de rien. Rien du tout ! Je ne devais taper personne, je ne pouvais pas m'exprimer sans risquer un reproche. Tout ce que j'aimais était banni, et seules des choses ridicules étaient permises. Je n'avais pas le droit d'utiliser de couteau pour tailler des morceaux de bois, ou pour tout autre chose. Oh, bien sûr, mes parents admiraient la façon dont je me tenais à table. Ils détestaient en revanche cet air béat que je prenais lorsque je me perdais dans ma tête.

Peut être qu'ils m'aimaient, mais je ne les aimais pas.

Les choses que je considérais, et que j'avais toujours considérées, comme « normales » ne l'étaient plus. Ils se plaignaient que je ne les comprenais pas, et ils me punissaient toujours dès que quelque chose ne leur plaisait pas. Pourquoi faisaient-ils ça ? Seul Rinato avait toujours eu le droit de me punir. Si quelqu'un se plaignait, il allait le voir, et lui seul jugeait. Je m'étais pris une baffe pour avoir volé un peu d'argent dans leur porte-monnaie. Ce n'était pas ma faute, ils ne m'en donnaient pas ! J'avais le droit de sortir, le samedi. Mais je n'avais rien pour m'acheter quoique ce soit ! Suivirent à ces réprimandes des dizaines et des dizaines de conflits. Jusqu'au jour où je revis Stefan. Il était dans la rue d'en face. J'étais en chemin pour rentrer. Cela faisait quelques mois déjà que j'étais « rentré chez mes parents » et il m'avait manqué. J'étais allé le voir et l'avais attrapé par la manche. « Stefan ! » Il s'était tourné, puis m'avait reconnu. « Elvio ! Que fais-tu là gamin ? » Soupir. « Mes parents habitent ici. » Il avait posé sa main sur ma tête. « Je vois. Tu devrais rentrer chez eux. » Je croisais les bras. « Non. Je veux revenir. » Il avait ouvert la bouche comme un poisson, puis l'avait refermé. Puis il avait dit : « Tu as enfin retrouvé ta chère famille. Retourne avec eux. » Il semblait blessé, ou triste. Je lui serrais la main. « Je vais aller le chercher. » Il avait souri. « Nato serait content de toi. » J'avais voulu partir avec lui. Il m'avait dit non. Puis, j'avais insisté. Et il m'avait dit d'être prêt à minuit, à ma fenêtre. Et j'étais retourné dans la maison. Et à minuit pile, j'étais prêt.

Il me tira vers le haut dès qu'il me vit à la fenêtre, car il était sur le toit. J'avais mon sac à dos avec des affaires dedans, et il me frotta les cheveux en souriant. Puis, il me tira par la main et m'emmena avec lui. Nous descendîmes du toit en glissant, pour atterrir sur quelque chose de souple. Il ouvrit la portière de sa voiture, je grimpais dedans, sur le siège passager. Je bouclai ma ceinture, il démarra. Je quittais ces gens qui m'étaient inconnus pour partir chercher la personne la plus importante. J'avais l'impression de voler, d'être un adulte avec Stefan. Il conduisait vite, et bien. Mon cœur battait fort, d'excitation, de bonheur. J'exultais. Il s'arrêta dans un champ désert. Il n'y avait qu'une autre voiture. Il sortit toutes ses affaires de la voiture pour les mettre dans l'autre. Il me poussa dedans et je m'installais à la même place. Puis il mit feu à la voiture, et nous partîmes tout deux.

Peu de gens avaient été capturés le jour de l'attaque. Cependant, lorsque nous arrivâmes à destination, il n'y avait que peu de monde. Stefan me dit que certains avaient fuis, d'autre trahis, et d'autres encore n'avaient pas pu venir car ils étaient trop occupés. Mais je savais que la majorité des absents se trouvaient dans la première et la deuxième catégorie. Mon arrivée suscita une dispute entre deux types de personnes. Certains trouvaient que je n'étais qu'un poids supplémentaire, d'autres que j'étais parfaitement utile. Stefan assura que je dormirais avec lui afin de gagner de la place. On lui répondit : « Ne fais pas de bêtises avec la pute du Capo ! » et Stefan se jeta sur eux. Ils se battirent. Un léger sourire se dessina sur mes lèvres, suffisamment léger pour qu'aucun ne le remarque. Il fallut quelques hommes pour les séparer, puis ils discutèrent encore, toute la soirée, s'arrachant le pouvoir de décision et se battant comme des chiens pour un morceau de viande. Je pensais que Nato aurait vite fait de les remettre tous dans le droit chemin, dès qu'il serait de retour. Et ma poitrine se serra douloureusement en pensant à son absence.