Putain de merde, j'ai jamais couru aussi vite de toute ma vie, même quand le chien de la voisine m'avait pris en chasse. Je slalom depuis au moins dix minutes entre les arbres et je personne au alentour. On l'a tous vu cette bête, ce monstre qui faisait au moins quinze mètres, avec ses grandes dents de requin. On avait pas tout de suite compris ce qu'il se passait, on venait juste d'être transporté dans le jeu. Putain, j'imaginais pas ça aussi flippant... Il nous regardait, enfin, je sais pas comment parce qu'il avait pas d'yeux, juste deux trous noirs qui semblait fixés sur nous. Il bougeait pas, enfin pas au début, il avait l'air de réfléchir puis ses dents se sont étirés en un sourire terrifiant, et là on a tous détalé comme des lapins. Je me souviens, il en avait chopé une au début, elle était tombée au moment où on s'enfuyait, et il l'a gobée tout rond. Je redoublé d'allure.

Et je cours toujours. Il court, il court, le furet...Ouais, c'était exactement ça, on était tous des petits renards et lui c'était le chasseur sans pitié. J'entends un cri, puis deux, puis trois. Merde, on était dix au début. Sans compter ceux qu'on même pas eu le temps de crier. Je m'arrête, j'en peux plus, mes poumons vont exploser. Je vomis, j'ai trop mal au ventre. Mon truc à moi c'est l'endurance, pas la vitesse bordel ! Tout ça n'est pas réel, on le sait bien, mais lui, il est trop effrayant pour qu'on s'en souvienne. Un cri retentit à quelques pas de moi et je recommence à courir, toujours plus vite.

J'entends un craquement de branches, je me retourne avec appréhension et je reconnais le petit gros qui s'était caché juste devant moi. Il galérait à courir, il était tout rouge et pleurait. Bon sang, je voudrait l'aider, mais je peux pas, on oublie la fraternité dans ces cas là, c'est chacun pour sa gueule. Je bifurque à gauche pour m'enfoncer encore plus dans les bois. J'entends un craquement et j'aperçois le monstre, derrière le petit gros qui continue à chialer. Puis des craquements d'os, des bruits de chair qui se déchirent, l'horreur.

Je réprime mon envie de dégueuler et cours encore et encore, sachant très bien qu'il est sur mes traces. Un bruit de pas, deux, quatre. Il est juste derrière moi. A quoi bon ? Je vais mourir, c'est le but du jeu, game over. Je pile net et me retourne. Il est pas là, je me dis que j'ai encore une chance, puis je cligne une seule fois des yeux et il est là, tout sourire. Putain, il adore ça. Il sait déjà comment il va procéder, il me prend par les jambes et je me retrouve la tête à l'envers. De son autre main, il commence a appuyer au niveau de mes côtes. Je sens rien, mais je chiale, je cris, je prie pour que ça s'arrête. Un côte se casse, puis une autre. Il se délecte du son que font mes os. J'ai pas mal, mais bon sang j'ai tellement peur. Puis d'un coup, tout se brouille, la créature disparaît, le paysage aussi, et tout devient blanc. Un message s'affiche en gros, devant moi.

You win.