Animal

Katleen jura, quand sa bouteille d'encre de chine se renversa. Elle se leva en courant pour récupérer un torchon pour nettoyer la tâche qu'elle avait fait sur son bureau. Malheureusement, même si elle était fraîchement faite, elle ne s'enleva pas entièrement avec de l'eau et du savon. En désespoir de cause, la jeune femme dut prendre du White Spirit. Les émanations du produit du chimique lui donnait toujours un peu le tournis, mais elle n'avait pas le choix. Son petit-ami revint au moment où elle se mettait à quatre pattes pour nettoyer ce qui avait coulé sur le côté du meuble. Il retira lentement ses souliers et son ciré mouillés, puis s'approcha à pas de loup.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'enquit Jérôme sans la lâcher des yeux.

- J'essaie de nettoyé une tâche d'encre que j'ai fait, toussota sa copine à cause du produit.

La jeune femme arrêta de frotter, quand elle sentit les deux mains de son copain sur ses hanches. Elle tourna lentement la tête vers lui et le découvrit en train de reluquer ses fesses. Mais qu'est-ce qui lui prenait ? se demanda-t-elle avec hésitation. Elle ne l'avait jamais vu dans un état d'excitation pour aussi peu.

- Est-ce que t'as pris un aphrodisiaque ? lui demanda-t-elle sans détour.

- Non pourquoi ?

- Parce que tu me regardes comme si j'étais un bout de viande.

- Je n'ai pas le droit de désirer ma copine quand je la découvre dans une position qui me donne une belle vue ? rétorqua le jeune homme.

- Obsédé, sourit Katleen en le repoussant un peu.

- Il n'empêche que je te veux, insista-t-il en se collant contre elle.

- Je suis occupée, soupira la rousse.

- Ça peut bien attendre deux heures. Voir cinq. Ou plutôt à demain.

La jeune femme tourna de nouveau la tête vers lui, presque scandalisée par ses propos. Le maniaque de la propreté avait dit quoi ? Il avait pris quelque chose. Il ne pouvait pas être dans cet état juste parce qu'elle était à quatre pattes au sol. D'un bond, elle le repoussa et se leva pour contourner la table. Mieux valait mettre un peu de distance entre eux si elle voulait comprendre ce qu'il se passait. Jérôme la suivit en penchant la tête sur le côté et la vit garder la table entre eux, se déplaçant à chaque pas qu'il faisait.

- Pourquoi tu me fuis ? sourit le jeune homme.

- Parce que tu es étrange. Est-ce que tu as pris de la drogue ?

- Pourquoi devrais-je avoir pris quelque chose ? J'ai envie de toi, voilà tout.

- Au point de laisser une tâche salir le bureau ? insista la rousse.

- Je vis avec une artiste, il faut bien que je m'habitue à ce que ton matériel peut faire comme dégât.

- Je ne te crois pas. Ou bien ce n'est pas la seule raison, continua-t-elle à se méfier.

La jeune femme poussa un cri de surprise, quand sans crier gare, son copain monta sur la table pour la rejoindre. Sous le choc, elle oublia de s'éloigner et se retrouva plaquer au mur, le regard brûlant de Jérôme la dévorant des yeux. Sans demander la permission, il remonta les mains sous le gilet de sa copine et alla détacher les agrafes du soutien-gorge de la demoiselle. Celle-ci écarquilla les yeux devant l'animalité qu'elle pouvait lire dans son regard brun doré. Quand il lui eut retiré ce qui emprisonnait ses seins, le jeune homme commença à les masser par-dessus son gilet tâché d'acrylique et d'encre. Un bien-être s'étendit dans son corps et durant quelques secondes, elle fut soumise à ses caresses. Lorsqu'il commença à lui mordiller le lobe de l'oreille, elle le repoussa avec ses deux mains. Déstabilisé, Jérôme recula jusqu'à la table et y plaqua ses paumes en la regardant avec étonnement.

Il fut sous le choc de voir un sourire moqueur sur ses lèvres et une étincelle de malice dans ses iris gris. Les deux pas qu'elle fit pour le rejoindre furent accompagnés d'un balancement exagéré de ses hanches. Plaquant ses mains sur son torse, Katleen l'obligea à s'allonger sur la table et elle commença à déboutonner sa chemise par le bas, remontant lentement en embrassant sa peau. Pour avoir accès au dernier, la jeune femme monta au-dessus de lui et quand se fut fait, elle se redressa pour retirer son gilet et dévoiler sa poitrine ferme, dont les mamelons pointaient sous les précédentes faveurs qu'il lui avait prodiguées. Sans le lâcher des yeux, elle se pencha et commença à lui mordiller l'oreille, ses doigts glissés dans ses mèches corbeaux qu'elle tira légèrement. Cette soudaine sauvagerie électrisa les sens du brun et il attrapa ses hanches fermement. Sauf que sa copine ne semblait pas du même avis, puisqu'elle lui attrapa les poignets et les plaqua de chaque côté de sa tête. Le dominant se faisait dominé, sourit le jeune homme. Et il aimait ça.

Il se délecta de ses caresses, même lorsqu'elles devinrent douloureuses. Jérôme sentait les ongles de sa copine lacérer sa peau et c'était une véritable jouissance pour lui. À tel point que son érection lui faisait mal et il la supplia de s'en occuper. Elle fit mine de réfléchir à sa demande, puis elle débarqua de la table pour lui retirer son pantalon et le laisser complètement nu sur la table. Tel son repas. Un air joueur peint sur le visage, Katleen fit glisser ses mains sur les cuisses de son copain, les remontant vers son flanc. Mais à la place d'aller s'occuper de son sexe douloureux, elle fit redescendre ses doigts en le griffant de nouveau. Jérôme se découvrit un penchant pour les griffures et les morsures, et celles de sa belle étaient un véritable délice. Sauf qu'elle le touchait partout, excepté la région qui la suppliait vivement. Perdant patience, le brun se redressa pour la repousser jusqu'au mur.

C'était à son tour de jouer. Elle voulait jouer les tigresses ? Il allait être un tigre. Jérôme enfuit son visage dans le cou de la jeune femme, son nez chatouillé par sa chevelure de feu. Il grignota doucement sa peau aussi douce que de la crème, laissant de petites marques rouges par-ci par-là. Ses mains s'activèrent à lui retirer ce vieux pantalon multicolore dût à toutes les toiles que sa chérie a réalisées. Il n'y a pas à dire, l'acrylique tâchait vraiment le tissu. Dès que le jean fut à ses pieds, il lui empoigna les fesses, pour ensuite l'asseoir sur la table. C'était à son tour de se restaurer de ses cris de jouissance.

La tête toujours au creux de son cou, il remonta les mains le long de la colonne de la jeune femme, laissant de légères marques de griffure sur sa peau de pêche. Katleen cambra le dos en gémissant de volupté. Elle croisa les jambes autour du bassin de son petit-ami, l'obligeant à se coller un peu plus contre elle. Quand leurs couches se rencontrèrent de nouveau, la passion devint bestiale. Se mordant les lèvres à tour de rôle, le brun frotta son érection contre le sexe humide de sa copine, se lubrifiant au passage. Celle-ci ondula entre ses bras, accentuant les sensations que leur étreinte provoquait. Perdant complètement le nord, Jérôme agrippa la crinière rousse de sa tigresse, tirant dessus pour l'obliger à pencher la tête vers l'arrière, lui permettant de dévorer sa gorge et ses seins à coup de dents taquins.

Lorsqu'il sentit les ongles de Katleen s'enfoncer plus profondément dans la peau de ses épaules, le brun la tira soudainement vers lui pour la faire descendre de la table et la retourna pour la pencher au-dessus de la table, ses fesses bien en évidence. Il prit le temps de lui lécher le dos, puis de lui mordiller les fesses, avant de la pénétrer d'un coup de rein puissant. Sous la vivacité du coup, la jeune femme cambra le dos, bien appuyée sur la table à l'aide de ses avant-bras, et laissa sortir un gémissement sonore de contentement. Cette étreinte animale réveillait des choses en elle, dont elle ignorait totalement l'existence. Cette envie de jouer, de dominer et d'être ensuite soumise. C'était la première fois que leurs ébats étaient aussi éreintants et divertissants. Et elle adorait ça ! réalisa Katleen. C'était essentiellement charnel ce soir, mais elle ne s'était jamais sentit aussi comblée et satisfaites. C'était au-dessus de tout ce à quoi elle était habituée.

Et puis, jamais Jérôme ne s'était montré aussi dominant et virile. Ce qui n'était pas pour lui déplaire. Le sentir coller son torse contre son dos, une main possessive plaquée sur sa hanche, l'autre appuyée sur la table pour garder l'équilibre, l'émoustillait. Elle sentait ses lèvres, ses dents ou encore sa langue se promener le long de son cou, de sa nuque, de ses épaules ou de ses omoplates. Il se frayait un chemin au-travers de ses cheveux à l'aide de son nez et ne laissait aucun centimètre carré de peau lui échapper. Son amant semblait affamé, comme s'il n'avait pas mangé depuis des semaines.

Lorsque la jouissance devint imminente, le jeune homme accéléra la cadence, jusqu'à ce que l'orgasme les foudroie tous les deux. Haletants, ils s'aplatirent sur la table pour retrouver leur respiration et pour garder l'équilibre, leurs jambes étant toutes tremblantes. Après quelques minutes de silence et d'immobilité, Jérôme se redressa et se retira de son intimité. Katleen se retourna doucement vers lui à la recherche de ce qui avait pu provoquer ce changement de comportement chez son copain.

- C'est Vince qui m'a suggéré tout ça pour pimenter notre vie de couple, avoua-t-il.

- Tu trouves que notre couple…

- Non ! l'interrompit le brun. Avant que tu ne t'imagines n'importe quoi, on discutait avec les gars et Vince a lâché ça. Et je trouvais l'idée intéressante. Alors même si je n'étais pas sûr que tu allais apprécier, j'ai lancé les dés juste au cas où.

La rousse l'observa en écarquillant les yeux devant cet aveu. Entendre ses amis parler de leurs ébats sexuels luis avait donné le goût d'essayer de nouvelle chose au lit. Ou ailleurs dans l'appartement.

- Vous parliez de Kama Sutra ?

- Pas vraiment, mais…

Le brun s'interrompit, laissant sa phrase en suspend, tout en haussant un sourcil espiègle. Si elle en avait envie, il était prêt à se procurer le livre, devina-t-elle.

- J'ai peut-être autre chose en tête avant qu'on en ait besoin, sourit-elle en passant ses bras autour de son cou.