L'elfe qui bouchait les oreilles des petits curieux


Il était une fois, car tous les contes commencent ainsi, paraît-il, un enfant haut comme trois pommes. C'était un petit garçon plein de vie, qui aimait écouter tout ce que les grands disaient. Il les espionnait. Mais c'était pour ne pas paraître bête, comme il aimait le dire.

Un jour, alors qu'il était caché dans son endroit préféré, à jouer avec son meilleur ami, sa peluche Yuë, il entendit un drôle de bruit. Ce qui lui fit peur, car il était seul en cet instant. Sa cousine était partie jouer à l'aventure à l'autre bout de la maison, se mettant en tête d'escalader le frigo de la cuisine, comme s'il s'agissait d'une montagne infranchissable. Et son oncle était dans la pièce interdite, à parler au téléphone, de choses que l'enfant ne comprenait pas toujours. Depuis sa cachette, il pouvait tout entendre. Mais « chut », c'était un secret.

Regardant autour de lui, le petit garçon ramena son ami contre lui. Le bruit avait recommencé. Inquiet... non apeuré, l'enfant n'osait pas boucher plus. Tout son corps lui disait de rester immobile, ce qu'il fit sans se faire prier pendant... cinq seconde ? Après, ce fut plus fort que lui. Il devait savoir. Sa curiosité était si grande. Il ne pouvait y résister.

– Y a quelqu'un ? »

Pour toute réponse, il y eu un autre bruit. Ca faisait vraiment peur. L'enfant, instinctivement, serra plus fort son ami. Il était un petit garçon courageux normalement. Il n'avait peur de rien. Avec sa cousine, il partait souvent à la "z'aventure", comme il le disait. Cependant, sa cousine n'était pas là, et il ne voulait pas faire de "z'aventure", mais écouter. Il tenta néanmoins de reposer sa question. Après tout, il était de la famille des gens très fort.

– Y a quelqu'un ? »

Sa voix était plus tremblante qu'à la première fois. Si bien que lorsqu'une main se posa sur son épaule, il cria. Heureusement que son ami était entre lui et le son, car ça ne s'entendit presque pas. Heureusement pour le propriétaire de la main tout du moins. Le petit garçon tourna lentement la tête vers la main et... cligna des yeux. Devant lui, il n'y avait pas de monstre. Non, non... Mais un... euh quelqu'un qui était tout en vert et qui lui souriait. L'enfant ne savait pas ce qu'il était. Mais une chose était certaine, ce n'était pas méchant. Bah oui, ça n'avait pas de crocs.

– Bonjour jeune... » L'être chercha dans une sorte de sac à bandoulière quelque-chose. Il en sortit un parchemin jaunâtre, qui devait vraiment être vieux. C'est ce que pensa tout du moins l'enfant en le voyant. Et le lu. « Ah voilà... jeune Daniel. Je suis ici car... pourquoi déjà ? »

Pendant qu'il se replongeait dans son parchemin, le petit garçon recula d'un pas. Son tonton lui avait toujours dit que si quelqu'un savait comment il s'appelait, mais que lui ne le connaissait pas, il devait faire très attention. Et courir si jamais il ressentait de la peur. Et là, c'était presque ça. Mais il n'avait pas totalement peur. Ah non alors ! Pourquoi ? Car le... "truc", Daniel décida de l'appeler comme ça, bah il était habillé comme les gens qui travaillent dans l'atelier du Père Noël. Et ça, c'était encore plus intéressant pour sa curiosité, que c'était inquiétant pour sa peur.

– Ah oui, pour cela... » La créature releva son regard brun sur l'enfant, rajustant une paire de lunettes qu'il avait fourrée sur son nez juste un peu avant. Ce qui donna à l'enfant une impression qu'il avait se faire gronder. Comme avec son précepteur quand il dessinait au lieu de faire ses lignes d'écriture. Et il n'aimait pas cette impression.
– Mais j'ai fait tous mes devoirs moi ! » Se défendit le garçon, par pur instinct. Il n'avait pas la conscience tranquille.
– Oh mais je n'en doute pas jeune homme. Pas du tout même. Mais je ne suis pas là pour cela. » A ces mots, il rajusta sa paire de lunettes. « Je suis ici car mon petit doigt m'a dit que tu avais la mauvaise manie d'écouter ce qu'il ne faut pas écouter. Et ça, ce n'est pas bien. C'est pourquoi, mon merveilleux patron a décidé de m'envoyer à toi pour que tu comprennes que ce qui tu fais, ce n'est pas bien. » Le "truc" se gratta le nez avec un certain agacement. « Le patron est vraiment trop gentil... » Soupira-t-il.

Daniel avait un peu de mal à tout comprendre. Mais une chose était sûr pour lui. C'était que quelqu'un allait encore lui dire, que d'écouter la conversation des grands, c'est pas bien. Et bien, il pense que si les grands ne voulaient pas qu'il les écoutent, ils n'avaient pas qu'à parler aussi fort. Nah ! Il lâcha un soupire qui fut immédiatement repéré.

– Et on ne soupire pas jeune homme. Cela n'est pas poli ! »

Alors que le petit être continuait sa remontrance en signalant que les enfants de nos jours ce n'était plus que c'était, Daniel décida que Yuë et lui allaient partir à la "z'aventure". Et ce, loin de ce "truc" trop bizarre qui faisait quand même peur. Se redressant avec le plus de discrétion possible, le petit garçon essaya de quitta sa cachette dans le plus grand silence. En vain... A peine avait-il fait un pas, que la voix du méchant "truc" retentit à nouveau.

– Où comptes-tu aller comme ça jeune homme ? Je n'ai pas fini. »

Une main attrapa le garçon et le souleva comme s'il ne pesait rien. Pourtant, le dit "truc" n'était pas beaucoup plus grand que Daniel. Mais cela ne semblait pas le gêner. Il le fit pivoter devant lui et croisa les bras. Prêt à continuer l'explication sur le motif de sa visite.

Donc, le patron, le Père Noël pour ton information, a décidé de te donner une dernière chance. Il croit en toi et je me demande bien pourquoi. Mais bon, c'est le patron. Alors moi, j'obéis. Pas comme toi jeune homme. »

– Je m'appelle Daniel... » Informa le garçon qui commençait à en avoir marre que ce "truc" l'appelle comme ça.
– Pardon ? » L'être regarda un instant l'enfant avant de secouer la tête. C'était sans importance. « Je disais quoi au juste... Ah oui, la dernière chance... » Il se rapprocha du garçon et appuya sur son torse. Chose qui déplut au plus haut point à l'enfant. Mais il serra les dents. Bah oui, le "truc" travaillait pour le Père Noël quand même. Et il voulait ses cadeaux. « Si tu es capable toute une journée de ne pas écouter aux portes, de ne pas espionner, et pour finir, de ne pas te mêler des conversations des adultes, le patron pensera à toi. Le cas contraire... Tu deviendras ainsi ! »

« Ainsi ? » Le garçon eut juste le temps de s'interroger mentalement sur le sujet quand il vit le "truc" claquer des doigts. Et là, ses oreilles se mirent à bourdonner si fort que ça fit mal. Très mal. L'enfant commença à paniquer. C'était effrayant. En plus, c'était bizarre. Tout était devenu d'un coup très silencieux. Daniel n'aimait pas ça. Et il ne pouvait même pas partir. Le méchant "truc" l'empêchait de le faire. Il aurait pu crier, mais les mots voulaient pas sortir... Si bien qu'il serra très fort son copain Yuë et renifla. Des larmes perlèrent sur ses joues. Il avait très envie de pleurer. Mais il voulait aussi tenir tête au "truc". C'était une question de "zhonneur". Son tonton disait toujours que la "zhonneur" c'était important pour la famille.

Le supplice dura plus longtemps que longtemps. Pour Daniel c'était si long qu'il était prêt à faire plus de lignes d'écriture si ça pouvait arrêter. Mais en réalité, cela ne dura pas plus de deux minutes. Après tout, c'était juste une démonstration, au cas où la seconde chance ne servirait à rien. Un autre claquement de doigts avait retentit. Mais l'enfant n'avait pas pu l'entendre. Un autre bourdonnement désagréable survint. Et enfin, le bruit était de nouveau là. Le petit garçon fut l'enfant le plus content du monde tout entier. Il n'y a pas à dire, il préférait le bruit au silence. Du coup, il retrouva son sourire et effaça d'un revers de manche ses larmes. Sourire qui disparut bien vite lorsque le petit être reprit la parole.

– As-tu bien compris jeune homme ? »

Le jeune homme aurait bien mordu le vilain "truc", mais il ne fit pas. Il se contenta de serrer très fort son ami. Se promettant qu'un jour, il le mordra. Il gonfla fort ses joues avant de finalement répondre. Il voyait bien que le "truc" voulait une réponse.

– Oui... »
– Bien ! Alors commençons ! »

Et il disparut. Daniel cligna des yeux. Il avait bien compris le commençons. Mais il était passé où le "truc" ? Il se le demandait bien. Si fallait commencer, il devait lui donner un truc à faire non ? Il tendit alors l'oreille. Pour voir si il entendait le "truc". Il entendit son tonton. Alors, il fut tenté d'écouter. Bah oui, pas sa faute. Son tonton criait fort au téléphone. A l'avis de l'enfant, la personne dans le téléphone avait fait une très grosse bêtise. Mais il se ravisa vite quand il eut l'impression que ses oreilles bourdonnaient. Il secoua la tête. Il ne devait pas écouter les conversations qu'étaient pas pour lui. Enfin pour aujourd'hui tout du moins.

Bien décidé à ne pas être tenté, l'enfant choisit de s'occuper en sortant du papier, des crayons, pour faire un grand dessin. Il avait aussi décidé de pas sortir de son coin secret de toute la journée. Sauf bien sûr, pour aller manger. Car manger c'est important. Aux dires de son oncle, il n'avait jamais été aussi sage que ce jour-là. Un vrai ange. Au point qu'il s'était demandé si le garçon n'était pas malade.

Si le garçon ne revit pas le petit être de la journée. Le petit être, lui, n'avait pas quitté l'enfant. Il l'avait observé. Offert quelques tentations de temps à autre. Bien entendu, l'enfant avait été tenté. Mais il avait résisté. Si bien, qu'un jour après, la mission terminé, la créature s'en retourna pour commencer une autre mission, avec un autre petit curieux. Encore une fois son patron avait eu raison de lui donner une chance à cet enfant. Encore une fois, le petit être comprenait pourquoi son patron était ce qu'il était. Il en était encore plus fier de travailler pour lui.

A noël, le Père Noël passa, et l'enfant eut tous les cadeaux qu'il avait demandé. Même si parfois, son oreille traîne encore un peu. Mais à chaque fois, étrangement, un bourdonnement vient le gêner. Ce qui l'arrête immédiatement dans son petit espionnage d'enfant.

Vous qui avez les oreilles qui traînent toujours là où il ne faut pas, méfiez-vous ! Car vous ne saurez pas quand l'"elfe qui bouchait les oreilles des petits curieux" peut apparaître devant vous et vous mettre au défi de ne plus jamais jouer les curieux au risque de devenir sourd à jamais...

Fin